Oligopole

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On parle d'oligopole lorsqu'une poignée de grandes entreprises capitalistes détiennent l'ensemble du marché. Le cartel est une forme d'oligopole.

On parle aussi de monopole lorsqu'une entreprise est hégémonique.

Généralités[modifier]

Centralisation du capital[modifier]

Lors de la révolution industrielle, le capitalisme a d'abord vu un boom du nombre d'entreprises en concurrence. C'est cette situation que les économistes classiques ont théorisé en tant que "libre concurrence" apportant naturellement ("la main invisible") ses bienfaits.

Mais très rapidement, le capitalisme a montré qu'il avait une tendance à la centralisation du capital : les entreprises faisant le plus de profits rachètent les plus petites ou causent leur faillite. Cette centralisation est accélérée par un fait général qui est que les économies d'échelles font souvent augmenter la productivité. Ces économies d'échelles varient cependant selon les secteurs. Dans les secteurs où elles sont flagrantes, les économistes de la bourgeoisie eux-mêmes ont été obliges de l'admettre - ce qui a donné naissance à la théorie du "monopole naturel".

Ententes[modifier]

Lorsqu'un petit nombre d'entreprises dominent un secteur, les accords légaux ou illégaux (cartels) sont plus facilement contractés. La concurrence n'est cependant jamais effacée totalement. Il existe par exemple des duopoles comme AMD et Intel qui sont réputés se livrer une forte concurrence.

Les États bourgeois (et les organisations de coopération internationale comme l'OMC, l'UE...) ont officiellement pour mission de réguler la concurrence.

Plusieurs modèles ont été proposés pour analyser ces cas. On peut généraliser les modèles de Cournot ou de Stackelberg à un nombre arbitraire d’entreprises. D’autres modèles sont les barrières à l’entrée, la demande coudée, le modèle de Chamberlin, le prix limite, la différenciation des produits ou la collusion implicite.

Théories[modifier]

Mesures de la puissance monopolistique[modifier]

Dans son article de 1934, Abba Lerner définit le taux de marge comme une mesure du pouvoir de monopole de l'entreprise via l'indice de Lerner[1].

"Monopoles naturels"[modifier]

Face au constat que certains secteurs favorisent fortement les oligopoles, des économistes bourgeois ont développé la thèse du "monopole naturel". Il s'agit de dire que les rendements d'échelle sont tellement grands dans ce secteur qu'il est "plus rentable pour l'économie" que le nombre d'acteurs soit limité.

Monopole féodal et monopole bourgeois[modifier]

Sous le féodalisme, il existait des monopoles, comme les compagnies marchandes (Compagnies des Indes, etc). Les révolutions bourgeoises s'en sont souvent prises à ces monopoles pour revendiquer face à elle la libre concurrence, hors du contrôle des régimes monarchiques. Le développement initial du capitalisme a consisté en la création de nombreuses petites et moyennes entreprises souvent en dehors de ces anciens monopoles.

Par la suite, la concurrence capitaliste a conduit à la formation de nouveaux monopoles.

Certains bourgeois ont justifié les monopoles bourgeois en disant que les monopoles féodaux étaient "artificiels" tandis que les monopoles bourgeois étaient "naturels" (comprendre : rationnels)[2].

Marx décrit ce parcours historique par le schéma dialectique de la "négation de la négation" :

Thèse : Le monopole féodal antérieur à la concurrence. Antithèse : La concurrence. Synthèse : Le monopole moderne, qui est la négation du monopole féodal en tant qu'il suppose le régime de la concurrence, et qui est la négation de la concurrence en tant qu'il est monopole.[3]

Exemples[modifier]

Monopoles :

  • Jusqu'aux années 2000, la société De Beers avait un quasi-monopole sur la vente de diamants

Duopoles :

  • Intel et AMD, qui équipent à eux deux la plus grande partie des ordinateurs personnels ;
  • Pepsi et coca-cola sont les seuls producteurs de cola de taille mondiale ;
  • Christie's et Sotheby's, qui se partagent la quasi-totalité du marché des ventes aux enchères d'art de prestige dans le monde
  • Airbus et Boeing qui sont les deux plus gros constructeurs aéronautiques.

Oligopoles :

  • les 4 fournisseurs principaux de télécommunication mobile aux États-Unis : AT&T, Sprint, T-Mobile et Verizon, accusés le 26 décembre 2008 par le New York Times de ne pas se livrer à une concurrence très acharnée sur les prix des SMS[4].
  • Les motoristes aéronautique Pratt-Whitney, General electric, Rolls-Royce et Snecma se partagent la totalité de la motorisation des Airbus et Boeing.
  • Le marché de la notation financière est quasi exclusivement détenu par trois firmes, Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings.

Notes et sources[modifier]

  1. (en) Abba Lerner, « The Concept of Monopoly and the Measurement of Monopoly Power », dans Review of Economic Studies, vol.1, n°3, 1934, p.157–175 
  2. Cf par exemple : Pellegrino Rossi, Cours d'économie politique, 1839
  3. Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847
  4. http://www.nytimes.com/2008/12/28/business/28digi.html?_r=1