Niveleurs

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 Les niveleurs (levellers en anglais) étaient un mouvement politico-religieux actif avant et pendant la Première Révolution Anglaise, qui se sont ensuite cristallisés dans les quakers, divagateurs ou creuseurs. Ils représentent l'aile plébéienne radicale et socialisante des Independents.

Histoire[modifier]

L’enthousiasme de la victoire et la fin des opérations militaires ont libéré à la gauche des indépendants, une explosion du mouvement radical démocratique: le “Parti des niveleurs” comme l’appellent ses ennemis. Les niveleurs ne sont pas représentés au Parlement, et c'est la New Model Army qui est leur vecteur et leur terreau. Leurs activistes sont issues d’une aile gauche des corporations d’artisans et du Common Council de Londres. Ils sont animés par un groupe de brillants intellectuels tribuns comme John Lilburne. Le “Parti niveleur” va rassembler et formuler, en un programme politique élaboré, les revendications des mouvements plébéiens des villes et des campagnes qu’il rallie derrière lui. 

En 1644 après la bataille de Marston Moor, où il s’est battu comme lieutenant-colonel des dragons, Lilburne a quitté l’armée parce qu’il refuse de jurer le Convenant. Pour ses écrits jugés subversifs, les presbytériens et les Lords l’emprisonnent de juillet à octobre 1645, et à nouveau en avril 1646. Une effervescence de publications “niveleuses” dénonce rexploitaflon du pauvre par le riche, la misère du pauvre, l’insensibilité, l’arrogance, et l’hypocrisie religieuse des riches parlementaires. En 1645-1646, on s’est battu pour une démocratisation des corporations et de la Municipalité de Londres, en mai 1646 des délégués des paysans du Buckingham shire et du Hertfordshire sont venus à Londres revendiquer la suppression de la dîme. En 1647, les Débats de Putney expriment les divergences entre les Independents, modérés par rapport aux niveleurs. De ces débats sort la première version de l'Accord du Peuple, rédigée par Wildman, et une Humble Remontrance est envoyée au Parlement, où l'armée affirme son caractère national.

Et la radicalisation plébéienne est avivée par la crise économique : les années 1640 sont économiquement les pires du siècle, 1648 la pire. Les récoltes sont mauvaises, la guerre a fait de gros dégâts, les prix montent tandis que le chômage fait baisser les salaires.

En avril et en mai 1649, on assiste à une mutinerie des Levellers à cause d'un plan d'invasion de l'Irlande. Cette rébellion a été écrasée par Thomas Fairfax et Oliver Cromwell. Le mouvement cesse progressivement d'exister à partir de la fin de l'année 1649, suite au procès de Lilburne. A partir du milieu des années 1650, le général George Monck, qui a pactisé plusieurs fois avec les catholiques, s'emploie à épurer la New Model Army des Niveleurs. Les quelques mouvements d'insurrection dans l'armée sont matés dans le sang, et Cromwell s'applique alors à réprimer le mouvement qu'il a si bien su utiliser lors de la guerre civile.

Programme[modifier]

Malgré leur absence de réelle organisation, les niveleurs furent le seul groupement à présenter un programme politique prônant clairement une révolution sociale :

  • suffrage universel masculin
  • assemblée unique, donc dissolution de la Chambre des Lords
  • dissolution du Parlement et nouvelles élections après élargissement du suffrage et attribution à toutes les circonscriptions d’un nombre de députés proportionnel à leur population
  • élection des juges, des magistrats de ville et de comté, des curés de paroisse
  • abolition de la dîme
  • liberté religieuse pour tous, même les catholiques romains
  • abolition des impôts indirects; retour au subside territorial d’avant-guerre ou mieux, à un impôt sur le revenu
  • suppression des enclôtures
  • garantie de tenure pour les copyholders et conversion de leur tenure en libre propriété du sol par rachat au prix de vingt années de charges dûes; donc abolition des charges féodales par rachat
  • abolition du monopole des compagnies commerciales
  • abolition du droit d’aînesse, donc héritage par partage égal entre tous les enfants
  • abolition de la prison pour dettes
  • adoucissement et codification, en langue compréhensible, des lois pénales


Figures et écrits majeurs[modifier]

Les niveleurs sont animés par un groupe de brillants intellectuels, publicistes et tribuns autour de John Lilburne, le marchand de soie Wiliam Walwyn, l’imprimeur Richard Overton, l’avocat John Wildman.

En 1646, Lilburne publie deux pamphlets retentissants: London’s Liberty in Chains Discovered, et The Free-Man’s Freedom Vindicated, dans lequel il écrit que Dieu a créé les hommes “par nature tous égaux et semblables en pouvoir, dignité, autorité et majesté...”

L'Accord du Peuple, rédigée par Wildman en 1647 lors des Débats de Putney, passe pour la première des Constitutions.

Les Levellers ont beaucoup utilisé la presse pour faire circuler leurs idées, notamment par l'intermédiaire du journal The Moderate.

Postérité[modifier]

Les idées des niveleurs furent répandues par les philosophes libéraux tout au long du siècle des lumières ; elles ont notamment influencé les rédacteurs de la constitution américaine.

« Les bolcheviks sont les héritiers historiques des Niveleurs anglais et des Jacobins français » Rosa Luxemburg

Notes et sources[modifier]