Islam

L'islam est une religion monothéiste, la deuxième comptant le plus de croyants de par le monde (1,926 milliard), derrière le christianisme (2,546 milliards) et devant l'hindouisme (1,074 milliard)[1]. Comme le christianisme, l'islam est issu du judaïsme. Il est divisé en branches : sunnisme (90% des musulmans), chiisme et kharidjisme.
Comme toutes les grandes religions, l'islam a joué des rôles politiques très différents selon les contextes.
Historique[modifier | modifier le wikicode]
Premiers musulmans (~622)[modifier | modifier le wikicode]

L'Islam primitif, plus encore peut-être que le christianisme primitif, est imprégné d'un certain climat égalitaire et communautaire, expression de la fraternité idéologique qui unissait les premiers disciples de Mahomet. L'essor de l'Islam en Arabie s'est accompagné de régulations sociales : interdiction de l'infanticide des filles, limitation de la polygamie et des abus des maris, encadrement de l'esclavage et des violences guerrières...
Cela puisait dans les traditions communautaires des Bédouins du désert, mais la nouvelle religion avait sa dynamique propre, car le mouvement s'est aussi très vite implanté chez les petites gens des villes. Mahomet invectivait contre les riches et l'accumulation des richesses. Certains auteurs ont insisté sur cet aspect, au point de faire de l'Islam primitif un mouvement essentiellement social, dont l'appareil religieux ne vise qu'à renforcer la contrainte morale contre les riches, par la menace du Jugement dernier. H. Grimme, par exemple, dont La vie de Mahomet a paru en 1892, à l'époque des grands progrès de la social-démocratie allemande, proposait de considérer l'Islam comme « une tentative de type socialiste, pour s'opposer à des imperfections terrestres excessives » ; les riches sont la classe pécheresse. Les mêmes idées ont été reprises par un arabisant marxiste de Bakou, dans les premières années du régime soviétique, Bendeli Djawzi. Lui aussi voit essentiellement dans le Prophète un réformateur social.
Ces idées, sous cette forme trop simpliste, ont été critiquées par les spécialistes. L'Islam primitif est un phénomène beaucoup plus complexe, mais qui possède effectivement un aspect égalitaire, symbolisé par exemple par la figure d'Abu Dhar al-Ghifari, un des compagnons de Mahomet. On a pu l'appeler « un socialiste avant la lettre »[2]. Il adopte une attitude ascétique vis-à-vis des richesses et s'attaque aux profiteurs de l'entourage du calife Mu'awiya. On lui attribue des sentences selon lesquelles, par exemple, chacun devait dépenser au service de Dieu ou en bienfaisance toute la part de sa fortune ou de ses revenus qui dépassait strictement ses besoins. Parmi les « trois hommes aimés de Dieu », il citait celui qui donne en secret l'aumône à un mendiant d'abord éconduit, et parmi les « trois hommes haïs de Dieu », le riche inique. Après la mort de Mahomet, il aurait été exilé. Au 20e siècle, les marxistes et les communistes l'ont revendiqué comme un précurseur.
Âge d'or de l'Islam (800-1258)[modifier | modifier le wikicode]
Durant cette période, les artistes, ingénieurs, érudits, poètes, philosophes, géographes et commerçants du monde islamique ont fortement contribué à l'agriculture, aux arts, à l'économie, à l'industrie, au droit, à la littérature, à la navigation, à la philosophie, aux sciences, à la sociologie et aux technologies. La civilisation islamique, qui s'appropria d'abord l'héritage des mondes méditerranéen, iranien et indien antiques, développa en l'espace de quelques décennies à partir de 850 une culture originale, unifiée par la langue arabe, le commerce et la religion. Présente sur trois continents, elle s'épanouit sur un espace extrêmement vaste et joua ainsi un rôle crucial dans le maintien et la diffusion de la numération de position, des connaissances géographiques et astronomiques, et enfin des œuvres philosophiques de l'Antiquité.
Du soufisme aux révoltes paysannes[modifier | modifier le wikicode]
Abu Dhar al-Ghifari, mort en 652, passe pour le père du soufisme, cette mystique musulmane pour laquelle Louis Massignon éprouvait une si vive prédilection. Le mépris des richesses est un élément du soufisme, dont un des représentants éminents est au début du 15e siècle le grand jurisconsulte ottoman Badr-ed-Dîn (1358-1416). Badr-ed-Dîn renonça à une carrière brillante pour prêcher la communauté des biens et rallier des foules de pauvres gens. Il en vint même à coopérer avec les dirigeants d'une révolte en Anatolie, Börklüce Mustafa et Torlak Kemal, dont il devint « le leader idéologique»[3]. Ce mouvement entraîna des paysans turcs mais aussi des grecs, des juifs... Il fut pendu à la défaite du soulèvement, et est resté extrêmement populaire en Turquie. Nâzim Hikmet, un des fondateurs du communisme dans ce pays, voyait en lui le père du socialisme, et lui a consacré une épopée :
les hommes avaient ouvert cette terre
sans murs et sans limites comme une table de frères...
les dix mille avaient donné leurs huit mille pour pouvoir
chantant tous en chœur
tirer tous ensemble les filets des eaux
travailler le fer comme une dentelle
labourant la terre en chœur
manger tous ensemble les figues emplies de miel
être ensemble en tout et partout
sauf sur la joue
de la bien-aimée.[4]
Tout le Moyen Age musulman est jalonné de soulèvements paysans de ce type. Leurs adversaires les accusaient de préconiser non seulement la communauté des terres, mais celle des femmes. De fait, ils étaient surtout hostiles à la polygamie, à l'accaparement des femmes par les riches et les puissants.
- Les fakirs et les derviches tourneurs sont différentes expression du soufisme et de sa quête de spiritualité.
Mouvements en Perse[modifier | modifier le wikicode]

Dans l'ancien Iran, de nombreux mouvements de rébellion à caractère égalitariste ont eu lieu, avant l'Islam (révolte mazdakiste du 5e siècle), et ont continué à travers l'islam.
On peut citer la jacquerie de Al-Harith ibn Surayj au Khorassan, au 8e siècle.
C'est dans la même région qu'éclate le soulèvement d'Abu Muslim al-Khurasani, qui lève contre les Omeyyades le drapeau noir des Abbassides et porte au pouvoir cette nouvelle dynastie en 750 (révolution abbasside). Ce mouvement dénonçait la politique de discrimination des Ommeyyades, y compris des musulmans convertis non Arabes, comme violant les principes de l'Islam. Il a donc été largement soutenu par les paysans, des chiites autant que des kharidjites, des mazdéens, des mazdakites et même des chrétiens et juifs.
Mais un fort courant dans la population voyait l'islam comme une religion imposée par des étrangers arabes. Par exemple au 9e siècle a lieu un soulèvement paysan, dirigé par Babak Khorramdin (du mouvement religieux khurramite) et Mazyar (zoroastrien), qui en plus de son caractère indépendantiste (anti Islam et anti arabes) partage les terres des riches propriétaires fonciers et disperse leurs harems.
Rébellion des Zanj (869-883)[modifier | modifier le wikicode]

Les Zanj était des esclaves noirs dans les grands latifundia du bas Euphrate, en 869-883. Il semble qu'ils aient fondé un éphémère État égalitaire dans la région de Bassorah, sur lequel les documents sont très vagues. Les marxistes arabes les ont salués comme des précurseurs, des « spartakistes de l'Islam ».
Il s'agissait cependant d'un mouvement particulier, car la culture de grands domaines par main-d'œuvre esclavagiste n'était pas courante dans l'Islam médiéval, et ne fut pas continuée dans cette région après la révolte des Zanj.
Mouvement qarmate (~903-1077)[modifier | modifier le wikicode]

Plus célèbre encore est le grand mouvement collectiviste des Qarmates, que Massignon appelle « communisme initiatique ». Leur chef, Hamdam Qarmat, commença à prêcher en Arabie vers la fin du 9e siècle une insurrection égalitaire qui s'étendit au début du 10e siècle au Yémen et au Khorassan, en Syrie et au Bahrein. Dans cette dernière région, ils réussirent pendant quelque temps à maintenir un petit État communautaire, d'ailleurs dans une zone marginale, bédouine. Les biens étaient mis en commun, par une extension du principe musulman de la Zakat, de la dîme due à la collectivité. « Chacun, dit un chroniqueur, travaillait avec assiduité et émulation, afin de mériter un rang distingué par les services qu'il rendait à la communauté. »
Millénarisme[modifier | modifier le wikicode]
Dans d'autres mouvements paysans du monde musulman, c'est l'aspect millénariste qui est le plus net. Ces mouvements se réclament du Mahdi, du Libérateur ou plutôt du Restaurateur, qui viendra rétablir l'esprit de l'islam primitif, chasser les dirigeants corrompus et les enrichis. Le Mahdi, ainsi marqué d'une ambivalence fondamentale entre le passé et futur, viendra instaurer un monde de justice et d'équité, assurer à tous les musulmans une prospérité inégalée. « La terre donnera tous ses fruits et les cieux déverseront leurs pluies; l'argent, ce jour-là, sera comme foulé aux pieds et ne sera pas compté »[3]. Cette tradition de millénarisme mahdiste s'est maintenue tout au long de l'histoire de l'Islam, depuis les Ismaïliens de Syrie (« l'ordre des Assassins ») jusqu'aux mouvements modernes du Soudan et de Cyrénaïque. Elle a aussi marqué les ordres de derviches comme les Bektashiyya, sous la forme d'un éloge de la pauvreté (« l'argent sera foulé aux pieds et ne sera pas compté... »).
L'État parfait d'Al-Farabi[modifier | modifier le wikicode]

Mais les éléments politiques de la tradition platonicienne ne semblent avoir tenu qu'une place fort réduite dans la pensée médiévale musulmane. Le seul représentant notable en est Al-Farabi (« Avennason »), originaire du Turkestan et mort à Damas vers 950. Un de ses principaux écrits s'intitule Sur les principes des opinions des habitants de l'État parfait. Dans la pure tradition platonicienne, il y critique toute une série de systèmes politiques : les oligarchies, les cités de plaisir, les démocraties, etc. Aux cités dégénérées, parce que ignorantes, il oppose la « cité parfaite ». Son originalité réside en ce fait qu'il étend la vision de Platon, d'une cité localisée à une communauté humaine sans limites, une umma dirigée par un prince-philosophe.
Communautés, corporations, sociétés...[modifier | modifier le wikicode]
Dans le monde musulman classique, les tendances égalitaires et communautaires se manifestent également sous la forme de groupements et d'associations privés ou semi-privés, dont certains se sont d'ailleurs maintenus jusqu'au seuil du monde moderne : les communautés villageoises (djemaa), les corporations (sinf), avec leur serment chevaleresque de solidarité (futuwwa), les sociétés fraternelles d'entraide (akhi).
La djemaa, telle qu'a pu l'étudier Jacques Berque au Maroc, encore en plein 20e siècle, est à la fois une collectivité rurale, et le « collectif » qui en assure la direction (sorte de conseil des anciens). Ses origines sont très anciennes, et elle a conservé au cours des siècles une très forte solidarité coutumière, même quand les terres de cultures sont l'objet d'une appropriation individuelle; ce qui souligne à nouveau le caractère relatif, non illimité, de la propriété privée dans la société musulmane. Ces traditions communautaires sont également importantes dans les villes, sous la forme des corporations de métier ou sinf. Certains, comme L. Massignon, ont suggéré qu'elles pouvaient s'être développées dans le sillage de l'insurrection qarmate, en particulier dans l'Egypte fatimide. Les artisans menaient une vie commune, mettaient en commun les commandes reçues, etc. Ils étaient liés par un serment initiatique, la futuwwa, signe de solidarité de ces pauvres gens, rejetés par la société honorable et qui se donnent leur propre code d'honneur. La notion de futuwwa a d'ailleurs des prolongements beaucoup plus complexes. C'est aussi un serment de fraternité entre des jeunes gens « qui s'associent pour mener en commun la vie la plus confortable possible, dans une ambiance de solidarité, de dévouement mutuel, de camaraderie (avec mise en commun des biens) ».
Mais la futuwwa peut également cimenter l'unité des mouvements de « va-nu-pieds » (ayyarun), qui fomentent des insurrections urbaines dans des périodes de relâchement de l'autorité; ces petites gens s'en prennent aux riches, « forme élémentaire de récupération de classe à laquelle aucune réprobation n'est attachée »; c'est par exemple le cas à Bagdad, aux 11e-12e siècles. On n'est passé que plus tardivement à la notion de solidarité au sein d'une association de métier. Les sociétés akhi, attestées en Asie Mineure vers le 13e-14e siècle, et qui ont par exemple retenu l'attention du grand voyageur arabe Ibn Battuta, groupaient aussi les petites gens des métiers urbains. Les membres de ces associations se réunissaient chez leur président chaque soir; ils apportaient leurs gains quotidiens, pour pourvoir aux dépenses de l'association, aux frais des repas communs. Mais elles ont aussi joué un rôle politique et participé aux mouvements contre les dynasties impopulaires.
Égalitarisme de l'oumma ?[modifier | modifier le wikicode]
Certains auteurs (L. Massignon, H. Laoust, L. Gardet.) ont soutenu que les traditions égalitaires imprégnaient plus largement toute la société musulmane classique.Selon eux la notion même de l'oumma, c'est-à-dire de la collectivité des musulmans, a un fondement égalitaire.

La « cité » musulmane, au sens idéal du terme, serait une société fondée sur le consensus (ijma) de tous les croyants; la notion d'umma apparaît comme un facteur d'unification des cités terrestres. Ce caractère communautaire s'exprimerait aussi dans la conception musulmane de la propriété — bien entendu sur le plan théorique. La sunna, le recueil des préceptes de l'Islam, dit que, selon Dieu, « ne peut être propriétaire de la terre que celui qui y applique son propre travail, que celui qui la cultive personnellement ». C'est-à-dire que la propriété n'est pas un droit illimité, mais qu'il est conditionné par la mise en valeur. En principe, « le musulman n'a point le libre usage de ses biens; il en doit tenir compte à la communauté » (L. Gardet) ; il s'agit d'une éthique économique « communautaire et égalitariste » (H. Laoust). Ce caractère communautaire s'exprimerait dans l'institution de la zakat, de l'aumône légale, versée par tous dans un but de solidarité, et dont la fonction théorique est d'effacer au moins partiellement les inégalités de fortune; la prédication égalitaire de Hamdan Qarmat s'appuyait sur le principe de la zakat, pour le pousser jusqu'à la mise en commun complète des biens. Ce caractère limité et social de la propriété s'exprimerait aussi dans l'institution des waqf, des biens de mainmorte affectés à des fondations d'intérêt collectif : hôpitaux, adductions d'eaux, égouts, bains, cimetières, écoles, œuvres diverses de bienfaisance. L'institution du waqf serait l'expression d'un « esprit d'entraide et de désappropriation personnelle, sous le haut domaine de Dieu » (L. Gardet).
Une autre notion islamique, celle de riba, a été aussi invoquée pour soutenir cette thèse du caractère communautaire de la morale musulmane, sinon de la société musulmane réelle. La riba, selon Mahomet lui-même, c'est-à-dire l'accroissement de fortune, est un péché très grave. Mais faut-il entendre par là toute activité mercantile ou financière, comme certains l'ont pensé ? En réalité, le sens de cette notion est beaucoup plus restreint; il s'agit (Encyclopédie de l'Islam) de « tout avantage pécuniaire illégitime, sans équivalent de services rendus », de tout gain excessif et par exemple par l'usure.
Dans le même sens, on a souvent cité des hadith (paroles attribuées à Mahomet, mais rédigées longtemps après sa mort), comme « l'air, l'eau et les pâturages appartiennent à tous »; « celui qui vivifie une terre en devient propriétaire »; « les hommes sont naturellement égaux entre eux comme les dents du peigne du tisserand »...

Qu'en est-il en réalité ? Sans doute, la société musulmane classique est réellement égalitaire en droit. Mais est-ce une société « juste » ? En fait, ses prescriptions sont très limitées : limitation du prêt à intérêt, égalité de tous devant la loi, entraide de la part des gens fortunés, au bénéfice des plus pauvres. On considère comme normales les inégalités de fortune et les activités lucratives. Quant à la « pratique économique du monde musulman médiéval », comme l'a montré M. Rodinson[5], elle est elle-même très en deçà de ce vague idéal de justice sociale. L'usure est florissante. La prospérité du monde musulman est fondée sur le commerce de mer et de caravanes, sur la recherche du profit.
Islam en Union soviétique[modifier | modifier le wikicode]
Au moment de la révolution de 1917, il y avaient environ 10% de musulmans dans la population de l'Empire russe. Les musulmans ne formaient pas un peuple en tant que tel, ils étaient d'ethnies différentes, et ces divisions ethniques (tatars, non tatars...) primaient parfois sur l'identité musulmane. Sous le tsarisme, la liberté religieuse leur était refusée.
Les bolchéviks ont tenté de s'allier aux réformateurs au sein des musulmans, et se sont heurtés aux conservateurs. Ils ont également tenté de composer avec la foi et les coutumes des régions à majorité musulmane, allant jusqu'à trouver des compromis entre la charia et la justice soviétique. Comme dans tous les domaines, la stalinisation a représenté des reculs vers des politiques brutales au nom de l'athéisme.
Considérations politiques[modifier | modifier le wikicode]
Gauche ou droite[modifier | modifier le wikicode]
Les courants se revendiquant plus ou moins de l'islam sont issus d'un contexte historique donné, et leur positionnement politique peut être radicalement différent. On peut par exemple opposer :
- Des mouvements s'appuyant sur des causes progressistes comme la libération nationale : par exemple, une bonne partie des cadres du Parti communiste indonésien, dont son premier leader Semaun, venaient du Sarekat Islam.
- Des théocraties (l'Arabie saoudite ou l'Iran issu de la révolution de 1979) : le conservatisme des classes possédantes fusionnées avec le haut clergé s'expriment par l'Islam.

Mais on ne peut pas dire de façon réductionniste que les mouvements de masse, par opposition aux clergés liés aux États, sont forcément progressistes. Par exemple, dans la période 1950-1970, des mouvements « islamistes » de masse (représentant souvent des secteurs petit-bourgeois) s'opposaient à des leaders nationalistes arabes aux discours socialisants (Nasser, Ben Bella...).
Par ailleurs, des mouvements engendrés par des causes progressistes comme la résistance à un envahisseur (Liban, Afghanistan, Irak, Palestine...) ou à une oppression ethnique (les mouvements se nourrissant de la situation des immigrés en Occident), ne sont pas automatiquement « progressistes ». Cela doit être apprécié au cas par cas.
Lorsque les forces de gauche font défaut, il peut être nécessaire de former un front unique avec ces mouvements, à certaines conditions. Au Royaume-Uni, le rapprochement entre le SWP et le MAB a par exemple été très controversé.
De manière générale, la tâche des marxistes doit être de s'opposer à son propre impérialisme ou à sa théocratie. Pour un marxiste d'Iran, renverser la "République islamiste" est la priorité. Pour un marxiste français ou états-unien, empêcher une agression US y compris sur des prétextes de lutte contre l'intégrisme est la priorité. Lorsque la bourgeoisie réactionnaire utilise les préjugés racistes pour diviser les exploités "nationaux" et immigrés, la dénonciation de cette stigmatisation (loi sur le voile, loi sur la burqa...) doit être implacable et passer avant l'attaque des superstitions des populations immigrées. Il est important de s'attacher à déceler les positions de classe derrière les phénomènes religieux. Il est évident qu'en France par exemple, l'islam est majoritairement implanté dans la frange immigrée de la classe ouvrière, et que les ultra-catholiques représentent une fraction de la bourgeoisie réactionnaire.
Identité religieuse et identité nationale[modifier | modifier le wikicode]
Dans une optique idéaliste, on pourrait penser que les solidarités et les clivages sont déterminés avant tout par la proximité religieuse. Il y a de nombreux contre-exemples. Par exemple lors de la vague d'oppression subie par les Rohingyas (musulmans sunnites de Birmanie), l'Arabie saoudite n'a presque rien dit : la raison est qu'elle ne veut pas se fâcher avec le pouvoir birman (bouddhiste), qui pourrait couper la route des exportations du pétrole saoudien vers la Chine.[6] Ou encore, malgré toute la rhétorique islamophobe du gouvernement polonais de Andrzej Duda (conservatisme catholique), celui-ci n'hésite pas à faire des accords économiques et à rencontrer le dictateur turc Erdogan (s'appuyant lui sur une vision réactionnaire de l'islam pour durcir sa politique intérieure)[7].
Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Status of Global Christianity, 2021, in the Context of 1900–2050, consulté le 27 septembre 2021.
- ↑ L. Gardet, La Cité musulmane, Paris, 1953.
- ↑ 3,0 et 3,1 Encyclopédie de l’Islam
- ↑ Nazim HIKMET, Anthologie poétique, Paris, 1951, p. 54. La dernière remarque est une réponse à accusation souvent portée par les historiens musulmans contre les mouvements égalitaires paysans du Moyen Age, à savoir la pratique de la communauté des femmes.
- ↑ Maxime Rodinson, Islam et capitalisme, Paris, 1966
- ↑ Libération, Rohingyas : l’Arabie saoudite étrangement silencieuse, octobre 2017
- ↑ http://www.liberation.fr/planete/2017/10/18/l-etrange-lien-amical-entre-varsovie-et-ankara_1603985