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Le Capital. Critique de l'économie politique (Livre I, 1867) est l'ouvrage majeur de Karl Marx. Dans ce livre fondateur, il y expose le fonctionnement du capitalisme, les rapports sociaux qu'il engendre et les moyens de son dépassement.

Sommaire

Synthèse du Livre I

Toutes les citations sont issues de l'ouvrage de Marx.

Première section : La marchandise et la monnaie

Chapitre 1 : La marchandise

A propos de la valeur d'usage et celle d'échange, Marx annonce :

La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandise.

Dès lors l'analyse de la marchandise est le point de départ de ses recherches. L'utilité d'une chose confère à cette chose une valeur d'usage, la valeur d'échange est la proportion dans laquelle des valeurs d'usage différentes s'échangent l'une contre l'autre. Ce rapport change constamment avec le temps et le lieu. (Il parle aussi de valeur d'usage sociale). C'est ainsi, et cela par le rapport de l'échange. Il existe donc quelque chose de commun entre ces deux marchandises. Chacun des deux objets se retrouve donc être réductible à un troisième. Ce qu'il y a en commun entre ces objets c'est une valeur, qui a valeur dans la mesure où du temps de travail humain est matérialisé en lui. C'est ainsi que la grandeur de la valeur est fonction du quantum de travail nécessaire à la fabrication de l'objet.

Mais cela pose problème en ce sens que le travail ne saurait être unique. La marchandise d'un paresseux ne vaut pas plus au motif qu'il a mis plus de temps à la réaliser. C'est pourquoi il convient de considérer une force unique c'est-à-dire une force moyenne correspondant au temps de travail nécessaire socialement.
Puisque le travail évolue, la valeur d'une marchandise diffère elle aussi avec le temps.

Double caractère du travail : Marx se penche alors sur la nature du travail. Pour lui, elle a une double face. Le travail compris dans la valeur d'usage de chaque marchandise est spécial et répond à un but particulier. Dès lors, des valeurs d'usages ne peuvent se faire face comme marchandises que si elles contiennent des travaux utiles de qualité différente.

Si le travail est de qualité différente, il n'en demeure pas moins qu'il y a unicité du travail en ce sens que la différence est de degré et non de nature. Mais on peut néanmoins diviser le travail en deux, entre travail simple et travail complexe (du travail simple multiplié de sorte qu'une quantité donnée de travail complexe correspond à une quantité plus grande de travail simple). Dès lors, on se doit de traiter chaque travail comme du travail simple.

Forme de la valeur : un objet devient marchandise dans la mesure où il devient objet d'utilité et porte valeur. La valeur s'exprime à travers l'autre marchandise (valeur relative) et par équivalence. La forme relative de la valeur revient à comparer quantitativement les marchandises après avoir été ramenées à la même unité. Dès lors qu'elles ont le même dénominateur, elles deviennent commensurables (reprise de Aristote). Il y a donc une essence unique entre les marchandises. L'objet est de plus forte valeur dans le sens où du travail humain est accumulé en lui.

C'est pourquoi, si la valeur d'usage de 20 mètres de tissu et d'un habit sont différents, leur valeur d'échange est la même. Mais la valeur relative d'un objet peut changer. Si 20 mètres de toile valent un habit alors si la valeur de la toile change on peut se retrouver avec 20 mètres de toile valant deux habits. La valeur relative de l'objet est changée. Cette valeur relative qui amène une forme d'équivalent est la forme sous laquelle elle est immédiatement échangeable avec une autre marchandise. La monnaie est donc une marchandise spéciale, elle est équivalent universel dans le monde des marchandises.

En généralisant, on parvient à une forme valeur générale où toutes les marchandises tendent à se donner une équivalence dans une même marchandise. En remplaçant cette marchandise par la monnaie, on arrive à la forme monnaie, selon laquelle toute marchandise a la même valeur qu'une certaine quantité de monnaie. La marchandise a donc pour les individus un caractère fétiche puisque le rapport social entre les producteurs contenu dans la valeur est masqué par sa valeur monétaire qui fait apparaître la valeur comme une propriété « matérielle » intrinsèque de la marchandise.

Article détaillé : Fétichisme de la marchandise.

Chapitre 2 : procès d'échanges

Les marchandises échangées par l'homme ne sont que les marchandises auxquelles il ne trouve pas lui-même d'utilité ; ces marchandises sont alors des porte-valeurs, puisqu'elles ne sont que des instruments d'échange qui permettent à l'homme d'acquérir des biens qui lui sont utiles.

Chapitre 3 : monnaie et circulation des marchandises

Si l'on considère que l'or est la marchandise qui remplit la fonction de monnaie, il est à la fois la mesure des valeurs (en tant que monnaie idéale) et l'étalon des prix (l'instrument de la circulation des marchandises), le prix traduisant lui-même la quantité idéale d'or que renferme une marchandise, en fonction du travail contenu dans cette marchandise.

La monnaie permet donc la métamorphose de la marchandise, c'est-à-dire l'échange de la marchandise en argent, où l'argent remplace la marchandise pendant un temps donné et supprime ainsi les problèmes du temps et de l'espace inhérents au troc immédiat.

L'argent est sans limite parce qu'il est immédiatement transformable en toute sorte de marchandise.

L'argent est donc à la fois un moyen de paiement (lorsqu'il est reçu contre de la marchandise) et de circulation de la marchandise (lorsqu'il sert à acheter d'autre marchandise).

Deuxième section : La transformation de l'argent en capital

Chapitre 4 : Transformation de l'argent en capital

La circulation des marchandises est le point de départ du capital.

Cela signifie que le capital n'apparaît qu'au XVIème siècle, lorsque le commerce et la production marchande ont été suffisamment développés, notamment avec l'ouverture d'un nouveau marché vers l'Amérique.

Tout capital entre sur le marché sous forme d'argent. Mais pour que l'argent se transforme en capital, il doit passer par un processus particulier. Alors que l'échange simple est Marchandise – Argent – Marchandise (M – A – M), où l'argent n'est qu'un intermédiaire qui facilite l'échange des marchandises de valeurs identiques, le capital naît d'un échange d'argent A – M – A', où A' correspond à A, la quantité d'argent de départ, augmentée d'une plus-value. Par ce mouvement circulaire l'argent se transforme en capital. Dans ce dernier cycle c'est la marchandise qui sert d'intermédiaire puisque le capitaliste achète une marchandise contre de l'argent, avant de revendre cette même marchandise contre une autre quantité d'argent.

L'échange simple (M – A – M) repose sur l'échange de marchandises, son but est la consommation, la satisfaction d'un besoin. Tandis que l'échange capitaliste repose sur l'échange d'argent, son but est donc dans la création de plus-value.

La valeur d’usage ne doit donc jamais être considérée comme le but immédiat du capitaliste, pas plus que le gain isolé ; mais bien le mouvement incessant du gain toujours renouvelé. Cette tendance absolue à l’enrichissement, cette chasse passionnée à la valeur d’échange lui sont communes avec le thésauriseur. Mais, tandis que celui-ci n’est qu’un capitaliste maniaque, le capitaliste est un thésauriseur rationnel. La vie éternelle de la valeur que le thésauriseur croit s’assurer en sauvant l’argent des dangers de la circulation, plus habile, le capitaliste la gagne en lançant toujours de nouveau l’argent dans la circulation.

Chapitre 5 : Les contradictions de la formule générale du capital

La plus-value ne peut naître simplement de l'échange des marchandises. En effet, sur le marché chaque individu est à la fois acheteur et vendeur, cela signifie que si un vendeur vend une marchandise, il doit tout de même en acheter une autre afin de subvenir à ses besoins.

Le vendeur ne peut donc vendre sa marchandise 10 % au-dessus de sa valeur, sans ensuite acheter une autre marchandise qui serait elle aussi 10 % plus chère. De telle sorte que le gain de 10% lors de la vente se trouve automatiquement transféré lors de l'achat d'une autre marchandise. L'origine de la plus-value ne se trouve donc pas dans l'échange, ce n'est pas la vente d'une marchandise en dehors de sa valeur marchande qui permet de créer de la plus-value.

Chapitre 6 : Achat et vente de la force de travail

Seule la force de travail a la faculté d'être une marchandise, qui, lorsqu'on la consomme, réalise du travail, et par conséquent créé de la valeur lorsqu'on la consomme.

La valeur d'échange de la force de travail est elle-même à rapporter à la quantité de travail nécessaire à la production des denrées alimentaires qui permettent à l'individu de renouveler sa force de travail. C'est certainement là que se trouve l'origine de la plus-value.

Troisième section : La production de la plus-value absolue

Chapitre 7 : Production de valeurs d'usage et production de la plus-value

Pour produire, le producteur a besoin de produits qui ont nécessité un travail. Les matières premières par exemple sont des objets qui sont déjà passés par un travail antérieur. Le tisseur a ainsi besoin que des individus aient travaillé à extraire le coton.

Les moyens de travail, eux, sont ce qui sépare le travailleur de son objet de travail.

Ce qui distingue une époque économique d'une autre, c'est moins ce que l'on fabrique, que la manière de fabriquer, les moyens de travail par lesquels on fabrique.

Ces moyens de travail vont effectuer une modification sur l'objet de travail. Cette modification est ce qui constitue le procès de travail. Ce procès de travail s'éteint avec la réalisation d'un objet utile, ayant donc une valeur utile, d'usage.

Une valeur d'usage est donc le produit d'un procès de travail, dans lequel il y a à la fois des moyens de production, et du travail productif. Toutefois une valeur d'usage peut également être une condition du procès de travail, car tout moyen de production nécessite des valeurs d'usage. Une valeur d'usage peut donc à la fois être le produit d'un travail, et le moyen de production d'un autre.

Le travail, en usant les éléments matériels nécessaire à sa réalisation, va les consommer. Cette consommation est dite productive, dans la mesure où elle se différencie de la consommation individuelle qui ne consomme des produits que pour la jouissance personnelle, alors que la consommation productive fait consommer les moyens de fonctionnement du travail.

Le produit de la consommation individuelle est, par conséquent, le consommateur lui-même ; le résultat de la consommation productive est un produit distinct du consommateur.

En consommant de la force de travail pour produire des valeurs d'usage, le capitaliste se situe donc dans une logique normale de producteur. Le capitaliste veille en effet à ce que ses moyens de production, dont la force de travail, effectuent un travail définit sans gaspiller de matières premières ni détériorer les outils de production plus que ce que son emploi n'exige. De plus le produit de ce travail est la propriété du capitaliste, et non pas du producteur. Le capitaliste ne loue que la force de travail comme n'importe quel moyen de production. Le capitaliste, en achetant la force de travail, achète par conséquent indirectement les produits de celui-ci. Le possesseur de la force de travail lui, ne donne que la valeur d'usage de sa force.

En conséquent, dès que le travailleur entre sur son lieu de travail, sa force de travail ne lui appartient donc plus, celle-ci a une valeur que le capitaliste dispose et qui a donc une valeur d'usage. Pour le capitaliste, la force de travail n'est qu'une marchandise qu'il a acheté et qu'il peut consommer.

Le procès de travail regroupe ainsi toutes les marchandises que le capitalistes a acheté et qui donc lui appartiennent. Le produit de l'opération du procès du travail lui appartient donc. Tout ce qui ressort du procès de production est la propriété du capitaliste, tout comme les éléments nécessaire à ce procès sont sa propriété. Dès que la force de travail n'appartient plus au travailleur humain, l'utilité de celle-ci ne lui revient plus, il est dépossédé de sa force après l'avoir vendue, seul l'acheteur capitaliste est disposé à en faire usage comme bon lui semble.

Le but de tout capitaliste est de produire un objet utile, qui a une valeur échangeable, c'est-à-dire une marchandise, qui est destinée à la vente. Mais cette marchandise n'a d'intérêt pour le capitaliste que si sa valeur dépasse les marchandises nécessaire pour sa production :

[...] c'est-à-dire la somme de valeurs des moyens de production et de la force de travail, pour lesquels il a dépensé son cher argent. Il veut produire non seulement une chose utile, mais une valeur, et non seulement une valeur, mais encore une plus value.

La force de travail pour réaliser sa fonction productive a besoin, comme n'importe quelle marchandise productive, de frais d'entretiens pour pouvoir se renouveler. Toutefois ces frais, comme l'eau ou la nourriture, ne constituent que la valeur d'échange de la force de travail. Si l'individu vend sa force de travail c'est avant tout pour pouvoir subvenir à ses besoins, lui permettant de se renouveler dans le temps. Ce que le travailleur reçoit de la vente de sa force de travail, ce n'est que ce qui lui est nécessaire pour subsister. Toutefois il y a une différence entre ce qu'il faut au travailleur pour subvenir à ses besoins, et ce qu'il peut produire.

Ce qu'un travailleur dépense en force pour produire est sa valeur d'usage, car c'est cette capacité productive de la force de travail qui a une valeur utile pour celui qui l'achète, pour le capitaliste. Ainsi, malgré que la valeur d'échange d'une demi-journée de travail permet à l'individu de satisfaire tous ses besoins, la force de travail peut tout de même continuer à produire pendant une journée entière.

La valeur que la force de travail possède et la valeur qu'elle peut créer, diffèrent donc de grandeur.

En vendant des marchandises à une valeur d'échange qui équivaut à davantage de travail humain que ce qu'elles lui en ont coûté, le capitaliste réalise ainsi sa plus-value.

Dès qu'elle se présente non plus simplement comme unité du travail utile et du travail créateur de valeur, mais encore comme unité du travail utile et du travail créateur de plus value, la production marchande devient production capitaliste, c'est-à-dire production marchande sous la forme capitaliste.

Chapitre 8 : Capital constant et capital variable

Le travail nécessaire pour produire les moyens nécessaires à la production d'un produit est transféré vers le nouveau produit lors de sa production. Ainsi si un produit a besoin de matières premières ou de machines pour être produit, alors le travail réalisé dans l'extraction de ces matières premières ou pour la fabrication ces machines sera transféré dans le nouveau produit lorsque ce dernier sera produit. Le travail d'un produit a donc pour base le travail effectué pour la réunion de ses composants.

Le travailleur va transmettre au produit le travail réalisé dans ses moyens de production comme constituant de sa valeur. Mais en plus de cela, le travail propre au travailleur dans la production du produit va également être transmis à celui-ci. La force employée par le travailleur dans la production du produit va donc transmettre une valeur à celui-ci. Cette valeur c'est la force employée par le travailleur.

La valeur des moyens de production transmise au produit est à la mesure de leur utilité. En effet des moyens de production ne peuvent avoir une valeur que s'ils ont une utilité suffisante pour créer des produits utiles eux aussi. La valeur de ces moyens de production dépendra donc de leur capacité à être utile, c'est-à-dire à rendre des produits utiles, ou tout simplement à créer des produits. Mais des moyens de production qui ne peuvent plus produire perdent leur valeur. Ainsi plus les moyens de production perdent de leur capacité productive, moins elles ont de valeur. Et moins les moyens de production ont de valeur, moins elles peuvent en transmettre aux produits. Cela signifie donc que la valeur que les moyens de production transmet aux produits diminuera à mesure que le moyen de production ne parvient plus à être utile, à créer de nouveaux produits. Cela se voit notamment avec les machines, la valeur qu'ils transmettent aux produits correspond à l'usure dans la production de chaque produit. De telle sorte qu'une machine transmettra l'ensemble de sa valeur à tous les produits qu'elle créera, mais rien de plus, la valeur de la machine étant déterminée par le travail effectué pour la créer.

Les moyens de production ne transmettent de valeur au nouveau produit qu'autant qu'ils en perdent sous leurs anciennes formes d'utilité. Le maximum de valeur qu'ils peuvent perdre dans le cours du travail a pour limite la grandeur de valeur originaire qu'ils possédaient en entrant dans l'opération, ou le temps de travail que leur production a exigé. Les moyens de production ne peuvent donc jamais ajouter au produit plus de valeur qu'ils n'en possèdent eux mêmes.

Au cours de la production, les marchandises qui sont utilisées en tant que matières premières, moyens de production, etc., voient la valeur d'échange qu'elles possédaient, et qui se trouve ainsi utilisée, transférée dans la valeur d'échange de la marchandise produite. Cette partie du capital existait déjà avant le processus de production présent, elle se nomme donc capital constant.

Avec l'emploi de ce seul capital constant, un produit ne ferait ressortir aucune valeur supplémentaire que celle employée par ses moyens de production, et qui vont lui être transféré au cours du processus de production. Pour qu'un produit ressorte avec une valeur supplémentaire que celle employé par le capital constant, il est nécessaire d'employer un capital sous forme de force de travail. La partie du capital transformée par la force de travail change au cours de la production, puisqu'elle reproduit son équivalent et en plus un excédent : la plus-value. Il s'agit donc du capital variable.

Chapitre 9 : Le taux de la plus-value

Le capital se compose d'une somme d'argent employée en capital constant, constitué des moyens de productions, et d'une somme d'argent employée en capital variable, constitué de la force de travail.

À la fin de l'opération productive permise par l'emploi d'un capital, la marchandise qui en ressort a une valeur déterminée par le capital constant et variable employés, valeur à laquelle on y ajoute une plus-value. Ainsi la marchandise se trouve constituée du capital_primitif, l'argent employé par le capitaliste en capital constant et variable, à laquelle y est ajouté un élément supplémentaire, la plus-value. Le capital primitif employé a donc évolué en un nouveau capital avec la production de la marchandise, ce nouveau capital y est surévalué grâce à la plus-value. Sans plus-value le capital primitif ne se différencie pas du nouveau capital, le capital primitif n'a donc pas créé de valeur.

Pour qu'une marchandise soit créée, il lui faut des éléments qui vont la constituer, comme des matières premières, des machines qui vont permettre l'assemblage des divers parties de la marchandise. Ce sont l'ensemble de ces éléments, qui constituent le capital constant, qui vont être transférés vers la marchandise. La valeur de ce capital constant dépend donc des moyens employés pour la production d'une marchandise.

Le travail qui dépasse ce qui est nécessaire au travailleur pour satisfaire ses propres besoins est le surtravail. Cet excédent de travail s'effectue toujours pour le capitaliste, sauf qu'au lieu que le produit de ce travail revienne au travailleur, il revient au capitaliste. L'excédent de valeur créé par cet excédent de travail est la plus-value.

Le taux de la plus-value correspond à la part destinée au surtravail par rapport au travail nécessaire pour que le travailleur puisse subvenir à ses propres besoins.

Le taux de la plus value est donc l'expression exacte du degré d'exploitation de la force de travail par le capital ou du travailleur par le capitaliste.

Le taux de plus-value est indépendant du capital constant, qu'il faut considérer comme nul pour ne prendre en compte que la plus-value. Ce taux de plus-value peut par exemple être de 100 %, si pendant une journée de douze heures, le travail nécessaire et le surtravail durent tous deux six heures : « l'ouvrier a donc travaillé une moitié du jour pour lui-même et l'autre moitié pour le capitaliste. »

Chapitre 10 : La journée de travail

La limite minimum de la journée de travail correspond à la partie de la journée travaillée pour le renouvellement de la force de travail, c'est-à-dire pour le renouvellement des besoins vitaux du travailleur. La limite maximum, si elle dépend des bornes physiques de la force de travail et de limites morales, est beaucoup plus élastique. Elle n'est déterminée que par le rapport de force entre le capitaliste et le travailleur. Toutefois la force de travail, en tant que marchandise spéciale, ne peut pas être consommée de manière illimitée par le capitaliste sous peine de périr. Le travailleur use donc de son droit de vendeur de sa force de travail en exigeant une diminution de la journée de travail (grèves, conventions sociales...).

Toujours est-il qu'il y a conflit d'intérêt entre l'acheteur qui veut utiliser au plus sa marchandise, et le vendeur qui veut préserver l'emploi de sa force. La loi est incapable de départager les deux acteurs puisqu'elle n'est là que pour régler les modalités de l'échange. Finalement seule la force permet de déterminer qui de l'acheteur ou du vendeur peut profiter de son droit.

Voilà pourquoi la réglementation de la journée de travail se présente dans l'histoire de la production capitaliste comme une lutte séculaire pour les limites de la journée de travail, lutte entre le capitaliste, c'est-à-dire la classe capitaliste, et le travailleur, c'est-à-dire la classe ouvrière.

Quand il n'y a pas de loi pour limiter leur droit d'user librement de la force de travail, les capitalistes n'hésitent pas à faire travailler (exploiter) les ouvriers, qu'ils soient hommes, femmes ou enfants, pendant le jour et la nuit, jusqu'à l'épuisement, la maladie ou la mort.

La prolongation de la journée de travail au-delà des bornes du jour naturel, c'est-à-dire jusque dans la nuit, n'agit que comme palliatif, n'apaise qu'approximativement la soif de vampire du capital pour le sang vivant du travail.

Le capitaliste instaure donc le travail de jour comme de nuit, pendant des horaires interminables, et par roulements de la force de travail.

Jusqu'à la fin du XVIIème siècle, les entrepreneurs parviennent même à prolonger la journée de travail par le biais de la loi, tel que c'est le cas lors de la création des Workhouses.
La lutte pour une journée de travail « normale » n'intervient donc réellement qu'en Angleterre à partir de 1833 avec le Factory Act, qui régule notamment le travail des enfants. Mais celui-ci est encore trop souvent contourné par les capitalistes, et ne permettra donc de timides améliorations qu'après plusieurs révisions dans les années 1850.

La législation anglaise inspirera ensuite des réglementations dans d'autres pays, telles que la loi des douze heures française lors de la révolution de février 1848.

Chapitre 11 : Taux et masse de la plus-value

Pour reproduire la force de travail, c'est-à-dire ce que le travailleur a besoin en subsistances pour pouvoir travailler le lendemain, le capitaliste doit avancer un capital, qui lui permet d'acheter cette force de travail. C'est le taux de plus-value qui permet de savoir ce que cette avance apportera au capitaliste en termes de plus-value. Ainsi un taux de plus-value de 100% signifie que la part de capital allouée à la reproduction de la force de travail est aussi importante que la plus-value appropriée par le capitaliste.

Ou pour le dire autrement, avec un taux de plus-value de 100% le travailleur emploiera la moitié de son temps, de sa force, pour ses propres besoins, et l'autre moitié en sutravail pour créer de la plus-value pour le capitaliste. Plus le taux de la plus-value est élevée, plus la force, et donc le temps, employé par le travailleur servira à produire de la plus-value pour le capitaliste, et donc sera moins allouée aux besoins du travail. Plus le taux de la plus-value est élevée, plus le travailleur produit pour un salaire faible.

Le taux de la plus-value détermine donc la somme de plus-value produite par un ouvrier individuel, la valeur de sa force étant donnée.

À l'échelle d'une entreprise la plus-value correspond à la plus-value réalisée par le capital variable, c'est-à-dire par le capital employé pour acheter la force de travail afin qu'elle se reproduise (qu'elle subvienne à ses besoins journaliers). La plus-value réalisée par un capital variable dépend du nombre de travailleurs employés par ce capital pour produire de la plus-value, ainsi que de la plus-value que rapporte chaque travailleur individuel employé par ce capital, cette plus-value dépend du taux de plus-value, c'est-à-dire du temps alloué à la production de la plus-value.

Nous obtenons donc cette loi : la somme de la plus-value produite par un capital variable, est égale à la valeur de ce capital avancé, multipliée par le taux de la plus-value, ou bien, elle est égale à la valeur d'une force de travail, multipliée par le degré de son exploitation, multipliée par le nombre des forces employées conjointement.

Pour obtenir une même masse de plus-value, le capitaliste doit soit pratiquer un taux fort de plus-value sur un nombre réduit d'ouvriers, soit un taux moindre et avoir alors plus d'ouvriers. Cela signifie donc que soit « une diminution du capital variable peut donc être compensée par une élévation proportionnelle du taux de la plus-value ou bien une diminution des ouvriers employés, par une prolongation proportionnelle de leur journée de travail. », ou « alors une diminution du taux de la plus-value n'en affecte pas la masse produite, si le capital variable ou le nombre des ouvriers employés croissent proportionnellement. »

En tous cas, le capitaliste doit employer un nombre minimal d'ouvriers pour obtenir sa plus-value car étant donné que la journée de travail est limitée à 24 heures, même avec un taux de plus-value très important, le travail de quelques ouvriers ne pourra jamais produire autant de plus-value en une seule journée que celui de nombreux ouvriers, même avec un taux de plus-value réduit. Il y a donc une limite imposée par la journée de 24 heures qui limite la capacité d'extension du taux de plus-value. La valeur que va rapporter un capital variable en termes de plus-value, dépend donc principalement du nombre d'ouvriers.

Quatrième section : La production de la plus-value relative

Chapitre 12 : La plus-value relative

La plus-value absolue, qui est la plus-value produite par la simple prolongation de la journée de travail, est à distinguer de la plus-value relative, obtenue par l'abréviation du temps de travail nécessaire pour produire un même produit. La plus-value relative modifie donc la proportion, dans une journée, de temps de travail nécessaire par rapport à celle du surtravail, sans augmenter la durée de cette journée de travail. Ainsi, seule une hausse de la productivité des travailleurs va permettre la hausse de la plus-value relative. Cette hausse de la productivité du travail permet ainsi de produire plus de produit en un temps définit, ou, ce qui revient au même, permet de produire davantage d'un produit définit en moins de temps. La force de travail nécessaire pour produire un même produit se trouve donc réduite, ce qui fait baisser les prix, car un même produit contient moins de travail qu'auparavant.

En augmentant la productivité du travail, la valeur de la force de travail diminue indirectement. En effet le capitaliste, dans sa recherche constante de plus-value, va chercher à diminuer les prix de ses marchandises, chose qu'il ne peut parvenir à faire qu'en augmentant la productivité du travail. Toutefois cette réduction des prix va avoir un impact sur la valeur de la force de travail, car si le prix des moyens de reproduire la force de travail (moyens de subsistances) diminue, alors la valeur de la force de travail diminuera en parallèle. Car la valeur de la force de travail n'est déterminée que par la valeur de son renouvellement. Autrement dit comme le salaire d'un ouvrier est déterminé par le coût de son entretien en nourriture, logement, vêtements... alors si le prix de cet entretien diminue, le salaire baisse également.

L'augmentation de la productivité du travail réduit le temps nécessaire pour reproduire la force de travail. Il faut en effet toujours moins de travail au travailleur pour produire les produits nécessaires à la satisfaction de ses propres besoins, ce qui donne une place toujours plus grande surtravail.

Le développement de la force productive du travail, dans la production capitaliste, a pour but de diminuer la partie de la journée où l'ouvrier doit travailler pour lui-même, afin de prolonger ainsi l'autre partie de la journée où il peut travailler gratis pour le capitaliste.

Chapitre 13 : Coopération

L'origine de la production capitaliste se caractérise par la réunion d'un grand nombre de travailleur pour produire un même objet.

La production capitaliste ne commence en fait à s'établir que là où un seul maître exploite beaucoup de salariés à la fois, où le procès de travail, exécuté sur une grande échelle, demande pour l'écoulement de ses produits un marché étendu. Une multitude d'ouvriers fonctionnant en même temps sous le commandement du même capital, dans le même espace (ou si l'on veut sur le même champ de travail), en vue de produire le même genre de marchandises, voilà le point de départ historique de la production capitaliste.

Mais pour que cette coopération puisse voir le jour, il est nécessaire qu'un seul capitaliste dispose entre ses mains de suffisamment de capital pour subvenir aux besoins de tous ses salariés. Et plus que cela, il est nécessaire que le capitaliste concentre entre ses mains des moyens de production importants pour permettre aux salariés de s'associer. Le travailleur se trouve donc contraint de travailler pour le capitaliste sous un double aspect, tout d'abord car il a été dépossédé de moyens de production pour pouvoir subvenir à ses propres besoins, puis pour pouvoir être intégré à la nouvelle organisation sociale de la production.

Les hommes travaillant ensemble fournissent davantage de travail que s'ils travaillaient séparément.

Cela vient de ce que l'homme est par nature, sinon un animal politique, suivant l'opinion d'Aristote, mais dans tous les cas un animal social.

Cette proportion supérieure de travail obtenue par la coopération entre les ouvriers est d'autant plus profitable au capitaliste qu'il paye l'ouvrier seulement pour le travail individuel qu'il apporte, et non pour le travail collectif supplémentaire qui découle de la coopération.

Chapitre 14 : Division du travail et manufacture

La période manufacturière est limitée, selon Marx, entre la moitié du XVIème siècle, et le dernier tiers du XVIIIème siècle. C'est dans cette période que la manufacture prédomine. Celle-ci se caractérise par la division du travail qu'elle y institue dans l'organisation de sa production. Elle réunit dans un même local divers métiers les faisant travailler de concert, sous la dépendance d'un capitaliste. Ainsi la manufacture peut être soit constituée d'artisans aux métiers divers et indépendants, que l'on désagrège et que l'on simplifie, ou alors d'artisans d'un même genre dont le métier est décomposé en ses opérations diverses, et chacune de ces opérations est isolée. L'artisan dans la manufacture voit ainsi sa fonction réduite à une action spécialisée, qui l'éloigne de ses anciennes capacités lui permettant d'effectuer un métier dans toute son étendue.

De produit individuel d'un ouvrier indépendant faisant une foule de choses, la marchandise devient le produit social d’une réunion d'ouvriers dont chacun n'exécute constamment que la même opération de détail.

Dans tous les cas, la tâche d'un travailleur se trouve décomposée et simplifiée à l'extrême, celui-ci la répète pendant toute sa journée : c'est le travail à la chaîne. Possédant le matériel adapté, le travailleur parcellaire réduit les temps morts, gagne en habileté, il devient donc plus productif. Parallèlement à ces gains de productivité pour le capitaliste, la force de travail perd en valeur puisque sa fonction se limite à une action limitée et simple demandant peu d'apprentissage. Le temps alloué à la reproduction de la force de travail (à son éducation) se trouve donc réduit, ce qui permet d'accorder plus de temps au surtravail et donc d'accroître la plus-value.

Ce qui caractérise la division manufacturière du travail c'est que le produit du travail effectué par le travailleur parcellaire n'est pas une marchandise en tant que telle. Elle devient marchandise par la coopération de l'ensemble des travailleurs sur le produit. Pour que le capitaliste puisse ainsi employer suffisamment de force de travail pour qu'elle soit en mesure de coopérer pour produire un seul produit, il est nécessaire qu'entre ses mains soient concentrée des moyens de production importants, qui étaient auparavant disséminés entre travailleurs indépendants.

Le régime de la manufacture se caractérise donc non plus seulement par le besoin pour le travailleur de se vendre au capitaliste car il ne dispose plus d'outils de production nécessaire à l'exercice de son travail, mais également par la nécessité pour le travailleur de faire partie d'une organisation du travail qui n'est disponible que dans la manufacture. Le capitaliste par la division du travail s'approprie un nombre toujours croissant de travailleurs, accentuant la domination du capital sur le travail.

Dans la manufacture l'enrichissement du travailleur collectif, et par suite du capital, en forces productives sociales a pour condition l'appauvrissement du travailleur en forces productives individuelles.

Les manufactures hétérogènes, c'est-à-dire les manufactures où sont produites des marchandises formées de plusieurs pièces ensuite assemblées en une seule (comme dans le cas d'une fabrique de montre) sont imparfaites et font peu gagner en productivité. En revanche, les manufactures sérielles, c'est-à-dire celles où les marchandises produites parcourent des phases de développement connexes (comme dans le cas de la manufacture d'épingles), sont parfaites, puisqu'elles permettent d'utiliser au maximum le travailleur parcellaire et sa productivité.

La division du travail suppose l'autorité absolue du capitaliste sur des hommes transformés en simples membres d'un mécanisme qui lui appartient.

La manufacture nécessite donc que l'ordre soit maintenu, car les risques d'indiscipline de la part des travailleurs sont grands. Et ce n'est que l'intervention des machines qui « supprima la main-d'œuvre comme principe régulateur de la production sociale  ».

Chapitre 15 : Machinisme et grande industrie

Comme tout ce qui constitue le capital constant (matières premières, bâtiments, etc.), la machine ne produit pas de valeur, elle ne fait que transmettre une partie de sa propre valeur au produit. La valeur de la machine se trouve ainsi progressivement disséminée dans tous les produits qu'elle à créée, sans pour autant avoir créé la moindre valeur. Cette valeur transmise étant calculée à la fois par tous les frais d'entretiens (usure, matière premières…) qu'engendre la production du produit, mais aussi par la quantité de travail humain contenu dans la machine pour sa fabrication. Par ailleurs la valeur transmise par la machine à chaque produit est d'autant plus faible que la machine dure longtemps. En effet comme la machine a une valeur fixe, plus elle fonctionnera dans la durée, plus elle transférera une partie de sa valeur à un grand nombre de produits, et plus la valeur qu'elle transfert dans chaque produit sera réduite. Ce processus ne permet pas de faire baisser la valeur du produit, au contraire, il en ajoute une valeur supplémentaire (celle que la machine transmet au produit).

Au lieu de le rendre meilleur marché, elle [la machine] l’enchérit [le produit] en proportion de ce qu'elle vaut.

Si les machines sont employées c'est avant tout car ils ont une plus grande capacité productive que l'homme. Le machinisme pousse donc à remplacer le capital variable (travailleur vivant), par du capital fixe (machines, bâtiments, matières premières…), poussant un grand nombre de travailleurs au chômage. Mais en parallèle de cette plus grande capacité productive, l'emploi de la machine n'est source d'aucune plus-value, car seul le travail humain permet de créer de la plus-value que le capitaliste va s'approprier. Par conséquent le machinisme pousse donc à réduire la plus-value que le capitaliste peut s'approprier.                                                                  Pour résoudre cette contradiction le capitaliste doit donc, avec un nombre réduit d'ouvriers, s'approprier davantage de plus-value en allongeant la part de surtravail (le travail non payé comptabilisé dans la plus-value et qui appartient au capitaliste) dans le travail total.

Pour augmenter la part de surtravail non payé, le capitaliste dispose de deux moyens, soit en allongeant la journée de travail, ou en augmentant l'intensité du travail (en accroissant l'exploitation). L'objectif de ces mesures étant de produire davantage en étant payé moins cher que le travail effectué. Ainsi pour soutenir la production de masse qu'engendre le machinisme, tout en assurant une plus-value confortable au capitaliste, le travailleur humain doit recevoir une part toujours plus faible en argent du travail effectué. C'est de cette manière que le prix des marchandises peuvent baisser.

Comme tout autre développement de la force productive du travail, l'emploi capitaliste des machines ne tend qu'à diminuer le prix des marchandises, à raccourcir la partie de la journée où l'ouvrier travaille pour lui-même, afin d'allonger l'autre où il ne travaille que pour le capitaliste. C'est une méthode particulière pour fabriquer de la plus-value relative.

Afin de tirer le meilleur profit de la machine, le capitaliste doit l'utiliser dans un temps toujours plus réduit, à la fois pour qu'elle ne s'use pas par le temps, aussi pour réduire l'impact des machines plus avancées qui seraient créées entre temps et ferait donc baisser la valeur de la machine, mais également pour pouvoir absorber une plus grande quantité de surtravail. Tous ces facteurs poussent le capitaliste à réclamer un allongement de la journée de travail. De plus l'allongement de la journée de travail ne nécessite pas de frais supplémentaires en capital fixe. Non seulement donc la plus-value augmente, mais les dépenses nécessaires pour l'obtenir diminuent. 

L'allongement de la journée de travail permet donc de faire fructifier plus rapidement le capital en absorbant une quantité de plus-value toujours plus grande. Et plus l'emploi de capital fixe (machines) est important, plus l'allongement de la journée de travail permet de renouveler ce capital rapidement.

Avec l'arrivée de la machine, disposant d'une force productive beaucoup plus grande que l'homme qui lui permet de produire plus dans un temps réduit, la valeur de la force de travail se trouve dépréciée sur le marché. Le travail des femmes et des enfants se normalisa à mesure de la baisse des salaires que la concurrence de la machine exerça. Alors que le travail d'un seul suffisait à la fois pour faire vivre une famille et payer en sur-travail la plus-value au capitaliste, l'extension du machinisme dans l'industrie poussa des familles entières dans le salariat et dans le travail non payé (surtravail).

C'est ainsi que la machine, en augmentant la matière humaine exploitable, élève en même temps le degré d'exploitation.

Comme le travailleur doit vendre sa force de travail comme une marchandise, le machinisme, à la suite de la division du travail, réduit cette force à une aptitude parcellaire et facile à employer. La valeur d'échange de la force de travail se trouve donc amoindrie à mesure que la machine et l'organisation du travail facilite son emploi.

L'emploi capitaliste du machinisme altère foncièrement le contrat, dont la première condition était que capitaliste et ouvrier devaient se présenter en face l'un de l'autre comme personnes libres, marchands tous deux, l'un possesseur d'argent ou de moyens de production, l'autre possesseur de force de travail. Tout cela est renversé dès que le capital achète des mineurs. Jadis, l'ouvrier vendait sa propre force de travail dont il pouvait librement disposer, maintenant il vend femme et enfants; il devient marchand d'esclaves.

Le travail des femmes et des enfants est donc particulièrement adapté à ce nouveau mode de production puisque ceux-ci sont moins payés qu'un homme adulte, permettant de soutirer davantage de plus-value, tout en s'adaptant rapidement à des machines faciles à utiliser. Le développement du machinisme voit ainsi s'accroître le nombre de travailleurs femmes et enfants dans nombres de branches de l'industrie, tandis que l'emploi d'hommes adultes y diminue.

Toutes ces conséquences sur l'organisation sociale de la production se répercutent également au niveau de l'économie mondiale. En effet le développement du machinisme à plusieurs conséquences, tout d'abord il pousse à accroître la production de matières premières, les machines étant de grandes consommatrices, de plus le machinisme réduit les prix des marchandises fabriquées, enfin il pousse à développer les moyens de communications afin de vendre des produits toujours plus nombreux sur le marché à mesure de l'accroissement de la production. Tous ces facteurs poussent les capitalistes à conquérir de nouveaux marchés dans des pays toujours plus éloignés, disposant d'une faible productivité du travail. Toutefois en introduisant le machinisme dans ces pays, la main d’œuvre indigène voit sa force de travail dépréciée, elle devient incapable de rivaliser avec l'industrie des pays disposant d'une plus grande capacité productive. La production de ces pays se tourne donc essentiellement vers les matières premières, qu'elle peut vendre aux pays les plus développés pour qu'ils puissent développer leur industrie. Une nouvelle division internationale du travail émerge, dans laquelle une partie se limite à la production agricole et minière, tandis que l'autre se concentre sur la production industrielle.

Cette nouvelle division internationale du travail, couplée à une production toujours croissante, rend le marché instable et fréquemment en crise. Ainsi à une période d'activité moyenne dans laquelle la production peut s'écouler normalement, s'ensuit une période de prospérité poussant les producteur à produire plus en voyant la forte possibilité de débouchés pour les produits, puis une période de surproduction lorsque les produits arrivant en masse sur le marché n'arrivent plus à s'écouler, ceci débouchant sur une période de crise avec des faillites et du chômage, avant qu'une nouvelle période de stagnation revoit le jour. Les périodes de crises sont de plus en plus fréquentes avec le développement du machinisme et de la concurrence capitaliste. L'instabilité et l'incertitude de ce mode de production anarchique se répercute également sur l'ouvrier qui se trouve dépendant des variations du cycle industriel. La source des ces crises provient essentiellement de la lutte acharnée à laquelle les capitalistes sont confrontés afin de faire le plus de profits. Ces profits proviennent en effet de leur place dans le marché, qui ne peut se faire que par des prix bas pour leur produits. Ainsi la quête effrénée de profits des capitalistes les poussent à utiliser des machines toujours plus performantes pour supplanter une part toujours croissante d'ouvriers.

Si selon certains économistes, selon une loi de la compensation, les ouvriers dégagés par l'arrivée de la machine trouveront forcément de l'emploi dans une autre branche de l'industrie, on remarque au contraire que dans ce cas, s'ils parviennent à se tirer du chômage, c'est pour pratiquer des emplois « d'esclaves domestiques modernes ».

Avec l'avènement du machinisme, l'ouvrier devient moteur de la machine, il n'intervient plus directement sur le produit fabriqué.

Dans la manufacture et le métier, l'ouvrier se sert de son outil ; dans la fabrique, il sert la machine.

La machine fixe donc le rythme de travail de l'ouvrier, qui est contraint de le suivre sous peine de punitions prenant la forme de retenues de salaire. L'environnement de travail est malsain : des particules de matières premières inondent l'air ambiant, le bruit est constant, les accidents du travail sont innombrables.

La lutte contre la machine, comme source de remplacement du travail de l'homme, était d'abord dirigé contre le moyen matériel de production avant d’être orienté vers le mode social de production. Il fallut ainsi une période pendant laquelle les ouvriers s'attaquaient aux fabriques, avant de revendiquer des augmentations de salaires. L'ouvrier distingua ainsi la machine, comme source d'augmentation de la production, de son emploi capitaliste, comme source d'appauvrissement et de chômage de l'ouvrier.

Le développement de la grande industrie supprime la coopération auparavant fondée sur la division du travail. La manufacture et le travail à domicile se trouvent mis à l'épreuve et doivent donc s'adapter. Alors que dans les manufactures les conditions de travail empirent du fait de l'accroissement de la concurrence, le travail à domicile, pour survivre, devient dépendant des commandes des fabriques et de leurs fluctuations. Les ouvriers de ce mode de production sont donc successivement noyés par le travail et contraints au chômage.

Là, il [le capitaliste] peut donc recruter d'une manière systématique une armée industrielle de réserve, toujours disponible, que décime l'exagération du travail forcé pendant une partie de l'année et que, pendant l'autre, le chômage forcé réduit à la misère.

L'ensemble des conséquences sur la vie sociale du développement du machinisme va pousser la société à se protéger de sa propre dégradation. En effet pour limiter les dérives de ce système, une loi des fabriques va être mise en place limitant notamment la journée de travail, encadrant plus strictement le travail des enfants, et poussant à leur éducation. Toutefois si la législation pour les fabriques se développe, ce n'est que tardivement, et celle-ci est imparfaite et manque d'efficacité, car les agents de contrôle étant peu nombreux, elle n'est presque jamais respectée. De plus ces lois, cherchant à la base à limiter l'impact négatif du machinisme, va au contraire accroitre le problème. En effet en limitant le travail des enfants, le capitaliste va être encore plus poussé de remplacer l'homme par la machine pour continuer à engranger des parts de marché et donc du profit. Ainsi cette nouvelle législation pousse les industriels à accroitre leur part en capital pour pallier les pertes liées à la limitation de l'emploi des enfants. Sauf que seul les grandes entreprises peuvent investir autant en capital, condamnant nombre d'artisans et de moyennes entreprises à la surexploitation du travail ou à la faillite, et accentuant la concentration des capitaux entre les mains des grandes entreprises.

Dans l'agriculture également, l'emploi capitaliste de la machine se développe et détruit des emplois.

Dans l'agriculture moderne, de même que dans l'industrie des villes, l'accroissement de productivité et le rendement supérieur du travail s'achètent au prix de la destruction et du tarissement de la force de travail.

Cinquième section: Recherches ultérieures sur la production de la plus-value

Chapitre 16 : Plus-value absolue et plus-value relative

Au sein du système capitaliste ce qui est considéré comme productif c'est le travail qui réalise une plus-value et plus seulement le travail utile.

Cette plus-value n'existe que lorsque le travailleur à produit suffisamment pour subvenir à ses propres besoins. Ce n'est qu'à partir de cet instant que le travailleur peut commencer à produire pour autrui, à effectuer un surtravail qui va engendrer de la plus-value. La base générale du système capitaliste se caractérise par la prolongation de la journée de travail de telle sorte que le travailleur produise plus que ce qu'il lui faut pour subvenir à ses propres besoins. Ce surplus de travail, le surtravail, est alloué au capitaliste. Dans ce mode de production la journée est donc divisée en deux partie, l'une au travail nécessaire et l'autre au surtravail.

Lorsque la journée de travail ne peut plus être allongée, fournissant de la plus-value absolue au capitaliste, ce dernier doit trouver un autre moyen de s'approprier de la plus-value. Pour cela il conçoit des méthodes permettant au travailleur de produire plus dans un même temps et pour un même salaire. Cette méthode est créatrice de plus-value relative. Ici le travailleur n'a plus besoin d'allonger son travail dans le temps pour produire suffisamment de plus-value, il n'a qu'à accroitre la capacité productive de sa force de travail. Dans les deux cas la finalité reste la même, le surplus de production du travailleur ne lui revient pas, elle est appropriée par le capitaliste. 

L'existence même de la plus-value est subordonnée à un accroissement des forces productives, c'est-à-dire à un accroissement de la productivité du travail par des progrès technologiques ou par une organisation du travail plus productive. Car si le travailleur ne dispose pas suffisamment de force productive pour subvenir à ses propres besoins, il n'aurait encore moins la possibilité d'effectuer un surtravail pour subvenir aux besoins d'autrui. Dès lors ce n'est qu'avec un degré de productivité suffisamment important que peut apparaître les premières classes possédantes de la force de travail, comme les esclavagistes, les seigneurs féodaux ou les capitalistes. Il n'y a de classe de propriétaire qu'avec un développement des forces productives suffisamment conséquent pour libérer du travail une partie de la population, qu'une fois que le travail a pu être socialisé et n'est plus individuel.

Cela ne signifie pas pour autant que dès que le travail est suffisamment productif pour effectuer un surtravail, alors celui-ci sera effectué. Certaines société n'ont pas eu le besoin d'engendrer un surtravail pour subvenir à leurs besoins. Dès lors un travail très productif ne peut engendrer aucune plus-value, car aucun besoin de surtravail n'est nécessaire pour subvenir aux besoins de la société. Ainsi ce n'est pas la productivité du travail qui est source de plus-value, mais le surtravail. Ce n'est que dès lors qu'il y a sur-travail que le travail engendre une plus-value pour autrui.

Chapitre 17 : Variations dans le rapport de grandeur entre la plus-value et la valeur de la force de travail

Trois facteurs déterminent le rapport de grandeur entre la plus-value et la force de travail : la durée du travail, le degré d'intensité du travail et son degré de productivité. Les différentes variations de ces facteurs font ainsi augmenter ou baisser la part de surtravail dans la journée.

Chapitre 18 : Formules diverses pour le taux de la plus-value

P / V = Plus-value / Capital Variable = Plus-value / Valeur de la force de travail = Surtravail / Travail Nécessaire

Sixième section : Le salaire

Chapitre 19 : Transformation de la valeur ou du prix de la force de travail en salaire

Le salaire est attribué à l'ouvrier en contrepartie de son travail effectué, mais il ne rétribue en fait que le travail nécessaire (et non le surtravail). Toutefois, il donne l'impression à l'ouvrier que c'est son travail dans son intégralité qui est payé.

Le rapport monétaire dissimule le travail gratuit du salarié pour son capitaliste.

Chapitre 20 : Le salaire au temps

Le salaire au temps correspond au rapport de la valeur journalière de la force de travail sur la journée de travail d'un nombre d'heures donné. Si le salaire au temps est bas, l'ouvrier va donc devoir travailler plus pour s'assurer un salaire moyen à peine convenable.

Chapitre 21 : Le salaire aux pièces

Le salaire aux pièces dérive du salaire au temps. Il est payé si les pièces produites sont en bon état, et, si le nombre de pièces produites est insuffisant, l'ouvrier est congédié. Le salaire aux pièces assure donc au capitaliste la qualité et l'intensité du travail, il rend donc la surveillance superflue, ce qui permet le travail à domicile. De plus, il encourage l'augmentation de la productivité, ce qui fait par la suite baisser la valeur du produit et donc fait baisser le salaire de l'ouvrier.

Chapitre 22 : Différence dans le taux des salaires nationaux

Plus la production capitaliste est développée dans un pays, plus la valeur relative de l'argent est petite, et, si le prix du travail paraît bon marché, il est en fait supérieur à celui des autres pays.

Septième section : Accumulation du capital

Chapitre 23 : Reproduction simple

Pour produire de manière continue, le capitaliste doit continuellement retransformer une partie de ses produits en moyens de production. De ce fait, par le processus de production, le capitaliste produit et reproduit la force de travail. Ainsi, le capitaliste souhaite juste « limiter la consommation individuelle des ouvriers au strict minimum », afin que l'ouvrier puisse reproduire sa force de travail.

Aussi, si la plus-value est entièrement dépensée par le capitaliste, on assiste à un phénomène de reproduction simple : le capitaliste reproduit toujours le processus de production dans les mêmes mesures, il obtient ainsi une part constante de plus-value.

Chapitre 24 : Transformation de la plus-value en capital

En revanche, si le capitaliste ne dépense pas l'intégralité de la plus-value qu'il s'est appropriée, il la « capitalise », c'est-à-dire qu'il la réinvestit dans le processus de production, ce qui lui permettra par la suite d'en retirer une quantité croissante de plus-value. Ainsi, c'est grâce à cette capitalisation de la plus-value que se produit l'accumulation.
Pour certains, le capitaliste doit donc pratiquer l'abstinence, c'est-à-dire qu'il doit s'efforcer de consommer le moins possible de la plus-value (il doit donc résister à l'envie de la consommation ostentatoire), afin de la capitaliser.

Si le prolétaire n'est qu'une machine à produire de la plus-value, le capitaliste n'est qu'une machine à capitaliser cette plus-value.

Plus le degré d'exploitation de la force ouvrière est grand, plus le capital provenant de la plus-value est capitalisé, et plus le capital avancé est grand, plus l'accumulation sera importante.

Chapitre 25 : Loi générale de l'accumulation capitaliste

Face à l'accélération de l'accumulation, l'excès de capital fait que le travail offert devient insuffisant, ce qui tendrait à entraîner une hausse des salaires et donc une baisse proportionnelle du travail gratuit.

Toutefois, plus le capital s'accumule et se concentre, plus la part attribuée au capital variable diminue au profit du capital constant. De ce fait, il se constitue une surpopulation relative :

[...] elle forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d'une manière aussi absolue que s'il l'avait élevée et disciplinée à ses propres frais. Elle fournit […] la matière humaine toujours exploitable et toujours disponible [...]

Le capitaliste a donc intérêt à l'apparition de cette surpopulation.

Il en résulte la loi générale suivante : la réserve industrielle est d'autant plus nombreuse que la richesse produite, l'accumulation du capital, le nombre absolu de la classe ouvrière et la productivité de son travail sont considérables. Plus la armée de réserve grossit, plus le paupérisme officiel s'accroît.

Le cas de l'Angleterre illustre bien cette loi : alors que la classe ouvrière était en surnuméraire, que sa productivité s'est accrue, on a assisté à une augmentation du nombre de gens imposés, qui a subi une augmentation de 20 % entre 1853 et 1861, et témoigne donc du mouvement d'accumulation du capital et d'augmentation de la richesse produite. Parallèlement, le nombre de personnes inscrites sur la liste officielle des pauvres a subi une hausse de 14 % entre 1855 et 1865.

Pour les classes ouvrières et les mineurs, les conditions de travail sont insoutenables, celles de vie sont effroyables : les quantités de nourriture absorbées sont inférieures aux limites où se déclarent les maladies d'inanition, au niveau des logements « plus l'accumulation du capital est rapide, plus les habitations ouvrières deviennent misérables », les ouvriers et les mineurs sont entassés dans des baraques insalubres qu'ils louent malgré tout à des prix élevés, elles sont le foyer de maladies telles que vérole, fièvre scarlatine, choléra… En cas de crise, même les ouvriers les mieux payés doivent se rendre dans les « workhouses » pour obtenir de la nourriture qu'ils ne peuvent plus se fournir.                                                                                                                                 Avec l'abolition des corn Laws, le capital et le machinisme investissent en masse les campagnes. Les ouvriers agricoles voient leurs salaires s'effondrer et leurs conditions de vie deviennent telles que les hommes sont mieux nourris dans les prisons anglaises que ce que le sont les ouvriers agricoles. Ils sont expropriés, la destruction de leur habitat leur pose autant de problèmes de logement que pour les ouvriers.

Huitième section

Chapitre 26 : Le secret de l'accumulation primitive

Le processus de production suppose l'avance d'un capital par le capitaliste, il existe donc nécessairement une accumulation primitive.

Cette accumulation primitive joue dans l'économie politique à peu près le même rôle que le péché originel dans la théologie. Adam mordit la pomme, et voilà le péché qui fait son entrée dans le monde.

Chapitre 27 : L'expropriation de la population campagnarde

Les capitalistes ont spolié l'Église de ses biens, aliéné les domaines de l'État, pillé et enclos les terrains communaux afin de se les approprier. Ils ont ainsi exproprié la population vers l'industrie des villes.

Chapitre 28 : Législation sanguinaire contre les expropriés à partir de la fin du XVe siècle. - Lois sur les salaires.

En Angleterre, les lois concernant la condamnation du vagabondage se succèdent. Elles condamnent les hommes errants à la torture, à l'emprisonnement, à l'esclavage et même parfois à la mort, alors que leur vagabondage résulte de leur expropriation. Celle-ci a été effectuée par les capitalistes, qui sont d'autre part les juges qui les condamnent.

De même, des lois fixent les salaires des ouvriers, qui ne doivent en aucun cas être dépassés, sous peine d'emprisonnement de l'ouvrier et même du patron ; en revanche, aucune loi ne fixe de salaire minimum.

Chapitre 29 : Genèse des fermiers capitalistes

En Angleterre, après la chute du système féodal, le fermier est d'abord un bailli (un serf), puis il devient un métayer, c'est-à-dire un fermier qui avance le capital, le fait valoir. Avec l'usurpation des parties communales, il accroît son bétail et en tire des profits. Au XIXème siècle, la dépréciation de la monnaie due à celle des métaux précieux permet la baisse des salaires (dont ceux des ouvriers) alors que les prix des produits agricoles s'enchérissent. Le fermier capitaliste s'enrichit donc rapidement.

Chapitre 30 : Contrecoup de la révolution agricole sur l'industrie. Établissement du marché intérieur pour le capital industriel.

À la suite de leur expropriation des terres, les cultivateurs sont transformés en salariés par la révolution agricole. Devenus des marchandises, ils sont attirés dans les villes, et forment ainsi le marché intérieur pour le capital industriel.

Chapitre 31 : Genèse du capitaliste industriel

La propriété privée est fondée sur le travail personnel, celle des capitalistes est fondée sur le travail d'autrui. C'est par l'expropriation des travailleurs, le pillage des richesses et des hommes des colonies, la perception de l'usure que le capital industriel se développe peu à peu et prend le contrôle de la production capitaliste. Le capital arrive au monde « suant le sang et la boue par tous les pores ».

Chapitre 32 : Tendance historique de l'accumulation capitaliste.

L'accumulation capitaliste passe par l'expropriation du peuple travailleur. La « propriété privée capitaliste » est « fondée sur l'exploitation du travail d'autrui, sur le salariat ».

L'évolution du capital va dans le sens de sa concentration, et de sa mondialisation, entraînant « l'entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel ».

En conséquence, s'accroissent :

[...] la misère, l'oppression, l'esclavage, la dégradation, l'exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante [...]

Au terme du développement du capitalisme « le monopole du capital devient une entrave », le mode de production doit changer et la propriété capitaliste devenir propriété sociale. Le capitalisme s'est constitué par « l'expropriation de la masse par quelques usurpateurs », sa chute sera « l'expropriation de quelques usurpateurs par la masse ».

Chapitre 33 : La théorie moderne de la colonisation

La richesse coloniale n'a qu'un seul fondement naturel : l'esclavage.

L'étude de l'émergence du capitalisme dans les colonies prouve pour Marx que :

[...] le mode de production et d'accumulation capitaliste, et partant la propriété privée capitaliste, présuppose l'anéantissement de la propriété privée fondée sur le travail personnel ; sa base, c'est l'expropriation du travailleur.

Idées principales de l'œuvre

La conclusion de Marx est que le capitalisme est un système à la fois injuste et instable, qui aliène les êtres humains, et dont la base est « l'expropriation des travailleurs » sous la forme du système de salaire. En outre, Marx estime que le capitalisme devra être remplacé par un mode de production fondé sur la propriété commune, remplaçant le travail salarié par le travail libre et coopératif.

Contexte de l'écriture du Capital

Du 17 avril à la mi‑mai 1867, Marx est hébergé à Hanovre par son ami Louis Kugelmann, où il travaille à la correction de ses brouillons de la première édition du Capital.[1]

Kugelmann a beaucoup fait pour populariser l'œuvre de Marx en Allemagne. Son dévouement lui a valu les éloges de Marx :

S'il y avait en Allemagne six personnes de votre calibre, la résistance de la masse des philistins et la conspiration du silence des spécialistes seraient [...] vaincues [2]

Ou encore :

Vous avez plus fait pour mon livre que l'Allemagne tout entière[3]

L'éditeur du Capital était également ravi de la publicité de Kugelmann.[4] Médecin connu, Kugelmann avait de nombreuses relations dans la bourgeoisie hanovrienne et pouvait toucher et faire toucher des organes de presse libéraux. Il réussit effectivement à faire insérer dans plusieurs journaux des comptes rendus anonymes du Capital qu'Engels avait écrits à la demande de Marx. C'est à cette occasion qu'Engels à son tour est entré en relation épistolaires avec Kugelmann et cette correspondance, dont on trouvera plus loin quelques exemples, se poursuivra d'ailleurs jusqu'à la mort d'Engels.

La correspondance entre Marx et Kugelmann renseigne beaucoup sur les conditions économiques et sanitaires douloureuses dans lesquelles Marx a écrit Le Capital. Dans sa lettre du 11 octobre 1867, Marx dira qu'aucun autre ouvrage n'a sans doute été écrit dans des conditions plus difficiles.

Marx voulait s'atteler à la « mise au net » du Capital dès 1863, alors qu'il ne put le publier qu'en 1867. Il était retardé non seulement par les tâches d'organisation de l'Association internationale des travailleurs, mais également parce que « sa situation économique atteint un point critique »[5]. Elle est quasi désespérée. Les dettes se sont accumulées. Engels ne cesse de lui venir en aide, mais cette aide ne peut suffire à faire vivre toute la famille. Et Marx se refuse à prendre une « occupation pratique » parce qu'il estime plus important « de travailler pour la cause »[6] et de terminer son ouvrage, auquel, à certains moments, il travaille « douze heures par jour »[6] consacre ses jours et ses nuits : « J'étudie le jour et j'écris la nuit. »[7] L'achèvement de cet ouvrage lui tient tellement à cœur, le préoccupe si fort qu'il en délire et parle en dormant de tel ou tel chapitre qui lui trotte par la tête, lorsqu'au début de 1866, un nouvel et grave accès de furonculose est venu interrompre l'ultime mise au point[8].

Les différents livres du Capital

L'ouvrage connu sous le nom de Capital est en général le Livre I, qui devait être le premier tome d'un vaste ensemble que Marx n'a jamais eu le temps de finir. Le plan de l'ouvrage a évolué, et sa forme actuelle est définie dans une lettre à Kugelmann du 13 octobre 1866.

Notes

  1. Lettres à L. Kugelmann - Avant-propos
  2. Lettre de Marx à Kugelmann du 7 décembre 1867
  3. Lettre de Marx à Kugelmann du 12 octobre 1868
  4. Lettre de Marx à Kugelmann du 11 février 1869
  5. Lettres à Kugelmann du 23 août et du 9 octobre 1866
  6. 6,0 et 6,1 Lettre à Kugelmann du 9 octobre 1866
  7. Lettre à Kugelmann du 6 avril 1866
  8. Lettre de Mme Marx du 26 février 1866