De Wikirouge
Aller à : navigation, rechercher

La déforestation est la destruction des forêts. C'est une conséquence ancienne de l'économie humaine, mais le mode de production capitaliste a conduit à en faire un problème écologique mondial.

Lieux et causes de déforestation

Premiers impacts

Historiquement, c'est près des communautés d'agriculteurs qu'il y eut les premières déforestation : les forêts étant défrichées pour permettre de nouvelles cultures. Cela peut causer des problèmes écologiques locaux (perte de biodiversité, érosion des sols...) mais sans réelle conséquence globale.

La conquête des forêts, pour échapper à la dépendance alimentaire, en a constitué une part importante un peu partout dans le monde. En Europe, les grands défrichements ont connu leur apogée entre le 11ème et le 13ème siècles. L'agriculture se développait rapidement, avec les progrès de l'outillage, et par ailleurs le bois était le principal combustible. Au 14ème siècle, il restait semble-t-il moins de forêts qu'aujourd'hui dans le territoire qui est devenu la France.

A la longue et en tout cas à partir du 16ème siècle, l'Europe et en premier lieu l'Angleterre a connu une « crise du bois », ce qui a eu pour effet que l'utilisation de la houille comme combustible est devenue plus rentable...

Epoque capitaliste

L'avènement de l'industrie capitaliste a accéléré la déforestation, le bois étant de plus en plus utilisé (comme combustible, pour la construction, pour les meubles, les jouets, les livres...), même si cette utilisation est tempérée par le remplacement par d'autres matériaux (béton, acier, plastique...). La moitié des forêts de la planète a été détruite au cours du XXe siècle.[1]

En rouge : les forêts vers l'an 1200

En vert : les forêts vers l'an 2000

Carte-forêts-monde.gif

Dans les pays industrialisés, d'une part il reste peu de grandes forêts, d'autre part il y a des freins à leur exploitation :

  • une résistance plus forte à la dégradation de l'environnement ;
  • un coût d'exploitation plus élevé, en raison du coût du travail et des normes environnementales plus strictes.

Les industriels des pays impérialistes se donnent donc une bonne image en multipliant les "labels écosociaux", tandis qu'ils importent massivement du bois des pays dominés. Le commerce du bois aux mains de grandes compagnies capitalistes occupe le 5ème poste du commerce international : par exemple un tiers du bois exporté par la République Démocratique du Congo arrive en France.

Aujourd'hui les zones les plus menacées par la déforestation sont :

  • l'Amazonie ;
  • l'Afrique équatoriale ;
  • l'Indonésie.

La déforestation massive est le résultat direct ou indirect de la domination capitaliste. Si le Brésil par exemple a perdu la moitié de sa superficie forestière antérieure à la colonisation européenne, c'est pour une bonne part parce qu'on y a étendu la culture du caféier sur d'immenses plantations au cours du 19ème siècle.

Dans les années 1960, sous couvert de favoriser la colonisation de la forêt par des petits paysans sans terres, les gouvernements brésiliens ont fait percer des routes. Dans les années 1990, près de 70% des zones déboisées ont été transformées en terres agricoles[2]. Pourtant, seulement une petite partie du sol de l'Amazonie peut servir à l'agriculture.

Au Brésil, la forêt est coupée par de gros planteurs de soja et des éleveurs de bovins. En 1990, 75% des terres déboisées en Amazonie, étaient utilisées pour l'élevage[3]. 16 % de la forêt amazonienne a été convertie en surface de culture pour le soja[4].

En Indonésie, c'est la culture des hévéas ou des palmiers à huile (dont s'abreuve l'agro-industrie actuelle) qui pousse à la déforestation. Dans la partie septentrionale de l’Afrique, c'est plus de 140 000 hectares de terrains boisés indigènes qui disparaissent chaque année pour servir de combustible pour le séchage du tabac, ce qui correspond à 12 % de la déforestation annuelle totale dans la région[5].

Et un peu partout, le sous-développement généralisé fait que de nombreux pauvres n'ont pas d'autre choix que de couper des arbres, par exemple parce que c'est leur seul moyen de chauffage. Dans les pays en voie de développement les trois quarts du bois exploité servent de combustible[6]. C'est ce qui a causé la déforestation quasi-totale de Haïti. En Afrique, une grande partie de la déforestation est due à la culture sur brûlis.

Le marché rentable des bois exotiques engendre aussi de nombreux dégâts collatéraux : pour un arbre recherché, c'est souvent une dizaine d'autres qui sont abattus ou brûlés.

Lors de la guerre du Vietnam, l'armée américaine a détruit avec ses défoliants 42 % des forêts du pays...

En France, la superficie des forêts tend à augmenter depuis quelques années, mais la biodiversité diminue encore suite à la fragmentation par les routes.

Traçabilité, labels...

Une enquête du WWF a conclu que pour les parquets, portes, fenêtres, escaliers, ébénisterie… des enseignes Casa, Castorama, Ikea, Leroy Merlin, Bricorama, Bricomarché, Habitat et Point P : l'étiquetage ne mentionnait pas la provenance du bois pour plus de 70 % des produits et plus de 90 % des étiquettes oubliaient le nom scientifique de l’essence. Seuls 13 % de ces produits possédaient (en 2007) le label FSC.

Le Parlement européen estimait que dans les années 2000-2010, que 20 % à 40 % du bois tropical vendu dans le monde provenait de coupes illégales (soit : 350 à 650 millions de m3/an).[7]

Problèmes écologiques

Effet de serre

Les arbres et les végétaux en général absorbent le dioxyde de carbone (CO2) naturellement au cours de leur photosynthèse. Or, le CO2 est le principal gaz à effet de serre rejeté par l'industrie actuelle, qui cause en grande partie le changement climatique, un des principaux risques écologiques. La déforestation contribue donc fortement à augmenter la concentration de CO2 dans l'atmosphère : ce serait un facteur pesant de 18% à 30%.

Fragilisation des sols

Après coupe des forêts, les sols sont souvent stériles pour l'agriculture. Par ailleurs, la déforestation les rend plus sensibles à l'érosion et aux glissements de terrain.

Mort de nombreuses espèces vivantes

Article détaillé : Crise écologique.

L'effet le plus direct de la perte d'hectares entiers de forêts comme celle de l'Amazonie, c'est que des écosystèmes parmi les plus riches sont détruits : des espèces animales ou végétales rares disparaissent. Ainsi, suite à la surexploitation des forêts de Malaisie, l'orang-outan est aujourd'hui en voie de disparition. On estime que l'ensemble des forêts tropicales de la planète recèlent au moins 75.2 % des espèces vivantes, animales et végétales.

Une recherche publiée en décembre 2007 par le WWF laisse entendre que l'Amazonie pourrait bien avoir disparu totalement en 2030.

Autres problèmes

La conquête de l'Amazonie par les capitalistes a aussi coûté la vie de presque la totalité des Indiens qui y vivaient, assassinés comme le militant écologiste Chico Mendes par les tueurs à gages à la solde des gros intérêts fonciers, ou décimés par les maladies amenées par ce bouleversement.

En plus des problèmes écologiques, la déforestation prive l'humanité de précieux champs d'études, susceptibles d'augmenter notre compréhension des écosystèmes, de faire progresser la médicine ou l'agronomie...

Notes et sources

  1. Enquêtes de l'ONU et du REDD, L'arbre, allié de taille, Le Monde, 20/11/11.
  2. UNEP d'après la FAO
  3. Le Monde, 13 juin 2009
  4. Le Monde, 28 novembre 2008
  5. Geist HJ. How tobacco farming contributes to tropical deforestation. Dans : Abedian et al. eds. The Economics of Tobacco Control: Towards an Optimal Policy Mix. Cape Town, Applied Fiscal Research Centre, 1998
  6. Lester Brown, le Plan B, Calmann-Lévy. 2007
  7. http://www.europarl.europa.eu/news/public/story_page/064-74282-127-05-19-911-20100507STO74261-2010-07-05-2010/default_en.htm