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La pyramide du capitalisme
Le capitalisme est le mode de production que l'humanité subit actuellement, et qui profite à la bourgeoisie au détriment du prolétariat. Il est très récent à l'échelle de l'histoire humaine, et pour nous communistes révolutionnaires, il peut et doit laisser place à une société sans classe.

Définition brève

Né avec la Révolution industrielle au 18e siècle, le capitalisme est un mode de production, un système économique et social concret, caractérisé par la séparation entre détenteurs de capital (et donc des moyens de production) et ceux qui leur vendent leur force de travail. C'est sur cette séparation que repose la division entre classe bourgeoise et classe travailleuse.

Le capitalisme se caractérise aussi par le marché, sur lequel règne la concurrence entre capitalistes pour le profit, et la concurrence entre travailleurs pour survivre (salariat).

L'économie capitaliste peut cohabiter avec tout type de régimes politiques (monarchies, républiques, fascismes...). Cependant, le développement du capitalisme dans un pays donné (niveau d'industrialisation, croissance ou crise, rang dans le système impérialiste) a une influence forte sur la composition sociale et sur la politique.

Historiquement, le capitalisme a eu tendance à développer dans les pays industrialisés des formes de démocratie représentative, qui assurent par plusieurs mécanismes sociaux et politiques que le pouvoir reste aux mains de la bourgeoisie (démocratie bourgeoise). Cependant les luttes de classes qui traversent la société conduisent régulièrement à délégitimer ces institutions, ce qui conduit à des évolutions autoritaires (bonapartisme, fascisme). Dans les pays dominés par l'impérialisme, moins industrialisés, souvent le capitalisme se développe en se combinant aux anciennes formes de pouvoir.

Analyse économique du capitalisme

Karl Marx, en particulier dans son ouvrage Le Capital, a développé une analyse fondamentale pour comprendre le capitalisme.

La marchandise

Avec l'essor capitaliste, la production de marchandises se développe de façon fulgurante, et tous les objets et services tendent à devenir des marchandises. C'est le point de départ concret qu'utilise Marx pour débuter son étude dans Le Capital. Une marchandise est un bien (matériel ou immatériel) standardisé pour lequel il existe une valeur d'usage (l'utilité concrète qu'en moyenne les consommateurs lui donnent) et une valeur d'échange. Marx a montré que la valeur d'échange d'une marchandise correspond au temps de travail socialement nécessaire à sa production (loi de la valeur).

L'argent, le capital et la plus-value

Le capitalisme est une économie monétaire et marchande. Le capital se présente initialement sous forme d'argent. Mais, par lui-même l'argent n'est pas du capital (une personne qui gagne au loto ou fait un énorme héritage et conserve cet argent ou bien le dépense pour sa consommation ne se comporte pas comme un capitaliste). L'argent ne devient du capital que lorsqu'il est utilisé de manière à créer une valeur supplémentaire, la plus-value, pour augmenter encore le capital. Le capital au sens de Marx n'est pas une chose, mais un rapport social.

L'exploitation et le profit

L'exploitation du travail est la source de plus-value et donc de profit des capitalistes. Elle provient du fait que les travailleurs produisent plus qu'ils ne coûtent à leurs employeurs. La force de travail des salarié-e-s est une marchandise, et les biens qu'ils produisent en sont d'autres, et leur valeur ne coïncident pas. La valeur d'usage de la force de travail est précisément de produire plus de richesses qu'elle n'en consomme. Comme toute marchandise, la valeur de la force de travail (salaire) est déterminée par le temps de travail nécessaire pour la produire : c'est-à-dire la somme des valeurs des biens de consommation nécessaires au travailleur pour manger, se reposer, et revenir le lendemain dans les mêmes conditions. Bien évidemment, la valeur de la force de travail connaît de nombreuses variations par rapport à cette valeur de marché, en fonction du rapport de force établi par les travailleurs (augmentations acquises par la lutte, mais aussi parfois salaire en dessous du minimum vital si le chômage est très fort et les salaires trop faibles).

Les crises régulières

Article détaillé : Crises économiques.

Les actions de chaque capitaliste pris isolément conduisent à un système qui a ses propres lois, mais que personne ne maîtrise. Globalement, leur accumulation de capital engendre une tendance permanente à la croissance. Mais le rythme de la croissance connaît des variations plus ou moins cycliques (phases de forte croissance, phases de ralentissement et de stagnation). Or quand la croissance est faible, les créations d'emploi sont insuffisantes et le chômage augmente, ainsi que la précarité de l'ensemble de la classe travailleuse (llicenciements en hausse, pression à la baisse sur les salaires...). Pourtant, sauf de rares épisodes de crise, le PIB par habitant continue de croître ou de stagner. C'est l'organisation capitaliste du travail qui n'est pas capable d'utiliser les moyens de production pour satisfaire les besoins de tous-tes.

Le dynamisme de l'accumulation du capital dépend fondamentalement non pas de telle ou telle politique économique, mais du niveau du taux de profit. Marx a montré que c'est l'accumulation du capital elle-même qui conduit à une situation de suraccumulation : le profit dégagé devient trop faible par rapport à la masse de capitaux engagé (loi de la baisse tendancielle du taux de profit).

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Augmentation de la part des capitalistes au détriment de celle des travailleur-se-s, en particulier dans les périodes de stagnation.
Exemple : début 19e, période 1970-2010...
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Situation de croissance de l'économie avec concession (toujours au prix de luttes) d'une part constante aux travailleur-se-s.
Exemple : 30 glorieuses, Belle-Époque...


Évolutions du capitalisme

Naissance de la bourgeoisie

Des embryons de bourgeoisie existent au sein du mode de production antique, mais régresse dans la période féodale. C'est aux 9e et 11e siècles que commence à émerger une bourgeoisie commerçante en Europe, qui s'enrichit d'abord lentement. A partir de la fin du 14e siècle, le sud de l'Europe, qui a plus de contacts avec le reste du monde, connaît un développement technique et culturel : redécouverte de la culture de l'Antiquité (via les Arabes), développement de l'imprimerie en 1440 (venue de Chine), manufactures de textile, innovations militaires (poudre), cartographie et caravelles... Les "grandes découvertes" et la progression du commerce européen vont alors s'auto-alimenter et s'accélérer : exploration et comptoirs en Afrique aux 14e-15e, découverte de l'Amérique par les Européens en 1492, commerce triangulaire massif au 18e siècle...

Ce processus va conduire à une accentuation des luttes de classes entre bourgeoisie et noblesse, et déboucher sur des victoires politiques de plus en plus nombreuses et notamment de grandes révolutions bourgeoises comme en Angleterre au 16e siècle, ou en France en 1789. La bourgeoisie industrielle ne naît vraiment qu'au début du 19e siècle, mais c'est elle qui transforme radicalement le mode de production, donnant naissance au capitalisme.

Accumulation primitive et reproduction sociale

Avec l'essor du capitalisme, de grandes familles bourgeoises se sont constituées, avec des fortunes colossales. Même si les grands groupes sont en général durables, des entreprises vivent et meurent, et il arrive que des entrepreneurs parviennent à s'enrichir à partir d'une innovation. Cependant les principaux investisseurs de capitaux (et donc les principaux actionnaires qui en tirent profit) restent majoritairement les mêmes capitalistes ayant hérité d'une fortune accumulée. Par ailleurs les entrepreneurs innovants sont eux-mêmes très rarement issus du prolétariat, et même s'ils n'ont pas eux-même hérités de moyens de production, ils héritent de nombreux avantages matériels et immatériels (capital culturel).

Les idéologies dominantes (bourgeoises) cherchent à décrire le système comme juste et notamment "méritocratique", en passant sous silence tous les mécanismes sociologiques qui assurent qu'en général, les descendants de bourgeois restent bourgeois, et les descendants de prolétaires des prolétaires (reproduction sociale).

Par ailleurs, Marx consacre tout une partie du Capital à étudier les procédés qui ont permis aux premiers capitalistes de constituer leurs fortunes, bien au delà de ce qui est aujourd'hui accepté (enclosures, expulsion des paysans et prolétarisation souvent brutale des vagabonds, traite négrière, commerce inégal...). C'est ce que Marx appelait l'accumulation primitive du capital.

Industrialisation et naissance du prolétariat

Articles détaillés : Révolution industrielle et Prolétariat.
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En recherchant à réaliser toujours plus de profits, les capitalistes ont complètement réorganisé le travail et ont amorcé un processus d'augmentation continue de sa productivité. Cela s'est fait à la fois par des aspects organisationnels (regroupement de travailleurs dans des manufactures, coopération et division du travail...), et par l'utilisation de machines toujours plus puissantes. De grandes entreprises se sont formées en ruinant ou absorbant des plus petites (centralisation du capital).

L'industrialisation a profondément transformé les sociétés capitalistes. La paysannerie a drastiquement décliné, et une classe ouvrière toujours plus nombreuse s'est développé en parallèle de la bourgoisie industrielle. Les métiers ont évolué et la production industrielle moderne repose de plus en plus sur un secteur tertiaire massif, mais la majorité de la population dans les pays industrialisés correspond toujours au prolétariat, c'est-à-dire aux travailleurs obligés de vendre leur force de travail.

Mondialisation, libre-échange, protectionnisme

Articles détaillés : Mondialisation et Protectionnisme.

Dès les années 1840, Marx et Engels relevaient que le capital avait une tendance à se mondialiser. Ils écrivaient dans le Manifeste communiste, en 1847 :

« La grande industrie a fait naître le marché mondial, que la découverte de l’Amérique avait préparé. […] En exploitant le marché mondial, la bourgeoisie a donné une forme cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand regret des réactionnaires, elle a dérobé le sol national sous les pieds de l’industrie ».

Ils sont à l'origine globalement enthousiastes sur les effets destructeurs de ce processus sur les anciens régimes, vus comme des avancées rapides vers les conditions du socialisme. Mais ils vont ensuite davantage prendre en compte les effets négatifs, notamment la division internationale du travail qui place les pays moins industrialisés dans une situation d'oppression (impérialisme). Cette tendance à la mondialisation n'a pas cessé de se développer jusqu'à nos jours, même si elle connaît tantôt des accélérations par des politiques de libre-échange, tantôt des freinages par des politiques protectionnistes.

Stade impérialiste

Article détaillé : Stade impérialiste.

Vers le début du 20e siècle, beaucoup ont étudié les changements survenus dans le capitalisme, sur le plan économique comme politique. Les puissances impérialistes s'opposent entre elles et se partagent le monde, par exemple en 1885 à la Conférence de Berlin (13 États européens + États-Unis). Parmi les marxistes, certains s'efforcent,  avec différents points de vues, d'en faire une analyse systématique, notamment Lénine. L'idée d'un « stade impérialiste » s'est imposée dans l'Internationale communiste.

Les principales caractéristiques de ce stade impérialiste et les conclusions politiques sont :

Les évolutions du 20e siècle ont soulevé de nombreux débats sur le stade actuel du capitalisme et les nouvelles analyses qui en sont faites, en particulier concernant la période des « 30 glorieuses » et le tournant néolibéral qui l'a suivie. Différentes visions existent à propos des crises du capitalisme, de l'idée de cycles, de « pourrissement » ou de crise finale d'effondrement...

Financiarisation

Article détaillé : Financiarisation.
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Le capitalisme a très tôt connu un développement des grandes banques et des bourses. Au début du 20e siècle, les grandes entreprises deviennent des sociétés par actions et l'actionnariat prend de l'ampleur. Dans les années 1920, en particulier aux Etats-Unis, la financiarisation et les spéculations se développent largement. Après le krach de 1929 et durant la grande dépression, des mesures sont prises pour réguler ces activités. Mais ce n'est vraiment que pendant le redécollage de la croissance dans l'après-guerre que la financiarisation recule nettement. En revanche, à partir des années 1980, elle reprend de plus belle. Aujourd'hui les transactions sont 10 à 100 fois supérieures aux échanges réels de marchandises. Cette tendance à la bulle spéculative permanente provient de la suraccumulation de capitaux qui ne parviennent pas à trouver une rentabilité suffisante dans « l'économie réelle », malgré toutes les mesures pour pressurer les travailleur-ses. Cependant, si la somme des titres financiers s'écarte trop de ce que l'accumulation réelle de capital permet, le système s'expose de plus en plus à des vagues de paniques, qui entraînent à leur suite des vagues de faillites. La grande crise de 2008 a été contenue par une gigantesque injection d'argent public pour relancer la confiance des spéculateurs et donc la bulle. Mais au prix d'un bond énorme des dettes publiques, donc d'une aggravation des contradictions sociales, et d'une future crise.

Le capitalisme domine les institutions

Un acquis majeur du marxisme, c'est d'avoir montré que l'Etat n'est pas une institution neutre au dessus de la lutte des classes, mais est structurellement au service de la classe dominante (« Etat bourgeois »). Il ne s'agit pas d'un « complot » permanent, mais d'un phénomène structurel, via des mécanismes économiques, sociologiques, culturels... Ce phénomène touche d'autres institutions que l'Etat (médias, école, clergés dominants, institutions supranationales comme l'OMC, l'ONU, l'Union européenne...).

Parlements et ministères

Les parlementaires (députés, sénateurs...) sont dans leur grande majorité des bourgeois ou petits-bourgeois idéologiquement soumis au capitalisme. Pour pouvoir remporter les élections, il leur faut le soutien d'un grand parti, et les partis dominants sont généralement ceux qui ont le soutien (financier, médiatique...) de secteurs significatifs de la bourgeoisie. Par ailleurs quelle que soit leur origine sociale, les privilèges matériels octroyés aux parlementaires font qu'ils intègrent vite la classe dominante. Ceci est encore plus vrai au niveau du gouvernement. Les hauts fonctionnaires au sommet des ministères (nommés par le gouvernement) sont également intégrés à la bourgeoisie.

Si l'on ajoute à cela le pouvoir de lobbying des grandes entreprises, on comprend que les lois votées et leurs décrets d'application ne remettent jamais réellement en cause l'ordre social. Par exemple la fiscalité est toujours globalement avantageuse pour les capitalistes et leurs entreprises, même dans le cas où des impôts progressifs existent.

Justice

Le principe du droit est d'établir une règle commune, transparente pour tou-tes les citoyen-nes. Ce principe, qui s'est généralisé au cours de la lutte de la bourgeoisie contre l'arbitraire des anciennes aristocraties, représente un progrès historique. Mais en pratique, les lois prises sous la domination du capitalisme permettent objectivement de favoriser les puissants et leurs entreprises.

Surtout, l'application du droit est conditionnée par des facteurs matériels, qui sont à l'avantage des puissants (paiement des avocats les plus influents, frais de justice...). Le droit est appliqué et interprété par des hommes et des femmes qui sont donc influencé-e-s par la bourgeoisie, quand ils n'en font pas eux-mêmes partie. Cela créé la possibilité pour les intérêts capitalistes d'échapper ou d'atténuer les effets répressifs qu'ils pourraient subir. Cela est parfois si flagrant que des politiciens bourgeois eux-mêmes l'admettent :

« Nous savons tous qu'en l'état de choses acutel, un grand nombre des membres les plus influents et les mieux rétribués du barreau, dans toutes les agglomérations riches, se font une spécialité d'élaborer des plans hardis et ingénieux, en vue de permettre à leurs clients fortunés, individus ou corporations, d'éluder les lois faites, dans l'intérêt du public, pour régir l'usage des grosses fortunes. » Théodore Roosevelt, 1905

A l'inverse, les petits délinquants, majoritairement prolétaires, sont victimes d'un violent mépris de classe dans les tribunaux. C'est ce qui permet de parler de « justice de classe ». La justice est également imprégnée du sexisme et du racisme dominant.

Armée et police

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Presque dans tous les grands Etats depuis le 19e siècle, des armées permanentes ont été constituées. Les militaires, même s'ils sont très majoritairement recrutés dans les classes populaires, sont sous la domination politique et idéologique de la classe dominante. La couche dirigeante de l'armée fait partie de la bourgeoisie, elle est pénétrée de ses intérêts (défendre l'Etat qui la sert face à toute menace, maintenir l'ordre dans les semi-colonies par des opérations extérieures...), et des justifications morales hypocrites qui les camouflent (« défendre la patrie, combattre le terrorisme, apporter la démocratie... »). Par l'esprit de caserne et sous l'effet de la hiérarchie, cette idéologie se répercute jusqu'au simple soldat. En période de crise révolutionnaire, des secteurs de l'armée basculent du côté révolutionnaire. Ce basculement est souvent plus rapide dans le cas des armées de conscrits.

Un phénomène similaire existe avec la police, avec des spécificités. La police est plus souvent utilisée contre ses propres concitoyens, et généralement, elle se retrouve de plus en plus en conflit avec la classe ouvrière à mesure que la lutte de classe devient plus aigüe. Cette position fait qu'elle est particulièrement perméable aux forces politiques réactionnaires (qui flattent l'utilisation la plus débridée du pouvoir répressif que l'Etat leur confie).

École

L'accès massif à l'école (et relatif pour les études supérieures) est devenue une nécessité au fur et à mesure du développement de métiers plus qualifiés (industrialisation, tertiarisation...). Les moyens attribués aux différentes filières restent globalement déterminés par les besoins de l'économie capitaliste. Cependant l'enseignement permet toujours potentiellement de développer des outils critiques, réutilisables par la classe ouvrière pour son émancipation : apprendre à lire permet de lire des étiquettes de produits dans une usine, mais cela permet aussi de lire plus attentivement le contrat de travail, apprendre à compter permet d'être plus attentif au bulletin de salaire, apprendre l'anglais peut servir au travail avec des clients internationaux, mais peut aussi servir à créer des liens syndicaux avec des collègues de la même multinationale... Des acquis ont permis l'enseignement de filières non directement utiles pour le patronat (arts, philosophie...), mais celles-ci sont souvent sous-financées. Les effets sont contradictoires : lorsque l'enseignement est relativement diversifié, cela peut favoriser l'émancipation, mais cela peut aussi renforcer l'idéologie dominante qui prétend que l'école est un lieu neutre.

Le discours de légitimation de la démocratie bourgeoise s'appuie largement sur l'école, sur le mythe de l'ascenseur social, et sur l'idée de méritocratie. En réalité à travers l'école, chaque classe sociale se retrouve triée et affectée à des métiers qui lui correspondent. Bien évidemment des exceptions existent, mais la réalité sociologique est claire.

Médias

Certains médias sont directement dirigés par des gouvernements, ce qui en fait des organes directs de leur propagande. Au regard des standards de la démocratie bourgeoise, la presse est donc plus « libre » si elle est privée. Certes, quand il existe une concurrence, la diffusions d'informations purement fabriquées est beaucoup plus rare que lorsqu'il y a un monopole détenu par un gouvernement. Mais les médias n'ont sont pas moins des médias bourgeois, voire de façon encore plus pure parce qu'ils ne reflètent pas qu'une force politique mais la pression des capitalistes. Ainsi dans les grands groupes de presse détenus par des capitalistes des pressions sont parfois exercées sur des journalistes, pour empêcher une critique d'un politicien ami, pour empêcher une critique d'une entreprise appartenant au même groupe... Et si globalement les médias « n'inventent » pas de faits, ils focalisent sur leurs priorités, interprètent à leur façon... le tout en fonction de l'idéologie dominante.

Les idéologies bourgeoises

« Partout où existe une classe dominante, c’est de ses intérêts de classe et de ses sentiments de supériorité de classe qu'émane une large part de la moralité publique.» John Stuart Mill

Les doctrines économiques

Différentes doctrines économiques cohabitent, des économistes de courants différents débattent, tentent de convaincre, etc. Mais malgré ce pluralisme relatif, le capitalisme exerce une influence matérielle qui agit de plusieurs façons :

  • Le marché capitaliste a ses propres lois, même si ce sont des lois tendancielles et qu'elles ne sont pas évidentes à mettre en lumière. Les courants qui prônent des réformes qui nuisent à l'accumulation du capital tendent à se discréditer. Le courant dominant reste ainsi nettement en faveur de la libre entreprise et du marché (libéralisme économique).
  • Cela créé une tendance à « naturaliser » ces lois, comme le font la plupart des libéraux. Le point de vue marxiste reconnaît ces lois, mais montrent qu'elles dépendent en réalité du cadre des rapports sociaux capitalistes, et qu'il est tout à fait à la portée des sociétés humains de dépasser ce cadre.
  • Les capitalistes favorisent aussi directement les économistes qui défendent le point de vue qui leur est le plus favorable en leur donnant des avantages matériels et médiatiques.
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Mis à part cette tendance structurelle, il y a aussi des variations en fonction de l'évolution du capitalisme. Ainsi les paradigmes dominants peuvent connaître des évolutions notables. On peut citer principalement :
  • Mercantilisme : interventions et protectionnisme d'Etat pour défendre les intérêts des bourgeoisies commerçantes naissantes.
  • Libre-échangisme, manchestérisme : L'Angleterre a été le premier pays à connaître un développement capitaliste à grande échelle, et donc le premier à se convertir à des idées libérales, autant en politique qu'en économie. Les entreprises anglaises devenues puissantes, et pouvant tirer leur épingle du jeu, les politiciens anglais avaient beau jeu de prôner l'abandon des protections douanières et l'ouverture de la concurrence.
  • Fordisme, keynésianisme : Pendant la grande dépression des années 1930, la légitimité du libéralisme est affaiblie, devant le communisme mais aussi devant des formes de dirigisme plus (fascisme) ou moins (planisme social-démocrate...) fortes. Après les destructions de la 2e guerre mondiale, le taux de profit repart à la hausse, et sous la pression du mouvement ouvrier qui est alors puissant, un « compromis fordiste » s'instaure. La doctrine dominante est keynésienne, et la forte croissance pendant environ 30 ans bénéficient à de larges secteurs du prolétariat.
  • Néolibéralisme, monétarisme : Les taux de profits ont baissé progressivement jusqu'à se retrouver assez bas au début des années 1970. Des chocs comme la crise de 1973 ont révélé à quel point l'économie capitaliste des les vieux pays impérialistes était fragilisée. Les années 1970 sont marquées par une instabilité monétaire, une forte inflation, et une impuissance des recettes keynésiennes. Cela ébranle les accords établis (fin de l'étalon-or et de Bretton-Woods...) et provoque une montée en puissance du discours « néolibéral », qui correspond aux intérêts immédiats des capitalistes : une offensive pour augmenter le taux d'exploitation des travailleur-ses est menée sur tous les fronts (salaire direct, salaire socialisé sous forme de sécurité sociale, dégradation des services publics sous l'effet de l'austérité...). Les gouvernements s'entendent pour privatiser, déréguler, augmenter la concurrence (marché commun européen, accords de libre-échange...) pour stimuler la course à la rentabilité, au nom de l'efficacité supérieure du marché. Les Etats se lancent également dans une course au dumping fiscal, social, environnemental... A l'échelle mondiale le néolibéralisme sert de paradigme officiel, même si les Etats maintiennent des mesures protectionnistes pour protéger leurs intérêts vitaux. Il sert aussi à mettre la pression sur les pays du Sud pour qu'ils s'ouvrent et se laissent exploiter par le Nord.

Les religions

Les religions existaient avant le capitalisme, et leurs différents courants ont joué des rôles différents selon les contextes et les époques. Marx a notamment souligné le fait qu'à la fin du Moyen-Âge, de nombreux secteurs de la bourgeoisie se sont saisis de la Réforme protestante pour mener leur combat politique contre les conservateurs généralement catholiques. Mais le protestantisme ne peut pas pour autant être essentialisé comme "religion bourgeoise" : là où il ne s'est pas implanté, le capitalisme s'est développé sous d'autres idéologies, et des courants évangélistes du protestantisme ont pu exprimer des aspirations de travailleur-ses. Trotsky disait en bref : « Le baptisme d’un Noir est quelque chose de totalement différent du baptisme d’un Rockfeller. Ce sont deux religions différentes. » 

En France à partir des Lumières et de la Révolution, le combat de la bourgeoisie progressiste a été largement marqué par la lutte contre le christiannisme. Le mouvement ouvrier en a été très marqué, d'autant plus que pour consolider son pouvoir, la bourgeoisie n'a souvent pas hésité à s'appuyer sur le clergé catholique et sa hiérarchie réactionnaire. Napoléon préconisait ainsi à 1807 à une maison d'éducation de jeunes filles : « Elevez-nous des croyantes et non des raisonneuses ! »

Mais à d'autres époques et encore aujourd'hui, des courants religieux divers (théologie de la libération, prêtres ouvriers...) peuvent être porteurs d'aspirations progressistes contre le capitalisme ou l'impérialisme. L'analyse matérialiste des religions, et les politiques pratiques à mener face aux différents courants religieux, est un point qui fait toujours l'objet de nombreux débats parmi les marxistes.

Contradictions du capitalisme

Contradictions sociales

Article détaillé : Contradictions du capitalisme.

S'opposant frontalement aux libéraux qui présentaient la nouvelle société en train de naître comme la meilleure possible et entrevoyaient la fin de l'histoire, les socialistes comme Marx ont analysé les contradictions qui minent le capitalisme. Le capitalisme n'a pas renversé la société de classes, il en a subsistué d'autres, dont les deux principales sont le prolétariat et la bourgeoisie. C'est ce qui a amené Marx et Engels à déclarer dans leur célèbre Manifeste communiste :

« L'histoire de toute société jusqu'à nos jours, n'a été que l'histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte... La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois. Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat. »
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Le capitalisme a permis un fort développement des forces productives de par le monde et a entamé un processus de mondialisation, mais il a crée du coup de très fortes inégalités à tous les niveaux : développement inégal et combiné, accroissement des inégalités entre classes et entre pays...

La contradiction entre les classes, qui n'est pas un trait nouveau, n'est pas la seule que Marx met en lumière. Il insiste aussi sur la contradiction entre la socialisation de la production et l'appropriation des richesses qui reste privée. C'est-à-dire que la production devenue industrielle rend tous les travailleurs (d'une région, d'un pays, du monde...) toujours plus interdépendants, les fait travailler ensemble dans de grandes structures (usines, plateformes logicielles...), mais elle est toujours dominée par la concurrence au lieu d'être administrée par la collectivité.

Déséquilibres écologiques

Article détaillé : Capitalisme et écologie.

On assiste également à des déséquilibres écologiques de plus en plus graves, qui menacent l'humanité et les autres espèces : changement climatique, pollution des eaux, de l'air et des sols, déforestation... Pour les marxistes, ce n'est pas "l'humanité" ou la "modernité" en soi qui en est la cause, mais le mode de production capitaliste. En effet même si des limitations de certaines pollutions sont possibles par des réformes, le fonctionnement intrinsèque du capitalisme (concurrence pour le profit) accentue les dégâts environnementaux et empêche la planification rationnelle qui serait nécessaire.

Anticapitalisme et révolution socialiste

Le capitalisme est un système qui nous fait vivre une injustice sociale permanente : alors que globalement l'humanité n'a jamais eu autant de moyens de production qu'aujourd'hui, alors qu'une élite dorée vit dans une bulle de luxe extravagante, beaucoup meurent de faim et de soif, beaucoup sont marginalisé-e-s parce qu'ils/elles se sont fait licencier, et beaucoup vivent dans la précarité ou le stress au travail. Le capitalisme nous fait aussi courir des risques majeurs, que ce soit par la destruction de notre environnement ou par les risques de guerre et de fascisme. Des hommes et femmes luttent contre tel ou tel aspect de ce système, et divers courants politiques tentent de canaliser ces luttes dans des éternelles promesses de « réformes », alors que ce système n'obéit qu'au profit.

Certaines forces politiques parviennent à une critique globale, anticapitaliste, mais parmi elles il existe des visions très différentes sur la manière de lutter contre le capitalisme, et sur l'alternative à lui opposer.

Pour les marxistes, non seulement le capitalisme est un système insupportable, mais ses propres contradictions permettent de penser que son renversement n'est pas une utopie. Une autre société, sans exploitation du travail, le socialisme, peut émerger du capitalisme. Les capacités productives actuelles permettraient de satisfaire les besoins de tous-tes. La collectivisation des entreprises et leur gestion démocratique par des assemblées de travailleur-ses permettrait de sortir de la concurrence, du chômage et de la souffrance au travail (en répartissant la charge de travail). Ce changement complet de mode de production conduirait à la disparition des classes sociales, à une société communiste.

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Contrairement à ceux qui pensent que l'on peut parvenir graduellement à passer du capitalisme au socialisme, une révolution socialiste est nécessaire. Les réformes qui ne touchent pas à la propriété privée des grandes entreprises, ou qui y touchent partiellement, se heurtent toujours aux lois du marché. Même la nationalisation de plusieurs grandes entreprises, voire de secteurs entiers (toutes les banques...), ne suffisent pas à produire une rupture. Si les patrons de ces secteurs sont remplacés par des directeurs, et si l'Etat reste inchangé, la sphère publique reste indirectement sous la domination capitaliste, et les rapports sociaux (hiérarchiques) dans l'entreprise publique ne peuvent être qualifiés de socialistes. En pratique les interventions de l'Etat se concluent souvent, quelles que soient les intentions de départ, par un bénéfice pour les capitalistes (nationalisations des secteurs en faillite, privatisation de secteurs rentables par un gouvernement ultérieur...).

Enfin, dans les cas où la lutte de classe est particulièrement exarcerbée, avec de nombreux conflits entre travailleur-se-s et patrons (ou forces réactionnaires défendant l'ordre capitaliste), il est fréquent que des réformistes jouent un rôle néfaste en canalisant la colère ouvrière et populaire dans les institutions, en appelant au calme et en promettant un changement radical mais pacifique. Or lorsqu'elle panique, la classe dominante est prête à jouer toutes ses cartes pour écraser le mouvement potentiellement révolutionnaire des travailleur-se-s (financement de milices fascistes, de coups d'Etat...). Dans ces conditions, l'autodéfense ouvrière est primordiale. Et pour enfin sortir du capitalisme, il faut parvenir à ce que la classe travailleuse généralise l'auto-organisation, en créant ses propres organes de pouvoir à tous les niveaux (entreprises, quartiers...), et en balayant les institutions faussement démocratiques des capitalistes.