Patriarcat

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Le patriarcat est la domination des hommes sur les femmes, organisée socialement. C'est une caractéristique des sociétés humaines, qui existait avant que celles-ci soient divisées en classes. L'analyse des fondements du patriarcat d'un point de vue matérialiste et son articulation avec les modes de production sont l'objets de nombreux débats dans le mouvement féministe, y compris parmi les communistes révolutionnaires.

Historique

Continuité avec les animaux ?

Certains soutiennent que l'étude des sociétés d'animaux (sociologie animale, éthologie) peut être utile pour l'étude de l'origine du patriarcat. En effet, étant donné que le darwinisme et la génétique nous apprennent qu'il y a de nombreux éléments de continuité entre nous et les autres animaux, il y a peut-être des éléments de continuité y compris dans certaines formes d'organisation. Cela semble par exemple vérifié pour l'interdit de l'inceste, observé chez les chimpanzés.

Mais il n'y a pour l'instant que des hypothèses difficiles à confirmer. La plupart des féministes sont à juste titre méfiantes envers le milieu de la recherche (majoritairement masculin), qui peuvent conduire à des biais de confirmation de préjugés essentialistes.

La capacité des femelles à procréer semble néanmoins avoir joué un rôle important. Elle les aurait placé assez tôt sous un statut de protection par la bande, et donc de contrainte. Cela aurait aussi entraîné des échanges de femelles entre groupes, façon de coopérer pour survivre à l'échelle de l'espèce.

De fait, la division sexuelle du travail est un attribut de notre espèce, homo sapiens. On ne sait pas dire actuellement si la division sexuelle du travail est apparue avant que l'homme soit biologiquement ce qu'il est aujourd'hui (vers -200 000 ans), voire avant même les premiers représentants du genre homo (- 2,5 millions d'années). Certains soutiennent  l'hypothèse que Néanderthal aurait ignoré la division sexuelle du travail, et que ce facteur aurait contribué à sa défaite face aux sapiens.

Parmi les espèces de singes qui nous sont proches, aucune ne pratique une stricte division sexuelle du travail qui éloigne notamment de manière absolue les femelles de la chasse. Mais chez plusieurs espèces, comme par exemple les chimpanzés, la femelle chasse peu et montrent moins d’appétence pour la viande - les biologistes l'expliquent par les contraintes liées à la maternité, mais aussi par le dimorphisme sexuel (différenciation biologique des sexes), beaucoup plus prononcé que chez les hommes.

Chez les singes, on constate que le dimorphisme sexuel favorise des stratégies alimentaires différentes (mais il ne faut pas confondre cela avec la division sexuelle du travail : ces stratégies alimentaires différentes ne conduisent pas à des transferts réguliers et codifiés de nourriture d’un sexe vers l’autre).

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Certains babouins et macaques présentent l’image de mâles exerçant un strict contrôle sur des femelles soumises. Chez les orangs-outangs, le mâle, associé sur un vaste territoire à plusieurs femelles vivant chacune dans leur zone propre, s’investit très peu dans la progéniture. Chez les gorilles un mâle adulte est à la tête d’un groupe composé de plusieurs femelles et de petits, qu’il protège et contribue à éduquer. Les chimpanzés vivent en bandes réunissant plusieurs mâles et femelles adultes, où les mâles semblent bénéficier d’un certain ascendant lié à leur comportement plus solidaire. La situation est inversée chez les bonobos, où ce sont plutôt les femelles qui donnent le ton.

On peut aussi observer une grande diversité de "stratégies sexuelles" (compétition entre mâles ou entre femelles, coopération...). Même au sein d'une espèce, les comportements sont susceptibles de varier considérablement en fonction du milieu, mais aussi, semble-t-il, d’un acquis qui est une forme embryonnaire de « culture ».  Le dimorphisme sexuel semble d'autant plus marqué que la compétition pour l’accès aux femelles est forte. Mais il y a de nombreuses autres organisations que celles fondées sur la compétition.

Premières sociétés

D'après les connaissances actuelles, il n'a jamais existé de domination féminine (contrairement à un certain mythe du matriarcat). Au contraire, même dans les premières sociétés sans classe, la condition des femmes a varié de l'égalité à la domination masculine. On suppose que les groupes de chasseurs-cueilleurs fournissent un exemple de communisme primitif antérieur à la révolution néolithique, et donc permettent d'en observer les caractéristiques. Certains comme E. Leocock pensent cependant qu'il a existé des sociétés sans domination masculine, et que les sociétés observées (par exemple par F. Héritier et M. Godelier) sont ainsi car elles sont influencées par des sociétés inégalitaires.

Il y a très généralement une division sexuelle du travail. La plupart du temps, ce sont les femmes qui assurent le travail de cueillette, tandis que les hommes chassent. Même si l'on a pu constater dans certains cas que des femmes n'étant pas encore en âge de procréer pouvaient se joindre aux chasseurs. On constate une plus faible mobilité des femmes. Il a été observé qu'un homme chez les Bushmen parcourt une distance moyenne annuelle deux fois plus grande qu'une femme. Autre source majeure de différenciation des rôles : la guerre avec d'autres clans. D'abord, elle est très liée dans sa pratique à la chasse, ce qui tend fortement au monopole des hommes. Cette maîtrise de la guerre aurait permis aux hommes de concentrer très tôt en leurs mains le pouvoir politique. Économiquement, hommes et femmes sont des producteurs et se partagent les produits de leur travail, même de façon inégale. Il y a en même temps complémentarité et hiérarchie. 

Malgré l'universalité du patriarcat, on constate une forte variabilité selon les cultures. Chez les aborigènes australiens, la gérontocratie est très marquée, les jeunes femmes sont destinées en priorité aux hommes âgés, et le divorce est inconcevable. A l'inverse, chez les Pygmées ou les Bushmen, les femmes peuvent quitter leur mari librement, avec ou sans leurs enfants, et la violence physique envers elles est très rare. On observe une quasi-égalité chez les indiens Naskapi du Canada.

On constate aussi une forte présence de tabous liés au sang des menstruations, et au danger qu’il y aurait à rapprocher le sang féminin de celui du gibier.[1]

Agriculture, élévage et filiation

La maîtrise de l'agriculture et de l'élevage ont apporté de profonds changements sociaux. C'est à partir de ce moment que se sont multipliées les sociétés à système linéaire : la descendance des possessions et du pouvoir se fait par les hommes (système patrilinéaire) ou par les femmes (système matrilinéaire), parfois de façon combinée (système bilinéaire).

Dans les communautés agricoles, on trouve de nombreux exemples de sociétés matrilinéaires (Chine néolithique, Akan d'Afrique...) Certains anthropologues suggèrent même que cela pourraît être une étape universelle de l'évolution sociale, la paternité étant moins assurée que la maternité dans un contexte où la mariage ou même la monogamie n'est pas établie. Attention, famille matrilinéaire ne signifie pas "matriarcat" au sens de domination des femmes-mères. Cela signifie simplement que la transmission des biens se fait par la mère. Concrètement, c'est le plus souvent le frère de la mère qui commande le foyer et les enfants.

Apparition des classes

A l'échelle historique, on peut affirmer que les révolutions néolithiques ont eu pour conséquence l'apparition des classes sociales. La domination de classe est alors venue se combiner à la domination sexuelle.

Il semblerait que la domination masculine se soit renforcée à ce moment-là, en raison du besoin de contrôle des hommes sur leur descendance, pour veiller à la transmission de leur propriété privée. Les mariages d'intérêt et la restriction de la liberté (divorce...) tendent à se renforcer.

Sociétés antiques

Dans l'Égypte antique, les femmes semblent avoir bénéficié d'une bien plus grande considération que dans le monde gréco-romain. Elles étaient égales devant la loi, pouvaient divorcer, intenter un procès pour récupérer les biens du ménage, être "patronnes" (comme, par exemple, la dame Nénofèr au Nouvel Empire) ou médecin comme la dame Pésèshèt à la IVème dynastie et même pharaon. Les moralistes égyptiens appelent avec insistance les hommes à respecter les femmes, ce qui laisse supposer qu'il n'était pas rare dans la pratique que l'homme utilise la violence. Parmi les fonctionnaires, les femmes occupaient de nombreux postes de scribe, et parfois de vizir (Nébet, VIe dynastie), même si cela resta très rare (il faudra attendre la XXVIe dynastie pour retrouver pareille situation). Au Nouvel Empire où toute la « fonction publique » est tenue par des hommes.

La Grèce antique était une société patriarcale assez marquée. Il semble que la condition des femmes se soit dégradée sous le "Moyen-Âge hellénique" (-1200 à -800 av. JC) avant de s'adoucir.[2] Cependant la colonisation grecque a reposé sur le mariage par rapt : les colons athéniens fondateurs de Milet tuent les hommes autochtones et s'emparent des femmes.

Au 5ème siècle av JC, les Athéniennes de bonne famille étaient recluses dans le gynécée, d'où elles ne sortaient, toujours accompagnées d'une esclave, que pour faire un achat personnel, pour participer à des fêtes religieuses ou à l'occasion de cérémonies familiales (mariage, funérailles). En revanche, les femmes du peuple apportent au ménage un complément de ressources en vendant leur surproduction agricole ou artisanale : olives, fruits et légumes, herbes... Selon l’Économique de Xénophon, les tâches qui incombent aux femmes sont de filer et la laine, préparer et réparer les vêtements (couture) et également veiller à l’état des grains et autres provisions, du garde-manger et veiller aux soins des serviteurs malades.

Les femmes n'avaient pas de statut juridique ni de droit politique et étaient sous la dépendance d'un maître, père, mari ou tuteur. Les jeunes filles n'étaient pas consultées sur le choix d'un époux ; c'était leur père qui choisissait. Leur premier devoir, en présence des hommes, était de se taire. La plupart du temps, elles n'assistaient pas aux repas des hommes, auxquels joueuses de flûte et courtisanes, des esclaves, étaient seules admises. Au 4ème siècle av JC encore Aristote semble approuver pleinement ce vers de l'Ajax de Sophocle : « Femmes, le meilleur ornement de votre sexe, c'est le silence ». Quand Aristophane évoque le droit de vote des femmes[3], c'est pour l'aspect burlesque de l'idée...

Une stricte fidélité est exigée de l'épouse : son rôle est de donner naissance à des fils légitimes qui puissent hériter des biens paternels. Le mari surprenant sa femme en flagrant délit d'adultère est ainsi en droit de tuer le séducteur sur-le-champ. La femme adultère, elle, peut être renvoyée. Selon certains auteurs, l'époux bafoué serait même dans l'obligation de le faire sous peine de perdre ses droits civiques. En revanche, l'époux n'est pas soumis à ce type de restriction : il peut recourir aux services d'une hétaïre (prostituée) ou introduire dans le foyer conjugal une concubine (παλλακή / pallakế) — souvent une esclave, mais elle peut aussi être une fille de citoyen pauvre. Démosthène décrivait ainsi le mariage dans la société athénienne :

« Nous épousons la femme pour avoir des enfants légitimes et pour posséder une fidèle gardienne de notre foyer, nous entretenons des concubines pour notre service et notre usage quotidiens, mais nous avons des hétaïres pour les voluptés de l'amour. »

Toutefois certains auteurs comme Pierre Chantraine estiment qu'à la fin du 5ème siècle av JC une "question féminine" était posée dans les milieux de philosophes, que des femmes brillantes comme Aspasie  impressionnaient. Socrate aurait dit « la nature de la femme n'est nullement inférieure à celle de l'homme, sauf qu'elle manque de savoir et de force ». L'égalité des deux sexes fut  développée par deux disciples de Socrate, Antisthène et Eschine de Sphettos. Chacun d'eux écrivit un dialogue titré Aspasie. Dans celui d'Eschine, Aspasie avance implicitement le fait que le mariage doit être fondé sur un choix.

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Antisthène, fondateur de l'École Cynique, professait que « l'homme et la femme ont la même vertu ». Plus tard, le Cynique Cratès de Thèbes épousera la soeur du philosophe Métroclès, de la même École que lui : la belle, riche et noble Hipparchie se fit pauvre et philosophe comme Cratès, et tous deux allaient mendiant leurs repas de maison en maison. Ce fut le modèle des ménages de philosophes.

Platon, proclame dans la République (-315) que les filles devront recevoir, dans sa cité idéale, la même éducation, intellectuelle et physique, que les garçons, et il stipule que les gouvernants seront choisis parmi les femmes comme parmi les hommes. Mais il ne remet pas en cause la supériorité masculine, et pense que seule une relation entre hommes peut faire naître un vrai amour (érôs).

Dans la pièce Médée d'Euripide (-431), des femmes tiennent des propos féministes :

« Entre toutes les créatures vivantes, dit-elle, nous les femmes nous sommes les plus malheureuses... Les hommes prétendent que nous vivons à l'abri du péril dans nos maisons, tandis qu'eux, ils combattent, lance en main. Mensonges ! J'aimerais mieux, le bouclier au côté, prendre part à trois batailles, plutôt que d'enfanter une seule fois ! »
« Notre condition féminine, par un retour de l'opinion publique, acquerra renom et gloire. Voici venir l'heure du prestige pour le sexe féminin »

Cela semble coïncider avec une augmentation des représentations de nu féminin, alors qu'aux 6ème et 5ème siècle av JC c'est la musculature virile qui dominait.

Au 4ème siècle av JC, surtout après la mort d'Alexandre, l'égalité des époux sera reconnue dans des contrats de mariage, les femmes seront juridiquement émancipées[4], des filles seront admises dans les écoles primaires ou secondaires... Mais les femmes n'ont toujours aucun droit politique.

Dans la Rome antique, il y avait bien sûr une différenciation genrée, et un accès privilégié des hommes aux fonctions de pouvoir, mais les femmes n'étaient pas absoluement bannies de tout pouvoir. Outre certaines fonctions réservées (vestales), elles pouvaient assumer les fonctions de leur mari en cas d'absence (on a même vu des femmes parler au Sénat). Les femmes sont par ailleurs présentes dans l’espace public et dans l’économie. Elles gèrent parfois de grosses entreprises commerciales (Cicéron est riche car sa femme s’occupe d’affaires immobilières), et elles exercent une influence. On a retrouvé des graffitis politiques: «Moi, Mme Unetelle, marchande d’étoffes bien connue, vous dis: soutenez tel magistrat municipal»… Les Romaines voyagent et sont présentes aux banquets. Elles passent beaucoup de temps entre elles, mais elles ne sont pas du tout enfermées. Quand elles sortent, elles mettent un voile sur la tête, car les cheveux sont considérés comme extrêmement séducteurs. [5]

Sociétés féodales

Au Moyen-Âge, il faut nettement distinguer la condition des femmes selon leur place dans la société :

  • Les femmes paysannes étaient surtout cantonnées au foyer, mais elles y réalisaient du travail productif (fabrication de vêtements, de bougies...).
  • Le développement de la galanterie et de l'amour courtois vers le 12e siècle a fait reculer les formes les plus brutales de domination au sein de la noblesse, dans une époque où viols et enlèvements étaient banalisés,[6]
  • Les femmes avaient souvent le droit de vote aux élections consulaires, depuis l'autonomisation des bourgs, et cela fut supprimé en 1791.
  • Des nonnes ont été appelées "virago" pour signifier qu'elles avaient "atteint" l'égalité avec des moines. Ce terme était utilisé depuis l'Antiquité pour désigner les figures (souvent mythiques) de femmes s'étant surpassées pour atteindre les "vertus vririles". Dans la renaissance italienne, les femmes cultivées qui impressionnaient leurs homologues masculins recevaient aussi le qualificatif de "virago", qui était alors un suprême compliment.

En 1380, Mathieu de Boulogne-sur-Mer écrit une charge misogyne, Les Lamentations, à laquelle répondent Jehan le Fèvre de Ressons par Le livre de Leësce, et La cité des dames de Christine de Pizan.

En même temps que vont s'affirmer les monarchies absolues en Europe, on verra une réaffirmation de la domination masculine, par exemple dans la grammaire (établissement de la règle "le masculin l'emporte sur le féminin").

Les philosophes des Lumières étaient majoritairement misogynes, mais parmi eux certains défendaient l'égalité, l'accès à l'éducation pour les femmes et dénonçait leur oppression comme venant de l'Église.

Révolution française

Femmes et capitalisme

Changements structurels

La croissance capitaliste a de toute évidence eu un effet déterminant sur la condition des femmes[7], ce qui a permis un développement des luttes féministes. Les rapports de production capitalistes (salariat avec équivalence du travail abstrait, qu'il soit masculin ou féminin) ont tendance à favoriser l'idéologie libérale (individus libres et égaux en droits...) ce qui fournit une base pour l'extension de ces droits aux femmes.

On pourrait citer comme facteurs de transformation de l'infrastructure sociale des rapports sociaux hommes-femmes :

  • la tendance et contre-tendance à l'intégration des femmes au marché du travail
  • la massification de l'éducation publique et intégration des femmes
  • la socialisation partielle de certains travaux domestiques
  • les techniques qui augmentent la maîtrise de son corps (avortement, contraception, PMA, ectogenèse...)

Comme corrolaire de ce lien avec le développement capitaliste, on observe :

  • une tendance à la réaction anti-féministe dans les périodes de crise
  • une différence marquée entre pays riches (principalement les pays impérialistes) et pays dominés
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Accès à l'éducation

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Depuis le 19ème siècle, l'éducation (d'abord primaire, puis secondaire, puis universitaire) a tendance à se diffuser lentement. Le 23 juin 1836, l'ordonnance Pelet incite chaque commune à avoir au moins une école primaire pour filles.

Les femmes qui ont accès à une éducation sont souvent les plus impliquées dans les revendications féministes. Certaines se heurtent au conservatisme et s'impliquent elles-mêmes dans l'éducation des femmes (Emily Davies, Elisa Lemonnier...). Mais parmi les classes dominantes, il y a aussi des éléments de progressisme : le patron François Barthélemy Arlès-Dufour aide Julie-Victoire Daubié à devenir la première bachelière en 1861, Madeleine Brès reçoit l'aide de l’impératrice Eugénie et du ministre Victor Duruy pour s'inscrire en faculté de médecine...

Sous la IIe République, la loi Falloux avait fixé en mars 1850 l'objectif d'une école primaire pour filles dans chaque commune de plus de 800 habitants. La loi Duruy de 1867 aligne ce seuil sur les standards masculins en le fixant à 500.

Les programmes restent définis en fonction des rôles sociaux assignés aux femmes (y figurent les travaux ménagers et la puériculture). Les couvents et congrégations prennent majoritairement en charge l’éducation des jeunes filles. Des écoles normales féminines sont rendues obligatoires dans chaque département en 1879, puis sont créés des collèges pour filles (1880).

Sous la IIIème République, les lois Jules Ferry (1881-1882) instituent l'école gratuite et obligatoire de 6 à 13 ans, sans différence entre filles et garçons. Mais les conditions sociales pèsent : on estime ainsi qu’à Paris le tiers des ouvrières des années 1920 n’est pas scolarisé jusqu’à 13 ans. En, 1924 le bac et le programme du secondaire deviendront uniques.

Dans le boom des 30 glorieuses, les femmes entrent plus massivement dans les universités. L'école devient mixte en 1975. Les jeunes étudiantes de cette génération seront le fer de lance du féminisme deuxième vague. Dans de nombreux pays riches, les femmes sont devenues plus diplomées que les hommes (par exemple en France en 2011, 58% des élèves diplômés dans l'enseignement supérieur sont des filles). Mais il existe de grandes disparités selon les filières. Les filles sont 74% des diplomés dans les filières littéraires et 30% en filières scientifiques. Dans les IUT, les étudiantes sont un peu plus de 50% dans les filières du secteur tertiaire, pour à peine moins de 10% dans l'informatique. Dans les classes préparatoires aux grandes écoles, seulement 41% des élèves sont des femmes.

Depuis le tournant néolibéral des annèes 1980, l'éducation subit de plus en plus les coupes budgétaires. A l'Université, les femmes sont largement plus présentes dans les filières de lettres ou de sciences humaines qui sont les premières impactées par les mesures d'austérité à la fac parce que considérées comme moins rentables. Le harcèlement et les violences sexuelles sont favorisés par la précarisation et le renforcement des pressions liées aux hiérarchies universitaires (président d'université, professeurs « mandarins »...).

Alors qu'elles sont majoritaires à l'entrée de l'Université, les étudiantes en ressortent plus rapidement, avec des diplômes moins "spécialisés" et moins reconnus sur le marché du travail.

Intégration au marché du travail

Par rapport aux modes de production antérieurs où la petite production familiale était centrale, le capitalisme a nettement séparé les lieux de production (entreprises) et les lieux de reproduction (foyer). Dans un premier temps cela s'est traduit par une division sexuelle du travail très nette entre travail domestique (dévolu aux femmes) et travail salarié (hommes).

En 1848 en France, les femmes luttent et obtiennent le droit au travail dans les ateliers nationaux.

Le taux d'emploi des femmes tend à augmenter. En France, entre 1901 et 1930, on compte 7 millions de femmes salariées, contre 13 millions d'hommes ; dans l'entre-deux-guerres, elles sont 6,6 millions contre 12,7, en 1968 7,1 contre 12,7, en 1990 10,5 contre 13,5.

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Pendant la guerre de 1914-1918, la mobilisation de nombreux hommes augmenta soudainement l'intégration des femmes dans les usines. En Russie le pourcentage de femmes dans l'industrie passa de 32 à 40%. Mais au retour des hommes du front, les femmes furent souvent repoussées vers le rôle maternel traditionnel, notamment pour assurer un rebond démographique. Néanmoins l'effet de la guerre fut très remarqué, par exemple par Bertrand Russel qui en fait un facteur matérialiste très important :

« Platon, Mary Wolstonecraft et John Stuart Mill ont développé d’admirables arguments [pour l'émancipation des femmes], mais n’ont eu d’impact que sur un petit nombre d’idéalistes impuissants. La guerre est venue ; elle a imposé l’emploi des femmes dans l’industrie à une vaste échelle, et immédiatement les arguments en faveur du vote des femmes ont paru irrésistibles. Mieux que cela, la moralité traditionnelle des sexes a disparu, parce qu’elle reposait entièrement sur la dépendance économique des femmes vis-à-vis de leurs pères et de leurs maris. De tels changements dans la moralité sexuelle amènent de profondes altérations dans les pensées et les sentiments des hommes et des femmes en général ; ils modifient les lois, la littérature, l’art, et toutes sortes d’institutions qui semblent fort éloignées de l’économie. »

Les années 1930 furent une période de reculs, notamment du fait des régimes fascistes mais pas seulement. Il y eut aussi une offensive contre le travail des femmes fonctionnaires en Suisse et en France.[8]

Dans le boom de l'après 1945, les femmes entrent plus massivement sur le marché du travail. Cela leur donne une plus grande autonomie financière. En 1963, la loi sur l'égalité des salaires (Equal Pay Act) est votée. Le 2 juillet 1964, la loi sur les droits civiques (Civil Rights Act) abolit théoriquement toute forme de discrimination aux États-Unis. En 1965, en France, les femmes n'ont plus besoin de l'autorisation de leur mari pour prendre un emploi.

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Femmes surtout employées dans secteurs de la sous-traitance (dont les zones économiques spéciales, destinées à l'export, sont un cas extrême). Une conséquence est leur invisibilisation par rapport aux secteurs industriels "traditionnels" où l'ouvrier homme est la figure majoritaire.

Les femmes sont aussi surreprésentées dans les services de manière générale, et dans les services publics en particulier. Elles sont particulièrement touchées par les plans d'austérité visant la fonction publique.

En 1982, les femmes représentaient 25% des cadres et professions intellectuelles supérieures ; en 2009, elles sont 40 %. En 1965, 22% des journalistes étaient des femmes, contre 45% en 2009. En 2009, 54% des médecins de moins de 40 ans sont des femmes. Les femmes représentent 58% des magistrats (77% des reçus à l'école de la magistrature sont des femmes).

Aujourd'hui en France, les femmes occupent moins de 25 % des postes de nuit. Les emplois salariés les plus dangereux pour la santé sont réservés aux hommes. 2/3 des maladies professionnelles ayant entraîné une incapacité permanente sont contractées par des hommes. Le nombre de décès attribués à une maladie professionnelle est plus de 80 fois inférieur chez les femmes que chez les hommes.

Un tiers des travailleuses européennes sont à temps partiel (souvent subi) contre 8 % des hommes.

Salaires et revenus

Dans le schéma patriarcal "pur", la femme au foyer n'a aucun revenu propre, et dépend totalement de son mari, pour lequel elle travaille à la maison. L'introduction des femmes sur le marché du travail s'est fait à partir de cette situation, ce qui explique en partie les bas salaires :

  • Les patrons, les maris, ainsi que les femmes intériorisant leur domination, considéraient leur salaire comme un "salaire d'appoint".
  • L'absence de tradition de lutte collective a dans un premier temps laissé les patrons libres de surexploiter les femmes, d'autant que les préjugés sexistes des travailleurs hommes les empêchaient parfois de rejoindre les syndicats.
  • La soumission des femmes dans les foyers les poussaient aussi à la soumission sur les lieux de travail.
  • La possibilité de grossesse (qui généralement se traduit par des arrêts de travail plus ou moins prévus par le droit du travail), représente dans le cadre capitaliste une fiabilité moins grande qui tend à déprécier la force de travail féminine (les patrons prennent en compte ce risque en rémunérant moins les femmes).

Au début du 20e siècle, le salaire de la plupart des ouvrières est encore trop faible pour qu’elles puissent se passer de l’appui financier d’un homme, mais de plus en plus de femmes, dans le tertiaire notamment (commerce, fonction publique...), gagnent désormais suffisamment pour vivre modestement de façon indépendante. La revendication d'égalité salariale émerge. En 1966, des grèves ont lieu dans plusieurs pays européens pour l'application du principe « à travail égal, salaire égal ».

Encore aujourd'hui les femmes sont généralement moins payées que les hommes. La principale raison est qu'elles occupent souvent des postes moins qualifiés ou à temps partiel, mais des différences de salaires existent y compris pour un même poste. Le taux de chômage des femmes est en général supérieur à celui des hommes. Les patrons sont bien plus souvent des hommes que des femmes. Concernant les retraites, la plupart des femmes ont des difficultés à cotiser jusqu'au bout du fait de leurs carrières plus irrégulières liées aux grossesses, aux temps partiels... Et même à temps de travail égal, les écarts de pensions entre homme et femmes sont en moyenne de 33% à cause des écarts de salaire.

Dans la fonction publique, où les salaires (traitement) ne sont pas négociés mais fixées par des grilles, les écarts de revenus peuvent plus facilement être combattus. Cela n'allait pas de soi, puisque par exemple en France, les institutrices ont lutté à partir de 1903 pour l’égalité de traitement avec les instituteurs. Aujourd'hui les salaires dans le public sont égaux pour un même poste, mais les femmes sont moins présents dans les postes hiérarchiques et mieux payés.

Au Royaume-Uni en 2009, dans 21% des couples hétérosexuels de salariés, la femme gagne plus que l'homme.[9]

Droit de vote et égalité juridique

En France, la Révolution de 1789 a refusé de donner aux femmes des droits égaux, abolissant seulement leur impossibilité d'hériter. De manière générale, les premiers progrès du libéralisme politique sont menés par des hommes qui refusent son application aux femmes. On peut noter que les femmes ont reçu parfois le droit de vote de facto en raison de textes de loi qui ne mentionnaient pas de conditions de sexe, mais qu'une réaction et des changements législatifs ont suivi (au Québec en 1791, dans l'État de Victoria en Australie en 1863...).

Jusqu'à la fin du 19e siècle, il n'y a quasiment pas d'avancées sur ce plan. Puis, sous la pression de mouvements suffragistes, le droit de vote va progressivement être accordé aux femmes, souvent par des partis bourgeois libéraux : des États américains (Wyoming en 1868, Colorado en 1893...), la Nouvelle-Zélande (1893), l'Australie (1902), la Finlande (1906, où 19 femmes sont élues députées pour la première fois, dont 9 social-démocrates), la Norvège (1913), l'Islande (1914), le Danemark (1915), des provinces canadiennes (1916)...

En 1910 en France, une vingtaine de féministes, dont Marguerite Durand et Hubertine Auclert, se présentent aux élections législatives. Leurs candidatures sont rejetées. En 1919, le pape se prononce pour le droit de vote des femmes. En mai 1925, le PCF est le premier parti français a présenter des femmes en position éligibles pour les municipales. Grâce à une lacune dans la réglementation, les élues siègent brièvement jusqu'à annulation de leur élection par les tribunaux[10].

Des conditions sont souvent imposées aux femmes. Par exemple en en 1930 en Grèce et en 1931 au Portugal, le droit de vote est accordé... aux femmes qui savent lire et écrire. Des militantes féministes ont beaucoup ironisé sur le fait que les hommes eux peuvent être illétrés, repris de justice, fous, alcooliques, etc. et pourtant avoir le droit de vote.[11] Le racisme joue aussi un rôle, comme lors du droit de vote en 1930 en Afrique du Sud, qui exclue les femmes noires.

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La crise des années 1930 a provoqué des reculs pour les droits des femmes dans de nombreux pays : non pas mécaniquement, mais en créant les conditions qui ont mené à la victoire du fascisme ou de dictatures (Allemagne, Espagne, Portugal, Grèce...). Dans les autres pays, la progression des droits s'est poursuivie tendanciellement.

Plus récemment, au Koweït (2005) et aux Emirats Arabes Unis (2006). Aujourd'hui, seule l'Arabie saoudite (monarchie absolue) n'accorde pas le droit de vote aux femmes.

La France est un des pays impérialistes qui a le plus tardé à instaurer le droit de vote des femmes (1944). L'incapacité juridique de l'épouse a été supprimée par la loi du 18 février 1938. Leur égalité juridique n'est venue que dans les années 1960-70 (permission d'utiliser un carnet de chèque sans l'autorisation du mari, responsabilité parentale, etc.).

Dans les pays riches, les constitutions démocratiques réprouvent la discrimination selon le sexe.

Voir : affiches du début du 20ème siècle, affiches anti-féministes.

Violences masculines

Les femmes sont davantage victimes de violences de la part des hommes. Cette violence peut être à tous les niveaux (insultes, intimidation, agressions physiques, agressions sexuelles, viols...). 35,6 % des femmes du monde à l’échelle mondiale subiront des violences sexuelles ou physiques dans leur vie, le plus souvent de la part de leur compagnon[12]. Même en cas d'agressions homophobes ou racistes, ce sont principalement à des femmes que s'en prennent les agresseurs (lesbiennes, femmes voilées...).

Par exemple, aux Etats-Unis, des histoires comme celles-ci sont monnaie courante :

  • en avril 2012, un pasteur aux Etats-Unis préconise à ses ouailles : « si votre fils de quatre ans a l'air effeminé, cassez-lui le poignet, donnez lui un coup de poing, humiliez-le en le montrant en photo sur Youtube, faites-lui comprendre qu'il doit se comporter en homme »[13].
  • Deux jours avant, à Cleveland, un père de famille témoigne sur une radio de son affollement parce que sa fille serait lesbienne. « Vous devriez la faire violer par un de vos bons copains » lui répond l'animateur...
  • Des suicides de jeunes gays (ou simplement "pas assez virils") innombrables

Plus de 99% des violeurs sont des hommes. Les prisons comptent seulement 3% de femmes en France, 8,8 % aux Etats-Unis, 7,8 % en Russie, 14,6 % en Thaïlande, 5,1 % en Chine, 4,1 % en Inde...[14]

Dans les pays capitalistes centraux, la violence masculine n'est plus légitimée par la loi, elle est désormais punissable (violence et viol conjugal...). Dans la plupart des pays moins développés, même lorsque les coûtumes légitiment la violence, l'État la condamne de plus en plus souvent officiellement. Par exemple en 2009 en Inde, une réforme est passée contre les mariages forcés et les violences conjugales.

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Famille et mariage

La montée en puissance de la bourgeoisie des villes à partir du 18ème siècle a produit un modèle traditionnel de la famille qui s’est imposé dans l’ensemble de la société[15], avant de connaître une tendance à la dissolution sous l'effet du capitalisme lui-même.

Dans les années 1830, quelques femmes comme Claire Démar revendiquent le droit à l’amour libre, au scandale de l'opinion publique. La question de l’amour libre et du contrôle des naissances divise profondément les féministes de la seconde partie du 19ème siècle.

A partir des années 1970, le nombre de mariages chute à grande vitesse en France, en parallèle d'une forte hausse des divorces. Le nombre d'enfants hors mariage connaît un boom dans les années 1980. Aujourd'hui, la majorité des enfants naissent hors mariage. Le nombre de familles monoparentales connaît un boom dans les années 1980, et 85% sont des femmes seules.

Par ailleurs, le taux de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme) est dans une tendance lourde à la diminution (transition démographique).

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Par ailleurs, il y a une nette corrélation entre développement et sélection des garçons à la naissance :

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Droit à l'avortement

Une minorité parmi les féministes de la fin du 19ème siècle revendique le droit à l'avortement. Parmi elles, il y a notamment un milieu syndicaliste et anarchiste dit "néo-malthusien".

Pendant les 30 glorieuses, des innovations vont potentiellement permettre la maîtrise de son propre corps, en particulier la découverte d'une nouvelle technique de contraception (la pilule), et de la méthode « Karman » pour l'avortement...

En 1967, le Royaume-Uni est le premier pays à adopter une loi autorisant l'avortement. En France, l'avortement sera dépénalisé par la loi Veil de 1975.

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Cependant, la question du droit formel ne résout pas la question du droit réel, de l'accès effectif aux moyens d'avorter. Par exemple, si les frais d'avortement sont élevées, les femmes pauvres sont moins libres d'avorter que les femmes riches. C'est pour cette raison que par exemple en France, le gouvernement socialiste français a assuré en 1982 le remboursement des frais par la SECU. Cependant depuis plusieurs décennies l'austérité se renforce, et les coupes budgétaires massives dans la santé entraînent la fermeture de centres IVG et la dégradation des conditions d'accueil de maternité.

Travail domestique

La quantité de travail domestique globale effectuée a tendance à diminuer sous l'effet des innovations techniques, surtout depuis le boom des "30 glorieuses" : réfrigérateurs, fours, plaques de cuisson, mixeurs, batteurs, aspirateurs...  Cela a eu pour effet de diminuer le temps global passé dans le travail domestique (3 heures et 39 minutes en 1986, 3 heures et 7 minutes en 2010). Le temps consacré aux enfants et aux activités de semi-loisirs comme le jardinage ou le bricolage n’a pas varié. Toute la baisse provient de la réduction massive du temps passé au noyau dur des activités domestiques (cuisine, ménage, linge, courses). C'est donc surtout le travail domestique des femmes qui a diminué (de 5h par jour en 1986 à 4h).

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C'est principalement la diminution du travail domestique des femmes qui a réduit l'écart entre le temps passé par les hommes et les femmes (-40% de 1986 à 2010). La participation des hommes a augmenté de quelques minutes de 1966 à 1986, puis s'est stabilisée et ne progresse plus depuis. En 1986, les hommes se réservaient en moyenne 41 minutes de temps libre de plus par rapport aux femmes, 30 minutes en 2010[16].

Au Canada, la durée consacrée aux tâches domestiques par les femmes n’a pas évolué en dix ans tandis que la participation des hommes a augmenté d’un quart d’heure.

Les tâches sont mieux partagées au sein des couples où homme et femme sont tous les deux salariés et l’inégalité du partage des tâches domestiques diminue avec le niveau de salaire de la femme. Plus il y a d'enfants dans le foyer, plus la répartition des tâches se déséquilibre. L'image des femmes dans les publicités, qui exprime l'idéologie dominante, a aussi reflété ces évolutions[17].

Cependant, les femmes fournissent toujours 64% du travail domestique[18], et 80% du "noyau dur" des tâches (les plus importantes).  En termes qualitatifs, la répartition reste fortement genrée, les hommes effectuant plutôt les tâches les moins répétitives et les plus visibles (barbecue, réparations, laver la voiture...). Il y a cependant eu un léger rééquilibrage du temps passé par les hommes au bricolage vers la cuisine et le soins aux enfants.

Il est à noter que les femmes seules passent 43 minutes de plus au travail domestique que les hommes seuls. Les hommes ont davantage recours aux livraisons de repas et aux aides de personnes extérieures. L'écart provient aussi sans doute de normes différentes (propreté, cuisine...) intégrées dès l'éducation. Le relâchement de ces normes a aussi joué un rôle dans la diminution du temps passé aux tâches domestiques (faire le lit ou mettre la table n'est plus aussi systématique dans les jeunes générations).

Les sondages montrent qu'une grande part des hommes décrivent les tâches domestiques comme des corvées (plus de 40% considèrent le repassage comme une corvée par exemple). Mais chez les femmes, ce sentiment est encore plus important. On constate que plus une tâche est jugée comme étant une corvée, plus l'écart de participation entre hommes et femmes est important.

Organisations de femmes

En France en 1830, sous la Restauration, un féminisme militant se développe chez les saint-simoniens et les fouriéristes. Les féministes participent à l'abondante littérature de l'époque, favorisée par la levée de la censure sur la presse. La Femme Libre et La Tribune des femmes paraissent en 1832 ; Le Conseiller des femmes, édité à Lyon par Eugénie Niboyet, est le premier journal féministe de province.

En 1848, un certain essor des revendications féministes est perceptible en Europe et aux États-Unis (où elles sont alliées à la lutte anti-esclavagiste). En France, elles élisent des déléguées à la Commission du Luxembourg, en proposant des réformes pour leurs conditions de travail, la création de crèches ou de restaurants collectifs.[19] En 1868, Marie Goegg-Pouchoulin rente de fonder une Association internationale des femmes.[20]

En France les premières associations féministes durables et structurées se forment sous la Troisième république. La Société pour l’amélioration du sort des femmes (1878), la Ligue française pour le droit des femmes (1882), la Fédération française des sociétés féministes (1891) - qui généralisera le terme « féminisme » -, le Conseil national des femmes françaises (1901), l’Union française pour le suffrage des femmes (1909). Ces organisations regroupent principalement des bourgeoises, qu'elles soient républicaines, protestantes ou "socialistes".

En 1925 est créée l'Union nationale pour le vote des femmes, conservatrice et catholique.

À la fin des années 1960, une nouvelle vague militante féministe émerge aux États-Unis et en Europe de l'Ouest au sein de l’espace politique ouvert par le mouvement étudiant. Le Mouvement de libération des femmes en France et le Women's Lib dans les pays anglo-saxons désignent ce mouvement au périmètre fluctuant.

Aux États-Unis, la recomposition qui fait suite au « creux de la vague » des années 1950 débute avec la fondation en 1966 d’une organisation réformiste, la National Organization for Women (NOW) par Betty Friedan. Mais c’est principalement en réaction à la division sexuelle du travail militant qui, au sein même des organisations de la Nouvelle Gauche, relègue les femmes aux positions subalternes que se constitue une multitude de groupes féministes radicaux de petites tailles (New York radical feminists, Redstockings, WITCH, Radicalesbians…).

Pouvoir politique et économique

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Les femmes sont partout minoritaires dans les lieux de pouvoir. Elles sont toutefois globalement plus représentées dans les pays riches, avec de fortes variations : 45% de femmes au parlement suédois, seulement 11% en France et en Italie.

La proportion de femmes élues en France au Parlement européen est passée de 22,2 % en 1979 à 44,4 % 2009. La proportion de femmes dans les conseils municipaux est passée de 2,4 % en 1959 à 35 % en 2008. Les conseils régionaux sont les assemblées parlementaires les plus féminisées en France : de 27,5 % en 1998, elles sont désormais de 47,6 % en 2004, en raison de la loi de parité de juin 2000.

Alors qu'il y a 6,8 % de femmes élues députées en novembre 1946, on n'en compte plus que 1,4 % en 1958, la tendance remontant timidement à partir de 1978 (4,3 %) pour atteindre 10,9 % en 1997 et 19,9 % entre 2007 et 2011. Une partie de la baisse de ce pourcentage s'explique par le recul du PCF, qui a alors l'habitude de présenter bien plus de candidates femmes aux élections ainsi que de la réticence des autres partis politiques.

En 1984, les femmes forment 15 % des effectifs des cabinets ministériels. En 2011, la fonction publique compte 51,7 % de femmes mais elle occupent seulement 20% des postes de directions (10 % des préfets sont des femmes). En 1980, Vigdis Finnbogadottir est la première femme présidente au monde (Islande).

En 2005, Laurence Parisot est la première femme à la tête du patronat français. En 2012, il y a 24% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises côtés sur Euronext Paris (8,5 % en 2007). Depuis le départ d’Anne Lauvergeon de la tête d’Areva en 2011, aucune entreprise du CAC 40 n’est dirigée par une femme.

Il y a une corrélation entre pays riches et pourcentage plus élevé de femmes dans les parlements, mais celle-ci est fortement contrebalancée par d'autres facteurs. Par exemple les Etats-Unis et le Japon ont un pourcentage plus faible que la Chine.[21][22]

Femmes et recherche

Dans le sillage de l’effort de théorisation de la condition féminine de la deuxième vague, les études féministes pénètrent dans le monde académique à partir des années 1970. L’ensemble des champs du savoir sont ainsi progressivement envisagés sous l’angle de la critique féministe : philosophie féministe, anthropologie féministe, histoire des femmes, critique de la psychanalyse se développent en lien étroit avec les luttes militantes. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, la critique féministe des sciences prend également son essor (Ruth Bleier, Ruth Hubbard, Evelyn Fox Keller, Helen Longino).

L’ancrage institutionnel le plus fort a lieu aux États-Unis où sont créés des départements de Women’s Studies ou de Feminists Studies dont l’approche est souvent interdisciplinaire. Avec le développement de l’usage du concept de genre se développent par la suite des départements d'études de genre. En 2003, on dénombrait ainsi 600 départements de ce type aux États-Unis.

Au-delà de cette conquête de l'espace géographique universitaire, Francine Descarries, professeure de sociologie à l'UQAM, constate en 2004 la difficulté des Women’s Studies au Québec « à s'extraire de la périphérie, de la marge du champ scientifique pour convaincre de sa légitimité et de la compatibilité de ses approches théoriques et méthodologiques avec l'esprit scientifique ». D'après cette sociologue, peu de recherches sont parvenues à pénétrer le « mainstream scientifique »[23].

Critique des rôles genrés

Il est intéressant de tenter d'étudier par quelles voies la critique des rôles traditionnels de genre a pris de l'ampleur. Il semblerait que cela soit souvent dans les "classes moyennes" que ces critiques aient émergé. Clara Zetkin écrivait en 1896 :

« La femme bourgeoise exige non seulement son propre pain, mais elle demande aussi une nourriture spirituelle et veut développer son individualité. C'est exactement entre ces couches que nous trouvons ces figures tragiques, mais psychologiquement intéressantes, des femmes qui sont fatiguées de vivre comme des poupées dans des maisons de poupée et qui veulent prendre part au développement de la culture moderne. Les efforts économiques mais aussi intellectuels et moraux des défenseurs des femmes bourgeoises sont tout à fait justifiés. »[24]

On peut observer, dans les démocraties bourgeoises des pays riches, une tendance (lente) à la remise en cause des préjugés de genre.

En 1909, la docteur Blanche Edwards-Pilliet dénonce vigoureusement la mutilation que représente le port du corset.

Dans la première guerre mondiale, les femmes sont appelées à remplacer les hommes dans l'industrie, notamment dans l'armement ("munitionnettes" en Angleterre...). Des femmes sont recrutées dans les armées, mais quasiment toujours cantonnées au rôle d'infirmières. Aux États-Unis, des femmes sont recrutées dans la marine.[25]

Dans les années 1920, dans certains milieux, des femmes remettent en question certaines normes. Des jupes plus courtes font leur apparition... En 1924, les jupes sont à environ 26 cm du sol ; en 1925, elles sont à 30 ou 35 cm ; en 1926, elles sont à 40 cm puis rallongent progressivement jusqu’en 1930 où elles se stabiliseront à 30 ou 32 cm du sol. Un style "garçonne" apparaît (cheveux courts, vêtements plus longilignes...). Le terme devient synonyme de femme active et autonome, libre de ses mouvements — elle sort, danse, fume, a des pratiques sportives ou de plein air, conduit une automobile, voyage —, et aux mœurs libérées, faisant fi des convenances — elle affiche une liaison hors mariage, voire son homosexualité ou sa bisexualité, ou vit ouvertement en union libre.[26] Cela se heurte bien sûr souvent à la réaction.

Dans les années 1930 aux États-Unis, le genre cinématographique de la "screwball comedy" met en scène des femmes indépendantes à l'esprit vif qui parviennent à tenir en respect les hommes. [27]

Pendant la seconde guerre mondiale, la participation des femmes à la production et industrielle va être plus massive et elles vont occuper des postes jusqu'ici considérés comme "métiers d'hommes". La figure de "Rosie the riveter" et le célèbre "We can do it" sont les célèbres symboles de cette démonstration. A la fin de la guerre, il y a cependant une réaction : alors que 80% de ces femmes voulaient conserver leur métier, elles furent encouragées à "rendre" ces postes aux hommes.

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A partir des années 1960 et de la deuxième vague féministe, l'affaiblissement des rôles traditionnels de genre s'accélère.

Dans l'armée états-unienne, les femmes ont été admises comme auxiliaires en 1942, puis en 1994 a été retirée la clause qui éloignait les femmes du front. Les hommes restent néanmoins très majoritaires dans les métiers "violents" comme la police et l'armée.

Sexisme dans la publicité, des les livres pour enfants...

Sexisme dans le langage : La langage reflète l'idéologie dominante lors de sa formation, et donc à ce titre il est imprégné de la prédominance masculine.

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Femmes et mouvement ouvrier

Article détaillé : Féminisme socialiste.

Il est clair que l'oppression des femmes se reproduit au sein du mouvement des travailleur-se-s.

La question de l'admission des femmes au sein du mouvement, en particulier des syndicats, n'a pas été acquise immédiatement. On peut penser par exemple à "l'affaire Couriau" : lorsqu'en 1913 une typographe de Lyon tente d'intégrer le syndicat du Livre, une vague de réaction sexiste se déchaîne[28]. Alfred Rosmer se déclare alors « étonné de trouver tant de défenseurs de la famille parmi les militants ouvriers [...] Il serait temps que les camarades abandonnent la mentalité antédiluvienne qui leur donne une si étrange conception des rapports qui doivent exister entre l'homme et la femme. »

La question de l'égalité des salaires à travail égal n'allait pas de soi pour de nombreux ouvriers, imprégnés de préjugés comme "la femme n'a besoin que d'un salaire d'appoint", "la femme fournit un travail moins intense que l'homme"... En France, les institutrices réussirent à obtenir l'égalité de traitement avec les instituteurs en 1917-1919, malgré des résistances[29]. Les années suivantes, certains travailleurs comme les postiers dénoncèrent les institutrices qui gagnaient plus que les postières, tout en refusant que celles-ci gagnent autant que les postiers ![30]

Dans la Première internationale, les proudhoniens combattirent le droit de vote des femmes.

Femmes et régimes staliniens

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Indépendament du débat sur la nature de l'URSS ou d'autres types de régimes ressemblant, et indépendament du débat sur ce qu'est le féminisme socialiste, il est intéressant d'étudier les évolutions concrètes de la condition des femmes sous le régime issu de la révolution d'octobre 1917.

Les premières mesures des bolchéviks ont été :

  • l'égalité des droits et de nouveaux droits spécifiques : droit au divorce, droit à l'avortement... bien avant que ces droits soient obtenus dans les pays capitalistes occidentaux. Le droit de vote était bien sûr aussi donné aux femmes dans les soviets, mais les soviets sont rapidement devenus virtuels.
  • la tentative d'instaurer des services publics visant à socialiser les tâches réalisées dans les foyers principalement par les femmes, tentative freinée par la misère de la jeune URSS

Alexandra Kollontaï fut nommée commissaire du peuple à l'Assistance publique [Santé] de novembre 1917 à mars 1918. Elle organise de nombreuses conférences (Conférences sur la libération des femmes) ainsi que le 1er congrès panrusse des ouvrières.

Trotsky revient sur les mesures des bolchéviks, leur impact et la limite matérielle qui selon lui a été déterminante :

« La révolution a tenté héroïquement de détruire l'ancien "foyer familial" croupissant, institution archaïque, routinière, étouffante, dans laquelle la femme des classes laborieuses est vouée aux travaux forcés, de l'enfance jusqu'à la mort. A la famille, considérée comme une petite entreprise fermée, devait se substituer, dans l'esprit des révolutionnaires, un système achevé de services sociaux: maternités, crèches, jardins d'enfants, restaurants, blanchisseries, dispensaires, hôpitaux, sanatoriums,  organisations sportives, cinémas, théâtres, etc. L'absorption complète des fonctions économiques de la famille par la société socialiste, liant toute une génération par la solidarité et l'assistance mutuelle, devait apporter à la femme, et dès lors au couple, une véritable émancipation du joug séculaire.  [...]

On n'avait pas réussi à prendre d'assaut l'ancienne famille. Ce n'était pas faute de bonne volonté. Ce n'était pas non plus qu'elle eût une si ferme assise dans les coeurs. Au contraire, après une courte période de défiance envers l'Etat, ses crèches, ses jardins d'enfants, ses divers établissements, les ouvrières et après elles les paysannes les plus avancées apprécièrent les immenses avantages de l'éducation collective et de la socialisation de l'économie familiale. Par malheur, la société se révéla trop pauvre et trop peu civilisée. Les ressources réelles de l'Etat ne correspondaient pas aux plans et aux intentions du parti communiste. La famille ne peut pas être abolie: il faut la remplacer. L'émancipation véritable de la femme est impossible sur le terrain de la "misère socialisée". L'expérience confirma bientôt cette dure vérité formulée par Marx quatre-vingt ans auparavant. » [31]

La fin du rationnement strict, combinée au fait que les services publics étaient très peu développés et de mauvaise qualité a provoqué un retour du travail domestique féminin :

« les ouvriers les mieux payés commencèrent à revenir à la table familiale. [...] La même conclusion s'impose en ce qui concerne les blanchisseries socialisées où l'on vole et abîme le linge plus qu'on ne le lessive. Retour au foyer! Mais la cuisine et la lessive à la maison [...] signifient le retour des femmes aux casseroles et aux baquets, c'est-à-dire au vieil esclavage. »

Il explique également que la socialisation plus faible dans les campagnes rurales (où le travail repose fortement sur le lopin de terre familial) induit une plus grande pression sur les femmes paysannes. On retrouve par ailleurs une fracture de classe entre femmes :

« La condition de la mère de famille, communiste respectée, qui a une bonne, un téléphone pour passer ses commandes, une auto pour ses déplacements, etc., a peu de rapport avec celle de l'ouvrière qui court les boutiques, fait son dîner, ramène ses gosses du jardin d'enfants à la maison — quand il y a pour elle un jardin d'enfants. Aucune étiquette socialiste ne peut cacher ce contraste social, non moins grand que celui qui distingue en tout pays d'Occident la dame bourgeoise de la prolétaire. »

Il ajoute que l'on peut observer un retour de la prostitution (et de la répression des prostituées...), et une réaction au niveau des droits (retrait du droit à l'avortement, taxe sur les divorces...).

« L'histoire nous apprend bien des choses sur l'asservissement de la femme à l'homme, et des deux à l'exploiteur, et sur les efforts des travailleurs qui, cherchant au prix du sang à secouer le joug, n'arrivaient en réalité qu'à changer de chaînes. [...] Mais comment libérer effectivement l'enfant, la femme, l'homme, voilà ce sur quoi nous manquons d'exemples positifs. Toute l'expérience du passé est négative et elle impose avant tout aux travailleurs la méfiance envers les tuteurs privilégiés et incontrôlés. »

Anti-féminisme / masculinisme

Article détaillé : Anti-féminisme.

On peut parler d'une misogynie structurelle depuis l'existence du patriarcat, et plus spéficiquement d'une réaction anti-féministe depuis que le mouvement féministe existe.

Le masculinisme est le nom donné à un courant anti-féministe depuis les années 1980, qui prétend que les femmes sont « allées trop loin ».

Débats

Origine de la domination masculine

La domination masculine a-t-elle une base matérielle ? Certains maxistes pensent qu'il existe une différence de force physique moyenne entre hommes et femmes, et qu'elle est la cause originelle de la domination masculine :

« L'ancienne racine biologique de la suprématie masculine - du fait de la violence masculine - est communément obscurcie par les lois et conventions qui régissent les relations entre les sexes dans une culture donnée. Mais elle est là. La possibilité d'une agression mâle se dresse comme un avertissement constant aux « mauvaises femmes » (rebelles, agressives), et donne aux «bonnes femmes» une complicité avec la suprématie masculine. La récompense pour être "bonne(gentille, soumise) est la protection contre la violence masculine aléatoire et, dans certains cas, la sécurité économique. »[32]

Pour la plupart des marxistes, comme l'anthropologue Christophe Darmangeat, l'origine fondamentale de la domination masculine est la division sexuelle du travail.[33]

Origine de la division sexuelle du travail

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La division sexuelle du travail a-t-elle une base matérielle ? Parmi les hypothèses les plus courantes :
  1. La grossesse et l'allaitement aurait engendré une plus faible mobilité des femmes. Les femmes auraient été principalement soit enceintes soit en train d'allaiter (le lait issu de l'élevage n'étant pas encore disponible).
  2. La plus faible mobilité des femmes aurait engendré leur spécialisation dans la cueillette et leur mise à l'écart de la chasse (puis de la guerre...).
  3. Du point de vue de la reproduction, il était prudent de préserver en priorité la vie des femmes. Le contrôle de la capacité reproductrice aurait eu une importance centrale à une époque où l'individu travailleur, faiblement productif et de mortalité élevée, était quasiment le "moyen de production" à lui seul (travail mort négligeable devant le travail vivant).
  4. D'autrent avancent qu'une structure mentale universelle doit-être présente chez les humains.
  5. Se pose également question de savoir si l'apparition de la division sexuelle du travail apparaît avec un type donné de société humaine, ou apparaît bien plus originellement, avec l'évolution de l'espèce homo sapiens.

Trotsky semble dire que les différences biologiques pèsent sur l'inégalité hommes-femmes:

« la plus puissante révolution ne peut faire de la femme un être identique à l'homme ou, pour mieux dire, partager également entre elle et son compagnon les charges de la grossesse, de l'enfantement, de l'allaitement et de l'éducation des enfants. »[31]

Christophe Darmangeat assume ne pas connaître la cause originelle de la division sexuelle du travail. Il estime cependant que son universalité plaide pour une cause biologique, probablement le couple groessesse / allaitement :

« Bien qu'en l'état actuel des connaissances, on en soit réduit aux simples hypothèses, on peut donc supposer que ce sont certaines contraintes biologiques, vraisemblablement liées à la grossesse et à l'allaitement, qui ont fourni, à une époque inconnue, le substrat physiologique de la division du travail et de l'exclusion des femmes de la chasse. »[34]

Mais il estime qu'il n'y pas de correspondance entre les différences biologiques et les formes concrètes qu'ont pris la division sexuelle du travail, et que les justifications idéologiques se sont rapidement autonomisées. Par exemple, la chasse en elle-même n'est pas forcément une affaire de force, mais d'agilité, et elle n'est pas forcément plus dangereuse que la cueillette, au cours de laquelle les femmes désarmées risquent de se faire attaquer.

Darmangeat estime que l'on peut raisonnablement penser à un accroissement de productivité du fait de la division sexuelle du travail. Toutefois les interdits liés à la domination masculine ont eux souvent causé plus d'inefficacité que de productivité ! Par exemple, l'interdiction faite aux femmes inuites de chasser avec les armes tranchantes des hommes.[35]

Liens entre capitalisme et patriarcat

La question du lien entre capitalisme et patriarcat soulève de nombreux débats.

Pour certain-e-s théoricien-ne-s, le capitalisme et le patriarcat s'entretiennent et se renforcent mutuellement, et il faudrait donc lutter de front contre les deux.

Pour d'autres, le capitalisme est le système "principal". L'abattre serait la condition nécessaire pour qu'ensuite le patriarcat s'effondre. C'est la position marxiste classique, bien qu'elle ait eu en réalité de nombreuses nuances dès l'origine, et plus encore aujourd'hui.

Pour d'autres à l'inverse, c'est le patriarcat qui serait principal. C'est notamment la thèse de Christine Delphy et de son fameux pamphlet L'ennemi principal.

Enfin pour d'autres le capitalisme serait indifférent au patriarcat. Si la bourgeoisie l'a initialement embrassé, elle n'en en pas un besoin structurel, et est capable de s'en défaire. Ainsi il est parfois rappelé que Marx disait dans les Grundrisse :

« Aussi longtemps que le capital est faible, il s'appuie simplement sur des béquilles prises dans les modes de production passés ou en voie de disparition à la suite de son développement. Sitôt qu'il se sent fort, il rejette ces béquilles et se meut conformément a ses propres lois. »

Critique du terme de patriarcat

Le terme même de patriarcat est critiqué parce que c'est souvent un concept "fourre-tout" (Darmangeat) et qu'il sous-entend une stabilité des formes et des modalités de l'oppression des femmes. On peut parler de domination masculine tout en distinguant le patriarcat :

« Nous pensons que ce terme n’est plus adéquat pour qualifier actuellement notre société (occidentale) qui, bien que ce soit majoritairement les hommes qui détiennent le pouvoir, n’est plus organisée (juridiquement, politiquement) en ce sens. » (Revue Incendo)[36]

Ou encore :

« Le système social que le capitalisme industriel a remplacé était en fait un patriarcat, et j'utilise ce terme ici dans son sens originel, pour désigner un système dans lequel la production est centrée sur le ménage et est présidée par le plus âgé des hommes. Le fait est que le capitalisme industriel [a sapé] le patriarcat. La production est allée dans les usines et les individus se sont détachés de la famille pour devenir des salariés «libres». Dire que le capitalisme a perturbé l'organisation patriarcale de la production et la vie de famille n'est pas, bien sûr, dire que le capitalisme a aboli la domination masculine !  »[32]

Christine Delphy n’utilise ce terme que pour qualifier le mode de domination masculine dans les sociétés contemporaines.

Un débat existe parmi certains marxistes au sujet de la nature du patriarcat, et de son autonomie ou non par rapport au capitalisme.

Combat contre le patriarcat

Article détaillé : Féminisme.

Notes et sources

Le pouvoir masculin, Maurice Godelier, Le groupe familial, revue trimestrielle de l'école des parents et des éducateurs, janvier 1978

  1. Cf. Laura Levi Makarius et Raoul Makarius , L'origine de l'exogamie et du totémisme, 1961
  2. Robert Flacelière, Le féminisme dans l'ancienne Athènes, 1971
  3. Aristophane, L’assemblée des femmes
  4. Claude Vatin, Recherches sur le mariage et la condition de la femme mariée à l'époque hellénistique, de Boccard, 1969,
  5. http://www.letemps.ch/culture/2013/12/06/sexe-rome-une-planete-inconnue
  6. Pascale Bourgain, Le malheur d’être femme : de la désinvolture à la compassion dans la littérature médiévale, janvier 2016
  7. http://www.lalibre.be/actu/international/tour-du-monde-des-atteintes-aux-droits-des-femmes-526fd7c735708def0d970c46
  8. Voir notamment les études de Céline Schoeni
  9. TUC, 2009, Women and Recession, www.tuc.org.uk/extras/womenandrecession.pdf
  10. http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/le-suffrage-universel/la-conquete-de-la-citoyennete-politique-des-femmes
  11. http://www.imow.org/wpp/stories/viewStory?language=fr&storyid=1618
  12. Rapport 2013 de l’OMS sur les violences faites aux femmes
  13. N.C. Preacher Tells Parents to Crack Wrists, Punch Effeminate Children
  14. http://www.huffingtonpost.com/2014/10/01/women-in-prison-prisoner-population-us-incarceration_n_5900364.html
  15. Françoise Picq, Libération des femmes, les années mouvement, Paris, Seuil, 1993
  16. INSEE, Regards sur la parité, édition 2012
  17. L'émancipation de la femme par les nouvelles technologies
  18. Delphine Roy, « Le travail domestique : 60 milliards d’heures en 2010 », Insee Première, no 1423,‎ novembre 2012.
  19. Michèle Riot-Sarcey, Emancipation des femmes, 1848, 1992
  20. https://en.wikipedia.org/wiki/Association_internationale_des_femmes
  21. http://www.unwomen.org/~/media/Headquarters/Attachments/Sections/Library/Publications/2014/wmnmap14_fr%20pdf.pdf
  22. http://statistiques-mondiales.com/femmes_dans_les_parlements_nationaux.htm
  23. Francine Descaries, « Victoires incomplètes, avenir incertain : les enjeux du féminisme québécois », communication à l’Université féministe d’été 2004 (Université Laval), Enjeux et défis pour l’action et la recherche féministes http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1161
  24. Clara Zetkin, Only in Conjunction With the Proletarian Woman Will Socialism Be Victorious, 1896
  25. http://en.wikipedia.org/wiki/Women%27s_roles_in_the_World_Wars
  26. https://fr.wikipedia.org/wiki/Garçonne_(mode)
  27. http://cinemaclassic.free.fr/hollywood/comedy/screwball_comedy.html
  28. [http://www.marievictoirelouis.net/document.php?id=542&themeid
  29. Marthe Bigot, L'égalité de traitement, La Révolution prolétarienne N°15 (mars 1926).
  30. Marthe Bigot, Salaires de femmes, La Révolution prolétarienne n° 11 (novembre 1925)
  31. 31,0 et 31,1 Trotsky, La Révolution trahie - Thermidor au foyer, 1936
  32. 32,0 et 32,1 Barbara Ehrenreich, What is Socialist Feminism?, 2001
  33. Voir les livres et le blog de Christophe Darmangeat.
  34. Christophe Darmangeat, Le Communisme primitif n’est plus ce qu’il était, 2009
  35. http://cdarmangeat.blogspot.fr/2014/01/une-lettre-propos-de-lorigine-de-la.html
  36. http://incendo.noblogs.org/genresetclasses/petit-lexique/