Prodrazviorstka

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La prodrazviorstka (en russe : Продразвёрстка, продовольственная развёрстка, se traduisant par « système d'appropriation de surplus », « réquisition ») était la politique de réquisition de céréales et d'autres produits agricoles des paysans par les bolcheviks, de 1919 jusqu'en 1921.

Historique[modifier]

Les réquisitions du régime tsariste (1916-1917)[modifier]

En 1916, l'Empire russe connut des récoltes insuffisantes - en partie à cause des paysans partis en guerre - et la faim commença à se faire sentir dans les villes et sur le front. Cela obligea les autorités à mettre en place un système de rationnement - la « razviorstka ».

Chaque région russe devait céder une quantité déterminée de céréales à l'État à des prix plus faibles que ceux du marché. Cela fut un des motifs de colère dans les campagnes et de rupture de la paysannerie avec le régime tsariste.

Les réquisitions du gouvernement provisoire (1917)[modifier]

Le gouvernement provisoire après la révolution de Février poursuivit cette politique, même s'il n'avait ni assez de confiance ni assez d'autorité pour réellement atteindre ses objectifs. Par conséquent, il ne parvint ni à satisfaire les urbains, ni les ruraux.

Pendant la guerre civile (1918-1921)[modifier]

Au lendemain de la révolution d'Octobre, les bolchéviks tentent de mettre fin aux réquisitions, en même temps qu'ils officialisent le grand partage des terres des nobles que le mouvement paysan a réalisé en grande partie spontanément.

Mais la situation économique et sociale dont le nouveau pouvoir hérite (suite à la guerre et aux troubles révolutionnaires) est catastrophique et continue à se dégrader. Même si la paix avec l'Allemagne met fin à certaines menaces, elle se fait au prix de la perte de régions agricoles riches comme l'Ukraine. Surtout, en réaction à Octobre, les armées blanches soutenues par les puissances capitalistes déclenchent la guerre civile russe.

La situation extrêmement précaire pousse les bolchéviks à prendre des mesures bien plus dirigistes qu'ils ne l'auraient voulu, ce qui sera nommé le « communisme de guerre ». Dans le domaine agricole, cela les pousse à rétablir une politique de réquisitions agricoles, qu'ils nommeront la prodrazviorstka.

La prodrazviorstka consistait en une obligation de la part des paysans de vendre leurs récoltes à prix fixes pour l'État, en ne gardant qu'une quantité limitée de marchandise pour soi-même. Elle fut principalement mise en oeuvre par les comités de paysans pauvres, de juin à décembre 1918.

Cette politique avait de nombreux effets économiquement néfastes. Les paysans préfèrent souvent tuer leurs bêtes ou diminuer leur récolte pour ne donner aucun surplus, ce qui entraîne une chute notable de la production agricole. Lénine le soulignera plus tard :

« L’essence du communisme de guerre était que nous prenions au paysan tout son surplus, et parfois non seulement son surplus, mais une partie des grains dont il avait besoin pour se nourrir. »

Mais il faut avoir à l'esprit qu'il s'agissait d'une politique dictée par les circonstances bien plus que d'un modèle économique, comme le montre le fait que le régime tsariste, le gouvernement provisoire, mais aussi les armées blanches pendant la guerre civile y ont eu recours.

Le philosophe anglais Bertrand Russel écrit après son son voyage en 1920 :

« Le problème alimentaire est la principale cause de l’opposition du peuple aux bolcheviques et pourtant on ne voit pas quelle politique populaire on aurait pu adopter. Les bolcheviques sont détestés par le paysan parce qu’ils lui prennent trop de produits alimentaires ; ils sont détestés de l’habitant des villes parce qu’ils n’en prennent pas assez. »[1]

Fin des réquisitions[modifier]

En février 1920, Trotsky soumet au Comité central la proposition de passer de la politique de réquisition à un impôt en nature. Il écrit :

« La politique actuelle de réquisition égalisatrice d'après les normes d'approvisionnement, de responsabilité mutuelle à la livraison et de répartition égalisatrice des produits de l'industrie mène à une réduction de l'agriculture, à une pulvérisation du prolétariat industriel et menace de briser définitivement la vie économique du pays »

« Les ressources de l'approvisionnement peuvent bientôt s'épuiser ; c'est une menace contre laquelle ne peut agir aucun appareil de réquisition, même perfectionné. On peut combattre de telles tendances de dégradation économique par les méthodes suivantes :
1° En remplaçant le prélèvement fait sur les excédents par une certaine défalcation (%) — quelque chose comme un impôt progressif sur le revenu prélevé en nature— et en calculant ainsi que la culture la plus étendue ou la mieux menée présentent quand même un avantage ;
2° En établissant une plus exacte correspondance entre les produits industriels fournis aux paysans et la quantité de céréales versées par eux, non seulement par cantons et bourgs, mais même par ménages. »[2]

Lénine, toutefois, s'opposa à la proposition et elle fut défaite par 11 votes contre 4 au comité central. Le 9e congrès du parti se tint en mars 1920. Trotsky ne soumit pas la proposition à cette occasion, mais en collaboration avec Lénine avança des mesures pour une application encore plus rigoureuse des politiques du communisme de guerre.

C'est en mars 1921, au 10e congrès, que le parti bolchévik décide de mettre en place une Nouvelle politique économique (NEP), qui libéralise partiellement l'économie. Dans les campagnes, la prodrazviorstka fut remplacée par un système fiscal (prodnalog), par décret du VTsIK du 21 mars 1921.

A la fin des années 1920, Staline amorce une collectivisation forcée, qui commence d'abord par un retour des réquisitions de grain dans les campagnes de l'Oural et de la Sibérie, ce qui sera nommé la « méthode ourale-sibéranienne »[3].

Notes[modifier]

Références[modifier]