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La pyramide du capitalisme
Le capitalisme
est le mode de production quasi-mondial que l'humanité subit actuellement, et qui profite à la bourgeoisie au détriment du prolétariat. Il est historiquement daté, et pour nous communistes révolutionnaires, il peut et doit laisser place à une société sans classe.

Définition brève

Né avec la Révolution industrielle au 18ème siècle, le capitalisme est un mode de production, un système économique et social concret, caractérisé par la séparation entre détenteurs de capital (et donc des moyens de production) et ceux qui leur vendent leur force de travail.

Analyse économique du capitalisme

Karl Marx, et en particulier son ouvrage Le Capital, sont des références incontournables pour la compréhension du capitalisme.

La marchandise

Avec l'essor capitaliste, la production de marchandises se développe de façon fulgurante, et tous les objets et services tendent à devenir des marchandises. C'est le point de départ concret qu'utilise Marx pour débuter son étude dans Le Capital. Une marchandise est un bien (matériel ou immatériel) standardisé pour lequel il existe une valeur d'usage (l'utilité concrète qu'en moyenne les consommateurs lui donnent) et une valeur d'échange. Marx a montré que la valeur d'échange correspond au temps de travail socialement nécessaire à la production (loi de la valeur).

Le capital et la plus-value

Le capitalisme est une économie monétaire. Le capital se présente initialement sous forme d'argent. Mais, par lui-même l'argent n'est pas du capital (une personne qui gagne le gros lot au loto ou fait un énorme héritage et conserve cet argent ou bien le dépense pour sa consommation ne se comporte pas comme un capitaliste). L'argent ne devient du capital que lorsqu'il est utilisé de manière à créer une valeur supplémentaire, la plus-value, pour augmenter encore le capital.

L'exploitation et le profit

L'exploitation du travail est la source de plus-value et donc de profit des capitalistes. Elle provient du fait que les travailleurs produisent plus qu'ils ne coûtent à leurs employeurs. Le capitalisme "fonctionne" (pour la bourgeoisie) tant que l'accumulation de profit peut se faire. Par exemple, voici deux scénarios typiques :

PacManVampirisation.gif
Augmentation de la part du capitaliste au détriment de celle du travailleur.
Exemple : début 19ème, période 1970-2010...
PacManCroissance.gif
Situation de croissance de l'économie avec concession -toujours au prix de luttes- d'une part constante au travailleur.
Exemple : 30 glorieuses, Belle-Époque...

La concurrence

La concurrence est une donnée du système et sa légitimation. Elle a deux axes principaux :

  • la concurrence (relative) entre capitalistes
  • la concurrence entre travailleurs

Impérialisme et mondialisation

Les classes dominantes des pays industrialisés ont trouvé un grand avantage à posséder de vastes colonies : pouvoir y écouler leur production et y réaliser une part de plus-value pour laquelle le marché national est trop étroit.

Contrairement à une idée largement entendue aujourd'hui, la mondialisation au sens d'une intégration croissante du monde entier dans un marché commun n'a rien de nouveau. Au contraire elle est une tendance majeure du capitalisme, qui s'accélère en temps d'expansion économique et peut être freinée par des tendances protectionnistes en temps de crise.

Marx remarquait déjà dans le Manifeste communiste, en 1847 :

« la découverte de l’Amérique, la circumnavigation de l’Afrique offrirent à la bourgeoisie naissante un nouveau champ d’action […] La grande industrie a fait naître la marché mondial, que la découverte de l’Amérique avait préparé. […] En exploitant le marché mondial, la bourgeoisie a donné une forme cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand regret des réactionnaires, elle a dérobé le sol national sous les pieds de l’industrie ».

Les crises

Les révolutionnaires marxistes sont d'accord pour dire que le capitalisme est tiraillé par des contradictions internes qui le mènent régulièrement dans des crises aigues. Les crises sont des moments particuliers de l'histoire où, en dégradant brusquement les conditions de vie de la majeure partie de la population, le capitalisme créé les conditions objectives d'une révolution socialiste, mais aussi de grands risques de montée du fascisme.

L'histoire du capitalisme

La naissance de la bourgeoisie

Des embryons de bourgeoisie existaient au sein du mode de production antique, mais disparurent dans la période de réaction féodale. C'est aux 9ème et 11ème siècles que commencera à émerger une bourgeoisie commerçante en Europe, qui s'enrichira d'abord lentement.

A partir de la fin du 14ème siècle, le sud de l'Europe, qui a plus de contacts avec le reste du monde, connaît un développement technique et culturel : redécouverte de la culture de l'Antiquité (via les Arabes), développement de l'imprimerie en 1440 (venue de Chine), manufactures de textile, innovations militaires (poudre), cartographie et caravelles... Les "grandes découvertes" et la progression du commerce européen vont alors s'auto-alimenter et s'accélérer : exploration et comptoirs en Afrique aux 14ème-15ème, découverte de l'Amérique par les Européensen 1492, commerce triangulaire massif au 18ème siècle...

Ce processus va conduire à une accentuation des luttes de classes entre bourgeoisie et noblesse, et déboucher sur des victoires politiques de plus en plus nombreuses (révolutions bourgeoises). D'abord en Angleterre au 16ème siècle, puis plus brusquement après la Révolution française de 1789. La bourgeoisie industrielle ne naît vraiment qu'au début du 19ème siècle, mais c'est elle qui transforme radicalement le mode de production pour instaurer le capitalisme.

L'accumulation primitive du capital

Les idéologies dominantes (bourgeoises) qui cherchent à décrire le système comme juste et notamment "méritocratique" omettent souvent de parler d'un point majeur : les conditions initiales qui ont permis à certain de "démarrer la partie" avec un fort capital tandis que les autres n'avaient rien. Ce fait incontestable, issu bien évidemment de l'histoire, a été appelé par Marx l'accumulation primitive du capital.

L'accroissement de la productivité

Les trois grands stades historiques de l'accroissement de la productivité du travail par le capitalisme sont :

  1. la coopération simple
  2. la division du travail et la manufacture
  3. les machines et la grande industrie

C'est ce que confirme, entre autres, l'étude de l'industrie dite « artisanale » en Russie, laquelle fournit une documentation très abondante illustrant les deux premiers de ces trois stades. Quant à l'action révolutionnaire de la grande industrie mécanique décrite par Marx en 1867, elle s'est manifestée, au cours du demi-siècle écoulé depuis cette date, dans plusieurs pays« neufs » (Russie, japon, etc.).

L'ère de la "concurrence libre"

Au cours du 19ème siècle une transformation relativement rapide de l'ensemble des sociétés touchées par l'économie capitaliste commence à être observée. Les héritages des sociétés antérieures sont encore omniprésents, et le capitalisme peut fonctionner avec eux, mais il les transforme inexorablement.

« Aussi longtemps que le capital est faible, il s'appuie simplement sur des béquilles prises dans les modes de production passés ou en voie de disparition à la suite de son développement. Sitôt qu'il se sent fort, il rejette ces béquilles et se meut conformément a ses propres lois. » Marx, Grundrisse

Expansion et impérialisme

Dès les années 1840, Marx et Engels relevaient que le capital avait une tendance intrinsèque à transformer le monde entier. Progressivement, le capitalisme s'est étendu au monde entier, mais les bourgeoisies des pays riches se sont érigées en puissances dominantes, capables d'extorquer des richesses en se soumettant des peuples entiers. Parallèlement, de la multitude d'entreprises en concurrence sur le marché ont émergé des grands groupes, puis des multinationales, et le crédit (capital bancaire) a été mis toujours plus au service du capital industriel, pour former un seul capital dominant, le capital financier. Les grandes puissances se sont partagées le monde, par exemple en 1884-85 à la Conférence de Berlin (13 États européens + États-Unis). C'est ce qui a conduit aux théories marxistes classiques sur l'impérialisme au début du 20ème siècle.

Les importantes marges des capitalistes leur permettent littéralement d'acheter une partie des représentants des travailleurs, formant une "aristocratie ouvrière", et nourrissant dans le l'opportunisme et le réformisme dans les partis ouvriers.

Les idéologies

« Partout où existe une classe dominante, c’est de ses intérêts de classe et de ses sentiments de supériorité de classe qu'émane une large part de la moralité publique.» John Stuart Mill

La religion

La religion préexiste au capitalisme, mais elle a été utilisée par la bourgeoisie et continue de l'être. Mais dans la phase de pourrissement actuelle du système, elle joue quasi-sytématiquement un rôle réactionnaire.

La justice

Fondamentalement, la justice bourgeoise est faites pour préserver les intérêts des grands, comme l'illustre les propos de Théodore Roosevelt en 1905 :

« Nous savons tous qu'en l'état de choses acutel, un grand nombre des membres les plus influents et les mieux rétribués du barreau, dans toutes les agglomérations riches, se font une spécialité d'élaborer des plans hardis et ingénieux, en vue de permettre à leurs clients fortunés, individus ou corporations, d'éluder les lois faites, dans l'intérêt du public, pour régir l'usage des grosses fortunes. »

En pratique, cela permet aux hauts-bourgeois, actionnaires et aux trusts d'échapper aux impôts (niches fiscales...).

Les doctrines économiques

Mercantilisme

A leur naissance, les bourgeoisies nationales étaient "faibles". Elles ont eu besoin d'un fort protectionnisme de leur Etat, et elles ont pu exploiter les richesses et les hommes des colonnies de ces Etats. C'est la doctrine mercantiliste.

Libéralisme

L'Angleterre a été le premier pays à se convertir à des idées libérales, autant en politique qu'en économie. Hasard ? Non, l'Angleterre était le berceau du capitalisme. Ce fût un changement radical d'économie : beaucoup de paysans deviennent "libres" d'aller se faire exploiter dans telle ou telle manufacture, plus de servage agricole ! Les libertés montrent d'ailleurs toujours leur aspect relatif, le vagabondage a été sévèrement réprimé à le même époque : il était intolérable que les paysans chassés par les enclosures errent en boudant le travail d'ouvrier. Les entreprises anglaises devenues puissantes, et pouvant tirer leur épingle du jeu, les politiciens anglais avaient beau jeu de prôner l'abandon des protections douanières et l'ouverture de la concurrence.

En fait, les gros capitalistes ont assez tôt pu former des trusts, des cartels, et obtenir des monopoles de fait. Il fallait légitimer le fait que ces entreprises n'aient que peu de comptes à rendre à l'Etat : et la "main invisible du marché" devint à la mode. Sans surprise, ce sont ces richissismes qui colportèrent le plus volontier ces idées de "self-made-man".

Keynésianisme

Après les ravages de la IIème guerre mondiale, les économies européennes sont si dévastées qu'il faut une forte intervention de l'Etat pour réorienter la production et pour "remettre en état" les travailleurs terriblement paupérisés, d'autant plus que le mouvement ouvrier est assez offensif et qu'il faut bien faire des concessions. La reconstruction, accompagnée par une multiplication des produits de consommation, offre des marchés qui permettent une forte croissance.

Le keynésianisme constitue donc à cette époque une sorte de pacte social qui préserve fondamentalement l'exploitation capitaliste. L’Etat dit providence permet de réguler une partie du marché, de garantir les taux de profit et de lisser les crises. Les salaires socialiés permettent de garantir la réalisation de la valeur dans le temps et de planifier le développement des secteurs de production et d’accroître notablement la production de biens de consommation.

Néolibéralisme et financiarisation

Articles détaillés : Néolibéralisme et Financiarisation.

Dans l'après-guerre, en échange du pacte social de type keynésien, le capitalisme a reconstruit son outil de production et ses profits. Les investissements et le développement technologique prodigieux ont logiquement débouché sur la contraction des taux de profits et leur baisse à la fin des années 60. Le principal problème auquel se heurte le capitalisme est de réaliser la plus-value des marchandises créées et donc de réaliser ses profits. D’où l’émergence de la sphère financière dans laquelle les transactions sont 10 à 100 fois supérieures aux échanges réels de marchandises. Ce faisant, le capital pense pouvoir ainsi anticiper ses profits avant même que les marchandises aient été vendues sur le marché réel. Il ne peut y avoir appropriation de la plus-value ou du surtravail sur une longue période que pour autant qu’elle ait pu être préalablement produite, ce qui exige de laisser aux firmes de quoi investir. Pour sortir des solutions fictives de la sphère financière, le capitalisme est obligé de pomper et d’assécher tous les gisements financiers : sécu, retraite, services publics... en cassant pour cela toutes les législations. Cette opération permet, en plus de ces aspects voyants, d’augmenter violemment le taux d’exploitation. Et c’est bien là, dans cette sphère non commentée par les médias et autres politiciens que réside la violence de l’offensive. Les fonds de pension pour dans 20 ans, c’est de la prospective. Par contre les taux de profit aujourd’hui, c’est de la réalité. Et cette réalité, c’est celle que vivent les salariés actifs ou au chômage.

On a justifié ça depuis les années 80 par un retour du libéralisme, qui avait aussi l'avantage de justifier la vampirisation des économies du Sud, à travers les organismes bourgeois comme le FMI. C'est d'autant plus hypocrite que les capitalistes du Nord n'ont pas cessé de se faire subventionner par leurs Etats (des milliards chaque année).

La « liquidité » des marchés a pour fonction de permettre aux investisseurs financiers de placer leurs fonds dans telle ou telle forme de titres tout en étant en mesure de vendre ceux-ci à volonté. Des marchés « liquides » supposent la réunion de plusieurs conditions importantes : la libéralisation complète des mouvements de capitaux, et surtout que le marché soit suffisamment « alimenté » et qu’il ait un volume de transactions suffisamment important. L’alimentation du marché en produits financiers a ainsi favorisé les privatisations des fleurons de l’industrie française, puis des grandes entreprises de service publics (surtout celles riches en technologies grâce au financement public comme France Télécom ou Aérospatial), qui sont venues et qui viennent toujours nourrir la Bourse et en relancer le « dynamisme » par vague ou par tranche successives de vente de titres.

Retour sur les contre-réformes libérales

Pour que le marché ait le maximum de « liquidité », il faut prendre toutes les mesures pour que « l’épargne » s’y dirige. Il faut surtout que des sommes très élevées qui échappent aux marchés financiers, à commencer par les flux financiers du système des retraites et de l’assurance maladie, cessent de leur échapper. Il faut donc créer des fonds de pension et puisqu’il y a résistance, il faut multiplier dans l’immédiat, les systèmes d’épargne salariale pour les couches les plus stables de salariés. En outre, les méthodes employées permettent d’augmenter l’exploitation.
Notre salaire est composé de deux parties : notre salaire net et un salaire différé composé des cotisations salariées et cotisation patronales (indûment appelées « charges »). Lorsque le patronat veut réduire ses charges, cela réduit d’autant notre salaire global. Avec la réforme Fillon, globalement, nous allons travailler plus pour gagner moins.

Conséquences

Organisation sociale

Le capitalisme n'a pas renversé la société de classes, il en a subsistué d'autres, dont les deux principales en sont le prolétariat et la bourgeoisie. C'est ce qui a amené Marx à déclarer :

L'histoire de toute société jusqu'à nos jours[1], n'a été que l'histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte... La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois. Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat.[2]

Le capitalisme a permis un fort développement des forces productives de par le monde et le décollement du processus de mondialisation, mais il a crée du coup de très fortes inégalités à tous les niveaux : développement inégal et combiné, accroissement des inégalités sociales...

Déséquilibres écologiques

On assiste également à de plus en plus profondes et dangereuses mutations écologiques qui auront un impact significatif sur la planète, et à terme pourrait la détruire : la plus célèbre d'entre elle reste bien sûr le réchauffement climatique, mais d'autres, qui lui sont directement corrélés (augmentation du niveau des mers...) ou indépendantes (urbanisation effrénée, pollution aux particules...) sont tout aussi inquiétantes.

Article détaillé : Capitalisme et écologie.

Un système périmé

Le capitalisme est donc un système qui a fait son "temps" : il a permis un fort développement des capacités productives et en conséquent du niveau de vie de la classe laborieuse, mais au prix d'un accroissement des inégalités sans commune mesure et de choix déraisonnés qui ont aboutit à d'énormes catastrophes (aussi bien humaines que naturelles). Au capitalisme, Marx et Engels, suivi par tous les autres marxistes proposaient de lui subsistuer le communisme, un système fondé sur la répartition équitable des ressources dans le respect des impératifs écologiques.

Notes et sources

Notes et références

  1. excepté l'histoire de la communauté primitive, ajoutera plus tard Engels
  2. Karl Marx, Friedrich Engels, Le Manifeste du Parti communiste, 1847

Bibliographie de référence