Armée russe en 1917

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Tranchées russes

L'armée russe en 1917 était en guerre contre les Empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman) aux côtés des Alliés, lorsque la révolution a éclaté. Elle a alors connu un rapide processus de décomposition, à mesure que les soldats contestaient de plus en plus la guerre que le gouvernement provisoire leur ordonnait de continuer. L'agitation bolchévique a progressivement gagné de l'influence dans l'armée, jusqu'à la Révolution d'Octobre. Au cours de la guerre civile qui a suivi, une Armée rouge a été créée sur les ruines de l'ancienne armée.

Contexte[modifier]

En 1905[modifier]

Dans la révolution de 1905, l'armée (et les Cosaques en particulier) restent de solides appuis du régime.

Pendant la guerre de 1914[modifier]

Malgré quelques succès des troupes russes en août 1914, la situation tourne rapidement en défaveur de la Russie, qui n'est pas capable de soutenir un effort de guerre moderne, avec son industrie insuffisante, ses transports lacunaires et son très mauvais ravitaillement.

La Russie compense sa faiblesse technique et économique par une masse de 8 millions d'hommes conscrits (essentiellement parmi la paysannerie, et les minorités y sont surreprésentées).

Au sein de la troupe, les pertes battent tous les records (1 700 000 morts et 5 950 000 blessés) et des mutineries éclatent, le moral des soldats se trouvant au plus bas. Ceux-ci supportent de moins en moins l’incapacité de leurs officiers (on a ainsi vu des unités monter au combat avec des balles ne correspondant pas au calibre de leur fusil), les brimades et les punitions corporelles en usage dans l’armée. En mai 1915, les armées russes reculent puis, au cours de l'hiver 1915-1916, le front se stabilise. À l'arrière, la situation se dégrade : les grèves se multipliaient dans les usines (plus d'un million de grévistes en 1916), et les accrochages avec la police se font plus fréquents (4 morts en juin 1915, 16 morts en août...). Les lois de mobilisation provoquent en 1916 une révolte de taille au Kazakhstan. Le total des déserteurs atteint 1 million fin 1916, 2 millions en 1917. Les pertes dans l'armée provoquent aussi un renouvellement dans les cadres, des monarchistes conservateurs étant remplacés par des libéraux.

En Russie, contrairement aux autres pays, les socialistes ne soutiennent pas majoritairement l'effort de guerre de leur gouvernement. Les russes sont nombreux à Zimmerwald. Mais seuls les bolchéviks sont sur une position intransigeante (et même la position « défaitiste » de Lénine passe mal dans le parti bolchévik), tandis que la plupart sont sur une position pacifiste plus passive. La question de la paix deviendra vite une des questions centrales dans la révolution russe.

L'expérience de la guerre qui a brassé des millions d'hommes, a arraché des paysans à leur vie cyclique, a énormément politisé le petit peuple russe, comme en témoigne par exemple ce soldat :

« C’est qu’avant je ne savais pas à quel point les riches vivaient bien. Ici [au front] on a commencé à nous loger dans des maisons réquisitionnées et j’ai vu à quel point c’était bien; j’ai vu par terre et sur les murs toutes sortes de choses qu’ils possèdent ; partout dans la maison, il y a des choses chères, belles et qui ne servent à rien. Maintenant je vivrai de cette façon et pas avec les cafards » [1]

1917 : décomposition et insoumission dans l'armée[modifier]

Février à Petrograd[modifier]

Quand la révolution de Février éclate à Petrograd, la police, particulièrement haïe par la population ouvrière, est vite débordée. Les régiments de soldats stationnés dans la ville sont appelés pour réprimer. La garnison de Pétrograd, composée de bataillons de réserve ou chargés de l’entraînement des nouvelles recrues, représente une formidable concentration de troupes, de 215 000 à 300 000 soldats (selon les moments et les estimations).

Mais au cours des journées de l'insurrection, ils basculent du côté des ouvriers. C'est ce qui signera la mort du tsarisme.

Fait significatif, les cosaques, d’ordinaire à la pointe de la répression, laissent tranquille les manifestants, et certains discutent avec eux et se font ovationner par la foule. Beaucoup de cosaques étaient usés et voulaient avant tout rentrer chez eux, dans leurs terres aux marges de l'Empire russe. La 4e compagnie du régiment Pavlovski a même ouvert le feu sur la police montée.

Des ouvrières interpellaient les troupes, s’agrippaient aux fusils et demandaient aux soldats de les rejoindre. Une scène décrite par Trotsky : « Les soldats s’émeuvent, se sentent tout penauds, s’entre-regardent avec anxiété, hésitent encore ; l’un d’eux, enfin, se décide avant les autres et les baïonnettes se relèvent dans un mouvement de repentir au-dessus des épaules des assaillants, le barrage s’ouvre, l’air retentit de hourras joyeux et reconnaissants, les soldats sont entourés, de toutes parts s’élèvent des discussions, des reproches, des appels. »

En revanche des junkers (élèves officiers) ont tiré sur la foule, faisant de nombreux morts.

L'union des soldats et des ouvriers va être scellée au sein du Soviet de Petrograd. D'abord soviet ouvrier (comme en 1905), il devient d'un accord presque unanime « soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd ». Seule une minorité de social-patriotes protesta contre l'immixtion de l'armée dans la politique. L’une des premières mesures du soviet de Pétrograd est d’arracher au gouvernement provisoire l’engagement que les troupes ayant pris part à la révolution ne pourront être ni désarmées, ni envoyées au front.

Néanmoins une première friction survient à propos de l'exigence du soviet que l'armée soit désormée organisée sur « une base d’auto-administration ». Le Comité de la Douma répond qu'il est impossible de mettre en place en temps de guerre un type d’organisation qui n’a encore été introduit dans aucune armée au monde. Le compromis trouvé fut « maintien d’une stricte discipline militaire pour les soldats en opérations, abandon des limitations à l’exercice des droits civiques pour tout le reste du temps ».

Février sur le front[modifier]

Les hommes de la contre-révolution sont encore là, partout, dans l'appareil militaire, dans les hautes sphères politiques. Le général Alexeiev, chef d’état-major des armées depuis août 1915 et perçu comme un « démocrate » par beaucoup de politiciens, est maintenu à ce poste par le gouvernement provisoire (il dirigera des armées blanches après Octobre). Alexeiev donne le 3 mars l’ordre à ses troupes de « capturer et, dès que possible, assigner devant une cour martiale dont les sentences seront immédiatement exécutoires » les délégations de soldats de Pétrograd qui se rendent sur le front pour étendre la révolution.

Mais les nouvelles se répandent inexorablement, et transforment radicalement l'ambiance dans les tranchées. Partout on s'auto-organise, on forme des comités de régiments, et on adresse des doléances au soviet de Petrograd qui est vu par les masses comme le coeur de la révolution. Dans l’armée, le prikaze n°1 (ordre du jour) émis par le soviet de Petrograd interdit les brimades humiliantes des officiers et instaure pour les soldats les droits de réunion, de pétition et de presse. Les soldats s'interrogeaient entre eux du regard au moindre geste suspect d'un officier, l'obéissance n'allait plus de soi.

Il y eut un peu plus de conflits au front, où la violence était bien plus présente. Les officiers censurèrent dans un premier temps les nouvelles de Pétrograd. Certains soldats apprirent la révolution du côté allemand... Cela ne fit qu'augmenter la défiance envers les officiers une fois les nouvelles apprises. Les troupes qui basculaient du côté de la révolution s'accrochaient un petit ruban rouge. Des soldats s'en prenaient aux officiers qui gardaient des portraits du tsar. Des représailles eurent lieu là où les sévices des officiers avaient été particulièrement violents. Par exemple à Helsingfors (maintenant Helsinki) et à Svéaborg, le soulèvement violent dura une nuit et un jour, et les officiers les plus détestés furent précipités sous la glace. « A en juger par ce que raconte Skobélev de la conduite des autorités de Helsingfors et de la flotte – écrit Soukhanov pourtant bien peu disposé à l'indulgence à l'égard de " l'obscure soldatesque " – on doit seulement s'étonner que ces excès aient été si insignifiants. » Trotsky précise : « Les bolcheviks tout aussi souvent que les conciliateurs allèrent prévenir des excès chez les soldats. Mais les vengeances sanglantes étaient aussi inévitables que le choc en retour après un coup de feu. »[2]

Le témoignage d'un capitaine permet de saisir un aperçu de la lutte de classe sur front :

« Entre nous et les soldats, l’abîme est insondable. Pour eux, nous sommes et resteront des barines [maîtres]. Pour eux, ce qui vient de se passer, ce n’est pas une révolution politique, mais une révolution sociale, dont ils sont les vainqueurs et nous sommes les vaincus. Ils nous disent, maintenant qu’ils ont leur comité : « Avant, vous étiez les barines, maintenant c’est à notre tour de l’être! ». Ils ont l’impression de tenir enfin leur revanche après des siècles de servitude... »[3]

Le double pouvoir[modifier]

Les comités de régiment devaient bien être tolérés par les officiers, comme les comités d'usine par les patrons, ou les soviets par les Douma. Le rapport de force était trop en leur faveur. Parmi les soldats, qui sont en majorité des paysans conscrits, ce sont les socialistes-révolutionnaires (SR) qui sont hégémoniques. Les délégués SR des différents comités de régiment élisent des comités d'armée, avec lesquels l'Etat-major est obligé de composer.

Les ouvriers (social-démocrates dans leur grande majorité), qui voulaient fortement resserrer leur alliance avec les soldats, étaient aussi pour cette raison plus attirés par les menchéviks qui étaient sur la même ligne. Or les intérêts des soldats et des ouvriers s'opposaient parfois. Le 5 mars, le président du Soviet de Petrograd, Tchkheidze, fit un rapport appelant à la reprise du travail (soutenu par Pumianski, au nom du Soviet de Moscou). Mais les élus ouvriers du Soviet protestèrent, ne voulant pas que la révolution ait eu lieu pour rien. Le Bureau du Soviet allait se rallier à une attitude plus favorable aux revendications ouvrières lorsqu’intervinrent les soldats, présents au Soviet et qui firent entendre une autre voix : l’armée avait besoin de chaussures, de canons. Au front, les soldats n’exigeaient ni les 8 heures ni de meilleurs salaires car ils croupissaient dans la boue 24 heures sur 24 et sans être payés. L’assemblée en fut retournée et, par 1 170 voix contre 30, vota la reprise du travail.

Mais les socialistes conciliateurs (menchéviks et SR) faisaient tout pour calmer les esprits. La majorité d'entre eux soutiennent désormais l'effort de guerre : il s'agit, maintenant que le pays est démocratique, de « défendre la révolution » contre le monarchisme allemand. La revendication de la paix immédiate devient le trait distinctif des bolchéviks.

Les Organisations militaires[modifier]

Après Février, chacun des grands partis a constitué une « organisation militaire », chargée de sa propagande politique auprès des troupes. Celle des bolcheviks a pour principaux dirigeants deux  militants expérimentés, représentants de l’aile la plus à gauche du parti, Vladimir Nevsky et Nicolas Podvoïsky. Nevsky  écrira que le travail des bolcheviks en direction de l’armée avait deux objectifs fondamentaux : gagner au parti les forces armées indispensables afin de pouvoir renverser la bourgeoisie ; développer les idées du bolchevisme auprès des paysans-soldats de façon à prendre pied à la campagne.

A la mi-avril, l’Organisation militaire bolchevique publie le premier numéro de Soldatskaia pravda (« La Vérité du soldat »), tiré à 50 000 exemplaires dont la moitié est distribuée à Pétrograd et l’autre moitié envoyée au front. A la fin juin, les cellules de l’Organisation militaire, constituées au niveau du régiment ou de la compagnie, comprennent 2000 membres de la garnison, tandis que 4000 autres appartiennent à l’organisation large dénommée « Club Pravda ». L'Organisation militaire bolchévique fut très impliquée dans les journées de juillet, malgré l'avis du Comité central.

Du 16 au 23 juin se tient la Première conférence pan-russe des organisations militaires bolcheviques. Selon Podvoïsky, ses délégués y représentent 26 000 membres du parti de 43 fronts et 17 regroupements de l’arrière. Un compte rendu publié le 17 juin note que « partout s’élèvent des voix de camarades soldats qui disent que le moment est venu d’un combat décisif, homme à homme, pour le pouvoir. » Dans ses mémoires, Podvoïsky indique que « des délégués de la garnison de Pétrograd montaient à la tribune pour demander que l’on arrête avec cet ordre du jour et que la conférence se transforme en état-major opérationnel pour la prise du pouvoir ».

Lénine prend la parole le 20 juin. Il affirme que « nous devons être très attentifs et prudents (…) ne pas tomber dans des provocations (…) Dans leur majorité, les masses hésitent mais croient toujours dans les SR et les mencheviks (…) Pour conquérir le pouvoir sérieusement, pas avec des méthodes blanquistes, le parti prolétarien doit lutter afin de gagner en influence de l’intérieur des soviets, en expliquant aux masses jour après jour en quoi leurs illusions petite-bourgeoises sont erronées. » Il rappelle que la situation en province et sur le front ne correspond pas à celle qui semble prévaloir à Pétrograd, que dans leur majorité les masses n’ont pas achevé leur expérience avec les réformistes, que pour prendre le pouvoir il est indispensable d’être soutenu par une majorité. Une participante, Sulimova, note que« ses positions ont désappointé et même mécontenté une grande partie de la conférence », ont été reçues par ces « têtes brûlées » comme un « seau d’eau froide ».

Cronstadt[modifier]

A 25 km face à Petrograd là, sur une île du golfe de Finlande, les 20 000 marins de la base navale de Cronstadt constituent un foyer permanent d’agitation révolutionnaire. Selon Trotsky ils forment « une sorte d’Ordre militant de la révolution ».

En mai, ils déclarent le soviet de Cronstadt seule autorité légitime, emprisonnent 80 officiers coupables de mauvais traitements, et refusent de les remettre au gouvernement provisoire. Une médiation de Trotsky dénoue alors une situation qui menaçait de tourner à l’affrontement armé.

Insoumissions et fraternisations[modifier]

Les actes d'insubordination face aux officiers se multiplient sur le front, avec des rythmes différents selon les zones. Pour déployer le front, il fallait fréquemment envoyer les cosaques contre les récalcitrants. Comme du temps du tsar, sauf que maintenant ils étaient dirigés par des « socialistes »...

A partir d'avril, des fraternisations entre soldats russes et allemands apparaissent.

Le 4 juin, moins de 15 jours avant le début de l'offensive Kerenski, le chef d'état-major du Grand Quartier Général envoyait ce rapport :

« Le front Nord se trouve encore en état de fermentation, la fraternisation avec l'ennemi continue, l'attitude de l'infanterie à l'égard de l'offensive est négative... Sur le front Ouest, la situation est indéterminée. Sur le front Sud-Ouest, on note une certaine amélioration de l'état d'esprit... Sur le front roumain, on n'observe pas d'améliorations particulières, l'infanterie ne veut pas marcher… »

Le 11 juin 1917, le colonel commandant le 61e régiment écrit : « Il ne nous reste, à moi et aux officiers, qu'à nous sauver, étant donné que, de Pétrograd, est arrivé un soldat de la 5ecompagnie, un léniniste... Beaucoup des meilleurs soldats et officiers se sont déjà enfuis. » Ceux que les officiers appelaient des « léninistes » étaient souvent seulement des gens qui osaient contester ouvertement l'offensive, et cela rencontrer directement l'appui des autres parce que la fermentation avait déjà eu lieu.

Des batailles idéologiques avaient lieu en permanence dans l'armée, entre d'un côté le chauvinisme et le respect de la hiérarchie, et de l'autre l'esprit d'approfondissement de la révolution contre les dominants, appuyé sur un sentiment de plus en plus profond de rejet de la guerre (par lassitude, pacifisme ou internationalisme).

La flotte de la mer Noire, qui se trouvait sous la direction des SR, était considérée, au contraire de Cronstadt, comme la citadelle du patriotisme. Dès la fin d'avril elle envoya à travers le pays une délégation spéciale de 300 hommes, ayant à leur tête l'étudiant Batkine, qui se déguisait en matelot. Ils prêchaient dans toute l'armée la guerre jusqu'à la victoire, mais ils rencontraient de plus en plus d'hostilité. A l'inverse, une délégation de la Baltique arriva à Sébastopol pour prêcher la paix. Comme le résume Trotski, « les hommes du Nord eurent plus de succès dans le Midi que ceux du Midi n'en eurent dans le Nord ». Sous l'influence des matelots de Cronstadt, ceux de Sébastopol entreprirent, le 8 juin, de désarmer le commandement et d'arrêter les officiers les plus détestés.

L'offensive de juin[modifier]

Article détaillé : Offensive Kerenski.

En juin, poussé par les Alliés, Kerenski lança une offensive contre les Allemands. Certains officiers et généraux de l'armée russe et même certains Alliés alertaient pourtant sur l'état de décomposition de l'armée. Le général Pétain disait par exemple : « L'armée russe n'est qu'une façade, elle s'écroulera si elle bouge. » Dans le même sens s'exprimait, par exemple, la mission américaine. Mais d'autres considérations l'emportèrent, comme la volonté de soulager le front Ouest. Par ailleurs beaucoup étaient convaincus que remobiliser l'esprit belliqueux était justement le seul moyen d'enrayer la décomposition. Painlevé expliqua ainsi plus tard : « La fraternisation germano-russe faisait de tels ravages, qu'en laissant l'armée russe immobile on risquait de la voir se décomposer rapidement. »

Kerenski multipliait les parallèles entre sa tentative de remobilisation « pour défendre la révolution » et la vague de ferveur des troupes pendant la révolution française, qui avait permis de tenir tête aux armées monarchistes. Mais il ne jouissait pas du tout d'une ferveur comparable, parce que son gouvernement n'apparaissait pas comme allant de l'avant, mais comme un gouvernement bourgeois freinant la révolution.

Les préparatifs de l'offensive réussirent partiellement à raffermir l'unité de l'armée. Les fraternisations diminuèrent, d'autant plus que les soldats russes voyaient bien que les soldats allemands étaient encore loin de désobéir à leurs officiers.

Mais l'offensive déboucha sur une débâcle, les Russes devant finaler reculer et abandonner de larges territoires aux troupes allemandes. La décomposation de l'armée s'en trouva renforcée, et à Petrograd cela provoqua les journées de juillet.

Mutinerie de la Courtine[modifier]

En 1916, à la demande de la France, le tsar accepte d'envoyer des milliers de soldats russe se battre côté français. Mais très vite après Février 1917, ceux-ci veulent prendre part au processus révolutionnaire qui touche leur pays. Ils forment des soviets, refusent de se battre... Craignant une contagion de leur esprit de rebellion au reste de la troupe, l'état major français les envoie le plus loin possible, dans la camp de la Courtine dans la Creuse. Pendant l'été, les soldats y formeront une sorte de petite république des soviets, avant de se mutiner ouvertement en septembre et de subir la répression.

Menaces allemandes sur Petrograd[modifier]

Le 3 septembre, les troupes allemandes prennent Riga (Lettonie, alors territoire russe). Cela provoque un sursaut de chauvinisme que l'état major exploite abondamment. Le jour même, la conférence des commissaires (du gouvernement) du front Nord et des représentants des organisations d'armée décida d'appliquer plus systématiquement des mesures de répression. Des hommes furent fusillés pour avoir fraternisé avec les Allemands. Beaucoup de commissaires couvraient cela d'un discours évoquant la discipline appliquée dans l'armée pendant la révolution française.

« Ils ne comprenaient pas que les commissaires jacobins s'étaient appuyés sur la base, n'avaient pas épargné les aristocrates et les bourgeois et que, seule, l'autorité plébéienne les armait implacablement pour implanter dans les troupes une rigoureuse discipline. Les commissaires de Kérensky n'avaient aucune base populaire sous les pieds, aucune auréole morale sur la tête. Ils étaient, aux yeux des soldats, des agents de la bourgeoisie, des fourriers de l'Entente, tout simplement. »[4]

En septembre-octobre, la menance allemande sur le nord de la Russie est réelle. Le gouvernement envisage même à moment donné de s'installer à Moscou (Rodzianko assumant même que cela permettrait de détruire ce maudit foyer révolutionnaire), mais doit reculer face aux protestations populaires.

La vague d'octobre[modifier]

Dans le courant d'octobre, il y eut dans l'armée de nouvelles élections de comités, partout avec un changement marqué dans le sens des bolcheviks. Dans le corps cantonné sous Dvinsk, « les vieux soldats raisonnables » se trouvèrent tous blackboulés aux élections pour les comités de régiment et de compagnie; leurs places furent occupées par des soldats combattifs. Le baron Budberg (un chef militaire) les décrivait comme « de sombres et ignares sujets aux yeux irrités, étincelants, aux gueules de loups (...) Partout ont lieu de nouvelles élections de comités et partout sont élus seulement des bolcheviks et des défaitistes. » Il enrageait de devoir faire des concessions :  « On ne peut tenir tête à un ramassis d'hyènes, de chacals et de moutons en jouant du violon. Le salut n'est que dans la possibilité d'une application très large du fer rouge. » Mais il se lamente : « Ce fer manque et l'on ne sait où le prendre. »

Les commissaires du gouvernement commençaient à éviter les missions dans les régiments où ils n'étaient plus les bienvenus.

Le Comité conciliateur de la 5° armée, depuis longtemps déjà resté en suspens, continuait à expédier à Petrograd des télégrammes, menaçant de rétablir l'ordre à l'arrière par la baïonnette. Le 23, il fut réélu. Le président du nouveau Comité bolcheviste se trouva être le docteur Skliansky, jeune organisateur excellent qui bientôt donna toute latitude à ses talents dans le domaine de la formation de l'Armée rouge.

L'adjoint au commissaire gouvernemental du front Nord communiquait, le 22 octobre, au ministre de la Guerre que les idées du bolchevisme avaient dans l'armée un succès toujours croissant, que la masse voulait la paix et que même l'artillerie, qui avait résisté jusqu'au dernier moment, était devenue « accessible à la propagande défaitiste », ajoutant : « Le gouvernement provisoire ne jouit d'aucune autorité »

Le 23, les représentants de différents contingents du front défilèrent devant le Soviet de Petrograd en réclamant la paix; en cas contraire, les troupes se jetteraient sur l'arrière et « extermineraient tous les parasites qui se disposaient à guerroyer encore une dizaine d'années ».

Sur les fronts plus éloignés, sud-ouest et roumain, les bolcheviks étaient encore des raretés, des êtres étranges. Mais les dispositions des soldats étaient les mêmes. Eugénie Boch raconte que, dans le 2° corps de la Garde, cantonné aux environs de Jmerinka, sur soixante mille soldats, il y avait tout juste un jeune communiste et deux sympathisants; ce qui n'empêcha pas le corps, pendant les journées d'octobre, de marcher pour soutenir l'insurrection. Le jour même de l'insurrection de Petrograd (24 octobre), le baron Budberg écrivait : « Le dénouement approche et il ne peut y avoir aucun doute sur l'issue; sur notre front, il n'y a déjà plus un seul contingent qui ne soit au pouvoir des bolcheviks. »

Comme les cavaliers, les motocyclistes, originaires de familles paysannes cossues et riches, ou de la moyenne bourgeoisie des villes, constituent les éléments les plus conservateurs de l'armée.

Le commandement militaire[modifier]

Le poste de généralissime (commandant suprême de l'armée) fut occupé successivement par :

La guerre civile[modifier]

Armées blanches et interventions étrangères[modifier]

D'une armée milicienne à l'armée rouge[modifier]

Article détaillé : Armée rouge.

Voir aussi[modifier]

Notes[modifier]

  1. Cité par Eric Aunoble dans La révolution russe, une histoire française, op. cit., p. 183.
  2. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 13. L’armée et la guerre, 1930
  3. Cité par Nicolas Werth dans 1917. La Russie en révolution, Paris, Gallimard, 1997, p. 52.
  4. Léon Trotski, Histoire de la révolution russe, Les masses exposées aux coups, 1932
  5. Décret de Kerenski dénonçant Kornilov, 27 août 1917