Communisme

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La faucille et le marteau, le célèbre symbole soviétique
Le terme communisme désigne à la fois un courant politique et la forme de société que ce courant vise à établir.

Caractéristiques de la société communiste

Le système capitaliste engendre, de façon structurelle, crises, guerres, désastres écologiques, etc. Il contient en lui les germes de sa propre destruction. Mais si l'on peut être à peu près sûr que le capitalisme finira par disparaître, on ne peut pas savoir ce qui lui succèdera. Les ravages causés par le capitalisme peuvent très bien, par exemple, mener l'humanité à son extinction. Mais l'humanité peut aussi bâtir, en renversant ce système, une société communiste, sans classe et sans exploitation. L'histoire a déjà connu des sociétés sans classe : c'est ce qu'on appelle le communisme primitif, qui précède la Révolution néolithique. En fait, les sociétés de cette époque étaient contraintes d'adopter un fonctionnement "communiste", dans la mesure où l'on ne produisait pas assez pour que certains s'accaparent la richesse produite produite par d'autres. Mais il s'agit de sociétés miséreuses, où l'individu est perpétuellement soumis aux aléas de la nature, de la maladie, etc. Ce n'est évidemment pas une telle société que désirent les communistes modernes. Au contraire, le communisme au sens marxiste du terme suppose, pour être réalisé, un développement minimal des forces productives, que le capitalisme rend possible.

On ne peut pas savoir dans le détail à quoi ressemblera une telle société : ce sont les hommes et les femmes de demain qui l'inventeront. Mais on peut tout de même dégager quelques caractéristiques qui seraient celles d'une société libre, égalitaire et émancipée, telle que les communistes veulent l'établir.

Propriété collective des moyens de production et d'échange

Sous le capitalisme, les moyens de production et d'échange sont accaparés par une classe d'exploiteurs. La majorité des individus ne possède rien, sinon leur force de travail, qu'ils sont obligés de vendre aux exploiteurs capitalistes pour survivre. La propriété privée des moyens de production est donc indissociable de l'existence, dans la société, de classes antagonistes en lutte perpétuelle.

Dans une société communiste, c'est la société tout entière, c'est-à-dire l'ensemble des individus qui la composent, qui possèderait les moyens de production et d'échange : usines, avions, bateaux, etc. La société cesserait d'être divisée en classes et deviendrait une immense communauté fraternelle et égalitaire (« De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »).

Organisation rationnelle de la production et de la distribution

Sous le capitalisme, c'est le profit individuel et à court terme qui est le moteur de l'économie. Chaque capitaliste doit faire plus de profits que son concurrent. Cette situation engendre crises, guerres, destructions, désastres écologiques, etc. Au contraire, une société communiste doit organiser de façon rationnelle la production et la distribution des biens et des services. Le fait de produire telle ou telle quantité de telle ou telle marchandise, par exemple, ne dépendrait pas de l'intérêt marchand immédiat des capitalistes, mais des besoins sociaux. La société communiste est organisée selon l'adage de Louis Blanc repris par Karl Marx : "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins".

Pas de concurrence, dans la société communiste, car, pour reprendre l'expression du marxiste russe Boukharine, les différentes usines, champs, etc., ne seraient que "les différentes sections d'un grand atelier populaire embrassant toute l'économie générale[1]". La société dans son ensemble doit donc faire ce qu'aujourd'hui les conseils d'administration des entreprises font à l'échelle de leurs entreprises : organiser par avance la production et la distribution, au moins dans les grandes lignes. C'est ce qu'on appelle la planification.

Il existe des débats, parmi les marxistes révolutionnaires, à propos du rôle plus ou moins grand que les mécanismes de marché joueront ou non dans la société communiste. Mais personne parmi eux ne conteste la nécessité d'une planification plus ou moins précise.

Démocratie

Cette planification n'aurait rien à voir avec la planification bureaucratique stalinienne. Elle serait, au contraire, démocratique : puisque c'est la société tout entière qui est maîtresse des moyens de production et d'échange, c'est aux individus qui la composent à prendre toutes les décisions économiques et politiques. Contrairement à ce que l'on croit parfois sous l'influence des discours réactionnaires, le communisme ne constitue pas, par rapport à la démocratie bourgeoise, une restriction de la démocratie, mais au contraire son extension. Le communisme verrait fleurir des organes de démocratie directe (conseils d'usine, de quartier...), élirait des organes sur la base de mandats tournants et révocables... La démocratie ne se limiterait pas à élire tous les quatre ou cinq ans une bande de politiciens bourgeois pour gouverner le pays, mais inclurait la gestion par les travailleurs eux-mêmes de leur outil de travail (leur usine par exemple) et le contrôle permanent sur leurs élus. Les décisions seraient prises à l'issue de discussions libres et contradictoires.

Fin des oppressions

La fin de l'exploitation saperait les bases matérielles de nombreuses autres oppressions. Par exemple le racisme généralisé provient fondamentalement de l'inégalité entre pays imposé par l'impérialisme, et, particulièrement en temps de crise, des tentatives des politiciens bourgeois de monter les travailleurs-se-s contre des boucs émissaires.

Les marxistes ont de nombreux débats sur la question de l'articulation des différentes oppressions (sexisme, homophobie...) avec le capitalisme (et donc de ce qui se passerait sous le communisme).

Les deux phases du communisme

Marx évoquait déjà une distinction entre une « première phase de la société communiste », qui commence avec la révolution prolétarienne, et qui évolue progressivement jusqu'à une « phase supérieure de la société communiste ».[2] Lénine a formalisé et développé cette distinction, en parlant de phase socialiste et de phase communiste.

Phase socialiste

La première phase résulte de la prise du pouvoir par les travailleurs, qui instaurent leur contrôle sur les grands moyens de production, et créent un nouvel État (que Marx appelait la dictature du prolétariat) pour s'assurer que les capitalistes soient vaincus à l'échelle internationale. Il y a donc plusieurs grandes ruptures qui introduisent un saut qualitatif :

  • rupture économique : collectivisation des grands moyens de production et introduction de la planification pour répondre aux besoins démocratiquement définis dans le cadre des nécessités écologiques ;
  • rupture politique : remplacement des institutions bourgeoises par des organes de démocratie ouvrière ;
  • rupture idéologie : la révolution prolétarienne ne pouvant être que consciente, elle ne peut que coïncider avec une victoire idéologique sur les pensées justifiant la domination capitaliste.

La première phase comporterait nécessairement certaines continuités avec le capitalisme, qui ne pourraient être transformées d'un seul coup :

  • continuité économique : un certain nombre de moyens de production (petite bourgeoisie) ne seraient pas collectivisés, ce qui implique que la planification ne serait pas totale, et que le marché existerait encore ;
  • continuité politique : tant que perdurera la lutte de classe internationale, il continue d'exister un État, dont le contrôle par les travailleurs reste un enjeu majeur ;
  • continuité idéologique : la victoire de forces communistes révolutionnaires ne signifie pas que l'ensemble des préjugés et des réflexes individualistes auraient disparu.
« Ce à quoi nous avons affaire ici, c'est à une société communiste non pas telle qu'elle s'est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu'elle vient de sortir de la société capitaliste ; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l'ancienne société des flancs de laquelle elle est issue. »[2]

Concrètement, par exemple, la société ne peut pas encore donner à chaque individu ce qu'il veut sans demander un travail équivalent en échange. Il s'agit donc dans un premier temps d'une généralisation du modèle "à chacun selon son travail". À plus forte raison, il est impossible d'abolir l'argent par décret...

« Le droit égal est donc toujours ici dans son principe... le droit bourgeois, bien que principe et pratique ne s'y prennent plus aux cheveux, tandis qu'aujourd'hui l'échange d'équivalents n'existe pour les marchandises qu'en moyenne et non dans le cas individuel. »[2]

Toutefois, comme Marx le soulignait, ce droit égal comporte une certaine injustice, puisque les individus ont des capacités (notamment physiques) différentes, des charges différentes (enfants...). Pour les prendre en compte, c'est au contraire des modulations du "droit égal" qu'il faut introduire (ex : allocations pour handicap, pour enfants...).

« Mais ces défauts sont inévitables dans la première phase de la société communiste, telle qu'elle vient de sortir de la société capitaliste, après un long et douloureux enfantement. Le droit ne peut jamais être plus élevé que l'état économique de la société et que le degré de civilisation qui y correspond.  »[2]

Phase communiste

Les nouveaux rapports socialistes de production et d'échange, associés à une hausse des forces productives pour répondre aux besoins, sont la base qui permet ensuite l'évolution vers des rapports de production et d'échange communistes.

« Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins !" »[2]

Dans cette société, l'argent n'aurait plus de nécessité d'exister, les biens de consommation pouvant être distribués en libre service. La seule restriction qui pourrait être envisagée, en raison des limites naturelles, serait un système de quotas pour certains biens (poissons menacés de surpêche...).

Le communisme ayant triomphé sur l'ensemble de la planète, l'État au sens d'appareil de domination d'une classe, s'éteindrait (extinction de l'État). Il demeurerait bien sûr un grand nombre de choix politiques à faire (dans la production, dans les domaines et les applications de la recherche scientifique...), mais ceux-ci seraient faits par la société, au sein d'organes démocratiques non séparés d'elle.

Les intérêts divergents entre nations n'existant plus, les frontières s'éteindraient elles aussi, probablement réduites à des indications culturelles et touristiques.

Le communisme, un courant politique

Le communisme désigne aussi le courant politique qui vise à la construction d'une telle société.

Dans la première moitié du 19ème siècle, certains socialistes utopiques se désignent comme "communistes". C'est le cas d'Etienne Cabet dès les années 1830, ou l'Allemand Weitling. Au début des années 1840, des "banquets communistes" se tiennent à Paris. En 1842, le jeune Marx intitule un article "Der Kommunismus und die Aubsgurger Allgemeine Zeitung". Il y désigne le communisme comme un mouvement déjà visible en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne. En 1846, sous l'influence de Marx et d'Engels, la Ligue des Justes devient la Ligue des communistes.

C'est au 19ème siècle que sont réalisées les premières expériences conscientes visant à établir des sociétés communistes. Aux Etats-Unis, des établissements agraires sont fondés, appliquant le principe de propriété collective et fonctionnant sans argent. Weitling lui-même crée un tel établissement, sous le nom de "Communia". Mais ces établissements ne concentrent que des militants déjà acquis aux principes communistes, et ne peuvent survivre bien longtemps dans un environnement hostile. Au XXème siècle, les kibboutz israéliens constituent un écho à ces premiers établissements communistes.

Même si le terme existait avant Marx et Engels, ce sont ces deux penseurs qui fixent le mot communisme dans son usage actuel. Dans Le Manifeste du parti communiste, le mot communiste sert à désigner une certaine partie des socialistes, à l'exclusion des socialistes féodaux, des socialistes petits-bourgeois, des socialistes "vrais" (ou "socialistes allemands") et des socialistes bourgeois. L'étiquette communiste s'applique aux courants qui surgissent à l'époque de l'antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat, qui proclament les revendications de ce dernier, et qui reconnaissent l'existence d'un antagonisme de classe. Des penseurs comme Gracchus Babeuf, Saint-Simon, Robert Owen, Charles Fourier sont désignés par Marx et Engels comme "communistes", même s'il s'agit de communistes "utopiques". Bien sûr, Marx et Engels eux-mêmes se désignent aussi comme communistes.

Au 20ème siècle, le mot communisme est à nouveau utilisé par les fondateurs de la Troisième Internationale pour introduire une distinction entre les socialistes et sociaux-démocrates fidèles à la Deuxième Internationale, et ceux qui se regroupent au sein de la IIIe Internationale pour la défense et l'extension de la révolution russe. Le fait d'inclure le mot communiste dans le nom du parti fait même partie des vingt et une conditions édictées par Lénine pour l'adhésion à la IIIème Internationale.

Aujourd'hui, plusieurs courants se revendiquent du communisme :

Tous ces courants se revendiquent, au moins formellement, de l'anticapitalisme, et affirment vouloir établir une société sans classe et sans exploitation. Naturellement, ils le font avec plus ou moins d'inconséquence et plus ou moins de bonne ou de mauvaise foi.

Un mouvement réel

Le communisme ne désigne pas seulement une idéologie, mais une force réelle, qui a la capacité de transformer la société parce qu'elle s'appuie sur les contradictions actuelles du capitalisme. Marx et Engels insistaient beaucoup sur ce point :

« Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes. »[3]

Le capitalisme n'apporte pas "naturellement" le communisme, mais il a créé la base sociale pour le renverser et des contradictions qui ne peuvent se résoudre qu'en un dépassement révolutionnaire :

« Les innombrables formes contradictoires de l'unité sociale ne sauraient être éliminées par de paisibles métamorphoses. Au reste, toutes nos tentatives de les faire éclater seraient du donquichottisme, si nous ne trouvions pas, enfouies dans les entrailles de la société telle qu'elle est, les conditions de production matérielles et les rapports de distribution de la société sans classes. »[4]

Voir aussi

Notes et références