Parti Communiste Internationaliste (1944-1952)

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Le Parti Communiste Internationaliste était un parti politique français, trotskyste, formé à la fin de la Seconde Guerre Mondiale par l’unification de trois groupes trotskystes, et section officielle de la Quatrième internationale. Il éclate en 1952 en deux, entre les partisans de l’entrisme sui generi, minoritaire, et ses opposants, majoritaires. Deux PCI vont alors coexister en France, qualifiés de « minoritaire » et de « majoritaire » par les historiens afin de les différencier. En 1966, le PCI majoritaire change de nom, pour prendre celui d’Organisation Communiste Internationaliste. Le PCI minoritaire sera dissous en 1968, et fusionnera avec la Jeunesse Communiste Révolutionnaire pour constituer la Ligue Communiste.

Origines[modifier | modifier le wikicode]

La seconde guerre mondiale désarticule radicalement le mouvement trotskyste. La répression nazie élimine de nombreux cadres des partis européens. C’est à la fin de 1943 qu’un fragile secrétariat européen de la Quatrième Internationale est mis en place, autour de militants comme Michel Raptis (Pablo) ou Ernest Mandel.

Ce secrétariat pousse à la reconstruction de partis trotskystes unifiés dans les pays européens. En France, la réunification à lieu en février 1944, avec la fusion du Groupe Octobre, du Parti Ouvrier Internationaliste (POI) et du Comité communiste internationaliste (CCI). Le parti ainsi formé prend le nom de Parti Communiste Internationaliste. Le groupe Lutte de Classe (ancêtre de Lutte Ouvrière) refuse d’intégrer les rangs du PCI, contestant la façon dont le nouveau parti s’était unifié, gardant dans ses rangs selon lui trop de petits-bourgeois et de nationalistes.

Le PCI mène des actions, notamment en Bretagne, auprès des soldats allemands pour les convaincre de rompre avec le nazisme. Lors de la libération de la France par les anglos-américains, le PCI pousse pour la création de comités ouvriers armés, entrainant parfois des cellules du PCF dans ses actions. Il échoue néanmoins à organiser des comités inter-usines, face au PCF clandestin qui freine l’auto-organisation ouvrière.

Malgré la légalisation du PCI, permise par la fin de la seconde guerre mondiale, son journal La Vérité reste interdit jusqu’en mars 1946, notamment à cause du soutien sans faille du journal aux différentes grèves, dont la « grève Croizat » des typographes contre les mesures du ministre du travail Ambroise Croizat.

Le PCI apporte son soutien aux luttes pour la libération des colonies, en tissant des liens avec le Parti du Peuple Algérien et son dirigeant Messali Hadj, et en dénonçant les atrocités de la guerre d’Indochine. Il supporte matériellement le groupe trotskyste vietnamien en France, qui organise les travailleurs des camps de volontaires et y combat l’influence du vietminh.

En 1947, le PCI atteint les 800 membres.

Elections[modifier | modifier le wikicode]

Le PCI décide d’apporter son soutien au oui dans le référendum constitutionnel d’octobre 1945, défendant que cette constitution apporte une amélioration sur le plan démocratique par rapport à celle de la Troisième République.

Il s’engage dans la campagne électorale pour la seconde assemblée constituante en 1946, avec onze listes départementales, qui obtinrent 45000 voix, 1,5% des suffrages.

En novembre 1946, il présente des candidats dans seize circonscriptions, et obtient 60000 voix. Yvan Craipeau, candidat en Seine et Oise Nord, rate de peu son élection, avec plus de 14000 voix en sa faveur.

Les premières scissions et la Yougoslavie[modifier | modifier le wikicode]

Les trotskystes ont depuis avant la guerre des liens avec les Jeunesses Socialistes. Au début de 1947, le développement de ces liens, par exemple pour garder le contrôle du réseau des auberges de jeunesses face aux militants du Parti Communiste, aboutit presque à une fusion entre les deux organisations.

Cela échoue du fait du tournant à gauche de la politique du PCF, expulsé du gouvernement et poussé vers une politique gauchiste par les premiers balbutiements de la guerre froide, créant de fait une polarisation entre SFIO et PCF, la gauche de la SFIO se tournant alors vers le PC plutôt que vers le trotskysme.

Une partie de l’aile droite du PCI, avec David Rousset à sa tête, tire des conclusions de ce tournant, prône la révision du programme trotskyste et la constitution d’un regroupement « large » avec d’autres organisations. Elle scissionne pour entrer dans le Rassemblement Démocratique Révolutionnaire, dont fait partie également Jean Paul-Sartre. A la même époque, Cornélius Castoriadis (1922-1997) constitue dans le PCI un groupe définissant l’URSS comme une formation sociale d’un type nouveau : un capitalisme bureaucratique totalitaire et non un état ouvrier dégénéré comme le pensait Léon Trotsky. Ce groupe réfute le schéma du parti léniniste et rompt avec le PCI à l’automne 1948. Il publie par la suite la revue Socialisme ou Barbarie.

Ces scissions conduisent à une saignée militante, qui fait perdre au parti 40% de ses membres.

Le PCI se maintient néanmoins, et lance en 1948 une campagne de soutien à la Yougoslavie. Celle-ci rompt à cette époque violemment avec le Kominform, entraînant des séries de procès dans le reste du bloc soviétique, rappelant les procès de Moscou. Le but du PCI est à la fois de gagner les tendances de gauche qui pourraient se dégager dans le PC, de rétablir la vérité face aux calomnies qui sont lancées contre la Yougoslavie par les partis communistes fidèle à Staline, et de dénoncer ce qui lui apparaît comme de « nouveaux procès de Moscou » dans le bloc de l’Est. Le parti met sur pied des « brigades de travail et d’enquête », envoyées en Yougoslavie afin de faire constater aux participants la réalité du pays.

L’espoir du PCI de se développer en attirant la gauche du PCF, sur la base d’un soutien à la Yougoslavie, est tué dans l’œuf au moment même du retour des brigades, en 1950, avec l’éclatement de la Guerre de Corée. La Yougoslavie s’abstient à l’ONU, permettant l’intervention américaine, et décevant ses potentiels partisans.

En mars 1950, affaibli par les scissions et le découragement, le PCI n’a plus que 253 militants.

Explosion finale du parti[modifier | modifier le wikicode]

En novembre 1950, Michel Raptis, dit « Pablo » présente sa stratégie d’entrisme sui generi, devant le plénum de la Quatrième Internationale. Selon lui, la guerre entre l’URSS et les USA va sûrement éclater dans peu de temps, ce qui va développer des « tendances centristes » dans les partis communistes, qu’il suffira d’appuyer. Pablo écrit que la bureaucratie russe et les partis staliniens peuvent réaliser une partie des objectifs dévolus à la Quatrième Internationale.

Cette stratégie est refusée en avril 1951 par la majorité de la direction française. Pour elle, cela anéantirait l’embryon d’implantations ouvrières que le parti a acquis, et mettrait en danger ses membres venant du PCF. Une minorité, autour de Pierre Frank, se constitue pour défendre la stratégie pabliste.

Marcel Bleibtreu, un des dirigeant de la faction majoritaire, fait paraître une réponse à Pablo, « Où va le camarade Pablo ? » où il critique ses positions. Il refuse tout rôle progressif à la bureaucratie soviétique et aux Partis Communistes inféodés au Kremlin. Avec lui, la majorité du PCI conserve l'objectif « d'organiser une avant-garde détachée des vieilles organisations, particulièrement du PCF ». Cette majorité est rejointe en juin 1951 par Pierre Boussel, dit « Lambert », impliqué dans la parution du mensuel l’Unité, qui rassemble anarcho-syndicaliste, trotskyste et socialistes.

En juillet 1951, lors du VIIe congrès du PCI la majorité - opposée au Secrétariat International - l’emporte avec 13 membres élus au comité central contre 7 à la tendance Frank. Elle décide de se constituer en tendance internationale. Le IIIe congrès mondial de la IVe Internationale se tient en août 1951. Il adopte les thèses de M. Pablo tant sur l’imminence de la guerre que sur la nécessité d'intégrer les organisations de masse qui vont se radicaliser. Les majoritaires français sont très isolés durant le congrès, mais leur opposition oblige Pablo à un compromis : il est décidé que le bureau politique du PCI et le SI mettront au point une résolution d'orientation pour la section française sur la base des travaux du congrès. Si la direction française ne suit pas la ligne du congrès, « le CEI (comité executif international) et le SI seront chargés de prendre toutes mesures organisationnelles pour redresser la situation dans le PCI ».

La situation dégénère sur la question de la politique syndicale du PCI. Le Secrétariat International insiste sur la nécessaire intégration dans la CGT et sur le travail vers les ouvriers « staliniens », qui doit passer par l’entrisme sui generi. Dans une lettre, le 12 janvier 1952 le SI précise que l’entrisme « sui generis » doit être de longue durée et clandestin. Les trotskystes doivent cacher leurs opinions et apparaître aux responsables du PCF comme des militants zélés. Si un secteur indépendant du PCI subsiste, ce ne sera que pour aider le travail entriste. Les indications de la lettre sont rejetées lors d’une réunion du comité central le 20 janvier 1952, en présence de Pablo, qui prend la décision de suspendre les membres majoritaires du comité central. En juin 1952, le 11ème plenum de la Quatrième Internationale décide que « le comité central et le bureau politique issus du VIIIe Congrès du Parti seront composés d’une majorité de camarades qui, dès avant le Congrès, aurait défendu la ligne du 10ème plénum (donc la stratégie de Pablo) dans le parti ».

La minorité confisque le 29 juin 1952 le matériel d’impression du PCI au nom de l’Internationale, ce qui provoque sa suspension par les majoritaires. Deux PCI, l’un lié au Secrétariat International de la Quatrième Internationale et l’autre représentant la majorité de la section française, existent désormais. La scission est consommée, et elle va se repercuter dans l'ensemble de la Quatrième Internationale.

Notes et Sources[modifier | modifier le wikicode]