Jeunesse communiste révolutionnaire

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La Jeunesse Communiste Révolutionnaire est une organisation d’extrême-gauche ayant existé de 1966 à 1968, où elle fut dissoute par le gouvernement français. Elle fusionne avec le Parti Communiste Internationaliste (IVème Internationale) dans la Ligue Communiste en 1969.

Origines[modifier]

La fin de la guerre d’Algérie déçoit une partie de la jeunesse liée au Parti Communiste Français. Son vote pour les pleins pouvoirs au gouvernement de Mendés-France, son refus de soutenir à plein la lutte de libération algérienne, sa frilosité à s’opposer au gouvernement de De Gaulle, et son rapprochement avec Mitterand font que des critiques internes apparaissent.

Dans cette situation, Pierre Franck, le dirigeant du Parti communiste internationaliste, prend contact avec des groupes de jeunes de l’Union des Etudiants Communistes de Paris, notamment Alain Krivine, secrétaire de la section histoire de l’UEC, qui avait organisé un Front Universitaire Antifasciste pour affronter l’OAS et l’extrême-droite.

Krivine, gagné au trotskysme, commence à organiser une tendance interne à l’UEC.

Cette organisation est alors très divisée. La direction soutient les thèses « pro-italienne », favorable à la déstalinisation totale (sur le modèle du Parti Communiste Italien), et est combattue par les partisans d’un alignement sur le PCF, et les pro-chinois.

Les militants qui vont former la JCR ont des positions antistaliniennes, en faveur de la lutte armée et internationaliste. Ils sont principalement rassemblés dans le secteur Lettre de l’UEC de la Sorbonne.

L’UEC est reprise en main par la direction du PCF entre 1964 et 1966, les « droitiers » (la direction pro-italienne) et les « trotskystes » (le secteur lettre sorbonne) sont exclus, et les secteurs qui refusent ces exclusions sont dissous.

Le 2 avril 1966, les exclus de l’UEC et de la JC, rejoint par les membres de la tendance Socialiste Révolutionnaire des Étudiants Socialistes Unifiés (ESU), organisation de jeunesse du PSU, fondent la Jeunesse Communiste Révolutionnaire lors d’une conférence constitutive tenue à Paris.

Activités[modifier]

La JCR publie depuis mai 1966 un journal imprimé et illustré, Avant-Garde Jeunesse (AGJ), au rythme presque mensuel. Le tirage initial, de 3.500 exemplaires, passe en janvier 1967 à 4.500 puis à 6.00011. Chaque groupe local important a sa publication, ronéotée et irrégulière, Spartacus pour Toulouse, Marseille, Aix, Octobre pour Lyon, L’Antidote pour Rennes12, La Cloche pour Reims, L’Étincelle pour Caen, La Méthode pour Cannes-Nice, La Daille pour Strasbourg.

Son activité est principalement estudiantine et internationaliste. Elle investit l'UNEF, seule organisation à appeller explicitement à la fin de la guerre du Vietnam. L'organisation perturbe des réunions en faveur de l'intervention américaine au sud-vietnam, soutient la gueilla du Vietcong ainsi que les diverses luttes armées qui se développent à ce moment en Amérique Latine, met en avant la figure de Che Guevara, et se prononce en faveur d'une stratégie foquiste. La JCR organise le Comité Vietnam National, qui doit coordoner l'action en faveur de la victoire vietnamienne. Ces actions de propagande internationaliste s'accompagnent d'un militantisme antifasciste assumé, n'hésitant pas à recourir à la violence pour empécher réunions ou descentes d'extrême-droite.

Cela dote la JCR d'une identité particuliére. Antistalinienne, très critique du PCF et de l'URSS, elle est en même temps fasciné par la figure du Che et par la révolution cubaine. Elle rejette les "manifestations traîne-savates" des syndicats et des organisations de gauche traditionnelles, et n'hésite pas à user de la violence contre ses ennemis politiques.

Mai 1968[modifier]

Les militants de la JCR sont au coeur de l'action de Mai 1968. Ses militants organisent des manifestations pour protester contre la tentative d'assassinat envers Rudi Dutschke, dirigeant du syndicat allemand SDS, et organise le mouvement du 22 mars avec les libertaires, afin de protester contre l'arrestation de militants suite à une action contre un établissement américain à Paris.

Malgré sa petite taille, l'organisation participe à toutes les manifestations, y compris à la nuit des barricades (10-11 mai) aux côtés de Cohn-Bendit et des libertaires. En province, également, les militants de la JCR ont gagné du crédit en aidant à l'organisation de nombreuses manifestations, en prenant souvent la parole et en luttant avec acharnement contre l'extrme-droite.

La JCR est dissoute le 12 juin 1968, comme le PCI-minoritaire et les autres organisations révolutionnaires. Mais elle a plutôt bien subi l’épreuve du feu. Au cours des événements de mai la JCR a vu croître ses effectifs, passant de 350 en avril 1968 à 1.000 membres environ en juin. La très grande majorité des nouveaux militants sont des étudiants, mais quelques jeunes ouvriers ont été gagnés.

À l’automne 1968, la reprise des contacts entre militants et sympathisants est facilitée par la publication de Rouge, dont le premier numéro est daté du 18 septembre 1968. Il est bimensuel jusqu’au 1er mai 1969, puis hebdomadaire. Les militants et les sympathisants se regroupent dans les Cercles rouges, les premiers dans les « cercles pile », les seconds dans les « cercles face ». Parallèlement le Bulletin des Diffuseurs, ronéoté, fait office de bulletin intérieur.

Ces cercles vont être le principal moyen de construction de l'organisation qui va naitre de la fusion de la JCR et du Parti communiste internationaliste (IVe Internationale), la Ligue communiste.

Notes et Références[modifier]

Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981), Presses Universitaires de Rennes

Les groupes politiques d'extrême-gauche à Nanterre [article]

Robert J. Alexander, International Trotskyism, 1929-1985: A Documented Analysis of the Movement