Opéraïsme

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L'opéraïsme est un courant marxiste italien apparu en 1961 autour de la revue Quaderni Rossi. Operaio, signifie « ouvrier » en italien. Mario Tronti et Toni Negri en furent les principaux théoriciens. Ils créent une nouvelle revue en 1963, Classe Operaia (Classe ouvrière en italien).

Pour la plupart des marxistes, l'opéraïsme est un courant « ouvriériste » et gauchiste.

Historique[modifier | modifier le wikicode]

L'opéraïsme repose sur l'idée que la classe ouvrière est le moteur du développement capitaliste. Les « régimes socialistes » sont considérés comme une nouvelle forme de capitalisme, et la critique radicale des opéraïstes les conduit à refuser l'idée de transition du capitalisme au communisme par un étape socialiste.

En 1969, le courant opéraïste se divise en deux organisations rivales : Potere Operaio et Lotta Continua. À partir de 1972, les opéraïstes s'engagent dans l'Autonomie ouvrière (Autonomia Operaia).

En France, la revue Matériaux pour l'intervention (1972-1973), animée notamment par Yann Moulier-Boutang, a été directement inspirée par les thèses opéraïstes. Elle donnera naissance au groupe Camarades en 1974.

En 1988, naît en Belgique le groupe de réflexion Mouvement communiste qui se réclame de l'expérience opéraïste. Il est en contact avec un groupe situé en Tchéquie "Kolektivně proti kapitálu" et édite désormais (depuis 2010) des brochures sur l'actualité internationale en commun avec ce groupe (Chine, Égypte, Tunisie, Belgique, Inde ...)

Théorie[modifier | modifier le wikicode]

Sur le plan théorique, l'opéraïsme s'est beaucoup appuyé sur le « fragment sur les machines » de Marx, pour réviser le marxisme classique. Le « fragment sur les machines » est le titre donné à la traduction italienne de la section des Grundrisse intitulée « Capital fixe et développement des forces productives ». Raniero Panzieri écrit par exemple :

« Dans le fragment cité, on a un modèle du ‘‘passage’’ direct du capitalisme au communisme. De nombreux passages du Capital et de la Critique du programme de Gotha s’y opposent. »[1]

D’autres opéraïstes, surtout Mario Tronti et Toni Negri, développèrent cette idée, jusqu’à déclarer l’obsolescence de la loi de la valeur. Tronti soutiendra que les Grundrisse doivent être considérés comme un texte « plus avancé » que le Livre I du Capital et la Contribution à la critique de l’économie politique. Via Toni Negri et Paolo Virno, jusqu’au post-opéraïsme, cette tendance va s’accentuer jusqu’à occulter le Capital.

Les opéraïstes redécouvrent une distinction présente dans les écrits de Marx entre les ouvriers comme « force de travail » et comme « classe ouvrière ». Tronti avait encore une vision interméditaire, disant que le travail est « à l’intérieur et contre » le capital. Mais bientôt, les opéraïstes vont considérer que la « force de travail » est totalement intégrée au capital. Par conséquent, les travailleurs n'agissent comme « classe ouvrière » que quand ils réclament de plus hauts salaires ou, surtout, quand ils refusent le travail.

Les opéraïstes prônent le refus du travail, et considère que cette autodestruction est nécessaire pour lutter contre le capitalisme et produire le communisme, voyant dans cela un processus d'Aufhebung hégelienne.

Ce point théorique explique la convergence de cette tradition avec certaines approches « conflictualistes » néoricardiennes et certains auteurs de l’approche régulationniste qui ont viré socio-libéraux dans les années 1990. L’opéraïsme s’est transformé en postopéraïsme postmoderne et distributionniste : mendiant un revenu de base, et rêvant de profiter d’un nouveau New Deal imaginaire (réduit encore une fois uniquement à la dimension redistributive).

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Quaderni Rossi, Luttes ouvrières et capitalisme d’aujourd’hui Maspero 1968
  • Steve Wright, À l'assaut du ciel, Senonevero, 2007, consacré essentiellement à l'histoire de l'opéraïsme italien. Traduit de Steve Wright, Storming Heaven, Class composition and struggle in Italian Autonomist Marxism, Pluto Press, 2002.
  • Guigou J. et Wajnsztejn J., Mai 1968 et le Mai rampant italien. L'Harmattan, 2008. Plusieurs chapitres sont consacrés à l'opéraïsme et à ses divers groupes et revues.
  • « Les trois âges de l’opéraïsme », Centro di Ricerca per l’Azione Comunista (brochure consultable sur Internet) .
  • « Toni Negri et la déconcertante trajectoire de l’opéraïsme italien », À contretemps, n°13, septembre 2003, www.acontretemps.plusloin.org (très critique à propos de l'évolution de l'auteur d’« Empire »).
  • « Intervention sur les opéraïsmes : émergences et trajectoires », Maria Turchetto GRM (Groupe de Recherches Matérialistes) 16e séance : Samedi 26 avril 2008 (consultable sur Internet).

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Riccardo Bellofiore et Massimiliano Tomba, Marx et les limites du capitalisme : relire le « fragment sur les machines », 2014

  1. Raniero Panzieri, « Plus-value et planification » in « Quaderni Rossi » : Luttes ouvrières et capitalisme d’aujourd’hui, trad. N. Rouzet, Paris, Maspero, 1968