Terreur blanche

De Wikirouge
Aller à la navigation Aller à la recherche

La Terreur Blanche est le nom donné à différentes périodes de répression, menées par les classes dirigeantes au pouvoir au évincées de celui-ci à l'encontre de révolutionnaires. Elle est la preuve de la férocité des classes dirigeantes pour protéger ses privilèges ou les reprendre.

1 Sous la Révolution française[modifier | modifier le wikicode]

Après la chute du Comité de Salut Public le 9 thermidor de l'an III. Le maximum fut abandonné. La Convention interdit aux clubs de s'affilier les uns aux autres et de correspondre entre eux, d'envoyer des députations ou de présenter des pétitions. Les bandes de la jeunesse dorée, les muscadins, firent la loi dans tous les lieux publics.

Ils lancèrent leurs attaques contre les sans-culottes, les Jacobins ou tous ceux qui à leurs yeux pouvaient en être. Dans tout le pays commença la Terreur blanche, celle dont nos modernes historiens bourgeois ne parlent guère et dont ils s'émeuvent fort peu. Dans le Sud-Est ce furent des massacres en masse contre les Jacobins. La réaction donnait des ailes à la contre-révolution royaliste.

Mais les bourgeois eurent beau multiplier les mesures pour stopper la Révolution, ils furent à nouveau confrontés aux masses populaires qui lui avaient imprimé tout son dynamisme.

2 Sous la Révolution russe de 1917[modifier | modifier le wikicode]

Les armées blanches représentent un type de force qui est à la charnière entre les réactionnaires d'avant 1914 et les fascismes des années 1920 et 1930, par exemple en ce qui concerne l’utilisation idéologique de l’antisémitisme. Le général Grigorenko, qui fut très critique du comportement de l’armée rouge et qui devint un dissident du régime, témoignait que les habitants de son village qui avaient subi les deux terreurs, blanche et rouge, ont pris le parti de la terreur rouge et condamné la terreur blanche.

L'enthousiasme se rencontrait aussi dans les armées blanches, mais beaucoup moins. Des milliers, peut être des dizaines de milliers de combattants sont morts pour la « Sainte Russie » avec la même force de conviction, mais la plupart étaient seulement enrôlés et obéissant par discipline. Or la seule discipline n'est pas inébranlable, surtout vis-à-vis d’officiers issus du tsarisme qui conservaient toutes leur attitude de privilégiés, par exemple dans les troupes de Koltchak.

Le 22 octobre 1919, alors que Petrograd est soumise à l’offensive de l’Armée Blanche de Ioudenitch, soutenu par le gouvernement britannique, et risque de tomber, Trotski publie l’ordre du jour n° 158 exigeant le respect de la vie des prisonniers :

« Camarades soldats de l’Armée rouge ! Épargnez les prisonniers ! Recevez amicalement les transfuges. Dans l’armée blanche, les ennemis vénaux, corrompus, sans honneur, les ennemis du peuple travailleur sont une insignifiante minorité. La majorité écrasante est faite d’hommes dupés ou mobilisés de force. Une part importante même des officiers de la Garde Blanche combat contre la Russie soviétique sous la menace de la trique, ou parce qu’elle a été trompée par les agents des financiers russes et anglo-français et des propriétaires. » Et Trotski souligne plus loin que son appel « ne s’adresse pas seulement aux simples soldats, mais aussi aux officiers ». 

Les armées envoyées pour combattre la révolution russe n’étaient pas immunisées contre les troubles : à Arkhangelsk, les troupes française, britannique et américaine refusèrent de se battre, et des forces françaises durent être évacuées d’Odessa et d’autres ports de la mer Noire après des mutineries.

Le commandant des États-Unis en Sibérie, le général William S Graves, déclare dans son compte-rendu : « je suis tout à fait sûr de moi quand je déclare que les anti-bolcheviks en Sibérie Orientale, tuèrent 100 personnes pour chaque tué par les bolcheviks. »

Le général Ungern-Sternberg, surnommé le « baron sanglant », fut sans doute celui qui alla le plus loin dans la terreur. Dans son fameux « ordre numéro 15 », adressée à ses armées en mars 1921, l'article 9 commande « d'exterminer les commissaires, les communistes et les juifs avec leurs familles. »

3 Sous la Révolution Hongroise[modifier | modifier le wikicode]

Le 10 juin, l’Entente envoyait une proposition de paix à Budapest. Cette proposition impliquait le retrait de l’armée rouge en échange du retrait des troupes roumaines. Bela Kun, commissaire du peuple aux Affaires étrangères et leader de la révolution tente de manoeuvrer diplomatiquement pour gagner du temps. Mais en définitive, le 20 juillet, il refuse l’offre et pour tenter de relancer l’ardeur révolutionnaire des masses, il décide d’une nouvelle contre-offensive militaire. C’est que la dictature du prolétariat est en crise : Les masses sont affaiblies et déboussolées par les privations (la famine), par les erreurs du régime (le production est désorganisée) et par la division croissante au sein du Parti socialiste entre ses ailes gauche, centriste et droitière. Dans ce contexte, la contre-révolution intérieure relève la tête. Aristocrates et bourgeois complotent et provoquent des attentats contre le pouvoir des soviets.

Après quelques succès initiaux, l’armée rouge est battue et en fuite : les officiers ont saboté les ordres et les fournitures matérielles manquent. Le moral n’y est plus. Fin juillet, les troupes roumaines sont de nouveau aux portes de la capitale. Les social-démocrates de droite, soutenus par la puissante bureaucratie syndicale, exigèrent et obtinrent la démission du Conseil des commissaires du peuple. Un gouvernement dit « syndical » est constitué dont la volonté est de rétablir l’ordre social capitaliste et d’instaurer une démocratie bourgeoise de type occidental pour séduire l’impérialisme et empêcher l’invasion du territoire.

Mais en vérité, il n’y avait pas de place pour une telle « alternative ». En supprimant la dictature du prolétariat au nom de la « démocratie » formelle, c’est à la dictature sanglante de la bourgeoisie qu’on ouvrait la porte. Ainsi, dès le 6 août, le gouvernement « syndical » est renversé par la contre-révolution, dont les troupes roumaines, qui font leur entrée à Budapest, servent de fer de lance. Un ancien amiral de la flotte austro-hongroise, Miklós Horthy, est mis au pouvoir par l’impérialisme et un régime pré (puis complètement) fasciste s’instaure. La répression est terrible : les communistes qui ne se sont pas exilés à temps sont traqués, emprisonnés, torturés et exécutés - il y eut 5.000 exécutions (soit 10 fois plus que celles de la terreur rouge hongroise) et 75.000 arrestations en quelques semaines.

4 Sous la Révolution Espagnole[modifier | modifier le wikicode]

Les tueries assimilées à la « terreur blanche » durent encore plusieurs années après la fin de la guerre. Le bilan officiel, qui ne concerne qu'un peu plus de la moitié du territoire espagnol, s'élève à environ 80 000 personnes tuées par les nationalistes. Selon l'historien britannique Antony Beevor, le nombre total des victimes de la répression franquiste pourrait approcher les 200 000, compte tenu du fait que le bilan de la guerre civile dans plusieurs provinces espagnoles n'a pas encore été réalisé.

Selon l'historien britannique Hugh Thomas, le bilan de la répression nationaliste s'élève à 75 000 morts pendant la guerre dont les deux tiers sont tués lors des six premiers mois du conflit, « y compris les exécutions dans les camps d'internement, sur le front ou ordonnées par les tribunaux après 1936 », les chiffres approchant les 100 000 en tenant compte des représailles auxquelles se livrent les nationalistes dans les territoires conquis.

Différentes estimations globales présentent des chiffres se montant à environ 150 000 victimes, certaines allant jusqu'à 400 000 morts, en fonction de la période considérée et de l'inclusion ou non des victimes des camps. Guy Hermet ne tranche pas entre les diverses estimations, mais souligne que les massacres « se sont prolongés plus longtemps dans l'État national pourtant moins menacé que son homologue républicain ». Parmi les centaines de milliers de prisonniers des camps franquistes, 192 000 auraient été fusillés, parfois plusieurs années après la guerre civile, avec des pics de plusieurs centaines d'exécutions par jour durant certaines périodes de 1939 et 1940.

5 Sous la Révolution Chinoise[modifier | modifier le wikicode]

Le 12 avril 1927 à 4 heures du matin, des détachements de l’armée du Kuomintang, aidés par des bandes recrutés parmi la pègre locale attaquèrent les sièges des organisations ouvrières, massacrant tous ceux qui s’y trouvaient; en dépit d’une résistance improvisée des centaines de prolétaires furent massacrés, les dirigeants communistes tués ou contraints à se cacher. Le lendemain, le Conseil général des syndicats, dispersé et traqué, appelait à la grève générale. Malgré la terrible situation 100 000 ouvriers répondirent à l’appel; une manifestation pacifique (!) fut organisée pour aller protester auprès du quartier général: sa répression à la mitrailleuse fit près de 300 morts.

En tout, plus de 5 000 ouvriers et/ou communistes furent tués, voire torturés ou jetés vivants dans les chaudières des locomotives.

Les impérialistes aidèrent à la répression du mieux qu’ils purent; les autorités françaises en particulier se placèrent dans les premiers rangs grâce à leurs forces de police, dirigées par l’un des chefs des gangsters de Shanghai, qui multiplièrent perquisitions et arrestations pour alimenter les tribunaux militaires d’exception qui prononcèrent des milliers de condamnations à mort au cours des mois suivants.

6 A Taïwan[modifier | modifier le wikicode]

La Terreur blanche de Taïwan est une période qui commença lors du massacre 228, le 27 février 1947, après que la population s'est soulevée contre le gouvernement contrôlé par le Kuomintang (parti nationaliste chinois), dirigé par Chiang Kai-shek. Celui-ci établit la loi martiale, qui resta en place du 19 mai 1949 au 15 juillet 1987.

Pendant ces 38 ans de terreur, 140 000 personnes, principalement des intellectuels ou des membres de l'élite sociale, ont été emprisonnés par peur de leur sympathie pour le Parti communiste chinois ou de leur résistance au gouvernement nationaliste de la République de Chine, et entre 3000 et 4000, selon les estimations, ont été exécutées.