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La marchandise
est un mot du vocabulaire courant, mais qui revêt un sens précis en économie et a fortiori dans la théorie marxiste.

Marx fait débuter le Capital par la phrase suivante : « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises. L'analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches. »[1]

Définition

Une marchandise est un produit de l'activité humaine, destiné à être échangé sur un marché, via l'achat et la vente.

Pour qu'un objet soit une marchandise, il faut d'abord qu'il ait une utilité sociale (valeur d'usage). Cette notion d'utilité sociale doit être comprise sans aucune connotation morale : une arme ou un jet privé est une marchandise au même titre qu'un sachet de pates, puisqu'il existe un marché pour ces "biens".

Une fois produite, la marchandise est vendue au moyen de la monnaie sur la base d'un prix : sa « valeur d'échange » ou « valeur marchande ». Cette valeur est le reflet du temps de travail socialement nécessaire pour la produire (loi de la valeur), avec éventuellement une variation due à la loi de l'offre et de la demande.

Les marchandises et les besoins sociaux

Il y a sans doute peu de naïfs pour croire que la production est organisée pour répondre aux besoins sociaux. En revanche, depuis Adam Smith, certains essaient de faire passer l'idée que par le miracle de l'initiative privée, elle tend à y répondre. C'est évidemment ce dont les profiteurs voudraient se convaincre pour exorciser une éventuelle mauvaise conscience. Mais c'est aussi et surtout ce qu'on l'on martèle pour chasser de nous l'idée que nous pourrions organiser nous-même cette production...

Besoins non satisfaits en quantité

Pour les défenseurs les plus zélés du capitalisme, tout serait simple : s'il y a une demande, il y a un marché, et des investisseurs viendront proposer de l'offre.

La réalité crue c'est que d'un côté le capitalisme a une tendance à paupériser, et de l'autre il n'a pas intérêt à répondre à "la demande", mais uniquement à la demande solvable, c'est-à-dire à ceux qui peuvent payer.

Besoins non satisfaits en qualité

Mais le plus absurde est sans doute que l'immense majorité des consommateurs, qui sont aussi dans la majorité des producteurs -dépossédés des moyens de production- n'a aucun mot à dire sur le contenu qualitatif de la production de marchandises.

Cela représente non seulement une aliénation au coeur même de la production, mais également une aliénation dans le but de la production, la consommation, puisque nous sommes sans cesse invités (publicité) à adapter nos besoins à ce que les capitalistes désirent écouler.

La marchandisation du monde

Extension du marché

Le capitalisme nécessite pour accroître ses sources de profits la soumission de toutes les activités humaines et de leurs produits à l'échange marchand. C'est un phénomène présent dès l'origine du capitalisme, que Marx décrivait déjà :

« Le capital a donc d’abord tendance à soumettre chaque moment de la production elle-même à l’échange et à abolir la production de valeurs d’usage immédiates n’entrant pas dans l’échange, c’est-à-dire à substituer la production basée sur le capital à d’autres modes de production antérieurs qu’il juge trop enracinés dans la nature. »[2]

De nombreux socialistes ont polémiqué contre cette tendance à la marchandisation. Ainsi Louis Blanc écrivait :

« Dieu en soit loué ! On n’est pas encore parvenu à s’approprier exclusivement les rayons du soleil. Sans cela, on nous aurait dit : « Vous paierez tant par minute pour la clarté du jour » et le droit de nous plonger dans une nuit éternelle, on l’aurait appelé Liberté ! »[3]

C'est cette pression qui explique les évolutions récentes qui peuvent paraître révoltantes ou aberrantes mais ne sont en rien nouvelles :

  • Dépôts de brevets sur les plantes, les idées, les couleurs, les gênes...
  • Privatisation de services tels que la santé, l'éducation, l'électricité, l'eau...
  • ...

Ces évolutions, lorsqu'elles s'accélère comme dans la phase "néolibérale" actuelle, peuvent se traduire dans la sphère idéologique ou du language :

  • Passage d'usagers à clients.
  • Notions d'offre et de demande largement emloyées dans les administrations.
  • Notion de "panier de soin" dans la dernière contre-réforme de l'assurance maladie.
  • ...

Luttes contre la marchandisation

Cette extension accélérée de la marchandisation n'échappe à personne, et de nombreuses luttes lui font écho, avec leurs limites.

Une lutte contre le consumérisme?

Il y a une sorte d'opprobre moral qui s’abat sur le statut de marchandise, opprobre qui s'abat souvent sur le consommateur. Si l'aliénation qui se manifeste dans le consumérisme ne fait aucun doute, tout comme ses lourdes conséquences écologiques et sociales, il est nécessaire de rappeler que c'est bien un rapport de domination qui est l'enjeu majeur. C'est se battre en vain contre une conséquence que d'attaquer les effets du système capitaliste sans remettre en cause le coeur de son fonctionnement : la propriété privée des moyens de production.

"Le monde n'est pas une marchandise"

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Que ce soit lors des mouvements sociaux du printemps 2003 ou dans le mouvement altermondialiste, on entend souvent la revendication ou l'affirmation "telle ou telle chose n'est pas une marchandise", « la santé n’est pas une marchandise, c’est un droit ».

Un mouvement progressiste réclame à présent le principe de "bien commun mondial" pour un certain nombre de richesses sociales. Le noeud du problème étant le "comment"? Une différence qualitative nette existe entre un mouvement "citoyen" se donnant pour but de "faire pression" sur des institutions bourgeoises (le gouvernement, l'OMC...) et un mouvement ancré dans la lutte des classes.

Notes

  1. Le Capital, Livre 1, Karl Marx, 1867
  2. Marx, Grundrisse, Éditions Sociales, tome I, p. 346-349.
  3. Louis Blanc, Le Nouveau Monde du 15 juillet 1850