Révolution bavaroise

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Dans les années 1918-1919, les répercussions de la Révolution russe furent considérables. L’agitation toucha de nombreux pays d’Europe, notamment l’Allemagne. Mais le soulèvement y fut violemment réprimé par la social-démocratie. Aujourd’hui il reste à raconter les événements et à étudier les causes de cet échec. Si l’insurrection spartakiste de Berlin est maintenant connue, les révolutions - car on peut employer le pluriel en raison de leur manque de coordination - qui agitèrent le reste de l’Allemagne le sont moins. Parmi elles, la République des conseils de Bavière, l’une des plus radicales.

Révolution en Bavière[modifier]

Le mouvement révolutionnaire issu de la révolution russe frappe l'Allemagne en 1919. Le gouvernement bavarois à la tête duquel se trouvent le social-démocrate Kurt Eisner est un gouvernement bourgeois qui provoque contre lui-même le mécontentement du prolétariat, sans contenter non plus la bourgeoisie à cause de sa politique hésitante.

Le 21 février 1919, alors que Kurt Eisner se rend au Landtag, il est assassiné par un nationaliste. Le lendemain, une assemblée générale des conseils munichois élit un « Conseil central de la République bavaroise », présidé par Ernst Niekisch. Par crainte de nouvelles violences, le Landtag suspend ses travaux. Le 17 mars, les sociaux-démocrates majoritaires proclament un nouveau gouvernement, dirigé par Johannes Hoffmann, qui appartient à l'aile droite de la social-démocratie.

Cependant ce gouvernement se heurte à la révolte de la classe ouvrière bavaroise, qui est influencée par les révolutions russes et hongroises, et s'approprie de plus en plus l’idée de la dictature du prolétariat. La bourgeoisie de son côté se ressaisit également et réclame des mesures plus énergiques pour rétablir l'ordre. La position du gouvernement devient de plus en plus instable, et celui-ci cherche en vain une sortie de crise.

Le première "République des Conseils de Bavière"[modifier]

La Bavière vit une situation de vide du pouvoir, et des armes sont distribuées aux conseils d’ouvriers et de soldats. Le 3 avril 1919 à Augsbourg au cours d’une réunion à la demande des socialistes de droite, la revendication d’une république soviétique est mentionnée pour la première fois. Galvanisés par la nouvelle de la proclamation de la République des conseils de Hongrie, les Conseils d’Augsbourg se prononcent, en présence de Niekisch et des anarchistes Erich Mühsam et Gustav Landauer, en faveur d’une République des conseils de Bavière.

Les social-démocrates indépendants (USPD), et une partie du ministère Hoffmann, reprennent la revendication de république des conseils, y voyant la seule solution de sortie de la crise gouvernementale et de canaliser le mouvement. Le 4 avril lors d’une conférence secrète des ministres sociaux-démocrates il fut proposé aux communistes (KPD) et aux indépendants d’entrer au gouvernement. Les communistes refusent de coopérer avec la social-démocratie. Les social-démocrates indépendants refusent également, affirmant que ce gouvernement a été créé par des combinaisons artificielles et sans aucune participation des masses.

Dans la nuit du 6 au 7, cette revendication est reprise par le conseil central de Munich : une proclamation, signée par Ernst Niekisch, annonce l’avènement de la République des conseils de Bavière, la dissolution du Landtag et la déchéance du gouvernement Hoffman. Ernst Toller, un poète et dramaturge âgé de 25 ans, devient le chef du nouveau gouvernement révolutionnaire, qui est alors une coalition hétéroclite dans laquelle figurent indépendants, anarchistes et même le ministre majoritaire Schneppenhorst. Tous se réclament avec plus ou moins de sincérité du socialisme et de la dictature du prolétariat.

En quelques jours, ce gouvernement dont les membres ne sont nullement préparés à gouverner se décrédibilise par une série de mesures et de proclamations aberrantes. Et dans la pratique il ne mène pas une politique de rupture avec le capitalisme.

Le gouvernement n'est pas reconnu par le KPD. Un télégramme est envoyé à Lénine pour l’informer de l’union du prolétariat de Bavière. Les communistes mènent une propagande dans les usines pour un véritable gouvernement « soviétique ».

La seconde "République des Conseils de Bavière"[modifier]

Le 13 avril, pendant qu'à Munich la contre-révolution se prépare, le conseil ouvrier révolutionnaire et la garnison de Munich renversent le soi-disant gouvernement soviétique et proclament le gouvernement soviétique communiste des ouvriers révolutionnaires.

Hoffmannn, réfugié à Bamberg, refuse de s’incliner : le 13 avril, une troupe improvisée de volontaires formée par le gouvernement Hoffmann tente de reprendre Munich, mais est repoussée par l’« Armée rouge » bavaroise aidée des communistes. Les combats font douze morts. Le soir même, des communistes allemands, menés par les militants Eugen Leviné et Max Levien, décrètent de leur propre initiative la fin du gouvernement « anarchiste » de Toller et prennent le pouvoir à Munich, inaugurant une seconde phase de la République des conseils de Bavière ; ils reçoivent ensuite les encouragements de Lénine. Une politique de « terreur rouge » est mise en œuvre et des mesures inspirées de celles des bolcheviks sont annoncées, tandis qu’une véritable Armée rouge commence à être créée.

Les communistes envoyèrent leurs faibles forces aux points les plus importants. Sur leur proposition une commission militaire, une commission pour le désarmement de la contre-révolution, un comité de propagande, une commission économique, et une commission des transports furent constitués. Le matelot Rudolf Egelhofer, qui avait dirigé le combat du 13 avril, mit en œuvre de façon impitoyable en tant que commandant de la ville et commandant en chef de l’Armée Rouge le désarmement de la bourgeoisie. L’administration de la ville était prise en charge par les conseils d’usine. Les banques étaient bloquées, chaque retrait soigneusement contrôlé. La presse bourgeoise fut interdite. Les services du téléphone et du télégraphe étaient constamment supervisés.

Le nouveau gouvernement soviétique autour de Eugen Leviné procède à l’installation véritable des bases de la dictature prolétarienne. Il procède à la nationalisation des entreprises et des banques, organise le contrôle par le Conseil ouvrier révolutionnaire des entreprises et prend les mesures nécessaires en vue de la création d’une armée rouge. En outre le gouvernement soviétique élabora toute une série d’autres activités politiques et économiques de premier plan.

La contre-révolution[modifier]

Hoffmann, épouvanté par une révolution bolchevique en Bavière, engage les services de Corps francs du Wurtemberg commandés par l’officier d’extrême droite Franz von Epp, que viennent épauler des troupes régulières. Le 23 avril, l’assaut sur Munich commence, à l’incitation de Noske : les conseils d’ouvriers et de soldats de la ville, terrifiés par la situation, votent une motion de défiance contre le gouvernement de la République des conseils. Dans un contexte de panique et de vacance du pouvoir, une unité de l’armée rouge bavaroise exécute dix otages.

Contre le Munich révolutionnaire, des troupes blanches d'environ 10 000 hommes se concentrent. L’armée rouge remporte un premier succès, mais elle fut obligée de reculer. Le 1er mai l’armée blanche entre dans Munich. A partir de ce moment débute la période de la terreur blanche. D’après les renseignements officiels, du 1er au 8 mai, 577 personnes furent tuées, et 184 fusillées. La cour condamne 2 209 personnes pour leur participation au mouvement soviétique. Le 3 mai, la République des conseils de Bavière est définitivement écrasée.

Comme principales raisons de la défaite de la république soviétique de Bavière il faut citer : l’absence complète de soutien de la paysannerie, la faiblesse du parti communiste et la présence de nombreux opportunistes parmi le conseil ouvrier révolutionnaire et l’isolement du Munich révolutionnaire de reste de l’Allemagne.


Notes et références[modifier]