Parti ouvrier social-démocrate de Russie

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Le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, ou POSDR (Российская Социал-Демократическая Рабочая Партия, РС-ДР), était la section russe de l'Internationale ouvrière. Fondé en 1898, il se divise dès son 2e congrès (1903) en deux fractions durables : les bolcheviks et les mencheviks. Le parti bolchevik devient par la suite le Parti communiste de l'Union soviétique.

Le populisme russe

Article détaillé : Populisme russe.

Au 19e siècle, le mouvement de contestation dominant est le mouvement narodnik (« populiste »). Ils s'opposaient à la tyrannie du tsarisme et défendaient en même temps une sorte de socialisme utopique. Il s'agissait principalement de membres de l'inelligentsia, souvent très dévoués, mais sans réelle stratégie révolutionnaire (certains ont misé sur l'éducation, d'autres sur des appels au soulèvement des paysans...). Ils ont formé différentes organisations, dont la principale fut Volonté du Peuple (Narodnaïa Volia). qui mène des attentats vers la fin du 19e siècle.

L'influence de la pensée marxiste est assez tardive en Russie, mais elle marque profondément la réflexion politique. En 1872, la traduction du premier tome du Capital de Marx a été achevée par deux émigrés German Lopatine et Nikolaï Danielson (Ce travail de traduction a été repris en 1907 par Vladimir Bazarov). La censure tsariste estimant que ce texte “scientifique” et bien trop dense sera peu lu en Russie autorise sa diffusion, laquelle constitue ainsi tant la première traduction du Capital que la première publication de l'ouvrage de Marx à l'étranger. Or, contrairement aux attentes des censeurs, Le Capital va connaître un grand succès en Russie (les 3000 exemplaires sont écoulés en une année), et engendrer des discussions passionnées dans les milieux radicaux russes, ainsi que des polémiques acharnées sur les “destinées du capitalisme en Russie”, selon le titre de l'ouvrage publié en 1882 par Vorontsov, économiste narodnik.

C'est en luttant contre les conceptions des populistes que se sont formés les marxistes russes, autour de publications comme Nos différends (1885)[1] de Plékhanov ou Le développement du capitalisme en Russie (1899)[2] de Lénine.

En 1883, la première cellule marxiste de Russie, Libération du Travail, est formée par d'anciens populistes : Gueorgui Plekhanov, Pavel Axelrod, Vera Zassoulitch, etc. Une grande partie de l'intelligentsia sera gagnée au marxisme au tournant du 20e siècle, mais le populisme restera un courant influent jusqu'au début des années 1920. Des populistes constituent en 1901 le Parti socialiste-révolutionnaire (SR). Les partis seront aussi beaucoup désignés par les diminutifs эсер (« essère », S-R) et эсдек (« essdek », S-D).

Historique du POSDR

Congrès de fondation (1898)

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En mars 1898, un congrès (clandestin) est organisé à Minsk pour tenter d'unifier en un parti diverses organisations marxistes ou ouvrières. Le Congrès réunit moins de 15 délégués, venant de trois organisations: le groupe de la Rabotchaia Gazeta de Kiev, le Bund juif, et les Unions de Lutte pour la libération de la classe ouvrière de Saint-Pétersbourg, Moscou et Ekaterinoslav. L'unique délégué ouvrier présent au Congrès était un militant du Bund, qui était alors la plus grande organisation ouvrière. Ce congrès procéda à l'élection d'un Comité Central composé par trois personnes : Boris Eidelman (de la Rabotchaia Gazeta), Arkadi Kremer (du Bund) et Stepan Radchenko (de l'Union de lutte de Saint-Pétersbourg). Pierre Struve était l'un des participants. Lénine, alors en exil à Chouchenskoïé (Sibérie) ne fut pas présent à ce congrès.

Le Congrès adopta un manifeste (dont la rédaction finale fut confiée à Struve) et fixa des règles de fonctionnement du Parti même si, sur le plan formel, il n'adopta ni programme, ni statuts. Le jeune parti fut durement frappé par la répression tsariste. Peu après sa fondation, des arrestations de masse frappèrent 500 militants et sympathisants. Sept des neuf membres du Comité Central furent emprisonnés peu de temps après le congrès de Minsk.

Le Manifeste lancé au nom du Ier congrès laissait encore à désirer sur bien des points. Il restait muet sur la nécessité, pour le prolétariat, de conquérir le pouvoir politique ; il ne disait rien de l'hégémonie du prolétariat, il restait également muet sur les alliés du prolétariat dans sa lutte contre le tsarisme et la bourgeoisie. Dans ses décisions et dans son Manifeste, le congrès proclamait la création du Parti ouvrier social-démocrate de Russie. C'est dans cet acte formel, destiné à jouer un grand rôle au point de vue de la propagande révolutionnaire, que réside l'importance du Ier congrès du POSDR.

Affirmant son analyse marxiste, le POSDR proclame que malgré la prédominance de la paysannerie à l'époque, le vrai potentiel révolutionnaire résiderait à terme dans le prolétariat industriel (qui pesait alors 3% de la population).

Rupture avec les « marxistes légaux »

Dans ces premières années du POSDR, le courant des « marxistes légaux » de Struve était également présent. Ils avaient des journaux légaux tolérées par le régime, et leur « marxisme » servait surtout à justifier par la « nécessité historique » le développement de la démocratie bourgeoise et du capitalisme, mais en aucun cas l'action révolutionnaire. Ils connurent une grande influence pendant l'arrestation et l'emprisonnement des dirigeants de l'aile révolutionnaire du marxisme russe (dont Martov et Lénine) en 1895-1896.

À partir de 1901, les « marxistes légaux » abandonnent le marxisme, et à partir de 1902 Struve publie un journal libéral, Osvobozhdenie (Libération).

« Iskristes » contre « économistes »

Avant le second congrès en 1903, un jeune intellectuel nommé Vladimir Ilitch Oulianov rejoint le parti. En 1901, de l'étranger où ils étaient venus rejoindre les anciens immigrés du groupe Libération du Travail, Vladimir Oulianov et Julius Martov commencent la publication clandestine de l'Iskra (L'Étincelle). Ils voulaient grâce à cette publication bâtir un grand parti centralisant, si nécessaire de façon volontariste, les différents groupes socialistes et cercles ouvriers existant en Russie.

Très rapidement se développe à l'intérieur du mouvement une opposition entre « iskristes » et « économistes ». Le terme économistes désignait les sociaux-démocrates russes qui luttaient plus pour l'amélioration des conditions de vie immédiate des ouvriers (« revendications économiques ») que pour les questions démocratiques (« revendication politique »), qu'il fallait laisser à la bourgeoisie libérale.

A partir de 1899, Oulianov puis l'Iskra menèrent un combat contre les « économistes ». Ils dénonçaient leur position comme de l'opportunisme, mettant la classe ouvrière à la remorque de la bourgeoisie, et défendaient ainsi l'importance de construire le parti (une organisation centralisée), alors que les économistes défendaient un mouvement localiste.[3] Oulianov développait sur la nécessité d'une division du travail dans le parti pour le rendre efficace, dans un contexte difficile de clandestinité :

« Il est indispensable que des membres ou des groupes du parti se spécialisent dans les divers domaines de son activité : reproduction des textes, introduction en Russie des publications éditées à l’étranger, transport à travers la Russie, distribution dans les villes, organisation de logements clandestins, collectage des fonds, transmission du courrier et de tous les renseignements sur le mouvement, organisation des liaisons, etc. Pareille spécialisation exige, nous le savons, beaucoup plus d’endurance, d’aptitude à se concentrer sur un travail modeste, anonyme, obscur, beaucoup plus d’héroïsme authentique que le travail effectué habituellement dans les cercles.  »[4]

En février 1902, Oulianov publie, sous le pseudonyme de Lénine, la brochure Que faire ?, qui expose les positions de l'Iskra sur les économistes, mais aussi sur les questions organisationnelles qui se posent pour le parti naissant.[5]

2e congrès (1903) : mencheviks et bolcheviks

Le second congrès, qui réunit essentiellement des émigrés et intellectuels vivant à l'étranger, tente de constituer une force politique unifiée qui n'existe toujours pas réellement. Les 51 congressistes se réunissent à Bruxelles le 30 juillet 1903 mais doivent sous la pression des autorités belges se déplacer le 11 août à Londres.

Le Bund ne participe que partiellement aux travaux du congrès. Il réclame une autonomie au sein du parti, qui est largement refusée, à 45 voix contre 5 (y compris par d'autres marxistes juifs comme Trotsky ou Martov). Les délégués du Bund quittent alors le Congrès.

Un débat autour de la condition d'adhésion d'un membre au parti cristallise alors une opposition en deux camps :

  • La formule défendue par Martov dit : « Un membre du POSDR est quelqu'un qui accepte le programme du parti, le soutient financièrement, et lui apporte une aide personnelle régulière sous la direction d'une de ses organisations. »
  • Le formule défendue par Lénine dit : « Un membre du POSDR est quelqu'un qui accepte son programme et soutient le parti à la fois financièrement et en participant à une de ses organisations. »[6]

Les formules sont très proches, mais le débat se focalise sur les conceptions de l'organisation qui sont sous-entendues ou prêtées à ceux d'en face. Le débat a souvent été simplifié en « parti centralisé de révolutionnaires professionnels » (Lénine) contre « parti souple » (Martov). Certains le réinterprètent même comme un débat entre « parti d'avant-garde » et « parti de toute la classe ». Or les deux fractions se revendiquaient de la pratique des autres partis social-démocrates de l'Internationale, qui même massifs ne regroupaient jamais toute la classe. Le débat était en réalité très lié aux particularités du militantisme en Russie, subissant la répression tsariste. Mais ces déformations ont en partie leur origine dans les procédés rhétoriques utilisés. Dans un article de Trotski publié autour de 1907, celui-ci explique que dans ce genre de polémique, il s’agissait d’adopter la position de l’adversaire, d’en pousser la logique jusqu’à son dernier terme, et de tenter par là d’en révéler l’absurdité (argument de la pente glissante).[7]

Martov remporte d'abord le vote, mais après après le départ des 7 délégués du Bund et des 2 économistes, les partisans de Lénine se retrouvent en majorité. C'est suite à ce vote qu'ils seront nommés bolcheviks (de bolchinstvo, « majorité »), par opposition aux mencheviks (de menchinstvo, « minorité »). A ce moment-là, Plékhanov est du côté de Lénine, tandis que Trotsky est menchévik.

Schématiquement, les bolcheviks rassemblent autour de Lénine un courant en apparence homogène, alors que les mencheviks regroupent différentes tendances : sociaux-démocrates traditionnels, tendance plus à gauche de Martov et tendance « gauchiste » de Trotski.

Les 3 membres du Comité central élus (Lengnik, Noskov et Gleb Krzhizhanovsky) sont des partisans de Lénine. Le comité de rédaction de l'iskra est réduit de 6 à 3 membres (Lénine, Plekhanov et Martov).

Au départ, tout le monde pensait que la scission ne durerait pas. Pendant des années, la rupture a surtout concerné les milieux intellectuels dirigeants, en exil. Dans de nombreuses villes, les militants des deux fractions continueront à agir en commun. En fait, 351 organisations du parti restèrent des organisations conjointes bolcheviks-mencheviks jusqu'en 1917, dans certains cas jusqu’en septembre.

Le revirement de Plékhanov

Le parti se scinde ensuite en deux fractions le 17 novembre. Se retrouvant en minorité, les menchevik scissionnent. Sous pression, Plekhanov fait volte-face et exige, au nom du maintien de « l’unité », que la majorité au comité de rédaction de l’Iskra soit rendue aux mencheviks. Lénine refuse. Il fait valoir que s'il avait été minoritaire il serait resté à la rédaction en tant que minorité, sans faire de chantage à l'unité. Lénine tente pourtant activement d'éviter la scission, assurant des pleins droits démocratiques aux menchéviks. Mais ceux-ci refusent tout compromis.

En 1904, Lénine développe son point de vue dans une brochure, Un pas en avant, deux pas en arrière.[8] Rosa Luxemburg publie une critique de Lénine, Questions d'organisation de la social-démocratie russe.[9]

Trotski siège au IIe Congrès au titre de délégué de l'Union sibérienne. Après y avoir combattu durement le Bund, il se retrouve lors de la scission du côté menchevik. Il continue alors pour une courte période à collaborer à l'Iskra, contrôlée par les mencheviks. Pour fournir à ses mandants un exposé de son action lors du congrès, il publie en 1904 le Rapport de la délégation sibérienne dans lequel il s'attaque à Lénine, le comparant à Robespierre, l'accusant de mettre le parti « dans un état de siège », de lui « imposer sa poigne de fer », et de transformer « son modeste comité central en comité de salut public ».[10]

Le POSDR pendant la Révolution russe de 1905

Tout comme plus tard en février 1917, la Révolution russe de 1905 surprend toutes les composantes du mouvement ouvrier russe, à commencer par celles du POSDR. Les menchéviks voient dans les évènements de 1905 et l'apparition des soviets le moyen de construire enfin le large et véritable parti social-démocrate, les comités ouvriers étant appelés dans l'avenir à se transformer en syndicats.

Les dirigeants bolchéviks étaient au départ méfiants envers ces organes apparus spontanément. Ils n'y étaient pas à l'aise, et fixaient la tâche de « convaincre ces organisations d'accepter le programme du parti social-démocrate comme étant le seul conforme aux vrais intérêts du prolétariat ». Lénine fera évoluer ces positions en favorisant le travail dans les soviets et en reconnaissant leur rôle central dans la révolution.

En janvier, Lénine accuse les minoritaires menchéviks d'avoir un rôle désorganisateur et secrètement fractionniste.[11] Trotsky se tenait à ce moment-là « hors fraction », dans les « comités interrayons ». Lénine ironisait sur celui qui se promenait « avec le rameau de la paix et la burette d'huile non-fractionniste à la main ».

Mais surtout, la révolution montre que la bourgeoisie préfère se jeter dans les bras de la réaction plutôt que de risquer de tout perdre dans une lutte de classe trop intense. Le POSDR se divise en deux attitudes radicalement différentes :

C'est à ce moment que Trotsky développe une idée différente et originale : la théorie de la révolution permanente.

3e congrès (1905) : le congrès bolchévik

Le 3e congrès se tient à Londres du 25 avril au 10 mai 1905. Sa préparation déclencha un conflit de légitimité.[13] Le Comité central menchévik avait voté contre l'appel au congrès le 7 février 1905, et voté l'exclusion de Lénine. Mais deux jours plus tard, 9 des 11 membres de ce comité sont arrêtés. Des membres du Comité central, Leonid Krassine et Alexei Lyubimov, prennent contact avec les bolchéviks et signent un accord pour la tenue du 3e congrès avec Sergei Gusev et Piotr Rumyantsev.

Seule une poignée de menchéviks se rend au congrès, les autres organisant une conférence alternative à Genève.

Krassine et Bogdanov sont alors nommés au Bureau russe du Comité central, chargé de réunifier les 2 fractions.

A côté des sujets ordinaires, l'ordre du jour du congrès comprenait la situation pré-révolutionnaire d'alors, ou encore la guerre russo-japonaise. Lénine militait pour la défaite de la Russie. Le congrès décide alors de rapatrier le Comité central la presse du parti en Russie, ce qui fait pression sur Lénine pour qu'il rentre (ce qu'il fera en novembre).

Après la révolution, pendant un bref instant, il était possible de mener une activité politique légale, dont la possibilité de participer à des élections, et de profiter du droit de réunion pour organiser plus démocratiquement le parti qu'en période clandestine (c'était auparavant la cooptation qui primait). Lénine recommande aussitôt une adaptation du parti et une généralisation des élections des organes par la base.[14] Il ajoute, contre les « comitards », qu'il ne fallait pas craindre une « adhésion fulgurante et massive de personnes qui ne sont pas des so­cial-démocrates ».

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4e congrès (1906) : réunification des fractions

Le 4e congrès se tient à Stockholm (Suède) en avril 1906. Les bolchéviks et les menchéviks se rapprochent, et refusionnent formellement.[15] Lénine annonce solennellement : « II n'y a plus de schisme [...] les fractions précédentes des 'bolcheviks' et des 'mencheviks' se sont entièrement fondues. »

Les principaux sujets abordés furent la situation politique et les tâches du prolétariat, la question agraire, l'attitude envers la Douma, et les questions d'organisation (Martov fait remplacer la version de 1903 sur les statuts par la sienne). Chaque point soulève une forte polémique entre fractions. Les menchéviks sont alors majoritaires (environ 34 000 militants contre 14 000 pour les bolchéviks) et font globalement passer leurs positions.

5e congrès (1907)

Le 5e congrès se tient à Londres entre le 13 mai et le 1er juin 1907. Il réunit 338 délégués, dont 105 bolchéviks et 97 menchéviks (représentant au total 77 000 militant-e-s). Les délégués polonais (SDKPiL) et lettons faisaient bloc avec les bolchéviks, tandis que les bundistes étaient alliés aux menchéviks. Trotsky est alors non aligné et fait le médiateur entre les deux blocs.[16][17][18] Les bolchéviks sont désormais plus nombreux que les mencheviks, car leur meilleure expérience de la clandestinité les aide à mieux résister à la répression qui s'accentue, dans la période contre-révolutionnaire qui suit 1905-1906.

Les débats sont tendus. Les bolchéviks soutiennent qu'il faut se préparer à un soulèvement armé contre le tsarisme, ce que Martov dénonce comme une déviation « putschiste ».

La question syndicale soulève aussi des débats. Les menchéviks soutiennent l'idée d'organiser un grand « congrès ouvrier », comme première étape vers un mouvement ouvrier organisé davantage sur le modèle d'Europe de l'Ouest.

Enfin, les menchéviks condamnent les « expropriations » (braquages menés pour financer les activités du parti) menées par certains bolchéviks (mais aussi par des SR et des anarchistes). Leur résolution est votée à 65% (y compris certains bolchéviks). Ironiquement, une des « expropriations » les plus connues eut lieu quelques semaines après le congrès à Tiflis.

Le Comité central issu de ce congrès est profondément divisé et ne parvient pas à fonctionner. Les bolchéviks élisent à l'issue du congrès leur propre direction, menée par Lénine. A partir de 1908, les effectifs des deux fractions s’effondrent, sous l’effet de la répression.

Le PODSR et les Douma

Les sociaux-démocrates (comme les SR) boycottent les élections de la première Douma d'État de l'Empire russe (fin 1905 - début 1906), car elles sont mises en place pour essayer de calmer le mouvement révolutionnaire par une réforme minime du régime.

Mais aux élections à la deuxième Douma (janvier 1907), dans un contexte de reflux de la révolution, les social-démocrates et les socialistes-révolutionnaires se présentent et obtiennent 83 sièges. Un courant gauchiste se forme au sein des bolchéviks, contre la participation, et appelant au rappel des députés (« otzovistes »).

La deuxième Douma est dissoute en juin sous prétexte de la découverte d'un complot social-démocrate pour subvertir l'armée. Sous de nouvelles lois électorales, la présence des sociaux-démocrates à la troisième Douma (novembre 1907) est réduite à 19. Leur chef de file est Nicolas Tchkhéidzé, brillant orateur.

À partir de la quatrième Douma (1912-1917), les sociaux-démocrates sont définitivement divisés. Les mencheviks ont 5 membres et les bolcheviks 7, dont Roman Malinovski, qui s'avérera être un agent de l'Okhrana. En octobre 1912, selon R. Luxemburg, le POSDR est composé des courants suivants : « les mencheviks (tendance Axelrod) , les mencheviks du Parti (tendance Plekhanov), le groupe Vperiod, le groupe Pravda, les bolcheviks du Parti et les bolcheviks de Lénine ».

Le courant liquidateur (1908-1914) et la rupture de 1912

Suite à la défaite de la révolution de 1905, la répression est de plus en plus dure sur les révolutionnaires. Parmi les menchéviks, tout un courant s'adapte de façon opportuniste, limitant leurs revendications à ce qui est toléré par le régime (ils abandonnent par exemple la revendication de République, ils veulent se limiter à un parti légal...). Les bolchéviks (mais pas seulement) les appellent à partir de 1908 les « liquidationnistes », car ils tournent le dos à l'activité de propagande clandestine du POSDR. Les liquidateurs étaient notamment regroupés autour de la revue Nacha Zaria (Potressov, Tchérévanine...) qui était encensée par la bourgeoisie libérale.

Une conférence du POSDR est organisée par les bolchéviks en janvier 1912 avec l'essentiel des forces social-démocrates en Russie, et elle déclare l'exclusion des liquidateurs. Plusieurs petits groupes, surtout de l'émigration (Plekhanov, Alexinski, Trotsky...), ne la reconnaissent pas. En août ils se regroupent (« bloc d'août ») pour dénoncer le « scissionnisme » et « l'usurpation », et ils forment un « Comité d'organisation », qui s'opposera au Comité central issu de la conférence de 1912.

Pendant plus de deux ans (début de 1912 milieu de 1914) les deux organisations sont en conflit ouvert. D'un côté la Pravda, de l'autre, le Loutch (« le rayon », quotidien menchévik qui parût légalement à Pétersbourg de septembre 1912 à juillet 1913). De même à la Douma (Lénine insista pour que les groupes parlementaires soient bien distincts) : d'un côté la « Fraction ouvrière social-démocrate de Russie » (bolchéviks), de l'autre la « Fraction social démocrate » dirigée par Tchkhéidzé.

Le parti de masse bolchévik

L'organisation autour de la Pravda parvient alors à devenir un parti de masse, à l'échelle de la classe ouvrière russe. Les partisans de Lénine n'emploient quasiment pas le terme de bolchéviks à cette période, se présentant comme le POSDR. Lénine raillera le fait que les groupes très hétérogènes du bloc d'août 1912 n'ont jamais réussi à s'unir sur une politique commune.[19]

En s'appuyant sur les données des cotisations, qui distinguent celles venant des groupes ouvriers et celles des invididus (souvent des bourgeois libéraux), Lénine montre qu'en 1914, les bolchéviks groupaient 4/5e des ouvriers social-démocrates. Ils avaient aussi le contrôle de tous les plus grands syndicats de Moscou et de Saint Saint-Pétersbourg. La campagne sur les assurances sociales joue également un rôle important dans la construction d’un réseau de travailleurs soutenant le bolchevisme. Au début de 1914 lors des élections des délégués de cette institution légale, on comptait 37 partisans de la Pravda, 7 mencheviks, 4 SR et 5 abstentions.

Emile Vandervelde, ennemi farouche des bolcheviks, est allé en Russie au nom du Bureau Socialiste International au début de 1914 et a reconnu que les bolcheviks étaient alors majoritaires dans la classe ouvrière russe.

Pendant la guerre (1914-1917)

En 1914, avec l’éclatement de la guerre, la répression, aidée par des provocateurs infiltrés, s’abat sur les social-démocrates. Contrairement à la plupart des sections de l'Internationale ouvrière, la ligne de la défense de la patrie est loin de faire l'unanimité en Russie. Les clivages politiques au sein du POSDR sont radicalement redessinés sur la question du soutien ou non à la guerre. Ceux qui ont soutenu la guerre ont été appelés « défensistes » et ceux qui étaient opposés étaient appelés « défaitistes » :

  • La plupart des bolchéviks sont défaitistes (Lénine théorise le « défaitisme révolutionnaire »).
  • Les menchéviks sont très divisés. Une forte minorité est défensiste (autour de Potressov). Une majorité est contre la guerre (refuse de voter les crédits) mais refuse toute action. La minorité « internationaliste » autour de Martov est plus clairement défaitiste.
  • La plupart des interrayons sont défaitistes (même si Trotsky avait des nuances par rapport au défaitisme révolutionnaire).

Les contacts avec l’exil se réduisent à presque rien : en novembre 1916, Zinoviev et Lénine, en exil, ne savent pas ce qu’est devenu l'organisation bolchévique. 

L'année 1917

A nouveau, la révolution de février 1917 surprend tous les militants organisés du POSDR. Beaucoup de dirigeants social-démocrates, bolchéviks comme menchéviks, sont en exil : Lénine et Martov sont à Zurich, Trotski est à New York, Tchernov à Paris, Tsereteli, Dan et Staline en exil en Sibérie.

Les menchéviks, alors dirigés par Tsereteli, sont sur une ligne de soutien à peine critique au gouvernement provisoire des KD. Ils demandent que soit fixé l'objectif d'une « paix juste sans annexion », mais soutiennent l'effort de guerre. Dans les soviets (où ne sont présents que les partis socialistes), les mencheviks sont majoritaires, avec l'appui des socialistes-révolutionnaires. Ils élisent Nicolas Tchkhéidzé à la tête du Comité exécutif du Soviet de Petrograd, qui refuse à plusieurs reprises de participer au gouvernement provisoire successeur du régime tsariste, notamment au poste de ministre du Travail.

La faiblesse théorique des dirigeants bolchéviks est encore illustrée, de façon dramatique, en mars 1917, lorsque Kamenev, Staline et Muranov glissent vers une ligne de soutien au gouvernement provisoire et de poursuite de la guerre. Ils envisagent même de fusionner avec les menchéviks. Le retour d'exil de Lénine et ses Thèses d'avril radicales vont réaffirmer un clivage net avec les menchéviks.

En avril 1917, après le remaniement qui place le « socialiste » Kerenski à la tête du gouvernement provisoire, Irakli Tsérétéli[20] fait passer une ligne de participation au nom de la « sauvegarde de la révolution », et devient ministre des Postes et Télégraphes, puis de l'Intérieur. Etant donné que le gouvernement refuse de répondre aux revendications populaires, la participation dessert les menchéviks. Ils perdent de leur influence aux élections municipales de Moscou en septembre 1917.

De nombreux social-démocrates rentrant d'exil au printemps ou à l'été 1917 doivent choisir leur camp devant l'ampleur des choix stratégiques à faire. Certain-e-s ex-menchéviks comme Kollontaï rejoignent les bolchéviks, d'autres non-alignés comme Trotsky rejoignent le comité Interrayons, qui fusionnera avec les bolchéviks en août. Un groupe petit mais influent autour de Gorki refuse de choisir.

En octobre, les bolchéviks remportent le soviet de Petrograd, et Trotski remplace Tchkhéidzé. Cela va précipiter l'affrontement et la révolution d'Octobre, car le gouvernement Kerensky cherche à réagir. La nuit du 24-25 octobre (n.s : 6-7 novembre), les bolcheviks prennent le pouvoir à Petrograd et forment un Conseil des commissaires du peuple (ou Sovnarkom) avec Lénine à sa présidence. Le Congrès des soviets du 25 octobre (à majorité bolchévik et SR de gauche) valide le nouveau gouvernement, conçu comme provisoire.

En novembre 1917, les élections de l'Assemblée constituante russe ne sont pas favorables aux bolcheviks : l'assemblée est dissoute lors de sa première réunion.

En mars 1918, le courant bolchevik prend le nom de Parti communiste de Russie (bolchévik). Lénine fait alors un discours pour revenir sur l'histoire du nom du parti.[21] En janvier 1934, le parti devient le Parti communiste (bolchevik) d'Union soviétique, puis le Parti communiste de l'Union soviétique en octobre 1952.

La faction menchevik est exclue des soviets en 1918, puis interdite après la révolte de Kronstadt en 1921.

Le POSDR et l'Internationale

Le POSDR était la section russe de l'Internationale ouvrière. La division au sein du parti créait cependant un problème de légitimité dans les rapports avec le reste de l'Internationale. Le Bureau socialiste international (BSI) cherchait à favoriser l'unité du POSDR.

Délégué au BSI, Lénine cherchait à s'affirmer en tant que représentant du parti tout entier. Dans sa correspondance avec Camille Huysmans, secrétaire du BSI, Lénine continue d'utiliser les termes de « majorité » et « minorité » en 1905 et, en 1909, il se sert de la traduction française « majoritaire ». Litvinov en revanche utilise le terme de Menchevik dans une lettre à Huysmans de la même époque.

En octobre 1912, la direction de la SDKPiL envoie au BSI une communication contre la « tactique scissionniste » de Lénine.

En décembre 1913 le BSI tient à Londres une réunion abordant notamment la question du parti russe. Selon Rosa Luxemburg, « les beks étaient représentés par un idiot complet (Litvínov), par contre, il y avait une foule de meks » qu'elle qualifie, dans une lettre du lendemain de « liquidateurs » (comme Lénine).

Congrès du POSDR

  • 1er congrès, Minsk, mars 1898
  • 2e congrès, Bruxelles puis Londres, 30 juillet - 11 août 1903
  • 3e congrès, Londres, 25 avril - 10 mai 1905 (tenu uniquement par les bolchéviks)
  • 4e congrès, Stockholm, avril 1906
  • 5e congrès, Londres, 13 mai - 1er juin 1907

Comité central

1er Comité central (1898–1903)

2e Comité central (1903-1905)

Membres officiels Membres cooptés Autres membres
  • Aleksandr Kvyatkovsky (1878–1926) — élu en 1904
  • Mikhail Silvin (1874–1955) — élu en 1904

3e Comité central (1905-1906)

Membres officiels Membres cooptés Autres membres

Effectifs militants

  • 1905 : essor révolutionnaire et essor des effectifs
  • 1906 : 34 000 mencheviks, 14 000 bolchéviks.
  • 1907 : 77 000 militant-e-s (au moment du 5e congrès)
  • 1908 : période de répression, effondrement des effectifs
  • 1910 : moins de 10 000 militant-e-s
  • 1916 : environ 5 000 bolchéviks
  • Bolchéviks en 1917 :
    • Février : 10 000, dont 2 000 à Petrograd
    • Avril : 79 000, dont 15 000 à Petrograd
    • Juillet : 170 000, dont 40 000 à Petrograd
    • Août : 100 000
    • Octobre : 200 000




Organisations régionales

Au 4e congrès (1906), le Parti ouvrier social-démocrate de Lettonie intègre le POSDR en tant qu'organisation territoriale.

La section estonienne du POSDR est fondée en 1902. Au cours de la conférence de la section en mars 1907 à Terijoki (Finlande), les bolchéviks et les menchéviks s'opposent violemment.

Notes et références

Bibliographie

Archives et protocoles des congrès du POSDR

Ouvrages

  • Grigori Zinoviev, Histoire du Parti bolchevik, 1924
  • Pierre Broué, Le parti bolchévique, 1963
  • Collectif, Histoire du Parti communiste /bolchévik/ de l'U.R.S.S : Précis rédigé par une commission du Comité central du P.C.(b) de l'U.R.S.S, Moscou, Éditions en langues étrangères, (1re éd. 1938), 408 p.
  • Korine Amacher, La Russie 1598-1917 : Révoltes et mouvements révolutionnaires, Gollion, Infolio, coll. « Illico » (no 28), , 222 p.

Articles