Congrès du Parti communiste russe

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Historique[modifier | modifier le wikicode]

Pour les premiers congrès, voir parti bolchévik, ou Parti ouvrier social-démocrate de Russie (dont les bolchéviks formaient une fraction jusqu'en 1912).

Septième congrès (mars 1918)[modifier | modifier le wikicode]

Le 7e Congrès du PC demande aux ouvriers de voir dans le patron de l’usine seulement un « spécialiste ».

Huitième congrès (mars 1919)[modifier | modifier le wikicode]

Le 8e congrès reconnaît une « renaissance partielle du bureaucratisme au sein du régime soviétique ». Le communiste de gauche Ossinski déclare : «  Il est indispensable que des ouvriers entrent en masse au Comité Central ; il est indispensable qu'ils y soient assez nombreux pour «  prolétariser » le Comité Central ». Les thèses de Sapronov et d'Ossinski selon lesquelles le Parti ne devait pas chercher à «  imposer sa volonté aux Soviets » furent catégoriquement rejetées. La résolution adoptée prévoit :

«  Le Parti communiste cherche à exercer la prépondérance et à prendre intégralement en main la direction de toutes les organisations de travailleurs : syndicats, coopératives, communes agricoles, etc. Il vise en particulier à obtenir des actuels organismes d'État, les soviets, l'exécution de son programme autant qu'à les diriger en tout (...). Le Parti communiste de Russie doit arriver à exercer sur les soviets une domination politique incontestée et à contrôler effectivement leurs activités grâce à un travail pratique et à une abnégation de chaque jour, grâce aussi à l'occupation de tous les postes soviétiques par les militants les plus dévoués et les plus sûrs »[1]

Le congrès créa le Politburo, l'Orgbureau et le Secrétariat, qui n'étaient techniquement que de simples sous-comités du Comité Central, mais qui devaient rapidement assumer un énorme pouvoir. Il s'agissait d'un grand bond en avant dans la concentration du pouvoir de décision. La «  discipline du Parti » fut renforcée. Le Congrès décida que toutes les décisions devaient être d'abord appliquées, et ce n'est qu'une fois appliquées qu'on pouvait présenter un appel devant les instances correspondantes du Parti. «  Tout ce qui concerne le déplacement des camarades qui font du travail de Parti est entre les mains du Comité Central. Ses décisions sont obligatoires pour tous ». Cela devait vite être utilisé par la suite comme méthode pour éliminer les critiques.

Neuvième congrès (29 Mars - 4 Avril 1920)[modifier | modifier le wikicode]

La guerre civile était alors pratiquement gagnée. Les masses attendaient avec impatience de pouvoir goûter, enfin, aux fruits de leur Révolution. Mais le Congrès laissa prévoir la continuation et l'extension, en temps de paix, de certaines méthodes du communisme de guerre (mobilisation de la main-d'œuvre, service du travail obligatoire, rationnement strict des biens de consommation, paiement des salaires en nature, réquisition de produits agricoles au lieu d'impôts). Les points les plus discutés furent la «  militarisation du travail » et la «  direction par un seul » dans l'industrie. On peut considérer que les propositions faites en ce sens à ce Congrès représentaient les points de vue (de fait quasi identiques à ce moment) de Lénine et de Trotsky sur la période de reconstruction industrielle. Leur priorité était alors clairement de mobiliser les moyens les plus énergiques pour obtenir l'efficacité maximale de la production afin de redresser le pays, et assurer le succès de la révolution.

On avait déjà employé des bataillons non encore démobilisés à des travaux forestiers, et à d'autres besognes. Selon Deutscher, «  c'était seulement un premier pas : de l'emploi des forces armées comme bataillons de travail, on allait passer à l'organisation du travail «  civil » en unités militarisées »[2]. Trotsky argumentait :

«  On ne peut permettre à la classe ouvrière de se promener à travers toute la Russie. Il faut dire aux ouvriers où ils doivent être, les déplacer et les diriger, tout comme des soldats (...) L'obligation de travailler atteindra son plus haut degré d'intensité pendant la période de transition du capitalisme au socialisme (...). Les «  déserteurs » du travail devront être incorporés dans des bataillons disciplinaires, ou mis dans des camps de concentration ». [3]

Il préconisait « des salaires stimulants pour les ouvriers efficaces », « l'émulation socialiste », et parlait de « la nécessité d'adopter ce qu'il y a d'essentiellement progressiste dans le taylorisme ». La direction du parti dut batailler pour défendre le principe de la direction individuelle des entreprises. La résolution officielle déclarait :

« La direction individuelle ne limite en aucune façon les droits de la classe ouvrière ou ceux des syndicats, car la classe ouvrière peut exercer son pouvoir de différentes façons, selon les nécessités techniques du moment. C'est la classe dirigeante dans son ensemble qui, dans chaque cas, « nomme » tel ou tel individu à tel ou tel poste de direction et d'administration »

Dans un discours, Lénine critique sévèrement ce point des thèses de Tomsky. Il leur reproche de rester dans « des discussions de principe assez inopportunes »[4], au lieu de s'appuyer sur des faits en comparant l'efficacité des entreprises à direction personnelles et de celles à direction collective (qui existaient encore). Lénine s'agace de perdre du temps, soulignant que cette question a été tranchée « par le Comité exécutif central, qui a spécifié que la démocratie socialiste soviétique n'est nullement en contradiction avec le pouvoir personnel et la dictature, que la volonté d'une classe est parfois réalisée par un dictateur, qui parfois fait à lui seul davantage et est souvent plus nécessaire ». Il conclut : « Si nous ne rejetons pas cette erreur, nous n'atteindrons pas nos objectifs économiques.  » Trotsky dénonce même la gestion collective comme « une idée menchevik ».

Le groupe « Centralisme Démocratique » s'opposa à la majorité. Smirnov demanda pourquoi, si la direction individuelle était une si bonne chose, elle n'était pas appliquée au Sovnarkom.

Loutovinov, un leader des métallurgistes, qui devait jouer un rôle important dans le développement de l'Opposition ouvrière la même année, affirma que «  seul le syndicat correspondant peut assumer la responsabilité de diriger un secteur de la production. Et pour l'industrie dans son ensemble, ce ne peut être que le Conseil Central Panrusse des Syndicats — et il ne peut en être autrement ». Chliapnikov réclama explicitement une « séparation des pouvoirs » entre le Parti, les Soviets et les Syndicats. Parlant au nom des « centralistes démocratiques », Ossinsky appuya l'idée de Chliapnikov. Il fit remarquer qu'on assistait à un «conflit entre plusieurs cultures », la culture «  soviétique-militaire », la culture «  soviétique-civile » et le mouvement syndical, qui avait « créé sa propre sphère culturelle ». Il ne fallait donc pas appliquer à toutes ces cultures certaines méthodes particulières (comme la militarisation) qui n'étaient appropriées qu'à l'une d'entre elles...

Lénine était décidé à ne faire aucune concession sur la question de l'autonomie des syndicats. «  Le Parti Communiste Russe ne peut en aucun cas se contenter de la direction politique laissant ainsi la direction de l'économie aux syndicats ». Krestinsky dénonça les idées de Loutovinov comme de « l'anarcho-syndicalisme de contrebande ».

À l'instigation de Lénine, le Congrès demanda aux syndicats «  d'expliquer aux plus larges couches de la classe ouvrière que la reconstruction industrielle ne peut s'accomplir qu'en réduisant à un minimum l'administration collective et en introduisant graduellement la direction individuelle dans toutes les unités directement engagées dans la production ». «  Le principe de l'élection doit être remplacé maintenant par le principe de la sélection ». Le Congrès appelait aussi à lutter «  contre la présomption et l'ignorance (...) de ces éléments démagogiques (...) qui pensent que la classe ouvrière peut résoudre ses problèmes sans avoir recours à des spécialistes bourgeois pour les postes de la plus haute responsabilité ». «  Il n'y a pas de place dans les rangs du Parti du socialisme scientifique pour ces démagogues qui se plaisent à entretenir ces préjugés dans les secteurs arriérées de la classe ouvrière ». « Aucun groupe syndical ne doit intervenir directement dans la gestion industrielle », et «  les Comités d'usine doivent se consacrer aux problèmes de la discipline au travail, de la propagande et de l'éducation des ouvriers ».

Boukharine et Radek, furent nommés au Conseil Central Panrusse des Syndicats, pour y représenter la direction du Parti.

Au neuvième Congrès, on procéda également à des changements dans le régime interne du Parti, changements qui soulevèrent une tempête de protestations. Les comités locaux du Parti (démocratiques, du moins «  formellement ») devaient être subordonnés à des « départements politiques ».

Selon R. V. Daniels : «  La création de ces organismes, imposait un contrôle strict d'en haut sur toute l'activité politique à l'atelier, dans l'industrie, l'organisation ou la localité qui dépendaient de sa juridiction (...). Cette innovation (...) copiée de l'armée (...) était faite pour transmettre de la propagande vers le bas plutôt que les opinions de la base vers le haut »[5]

Quelques concessions furent faites, et beaucoup d'appels à l'unité du parti furent entendus.

Enfin, le Neuvième Congrès donna à l'Orgbureau (créé un an plus tôt et formé de 5 membres du Comité Central) le droit de transférer et de nommer des membres du Parti occupant des postes responsables, sans en référer au Politbureau.

9e conférence du parti (22-25 septembre 1920)[modifier | modifier le wikicode]

Zinoviev présenta le rapport officiel au nom du Comité Central. Sapronov présenta le rapport de la minorité «  centraliste - démocratique », qui était assez bien représentée. Loutovinov parla au nom de l'Opposition Ouvrière récemment constituée. Il demanda que des mesures immédiates fussent prises pour rétablir la démocratie prolétarienne, qu'on abandonne définitivement le système des désignations d'en haut à des postes «  formellement » élus, et qu'on purge le Parti des éléments carriéristes qui y entraient en masse. Il demanda aussi que le Comité Central cesse d'intervenir de façon constante et excessive dans la vie des syndicats et des soviets.

Zinoviev évita de répondre aux principales plaintes formulées. On vota une résolution stipulant la nécessité «  d'une égalité complète à l'intérieur du parti » et dénonçant «  la domination des bureaucrates privilégiés sur les membres de la base ». La résolution demandait au Comité central de faire plus de «  recommandations » et moins de nominations autoritaires, et de s'abstenir d'avoir recours à des mutations de responsables du Parti comme sanctions imposées en fonction de divergences politiques. Malgré ces concessions verbales, le porte-parole de la direction, Zinoviev, réussit à obtenir de la Conférence de septembre qu'elle accepte la création des Commissions de Contrôle Centrales et Régionales, qui allaient jouer un rôle important dans l'aggravation de la bureaucratisation du parti, lorsque leurs premiers dirigeants (Dzerhinsky, Préobrajenski et Mouranov) furent remplacés par des acolytes de Staline.

Conférence de l'organisation provinciale de Moscou (novembre 1920)[modifier | modifier le wikicode]

Les groupes d'opposition à l'intérieur du parti se renforcent rapidement. L'Opposition Ouvrière, récemment formée, les Centralistes-Démocratiques et le groupe Ignatov (une fraction locale de Moscou, proche de l'Opposition Ouvrière, qui plus tard fusionnera avec elle) avaient 124 délégués à cette Conférence, contre 154 partisans du Comité Central.

Dixième congrès (1921)[modifier | modifier le wikicode]

En janvier 1921 la campagne pour le congrès fut lancée par le comité de Petrograd, contrôlé par Zinoviev, fidèle lieutenant de Lénine. Il fut accusé de méthodes arbitraires pour assurer la défaite de l'Opposition ouvrière. Ainsi le comité de Moscou fit une dénonciation publique de l'organisation de Petrograd «  pour ne pas avoir respecté les règles d'une discussion correcte ».[6] Le 13 janvier, le Comité de Moscou dénonça « la tendance de l'organisation de Pétrograd à agir comme un centre spécial de préparation des Congrès du Parti ». Il insista auprès du Comité Central pour qu'il «  garantisse une répartition équitable du matériel et des orateurs (...) afin que tous les points de vues puissent être représentés ». On ne tint manifestement pas compte de cette recommandation. Alexandra Kollontaï affirma, pendant le Congrès, que la diffusion de sa brochure avait été délibérément sabotée.

Le 14 janvier fut publiée la «  Plateforme des Dix » (Artem, Kalinine, Kaménev, Lénine, Lozovski, Pétrovski, Roudzoutak, Staline, Tomsky et Zinoviev). Le 16 janvier, la Pravda publie la plateforme de Boukharine, que Lénine qualifie de «  monument de décomposition idéologique »[7].

Le 21 janvier, dans un article de la Pravda sur la crise du Parti, Lénine écrit : «  Nous ajoutons maintenant à notre plateforme ce qui suit : nous devons lutter contre la confusion idéologique des éléments nocifs de l'opposition qui en arrivent à rejeter toute « militarisation de l'économie », à rejeter non seulement la «  méthode de nomination », généralement suivie jusqu'à maintenant, mais toute nomination. En dernière analyse, cela signifie rejeter le rôle dirigeant du parti vis-à-vis des masses sans parti. Il faut lutter contre la déviation anarcho-syndicaliste qui tuera le parti, si nous ne nous débarrassons pas totalement d'elle ». Peu de temps après, Lénine déclara que la « déviation anarcho-syndicaliste (...) conduit à la chute de la dictature du prolétariat »[8].

Lors de la réunion de la fraction communiste pendant le Deuxième Congrès du Syndicat des Mineurs (24 janvier), Kissélev, un mineur, défendit la plateforme de l'Opposition Ouvrière, qui obtint 62 voix — contre 137 pour celle de Lénine et 8 pour celle de Trotsky.

Le 25 janvier, la Pravda publie les «  Thèses sur les Syndicats » de l'Opposition Ouvrière. Alexandra Kollontaï publie la brochure L'Opposition Ouvrière qui développe les mêmes idées, sur un plan plus théorique[9].

En février, pendant les discussions qui précèdent le 10e Congrès, la fraction léniniste se servit à fond de la nouvelle Commission de Contrôle pour son propre compte. Elle obtint la démission de Préobrajenski et de Dzerjinski (jugés beaucoup trop « mous » vis-à-vis de l'Opposition Ouvrière et vis-à-vis des trotskystes, respectivement) et leur remplacement par des «  apparatchiks » endurcis comme Solts, qui commença par chapitrer les dirigeants du Parti, divisés sur la question, en leur reprochant leur lenteur à éliminer l'«  ultra-gauche ». Les léninistes lancèrent une bruyante campagne, jouant systématiquement sur des thèmes comme l'unité et la lutte contre les dangers qui menaçaient la Révolution de l'intérieur, n'hésitant pas à utiliser continuellement le culte de la personnalité de Lénine. Ils réussirent à homogénéiser l'appareil du Parti, même dans les régions qui soutenaient depuis longtemps l'Opposition.

Certaines de ces «  victoires » furent de tels «  succès », qu'on peut sérieusement penser qu'elles furent parfois obtenues de façon frauduleuse. On déclara par exemple que les léninistes avaient obtenu 90 % des voix à une conférence du Parti de la Flotte de la Baltique, le 19 janvier. Or, deux ou trois semaines plus tard un très fort mouvement d'Opposition s'y manifesta en force et distribua massivement un tract proclamant que «  le département politique de la Flotte de la Baltique a perdu tout contact, non seulement avec les masses, mais aussi avec les ouvriers politiquement actifs. Il s'est transformé en un organe bureaucratique dépourvu d'autorité (...). Il a liquidé toute initiative locale, transformant tout travail politique en paperasserie ».[10]

Le congrès a lieu du 8 au 16 mars, en parallèle de la révolte de Cronstadt (2-17 mars). Les débats eurent lieu dans une ambiance quasi hystérique, avec une pression sur les minoritaires que l'on n'avait jamais connue dans le parti bolchévik.

Au Congrès, Trotsky attaqua l'Opposition Ouvrière : «  Ils ont avancé des mots d'ordre dangereux. Ils ont transformé les principes démocratiques en fétiches. Ils ont placé le droit des ouvriers à élire leurs représentants au-dessus du Parti. Comme si le parti n'avait pas le droit d'affirmer sa dictature, même si cette dictature entre momentanément en conflit avec l'humeur changeante de la démocratie ouvrière » ! Et il parla du «  droit d'aînesse historique révolutionnaire du Parti ». « Le Parti est obligé de maintenir sa dictature (...) quelles que soient les hésitations temporaires même dans la classe ouvrière (...). La dictature n'est pas fondée à chaque instant sur le principe formel de la démocratie ouvrière ».

Le Congrès s’ouvrit sur un violent discours[11] de Lénine, qui lança un appel en faveur de la loyauté envers le Parti et dénonça l’Opposition Ouvrière comme « une menace pour la révolution ». L’Opposition représentait une déviation « petite-bourgeoise », « syndicaliste et anarchiste », « provoquée d’une part par l’entrée au parti d’anciens menchéviks, ainsi que d’ouvriers et de paysans qui n’ont pas entièrement assimilé la doctrine communiste; mais elle est due surtout à l’influence qu’exerce sur le prolétariat et le PCR l’élément petit bourgeois exceptionnellement puissant dans notre pays »[12][13]. L’Opposition Ouvrière était à la fois accusée d'être « authentiquement contre-révolutionnaire », « objectivement contre-révolutionnaire », mais également… « trop révolutionnaire ». Ses revendications étaient « trop avancées », étant donné que le gouvernement soviétique devait encore consacrer tous ses efforts à liquider le retard culturel des masses. D’après Smilga, ce que demandait l’Opposition Ouvrière était si excessif que cela gênait les efforts du Parti en faisant naître chez les ouvriers des espoirs qui ne pouvaient être que déçus. Ou encore, l’Opposition Ouvrière était accusée d'anarcho-syndicalisme.

Lénine théorisa l'association entre dictature du prolétariat et parti communiste unique :

« Le marxisme enseigne que le parti politique de la classe ouvrière, c’est-à-dire le parti communiste, est le seul capable de grouper, d’éduquer et d’organiser l’avant-garde du prolétariat et de toutes les masses laborieuses, qui est seule capable (…) de diriger toutes les activités unifiées de l’ensemble du prolétariat, c’est-à-dire le diriger politiquement et, par son intermédiaire, guider toutes les masses laborieuses. Autrement, la dictature du prolétariat est impossible »

« L’unité » fut le thème omniprésent du Congrès. S’appuyant sur la menace extérieure et sur la « menace » interne, la direction du Parti obtint sans grandes difficultés l’approbation de toute une série de mesures draconiennes. Ces mesures limitaient encore plus les droits des membres du Parti. Le droit de fraction fut aboli. « Le congrès déclare dissous et ordonne de dissoudre immédiatement tous les groupes sans exception qui se sont constitués sur tel ou tel programme (groupes de l’« Opposition Ouvrière », du « Centralisme démocratique », etc.). La non-exécution de cette décision du congrès doit entraîner sans faute l’exclusion immédiate du parti ». Une clause secrète donna au Comité Central des pouvoirs disciplinaires illimités, y compris l'expulsion du Parti et du Comité Central lui-même (il suffirait pour cela d'une majorité des deux tiers). Certains avouèrent leur inquiétude, comme Karl Radek :

« J’ai l’impression qu’une règle vient d’être établie, mais sans que nous sachions très bien contre qui elle peut être appliquée. Lorsqu’on a élu le Comité Central, les camarades de la majorité ont présenté une liste qui leur en donnait le contrôle. Nous savons tous que cela arriva au moment où les dissensions commencèrent à apparaître dans le Parti. Nous ne savons pas (…) quelles complications peuvent surgir. Les camarades qui proposent cette règle pensent qu’il s’agit d’une arme dirigée contre les camarades qui ne pensent pas comme eux. Même si je vote en faveur de cette résolution, j’ai l’impression qu’elle peut se retourner contre nous ».

Mais, en soulignant que le Parti et l’État se trouvaient dans une situation dangereuse, Radek concluait : « laissons donc le Comité Central, dans ce moment de danger, prendre les mesures les plus sévères, même si c’est contre les meilleurs camarades, s’il le juge nécessaire»

Après cela, l'enjeu des discussions du Congrès fut plus limité. Elles furent d'ailleurs laissées pour la fin. Des critiques virulentes se firent néanmoins entendre. Perepechko, membre de l’Opposition Ouvrière, accusa le « bureaucratisme » au sein du parti de causer une coupure entre l’appareil soviétique et les grandes masses des travailleurs. Medvedev attaqua le Comité Central pour sa « déviation qui consistait à se méfier des forces créatrices de la classe ouvrière et ses concessions à la petite bourgeoisie et aux couches de fonctionnaires d’origine bourgeoise ». Pour lutter contre cette tendance et préserver l’esprit prolétarien du Parti, l’Opposition Ouvrière proposa que chaque membre du Parti soit obligé de vivre et de travailler trois mois par an comme « un ouvrier ou un paysan ordinaires, effectuant un travail manuel ». Ignatov, dans ses thèses, demanda que tous les comités du Parti soient composés d’au moins deux tiers d’ouvriers. Un délégué provoqua un tumulte indescriptible en dénonçant Lénine comme le « plus grand des Chinovnik » (individu de rang élevé dans la hiérarchie de la bureaucratie tsariste). La direction manœuvra comme d'habitude.

Le débat sur les syndicats fut clôt par une victoire écrasante de la position majoritaire :

  • 336 voix pour les thèses de Lénine, Zinoviev...
  • 50 voix pour les thèses de Trotsky, Boukharine...
  • 18 voix pour les thèses de l’Opposition Ouvrière

Zinoviev affirma la continuité absolue avec la doctrine syndicale fixée par le Premier Congrès Syndical et le programme du Parti en 1919. Le document soulignait clairement que le Parti dirigerait tout le travail syndical. Par ailleurs à la toute fin du congrès, avec une discussion très courte, les thèses de Lénine sur la NEP furent adoptées.

Onzième congrès (1922)[modifier | modifier le wikicode]

Lénine déclarera : « Il est absolument essentiel que toute l'autorité dans les usines soit concentrée dans les mains de la direction (...). Dans de telles circonstances, toute intervention directe des syndicats dans la gestion des entreprises doit être regardée comme nuisible et inacceptable » (Résolutions, I, pp. 607, 610-612)

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. V.K.P. (b) v rezoljucijakh s-ezdov, konferencii i plenumov C.K.,Moscou, 1932, p. 356
  2. I. Deutscher, Soviet Trade Unions, p. 36.
  3. L. Trotsky, Sochineniya, vol. XV, p. 126.
  4. Lénine, 9e congrès du PC (b) R - Discours sur l'édification économique, 31 mars 1920
  5. R. V. Daniels, The Conscience of the Revolution: Communist Opposition in Soviet Russia, 1960
  6. L. Trotsky, « Otvet petrogradskim tovarishcham » [Réponse aux camarades de Pétrograd], Dixième Congrès du Parti, pp. 826-827. Note 1
  7. V. I. Lénine, Selected Works, vol. IX, p. 35.
  8. V. I. Lénine, « À nouveau les syndicats... », Oeuvres Choisies, vol. 3, p. 636.
  9. A. Kollontaï, The Workers Opposition, Solidarity Pamphlet N° 7. |Trad. fr. «  L'Opposition ouvrière », Socialisme ou Barbarie, N° 35, mars 1964].
  10. Cité par A. S. Poukhov, Kronshtadtski myatezh v 1921 g. [La révolte du Cronstadt de 1921], Leningrad, 1931, p. 52
  11. http://www.marxistsfr.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-02c10.htm
  12. https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-08c10.htm
  13. https://bataillesocialiste.wordpress.com/1921-03-sur-la-deviation-syndicaliste-et-anarchiste-dans-notre-parti-lenine/