Insurrection des SR de gauche

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Des gardes lettons devant le 5e congrès des soviets

En juillet 1918 eut lieu une insurrection des SR de gauche contre le gouvernement soviétique.

Le parti socialiste-révolutionnaire s'était scindé en deux à la suite de l'insurrection d'Octobre 1917, la majorité du parti, dite « SR de gauche », s'alliant aux bolchéviks. Après une période d'hésitations, les SR de gauche étaient entrés au gouvernement et avaient pris des postes importants, par exemple dans la police secrète, la Tchéka.

Mais des tensions émergent rapidement, notamment après la signature du traité de Brest-Litovsk, qui concède d'importants territoires aux Allemands pour mettre fin à la guerre. Les SR de gauche déclenchent alors une insurrection, qui commence par l’assassinat de l'ambassadeur allemand le 6 juillet. Cela conduisit à une répression de l'ensemble du parti SR, le pouvoir devenant seulement bolchévik.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Vers la rupture parmi les SR[modifier | modifier le wikicode]

Lorsque la révolution de Février éclate, le Parti socialiste-révolutionnaire est le principal parti de gauche. Il fait parti du camp en faveur d'une révolution démocratique, et défend également une perspective « socialiste », bien que sa grille de lecture ne soit pas marxiste (il est issu du populisme russe). Il a une grande influence dans les masses paysannes, et par ce biais parmi les soldats qui sont principalement des paysans conscrits.

Mais les dirigeants du parti sont avant tout des notables très modérés, qui se retrouvent avec les menchéviks dans le soutien aux libéraux bourgeois (du parti KD principalement). Cela les conduit à sans cesse se mettre en travers des revendications populaires, et à mettre tout leur poids au service des intérêts bourgeois : poursuivre l'effort de guerre, reporter la Constituante, reporter la question de la réforme agraire, rendre impuissants les soviets où pourtant ils prédominent, face au gouvernement provisoire.

Progressivement, cela conduit simultanément à une perte d'influence au profit des bolchéviks, et à un accroissement des tensions dans le parti, entre base de gauche et direction de droite. L'insurrection d'Octobre 1917, est principalement organisée par les bolchéviks, même s'il y avait un SR très proche des bolchéviks (Lasimir) à la tête du Comité militaire révolutionnaire (CMR), l'organe militaire du Soviet de Pétrograd. Après l'insurrection, la majorité du parti, dite « SR de gauche », s'allie aux bolchéviks. La rupture est d'autant plus nette que les bolchéviks ont ouvertement repris le programme agraire du parti SR, qui était alors l'aspiration majoritaire des paysans, et que le parti SR était incapable d'appliquer.

Le parti des SR de gauche avait tenu son congrès de fondation du 19 au 28 novembre 1917.

Après une période d'hésitations, les SR de gauche entrent au gouvernement soviétique (4 postes de Commissaires du peuple) en décembre 1917 et prennent d'autres postes importants, par exemple dans la police secrète, la Tchéka.

Coalition des SR de gauche avec les bolchéviks[modifier | modifier le wikicode]

De décembre 1917 à mars 1918, les SR de gauche entrent au gouvernement aux côtés des bolchéviks, après avoir abandonné l'espoir d'un gouvernement de coalition avec les menchéviks et tous les SR.

Les élections pour l'Assemblée constituante eurent lieu en novembre, avec une très mauvaise représentativité. Les SR de gauche se présentent sur les mêmes listes que le parti SR (sur un programme rédigé antérieurement à l'insurrection d'Octobre et qui esquive la question), et ce sont les notables locaux qui imposent l'ordre des candidats sur les listes, plaçant les SR de gauche en queue de liste. Le résultat est que sur 410 représentants SR à la Constituante, seuls 40 étaient des membres du nouveau parti SR de gauche.

Au moment où les délégués de la Constituante se réunissent, le 5 janvier 1918, les SR de droite se sont pourtant effondrés dans la paysannerie, qui comprend la rupture. Les SR de gauche présentent Maria Spiridonova pour la présidence de l'Assemblée (avec le soutien des bolcheviks), mais elle n'est pas élue. La majorité SR de droite et menchévik tente de faire voter l'annulation de toutes les mesures révolutionnaires prises depuis Octobre. Les bolchéviks et les SR de gauche décident alors de dissoudre l'Assemblée. Le congrès pan-russe des soviets de janvier 1918 confirme une large majorité aux bolchéviks et aux SR de gauche.

Tensions croissance avec les bolchéviks[modifier | modifier le wikicode]

Mais les frictions entre bolchéviks et SR de gauche ne tardent pas à apparaître. Par exemple lorsque le CMR publie sans en référer à personne un décret qui entérine et encourage la « justice de rue », c’est-à-dire le lynchage de contre-révolutionnaires avérés ou supposés. Sur ce point et d’autres, les instances soviétiques donnent alors raison aux SR de gauche.[1]

Surtout, en mars 1918, les conditions militaires très défavorables obligent les bolchéviks à signer le traité de Brest-Litovsk, qui cède beaucoup de territoires aux Allemands. Malgré des débats très tendus dans le parti bolchévik, la position de Lénine l'emporte : l'armée russe en décomposition est incapable de mener une offensive, et la population verrait cela comme une poursuite de la guerre contraire au mot d'ordre bolchévik de paix, tant martelé les derniers mois.

Ce traité scandalise les SR de gauche, qui mettent en avant, comme l'aile gauche du parti bolchévik, que c'est un abandon de l'objectif d'étendre la révolution au reste du monde. Mais l'élément de patriotisme est également très fort, et c'est surtout la perte de grandes parties du territoire de l'ancien empire russe qui passe mal. Les SR de gauche considèrent que les conditions imposées au « pays de la Révolution » sont inacceptables, et qu'il fallait donc continuer la guerre. Ils décident de quitter le gouvernement. Mais ils restent représentés dans beaucoup d'institutions soviétiques, notamment dans des administrations du gouvernement et dans la Tchéka.

Au 4e congrès des soviets (14-16 mars), ils votent contre le traité.

La situation militaire de l'année 1918 créé une pression de plus en plus forte sur le gouvernement soviétique : partout où il a dû s'engager à ne pas intervenir, les Allemands avancent. En Finlande, où ils jouent un rôle décisif pour faire gagner la contre-révolution. Et en Ukraine, où ils mettent sur pied un gouvernement fantoche, l'Hetmanat. Et bientôt ce seront les Alliés qui interviennent sur le front Est, soutenant des rébellions anti-bolchéviks.

Les SR de gauche s'insurgent contre la position de Trotski (nouveau chef militaire) qui donne la consigne de ne pas attaquer de troupes allemandes, et qui autorise l'exécution de ceux qui enfreignent cette consigne.[2] Sergueï Mstislavski met en avant le slogan « Ce n'est pas une guerre, c'est un soulèvement ! », appelant la population à se soulever contre les Austro-Allemands, et accusant les bolchéviks de mettre en place « un État obstruant la classe ouvrière ».

Les SR de gauche vont aussi critiquer la politique des bolchéviks dans les campagnes. A ce moment, des détachements ouvriers sont envoyés réquisitionner des denrées agricoles, et les bolchéviks encouragent la création de comités de paysans pauvres pour s'appuyer sur la paysannerie pauvre contre les paysans plus aisés (koulaks). Le 14 juin 1918, un décret du gouvernement exclut les SR (gauche et droite) et menchéviks de l'exécutif central des soviets, et appelle les exécutifs locaux à faire de même.[3] Le SR de gauche Kareline s'insurgence contre une mesure anti-démocratique, l'exécutif des soviets ne pouvant être remanié que par les congrès des soviets.

Les SR de gauche formulent d'autres critiques par la suite, sur le manque de démocratie et sur la question paysanne. Ils dénoncent « l’abandon par les bolcheviks de la base même du socialisme international et révolutionnaire ».[4]

L'insurrection[modifier | modifier le wikicode]

Débats internes aux SR de gauche[modifier | modifier le wikicode]

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Dès juin, le Comité central des SR de gauche avait planifié une insurrection devant coïncider avec le 5e congrès des soviets. , et dont l'élément central devait être l'assassinat de l'ambassadeur allemand à Moscou, le comte Wilhelm Mirbach. Le secret fut gardé et ni les délégués SR de gauche au congrès des soviets ne furent mis au courant, ni même Viatcheslav Alexandrovitch, collaborateur de Dzerjinski à la Tchéka.

Début juillet, le 3e congrès du parti SR de gauche se réunit et condamne la politique des bolchéviks :

Centralisation accrue, couronnant le système des organes bureaucratiques d'une dictature, utilisation d'unités de réquisition opérant en dehors du contrôle et de la direction des Soviets locaux, formation de comités de paysans pauvres - toutes ces mesures créent une campagne contre les Soviets des députés paysans, désorganisent les soviets ouvriers, et rendent confus les rapports de classe à la campagne, créant un affrontement désastreux entre les villes et les villages.

La grande majorité de la base du parti voulait jouer le jeu du congrès des soviets, ce qui fait hésiter la direction. Mais dès l'ouverture du congrès des soviets, où il apparaît clairement que l'écrasante majorité bolchévique ne reviendra pas sur Brest-Litovsk, la politique d'assassinat est confirmée.

5e congrès des soviets[modifier | modifier le wikicode]

Maria Spiridonova, une des leaders SR de gauche

Le 5e congrès pan-russe des soviets se réunit au Théâtre Bolchoï de Moscou les 4-10 juillet 1918. Au congrès, la majorité des délégués soutient les bolchéviks (66,4 % bolcheviks, 30,3 % SR de gauche, 3,3 % anarchistes, représentants de nationalités, sans-partis, maximalistes et sociaux-démocrates internationalistes).

Dès le début du congrès, les délégués SR de gauche attaquent frontalement la politique des bolchéviks. Les orateurs dénoncent les réquisitions dans les campagnes, le rétablissement de la peine de mort, et en particulier la signature du traité de Brest-Litvosk et l'abandon de la révolution en Ukraine et en Finlande.[5][6] Boris Kamkov promet si sa ligne passe de « balayer les détachements de réquisition hors des villages ». Maria Spiridonova accuse les bolchéviks d'être des « traîtres à la révolution » et d'être dans la continuité du gouvernement de Kérenski. Les SR de gauche défendaient aussi le vote à la proportionnelle dans les soviets, contre les règles instaurées par les bolchéviks qui surreprésentaient les ouvriers (villes) par rapport aux paysans (campagnes).

Assassinat de Mirbach[modifier | modifier le wikicode]

Le 4 juillet, Maria Spiridonova donne la consigne de l'assassinat à Iakov Blumkine et à Nikolaï Andreïev, qui travaillent à la Tchéka dans la section chargée d'espionner l'ambassade allemande. Le jour du 6 est choisi pour l'assassinat, l'insurrection devant se dérouler le 7, un dimanche et un jour de la Saint-Jean, fête nationale très populaire chez les Lettons, ceci devant affaiblir les tirailleurs lettons pro-bolchéviks.

Le 6 juillet 1918, prétendant être envoyés par Dzerjinski pour rencontrer l'ambassadeur Mirbach, Blumkine et Andreïev se rendent jusqu'à lui et l'abattent, puis s'échappent. Une voiture qui les attendait les conduit au QG de la Tchéka aux mains des SR de gauche (dont les hommes sont dirigés par D. I. Popov), où le comité central des SR de gauche s'était réuni. Sur ce QG, les SR de gauche disposaient d'environ 800 hommes, la plupart marins finlandais, et de voitures blindées.[7]

Ce même après-midi, le gouvernement avait envoyé une partie des quelques forces militaires restant à Moscou vers le Nord-Est, pour vaincre l'insurrection des Blancs à Iaroslavl. Lénine se rend immédiatement auprès des Allemands pour tenter l'apaisement. Plus tard dans la nuit, Dzerjinski informe les Allemands que les auteurs sont des membres SR de la Tchéka, et reçoit de Tchitcherine l'information que les Allemands exigent de pouvoir stationner des troupes à Moscou. Dzerjinski se rend alors avec trois autres tchékistes au QG de Popov, et exige l'extradition des assassins de Mirbach. Il commence à fouiller le bâtiment, enfonçant plusieurs portes. Il annonce que Kareline et Prochian (membres SR de gauche du gouvernement) sont en état d'arrestation, et menace d'exécuter l'ensemble du comité central SR. Mais finalement, c'est Dzerjinski qui est maîtrisé par les tchékistes de Popov, et retenu en otage contre la sécurité des délégués SR de gauche au congrès des soviets.[8]

Dès l'annonce de l'assassinat, Lénine donne l'ordre à Jēkabs Peterss d'arrêter les délégués SR de gauche au congrès des soviets (environ 450 personnes), mais les troupes pour cela font défaut dans un premier temps.

Les dirigeants bolchéviks furent saisis de panique. Selon le témoignage de Vladimir Bontch-Brouïévitch, « Lénine n'est pas devenu pâle, il est devenu blanc ». De toutes les unités présentes à Moscou, les bolchéviks pouvaient seulement compter sur la loyauté des tirailleurs lettons, les autres étant soit du côté des insurgés soit se sont déclarées neutres. Cependant globalement, les insurgés SR de gauche ne furent pas réellement à l'offensive, la plupart des régiments se contentant de se "rebeller" passivement dans leurs baraquements. Selon plusieurs sources, l'objectif des SR de gauche n'était pas de prendre la place des bolchéviks, mais de les forcer par cet assassinat à reprendre la guerre contre les Allemands.[9][10] Le détachement dirigé par Popov ne participe pas de manière active, et se contente de stationner devant deux bâtiments de l'avenue Trekhsviatitelski. Plus tard en 1921, interrogé par la Tchéka, Popov dira : « Je n'ai pas pris part à la soi disant insurrection contre l'État, l'escarmouche rue Trekhsviatitelski était un acte d'auto-défense ».[11]

Trotski donna l'ordre aux troupes de Moscou de se déclarer loyales, et seuls le régiment du commandement et l'école militaire répondirent, et le régiment du commandement s'enfuit peu après. Les dirigeants bolchéviks assuraient les Allemands qu'ils maîtrisaient la situation.

Lénine et Trotski n'étaient pas sûr de pouvoir compter sur Jukums Vācietis, commandant des tirailleurs lettons. Lénine demanda qu'il lui soit adjoint 4 commissaires. Trotski vérifia à quatre reprises s'il n'avait pas basculé du côté SR de gauche.

Par ailleurs, Lénine crut un moment que toute la Tchéka s'était rebellée. Lénine, Trotski et Sverdlov annoncèrent la destitution des dirigeants actuels de la Tchéka, y compris Dzerjinski, et mirent Lastis à sa place, le chargeant de recruter d'autres membres. Trotski ordonna à Latsis d'arrêter tous les membres SR de gauche de la Tchéka, mais les SR de gauche tiennent fermement le siège de la Tchéka et arrêtent Latsis. Les soldats lettons envoyés reprendre contrôle des postes et télégraphes sont désarmés par les troupes du SR de gauche Prochian.

Combats à Moscou[modifier | modifier le wikicode]

Le 7 juillet, environ 1800 personnes participent à l'insurrection à Moscou. Le Kremlin est bombardé par l'artillerie, et des voitures sont saisies. Les centres téléphoniques et télégraphiques sont occupés, et des appels anti-bolchéviks sont lancés. Un de ces appels affirmait que le gouvernement avait été destitué et demandait de ne plus « exécuter les ordres de Lénine et Sverdlov », et selon le membre bolchévik du Kremlin Pavel Dmitrievitch Malkova, il se retrouva dans les mains de Lénine. Un autre appel déclarait que « le bourreau Mirbach a été tué ... les espions allemands et agent provocateurs armés ont envahi Moscou et demandent la mort des SR gauche. Effrayé par les possibles conséquences, le parti dirigeant bolchévik suit les ordres des bourreaux allemands ... En avant ouvriers, ouvriers et soldats de l'Armée rouge, pour défendre le peuple travailleur contre tous les bourreaux, contre les espions et l'impérialisme provocateur ».

Au total, les SR de gauche prennent en otage 27 fonctionnaires bolchéviks, dont Martin Latsis, et le président du conseil municipal de Moscou, Piotr Smidovitch. Un délégué au congrès est tué, Nikolaï Abelman. Au même moment, au congrès des soviets, Maria Spiridonova est arrêtée et détenue en otage.

La nuit, Lénine demanda à Vācietis de rassembler des hommes pour une contre-attaque. Mais en raison de la Saint-Jean, les hommes devant arriver à 2h du matin ne se présentent pas. Finalement, vers 10h les bolchéviks parviennent à rassembler suffisamment d'hommes, principalement des Lettons. Après une tentative infructueuse de négociation, ils ouvrent le feu vers midi. Le bâtiment est sévèrement endommagé, et les SR de gauche s'enfuient vers 14h, abandonnant Dzerjinski. Environ 400 insurgés sont capturés. Quelques-uns sont exécutés dont Viatcheslav Alexandrovitch, arrêté peu près à une gare proche.

Le soulèvement est réprimé en moins d'une journée par les troupes fidèles aux bolcheviks menées par Antonov-Ovseïenko et Podvoïski.


Combats ailleurs en Russie[modifier | modifier le wikicode]

Lorsqu'ils avaient le contrôle des postes et télégraphes, les insurgés de Moscou envoyèrent un télégramme à Mikhaïl Mouraviov, un général qui commande des troupes rouges sur le front est. Celui-ci prit le prétexte d'attaquer les Allemands pour prendre Simbirsk, et se dirigea vers Moscou pour soutenir l'insurrection. Mais Mouraviov ne parvint pas à convaincre ses troupes de se tourner contre les bolchéviks, et fut arrêté et tué.

A Petrograd, les autorités bolchéviques sont informées très tôt de l'assassinat de Mirbach, et ont pris de vitesse les SR de gauche locaux qui n'avaient pas d'information de Moscou. Un comité militaire révolutionnaire est aussitôt formé, et partout des troïkas composées de bolchéviks prennent en main les lieux stratégiques, destituant les SR de gauche.

D'autres insurrections mineures sont tentées à Vologda et d'autres villes.

Quelques semaines plus tard, le 30 juillet, le commandant des troupes allemandes Hermann von Eichhorn était assassiné à Kiev par le SR de gauche Boris Donskoï.

Répression des SR de gauche[modifier | modifier le wikicode]

Treize SR de gauche de la Tchéka ayant participé à l'insurrection sont exécutés sans jugement[12].

Le Congrès des soviets est ajourné. Tous les délégués SR de gauche du congrès sont arrêtés, et leurs membres expulsés de l'exécutif des soviets, ainsi que les membres du comité central des SR de gauche. Le gros des délégués est cependant relâché peu à peu. Treize d'entre eux (dont Spiridonova) sont transférés le matin du 8 au donjon du Kremlin, 10 d'entre eux étant relâchés le lendemain.

Le parti SR de gauche est alors interdit et leur presse interdite. Le procès du parti SR de gauche s'ouvre le 27 juillet. Sur les 14 dirigeants SR de gauche accusés, seuls deux étaient présents, les autres ayant fui dans la clandestinité.[13][10]

Lorsque le Congrès se réunit à nouveau, le 9 juillet, il ordonne l'expulsion des soviets de tous les SR de gauche qui ont soutenu le soulèvement décidé par leur comité central. Cependant l'application par le gouvernement sera beaucoup plus rigoureuse : le Commissaire du peuple à l'Intérieur, Petrovski, ordonna l'expulsion de tous les SR de gauche sans distinction. Ce fut notamment le cas à Petrograd, où les SR de gauche perdirent aussitôt toute influence politique.

Deux groupes se détachent des SR de gauche : celui des « communistes populistes » et celui des « communistes révolutionnaires »[14]. Les « communistes-populistes » se dissoudront dans le parti bolchévik en novembre 1918[15]. La suspicion pesait néanmoins sur eux.

Le remplacement des SR de gauche dans les postes dirigeants prit parfois un certain temps, car les bolchéviks manquaient encore de cadres, mais fut inexorable.

En 1922 a lieu à Moscou le procès des dirigeants SR emprisonnés par les bolcheviks. Le parti cesse d'exister en temps que parti, et seules quelques cellules subsisteront jusqu'en 1925. Pendant la guerre civile russe, de nombreux SR se battent aux côtés des armées blanches.

Conséquences[modifier | modifier le wikicode]

Dès la nouvelle de l'assassinat, les Allemands exigent de pouvoir stationner des troupes à Moscou au nom de la protection de leur ambassade, ce que les bolchéviks refusent. Cela produit une crise diplomatique, mais de courte durée, notamment parce que les Allemands étaient obligés de tourner leur attention vers l'Ouest du fait de la Seconde bataille de la Marne. Finalement un compromis est trouvé : l'ambassade sera gardée par 1000 gardes rouges, accompagnés de 300 soldats allemands en civil et non armés.

La répression qui suivit l'insurrection conduisit à la mort politique du plus grand parti après le parti bolchévik, et laissa ce dernier seul au gouvernement et dans les organes dirigeants des soviets. Cela fut une étape majeure dans l'évolution vers un régime de parti unique en Russie (bien que les mencheviks continuent d'exister dans des conditions très difficiles, jusqu'à leur interdiction définitive en 1921).

Pendant les procès de Moscou de 1937, les staliniens n'hésiteront pas à accuser Zinoviev, Kamenev et Trotski d'être impliqués dans l'insurrection de juillet 1918.[16]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  1. NPA, Il y a cent ans, la dissolution de l’Assemblée constituante, 2018
  2. Edward Hallett Carr, The Bolshevik Revolution 1917-1923. W. W. Norton & Company, 1985, pp. 162–167
  3. Edward Hallett Carr, The Bolshevik Revolution 1917-1923 Volume One. Penguin, 1966, p. 170.
  4. Isaac Steinberg et al., Les Socialistes-révolutionnaires de gauche dans la Révolution russe, éditions Spartacus, 1983.
  5. Mawdsley, Evan (1987). The Russian Civil War. Allen & Unwin. pp. 40–41. ISBN 9780049470248.
  6. Figes, Orlando (1998). A people's tragedy: the Russian Revolution, 1891-1924. Penguin Books. p. 632. ISBN 9780140243642.
  7. Léon Trotski, Military writings, Revolt of the Left SRs, 1918
  8. Evan Mawdsley, The Russian Civil War. Allen & Unwin, 1987. pp. 40–41. ISBN 9780049470248.
  9. Alexander Rabinowitch, The bolsheviks in power. The first year of Soviet rule in Petrograd, Indiana University Press, 2007, pp. 289–291. ISBN 9780253349439.
  10. 10,0 et 10,1 Sally A. Boniece, "Don Quixotes of the Revolution"? The Left SRs as a Mass Political Movement. Kritika: Explorations in Russian and Eurasian History 5.1 (2004) 185–194
  11. Archive of the Cheka: Compilation of documents. M.: Kuchkovo field, 2007. p. 699.
  12. Senn, Alfred Erich; Goldberg, Harold J. (1979). "The Assassination of Count Mirbach". Canadian Slavonic Papers. 21 (4): 438–445. doi:10.1080/00085006.1979.11091596. ISSN 0008-5006.
  13. Lutz Häfner, "The Assassination of Count Mirbach and the "July Uprising" of the Left Socialist Revolutionaries in Moscow, 1918". Russian Review, 1991, 50 (3): 342–343. doi:10.2307/131077. ISSN 0036-0341. JSTOR 131077.
  14. https://en.wikipedia.org/wiki/Party_of_Revolutionary_Communism
  15. Lénine, La révolution prolétarienne et le rénégat Kautsky, 1918
  16. Alan B. Spitzer, John Dewey, the "Trial" of Leon Trotsky and the Search for Historical Truth, History and Theory, Vol. 29, No. 1 (Feb., 1990), pp. 16–37