Obsolescence programmée

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L'obsolescence programmée est la réduction de la durée de vie des marchandises afin de maintenir une consommation la plus fréquente possible. C'est une des aberrations du capitalisme, en terme de gâchis de force de travail et d'énergie consommée, qui illustre notamment à quel point ce mode de production est contradictoire avec les impératifs écologiques et humains. recyclage.jpg

L'obsolescence technique

Limitation volontaire

Le procédé le plus direct pour les industriels est de limiter volontairement la durée de vie de leurs produits. Cela peut être obtenu directement par une technique physique ou électronique permettant de cibler plus ou moins précisément une durée de vie.

Voici quelques exemples :

  • Le cartel de Phoebus s'est accordé au début du XXème siècle pour réduire à 1 000 heures la durée de vie des lampes à incandescence, les membres (General Electric, Osram, Philips...) s'engageant à payer une amende en cas de dépassement. Cette durée moyenne officielle est restée jusqu'à nos jours. À titre d'exemple, la durée de vie moyenne était de 2 500 heures en 1924.
  • Le bas nylon créé en 1940 par la compagnie DuPont était en soi une création révolutionnaire : le bas ne filait pas ! Mais face à l'effondrement des ventes, l'industriel a réduit la qualité de ses bas, qui se sont mis à filer très rapidement, comme on peut l'expérimenter encore aujourd'hui.
  • Certaines imprimantes sont équipées d'une puce compteur, bloquant l'impression au-delà d'un nombre convenu de feuilles. Ces données figurent bien souvent dans le cahier des charges de l'imprimante. Certaines cartouches d'encre sont également équipées d'une puce comptant le nombre d'impressions, indiquant alors un faux niveau d'encre dans le logiciel d'impression, ce qui amène à jeter des cartouches contenant encore de l'encre.[1]
  • La sortie régulière de micro-processeurs plus performants, vérifiant la loi empirique de Moore, pourrait être la conséquence d'un accord entre les deux trusts du secteur, AMD et Intel.
  • La transparence étant quasi-nulle, il est possible que des industriels de l'agro-alimentaire fixent des dates de péremption exagérément rapprochées de la date d'achat, et encore plus en ce qui concerne les "dates limites d'utilisation optimales".

Limitation indirecte

Il existe d'autres façons de rendre inutilisable des produits, plus indirectes. Par exemple, les industriels peuvent économiser sur la qualité des matières premières utilisées dans la fabrication, ou économiser sur le temps et les moyens (donc le sérieux) mis dans la phase de conception, ce qui a souvent un impact sur la qualité du produit fini, dont sa durée de vie. Une autre façon peut être de n'assurer qu'un faible niveau voire aucun service-après-vente, et d'inciter au rachat du produit ou d'un nouveau modèle. Cette favorisation du jetable au détriment du réparable n'est d'ailleurs pas qu'une logique volontaire des capitalistes individuels, mais également une conséquence du capitalisme dans son ensemble, qui tend à rendre le coût de la force de travail (et donc de la réparation) supérieur au coût des matériaux. De plus, via les brevets, les capitalistes disposent d'un droit légal d'empêcher d'éventuels concurrents d'assurer un service-après-vente pour répondre à la demande ainsi créée.

  • La batterie de l'iPod des première, deuxième et troisième générations est prévue pour durer 18 mois. Ce n'est qu'à la suite d'un procès qu'Apple a dû mettre en place un service de remplacement des batteries.
  • Les grandes suites logicielles et en particulier les systèmes d'exploitation sont particulièrement touchées. Par exemple, en juillet 2006, Microsoft abandonne le service d'après-vente et de maintenance corrective (contre les failles de sécurité) pour les logiciels Windows 98 et Millenium, ce qui revient à forcer les utilisateurs à changer de système d'exploitation.
  • Il est plus que probable qu'un accord tacite existe entre assembleurs de micro-ordinateurs et grands éditeurs de logiciels (Apple, Microsoft...), afin de rendre les nouvelles versions de logiciels incompatibles avec le matériel trop ancien, ou en tous les cas d'accélérer ce phénomène d'obsolescence.

L'obsolescence par la publicité

La publicité est une autre façon de stimuler le renouvellement des marchandises. L'obsolescence est alors obtenue par la pression engendrée par les changements de modes.

Un exemple type est la Ford T, voiture conçue dans l'optique d'être un standard solide, durable, etc... C'est au contraire la logique de son concurrent General Motors, qui sortait 3 nouveaux modèles par an, démodant toujours les précédants, qui l'a emporté.

C'est principalement dans l'après-guerre que ce processus sera systématisé. Dans les années 1960, l'expression "obsolescence programmée" devient même courante. Le constructeur automobile Volkswagen ira même jusqu'à lancer une campagne de publicité sur ce thème.

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Justification idéologique

Bien que la plupart de ces petits détails cyniques soient généralement gardés sous silence, l'obsolescence programmée n'est pas une idée de l'ombre. Certains penseurs bourgeois la revendiquent même ouvertement.

Dans les années 1930, le milliardaire Bernard London préconisait même l'institutionnalisation de l'obsolescence programmée : au bout d'une durée définie, une marchandise est déclarée légalement "morte" et un organisme gouvernemental serait chargé de la récupérer. Son but affiché était de stimuler la consommation et sortir les États-Unis de la Grande Dépression. Il est même possible qu'il ait été un philantrope réellement soucieux du chômage qui frappait le prolétariat (d'autant plus que la préoccupation écologiste n'existait alors quasiment pas), il n'en reste pas moins qu'une telle idée de "rétroaction" sur le marché est une illustration extrême de l'impasse des solutions bourgeoises aux crises du capitalisme.

L'expression « obsolescence programmée » (« planned obsolescence » en anglais) apparaît en 1932 aux États-Unis, et reprend son essor au milieu des années 1950, en conférant au design le rôle de rapidement démoder le produit. Elle fait l'objet de débats dans les colonnes de la revue Industrial Design, et sera popularisée par le designer industriel Brooks Stevens. Il crée une société de design Brooks Stevens Design Associates et se fait le chantre de cette approche, parcourant l'Amérique pour en faire la promotion au moyen de nombreux enseignements, articles et conférences.

Critiques

Un sous produit de l'impérialisme

De tels choix commerciaux sont difficiles à concrétiser dans un schéma abstrait de la libre-concurrence. En effet, si un industriel réduit la qualité de ses produits, cela bénéficie à ses concurrents, et rien ne garantie que le renouvèlement des produits bénéficie à celui qui s'est lancé dans l'obsolescence programmée. Seulement, avec la centralisation du capital de notre époque impérialiste, les grands trusts sont bien plus à même de négocier des accords de bon procédés avec leurs quelques rivaux. En particulier, les cartels et autres situation d'oligopoles sont les conditions idéales pour que les plus puissants capitalistes imposent leurs produits au marché, bien plus que l'inverse...

Une tare du capitalisme, pas de l'industrie

Une certaine critique, notamment dans les milieux écologistes ou "décroissants", fait de l'industrie et de la production de masse les responsables de ce genre de "dérive".[2] La mauvaise qualité serait inhérente à l'industrialisation, par rapport à un travail manuel idéalisé. Le premier des constats, c'est que ce serait une illusion réactionnaire de vouloir un retour à une production artisanale généralisée. La tâche réellement progressiste de notre époque, c'est au contraire la réappropriation collective des moyens de production. Cela pour mettre fin à l'incroyable oppression/gâchis social que représente leur gestion privée : les économies d'énergies, mais aussi et surtout l'économie de travail potientielle est inestimable. Fait marquant, certains produits de l'économie d'URSS avaient une longévité bien plus élevée que leurs équivalents du Bloc de l'Ouest. Malgré la bureaucratie stalinienne, cela montre une chose simple : l'industrie peut donner de tout autres résultats dès lors qu'elle est extraite de la recherche du profit.

Notes et sources

Prêt à jeter, Arte, février 2011
Made to break, Giles Slade, 15 avril 2006

  1. Ce logiciel permet de remettre à zéro ces puces sur les imprimantes Epson Stylus.
  2. Exemple : Sortir de l'industrie, decroissance.info