Mondialisation

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La mondialisation est l'extension d'un phénomène à l'échelle internationale. On emploie souvent ce terme au sens de mondialisation économique. On trouve parfois l'anglicisme "globalisation".

Historique

Depuis les deux ou trois dernières décennies, on parle beaucoup de mondialisation, comme d'un phénomène nouveau. Pourtant, c'est un phénomène ancien.

Grandes découvertes

A partir du 15ème siècle commença la période dite des "grandes découvertes", qui élargit rapidement le "monde connu" des Européens. Ce sont à la fois des avancées techniques (caraque, gouvernail d'étambot, cartographie...) et des appétits économiques qui poussèrent à l'exploration. Ce furent d'abord les Portuguais et les Espagnols qui furent en pointe sur les mers, avec la recherche de la route des Indes, le contournement du continent Africain, et la découverte de l'Amérique. En retour ces découvertes et la colonisation, ainsi que l'installation de comptoirs ont amorcé une hausse des échanges commerciaux mondiaux.

Au 17ème siècle, un négociant de Rouen évoquait ses déconvenues quand il apprenait que les toiles de Silésie (en Pologne d’aujourd’hui) qu’il faisait transiter par Séville pour le compte d’une firme de Lucques (Italie) et à destination d’Acapulco (Mexique) se trouvaient concurrencées par des marchandises arrivant de Chine à très bas prix.[1]

Colonisation et commerce triangulaire

Ces nouvelles terres ont donné aux puissances européennes des occasions de commercer, avec l'Afrique et l'Asie d'abord, puis avec les nouvelles colonies d'Amérique également. La première période de la colonisation a surtout touché l'Amérique, du Sud pour les Ibériques, du Nord pour les Français et les Anglais. Le commerce d'esclaves, dont le fameux "commerce triangulaire", était alors déjà fréquent, mais ce n'a été qu'à partir du XVIIIème siècle qu'il a vraiment pris un caractère généralisé. La révolution industrielle a ensuite donné au Royaume-Uni un avantage considérable et lui a assuré une suprématie mondiale avec le plus puissant Empire colonial.

Impérialisme et "première mondialisation"

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Au tournant du 20ème siècle, la concentration du capital s'est fortement accrue. Les capitalistes les plus puissants ont avalé les entreprises moins efficaces et formé des conglomérats toujours plus tentaculaires. Le besoin de débouchés et de matières premières à bas prix stimule le colonialisme, qui acquiert alors une toute autre importance qu'auparavant. Lénine décrivit ce phénomène sous le nom d'impérialisme, la stade suprême du capitalisme dans lequel nous sommes entrés.

Aujourd'hui, on donne parfois le nom de "première mondialisation" à la période 1870-1914. L'impérialisme s'étend alors à l'échelle mondiale, mais provoque aussi une lutte de plus en plus âpre pour le contrôle de zones d'influences, ce qui débouche sur les plus violents conflits que l'histoire ait connus avec les deux guerres mondiales. Ces guerres et la Grande dépression des années 30 ont tellement aiguisé la concurrence que toutes les puissances se sont lancées dans une politique protectionniste qui a mené à une forte contraction du commerce mondial, donc à un recul relatif de la mondialisation.

« le commerce international des pays industrialisés rapporté à leur production atteint 12,9% en 1913, baisse à 6,2 % en 1938 pour augmenter ensuite quasi-continûment jusqu'à 14,3% en 1993. [...] L'économie internationale se rétracte après la crise de 1929, sous l'impact simultané de la crise financière, de l'effondrement de la production aux Etats-Unis puis en Europe et de la montée des mesures protectionnistes. »[2]

Entre-deux-guerres

Dans les années 1920, une reprise économique fragile et relative semble se dessiner, mais débouche sur la grande crise de 1929, qui est suivie d'une décennie de grande dépression.

Dans cette période, des libéraux bourgeois défendent la paix internationale, et portent l'idée d'un multilatéralisme permettant le dialogue démocratique à l'échelle internationale. C'est notamment ce courant qui défend le plus la Société des Nations. Celle-ci ne parviendra cependant jamais à appliquer ces grands principes, qui s'effacent toujours devant les politiques impérialistes. En face de la SDN, l'Internationale communiste représente alors pour beaucoup un espoir de « mondialisation » dans l'intérêt du prolétariat. D'autres enfin, comme J.B.S. Haldane qui est alors plutôt scientiste, voient une tendance au cosmopolitisme, malgré les risques de nouvelles guerres :

« Je ne suggère pas qu’un Etat mondial naîtra de la Société [des Nations], ni même d’ailleurs de la Troisième Internationale. Je me contente d’observer qu’il y a une volonté générale et organisée de créer une telle institution, et plusieurs ébauches possibles. Il faudra peut-être une ou deux autres guerres mondiales pour convaincre la majorité. »[3]

Après-guerre

Dans les années 1950, dans un contexte où le taux de profit est très élevé suite aux fortes destructions de capital de la Seconde guerre mondiale, les échanges mondiaux reprennent.

Mais les principales puissances sont largement centrées sur leurs marchés intérieurs. De plus, l'étau légèrement desserré de l'impérialisme coïncidait avec un vaste mouvement décolonisateur, parmi ces nouveaux États indépendants, un certain nombre tentèrent une industrialisation auto-centrée.

Depuis les années 1970

Le tendance à la baisse du taux de profit et l'épuisement des marchés solvables dans les métropoles impérialistes ont donné une nouvelle impulsion à la domination impérialiste depuis les années 1970, et par suite aux échanges mondiaux. De nombreux capitalistes se sont mis à élargir leur champ d'action à l'étranger : de 7000 firmes multinationales en 1970, on est passé à 37 000 firmes en 1996[4]. Le rachat ou le déploiement de filiales a aussi l'avantage de permettre aux grands trusts de contourner tout protectionnisme des États. Il faut noter que l'écrasante majorité de ces investissements s'est fait au sein même de la Triade (États-Unis, Europe, Japon). Il y a également eu le début des délocalisations, même si c'est un phénomène à relativiser.

L'intégration des économies dans un marché mondial est allé croissant, de même que la domination des puissances impérialistes. Les flux commerciaux ont fortement augmenté, bien plus que l'accroissement de la production. Car la maximisation du taux de profit a conduit à accroître la sous-traitance et la division internationale du travail, tout en stimulant le développement des moyens de transport (cargos ou avions plus gros, plus rapides, moins chers...). De 1991 à 2001, les exportations mondiales de produits manufacturés ont augmenté en moyenne de 6,3 % par an en volume tandis que le PIB mondial augmentait de 2,3 % par an[5].

Mesuré par le ratio entre le commerce extérieur et le PIB, le degré d'ouverture des pays développés est passé de 16,6 % à 24,1 % entre 1985 et 1997 et de 22,8 à 38 % dans les pays en développement sur la même période. Depuis la fin des années cinquante jusqu'à 2010, les droits de douanes des pays industrialisés sont passés en moyenne de 40 % à 4%. Dans le même temps, les échanges mondiaux ont été multipliés par 17.

Le commerce des biens est le premier concerné par la mondialisation des échanges, mais le poids des services s'accroît rapidement. Le commerce des services a augmenté près de deux fois plus vite dans les pays industrialisés que le commerce des marchandises entre 1980 et 1995 ; il représente aujourd'hui le quart du commerce mondial.

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Mais les flux de capitaux ont bien plus augmenté que les flux matériels, ce qui traduit la fuite en avant dans le capital fictif, fortement facilitée par le développement de l'informatique et des transactions par internet. De très nombreux capitaux se trouvaient "sans emploi" dans les banques occidentales, ce phénomène étant accentué par les placements des élites des pays dominés, notamment les "pétro-dollars". Une vaste opération de prêts intéressés a alors commencé vis-à-vis des pays néo-colonisés, afin de développer leur marché intérieur et assurer des débouchés aux capitalistes. Le résultat n'a été qu'une vampirisation de ces pays, notamment via l'envol des taux d'intérêts qui a conduit à l'étranglement de la dette.

Pour répondre aux nouvelles attentes des bourgeoisies, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont amorcé une réduction du rôle économique de l'État : privatisations, dérégulations, levée de tout contrôle des capitaux... et se sont accordés pour transférer à de plus grandes échelles certaines tâches de régulation de la concurrence (Union Européenne, OMC...). L'ouverture à la concurrence et le démentèlement de tout interventionnisme étatique a surtout été imposé aux pays dominés, notamment via les politiques "d'ajustement structurel".

Parmi les plus notables conséquences économiques de cette période récente, la forte centralisation du capital par de fréquentes opérations de fusion-acquisitions, la pression accrue sur les conditions de travail et les salaires, la profonde paupérisation du continent Africain.

Quant à l'immigration de travailleurs pauvres vers les métropoles capitalistes, jadis encouragée, elle a été interdite (par exemple en 1974 en France), ce qui a pour principal effet de rendre celle-ci clandestine, et donc de dégrader les conditions d'exploitation des sans-papiers, et par suite de l'ensemble des travailleurs.

Relativisations

L'effet uniformisant de la globalisation est une tendance indéniable, mais largement exagérée.

« On peut d'abord douter que la demande se globalise de façon irréversible et complète. Que quelques biens emblématiques produits et commercialisés par les grandes multinationales se diffusent dans le monde entier (Coca-cola, Windows, le big mac Mac Donald, les jeux Sega, la carte American express...) ne signifie pas qu'à terme, dans leur totalité, les modes de vie soient façonnés par ces objets à diffusion mondiale. D'une part, l'offre d'un bien uniforme quelque soient les pays ne correspond qu'à l'une des stratégies déployées par les multinationales. A la Mondéo voiture mondiale de Ford s'oppose la Palio spécialement conçue par Fiat pour les marchés des pays du Tiers-Monde. Depuis le passage de la Ford T à la gamme complète proposé par General Motors, les grandes entreprises ont appris à combiner les rendements d'échelle liés à la production de masse de composants avec la différenciation du produit final en fonction des caractéristiques de la demande locale. »
« Contrairement à une idée reçue, l'exportation à partir d'une base nationale continue à être le premier vecteur de l'internationalisation, avant la production à partir de filiales établies à l'étranger. Les grandes entreprises américaines, pourtant engagées de longue date dans un processus d'internationalisation n'ont que très partiellement multinationalisé leur production. Parmi les firmes manufacturières, seul Ford emploie plus de 50 % de ses salariés à l'étranger. C'est plus encore le cas pour les compagnies japonaises : Sony dont 55 % de l'emploi est à l'étranger fait figure d'exception. Ne sont réellement globalisées que les multinationales des petites économies ouvertes car c'est pour elles une nécessité imposée par la division du travail à l'échelle internationale : Nestlé, ABB et Electrolux emploient respectivement 96 %, 93 % et 82 % de leurs salariés hors de leur pays d'origine. »
« Enfin, l'incorporation de dirigeants étrangers dans la haute hiérarchie des entreprises multinationales reste tout à fait exceptionnelle : la majorité des conseils d'administration ne se compose que de nationaux, à quelques rares exceptions telles qu'IBM, Mazda, ICI. Seules les multinationales suisses et suédoises ont pleinement mondialisé leur recrutement, au premier rang desquelles ABB qui organise une diversité nationale de ses cadres dirigeants qui sont aussi bien Suédois, Suisses qu'Allemands. »[2]

Par ailleurs, comme souvent en économie, il est très casse-gueule de pronostiquer une prolongation linéaire des tendances observées sur une durée donnée. Il faut avoir une vision dynamique des évolutions. En particulier, sous l'effet de la crise mondiale actuelle, la possibilité d'un retour massif au protectionnisme, d'un effondrement du commerce international et de replis nationaux ne sont pas négligeables. L'autre rupture, par le haut, c'est la révolution socialiste mondiale !

Critiques

Altermondialiste

Vers la fin des années 1990 est né un mouvement politique dénonçant les dégâts causés par la mondialisation libérale, sur le plan environnemental ou social. Pour se démarquer de la critique réactionnaire qui condamne la mondialisation des échanges en tant que telle, ce mouvement a réussi à faire imposer le nom d'altermondialisme : signifiant pour une autre mondialisation et non pas contre. Le mouvement altermondialiste est très confus dans son idéologie (allant d'une illusion de réforme des institutions internationales à l'anarchisme) et dans sa stratégie de lutte (des Forums sociaux mondiaux aux Zones Autonomes Temporaires). Beaucoup d'organisations d'extrême gauche se sont fortement investies dans l'altermondialisme.

Antimondialistes

L'extrême droite et certaines franges de la droite surfent également sur un rejet diffus de la "mondialisation", en le faisant d'un point de vue réactionnaire et nationaliste. On les regroupe souvent sous le terme d'antimondialistes.

Par exemple, aux élections européennes de 1994, De Villiers, Jimmy Goldsmith et Philippe de Gaulle se font élire sur une dénonciation du "libre échangisme" et des "accords du GATT" qui « ouvrent nos frontières aux importations sauvages, détruisent nos emplois et abandonnent le monde rural (...) accélèrent le démentèlement du contrôle à nos frontières (...) ouvrant la France l'immigration clandestine, à la drogue et à tous les trafics criminels ».

La plupart de ces courants sont composés d'hypocrites qui en pratique soutiennent toutes les mesures que réclame le patronat, dont les mesures libérales. Dans les cas où il s'agit d'une opinion plus profonde, il s'agit fondamentalement de l'expression politique des patrons en perte de vitesse face à la concurrence internationale. Etant donné que les multinationales françaises profitent encore largement de la mondialisation, il n'y aura dans l'immédiat aucune avancée concrète de ces positions protectionnistes. Il est fort probable que seule une profonde situation de crise, voire une montée du fascisme soit le seul cas dans lequel cela pourrait se produire.

Ecologistes

Des courants écologistes ont souligné l'aberration que représentent les énormes volumes de marchandises échangés sur de longues distances : en utilisant massivement des transports consommant du pétrole, cela pèse sur le réchauffement climatique.

Par ailleurs, l'imbrication complexe et opaque des échanges capitalistes rend très difficile de répérer l'origine de certaines problèmes environnementaux ou sanitaires. Par exemple la traçabilité dans l'industrie agro-alimentaire est rendue très difficile. Lors des épidémies causées par la bactérie Escherichia coli, beaucoup de pistes ont été évoquées mais avec peu de données sérieuses : concombres, tomates, graines germées, steaks... Dans le cas de Bègles, en Gironde (juin 2011), les graines de fenugrec incriminées avaient été achetées à Jardiland, provenaient d’une entreprise anglaise qui se les étaient fournies en Italie, après avoir été récoltées en Égypte en 2009 ou 2010. Dans le cas des steaks contaminés, la problématique est la même, les carcasses ayant servi à les préparer proviennent de fermes, de régions, voire de pays européens différents.

Cette opacité des échanges est aussi illustrée lorsque l'on cherche les responsables d'une marée noire ou d'un déversement de déchets. Par exemple en 2006, des habitants d'Abidjan se révoltent suite à des intoxications par des déchets toxiques. On apprenait alors que ces déchets avaient été apportés en Côte d’Ivoire par le Probo Koala, vieux tanker battant pavillon panaméen, propriété d’armateurs grecs et affrété par la société de courtage pétrolier Trafigura dont le siège est à Amsterdam et dont plusieurs dirigeants sont français...

Communistes

Les communistes n'ont évidemment rien contre l'internationalisation des échanges. Bien au contraire, nous considérons que c'est une tendance progressiste du capitalisme que d'avoir rendu les nations interdépendantes. En 1848, Marx écrivait :

« La grande industrie a fait naître le marché mondial, que la découverte de l’Amérique avait préparé. […] En exploitant le marché mondial, la bourgeoisie a donné une forme cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand regret des réactionnaires, elle a dérobé le sol national sous les pieds de l’industrie. »[6]

Cela n'empêche pas la lucidité sur la façon dont les impérialistes se partagent le monde et écrasent l'immense majorité de la population mondiale. Mais il n'y aura aucune issue possible dans un repli sur un capitalisme national, ni d'ailleurs dans un socialisme national... Seule une révolution socialiste faisant boule de neige et se "mondialisant" rapidement peut aboutir à un nouveau mode de production qui saura répondre à un développement solidaire et écologique du monde. Une planification démocratique de l'économie peut rationaliser les échanges mondiaux : limiter les transports de marchandises au nécessaire, permettre au maximum de personnes de voyager de la façon le plus écologique possible...

Notes et sources