Nache Slovo

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Nache Slovo (« Notre Parole ») était un quotidien dirigé par Trotsky. pendant la première guerre mondiale, défendant une position internationaliste.

Création[modifier | modifier le wikicode]

Il fut publié, en russe, à Paris de janvier 1914 à septembre 1916, d'abord sous le nom de Golos (« La Voix »), puis sous celui de Nache Slovo, après son interdiction par le ministre de l'Intérieur, Louis Malvy.

S'y côtoient aussi bien les amis de Trotsky (comme Joffé) que les menchéviks internationalistes de Martov, d'anciens bolcheviks comme Manouilski, Lozovsky, d'anciens conciliateurs comme Sokolnikov, des militants en rupture avec le menchevisme comme  Antonov-Ovseenko, Tchitchérine, Ouritsky et Kollontaï, les internationalistes cosmopolites comme Rakovsky (qui finança le journal[1]), Radek, Balabanova...

Au moment où la guerre éclate, plusieurs militants bolchéviques parisiens se sont ralliés à l'union sacrée, contre l'avis de Lénine.

La position internationaliste ferme de Nache Slovo lui vaut de se rapprocher des militants internationalistes français comme ceux de La Vie ouvrière de Pierre Monatte et comme Alfred Rosmer. Ce dernier consacre d'ailleurs un chapitre à Nache Slovo dans le tome 1 de son livre Le mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale et écrit à ce sujet :

« Pour nous, qui avons vu vivre Nache Slovo, qui savons aussi ce qu'a fait le groupe bolchévik de Paris, il nous faut exprimer notre reconnaissance au groupe de Nache Slovopour l'aide qu'il a apportée au mouvement ouvrier français pendant la guerre, et constater que ce que son effort représente, de courage, d'intelligence, de dévouement, ne se rencontre pas fréquemment dans l'histoire du mouvement ouvrier.»[2]

Désaccords entre internationalistes[modifier | modifier le wikicode]

Nache Slovo, publié dans des conditions matérielles difficiles, joua un rôle certain dans la défense des positions internationalistes dans le mouvement socialiste russe et européen. Mais les internationalistes étaient divisés, notamment avec Lénine qui se tenait à la gauche du mouvement.

Le rapport à l'Internationale ouvrière[modifier | modifier le wikicode]

Par exemple Lénine reprochait à Nache Slovo de ne pas aller jusqu'au bout dans la critique de la trahison des social-démocrates ralliés à la politique d'union sacrée (le courant dominant de l'Internationale ouvrière, ou deuxième internationale) mais il en reconnaissait néanmoins la valeur.

Mais Trotsky est en fait très proche de Lénine sur ce point. En novembre 1914, il écrit :

« Le socialisme réformiste n'a aucun avenir, parce qu'il est devenu partie intégrante de l'ordre ancien et complice de ses crimes. Ceux qui espèrent reconstruire la vieille Internationale, imaginant que ses dirigeants pourraient, par une amnistie réciproque, effacer leur trahison de l'internationalisme, empêchent la renaissance du mouvement ouvrier »

Il s'agit donc pour lui comme pour Lénine de « rassembler les forces de la III° Internationale ». Martov lui, s'inquiète de cette évolution. Il pense qu'une nouvelle Internationale serait condamnée à être une secte impuissante. Trotsky presse Martov de rompre avec les « social-chauvins ». Lenine accuse Trotsky de vouloir préserver ses liens avec eux. En février 1915, Trotsky fait dans Naché Slovo le récit de ses désaccords avec les mencheviks et de sa rupture, en 1913, avec le bloc d'août. En juillet, il écrit que les bolcheviks constituent le noyau de l'internationalisme russe. Martov rompt avec lui et quitte le journal.

En septembre, le groupe de Nache Slovo participa à l'organisation de la conférence de Zimmerwald, en 1915. Un manifeste rédigé par Trotsky, appelant les travailleurs à lutter pour mettre fin à la guerre, y est adopté à l'unanimité. Mais Lénine est en minorité sur sa position défaitiste et de rupture avec l'Internationale.

En mai 1916, Trotsky hésite encore et se demande si les révolutionnaires, « n'ayant pas les masses avec eux », ne sont pas « contraints d'être pour un temps l'aile gauche de « leur » lnternationale ».[3]

Les Etats-Unis d'Europe[modifier | modifier le wikicode]

Trotsky justifie le rejet du nationalisme par une position de dépassement des Etats-nations. Pour lui, tout comme le capitalisme a rendu caduques les frontières des petits fiefs médiévaux, il rend désormais caduques les frontières nationales, et nécessite un fonctionnement à plus grande échelle pour développer les forces productives. Cela s'exprime à présent par la guerre, mais il ne s'agit pas pour le prolétariat de défendre la patrie, mais la mondialisation progressiste. En partculier au niveau européen : les Etats-Unis d'Europe. Ainsi à l'été 1914, il attaque violemment les social-démocrates allemands et français dans une brochure intitulée L'Internationale et la guerre. Il écrit  :

« Dans les conditions historiques actuelles, le prolétariat n'a pas d'intérêt à défendre une « patrie » nationale, anachronique, qui est devenue le principal obstacle à un progrès économique, mais a intérêt au contraire à la création d'une patrie nouvelle, plus puissante et plus stable, les Etats-Unis républicains d'Europe, base des Etats-Unis du monde. A l'impasse impérialiste du capitalisme, le prolétariat peut seulement opposer l'organisation socialiste de l'économie mondiale comme programme pratique du jour » [4]

Lénine de son côté était sceptique et ne considérait pas que la tâche pratique du jour était l'accroissement des forces productives et les Etats-Unis d'Europe. Il considérait que les « les États-Unis d’Europe sont, en régime capitaliste, ou bien impossibles, ou bien réactionnaires. »[5] La tâche prioritaire était pour lui « la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile », et ce y compris en attisant les luttes nationales quand elles sont progressistes, même si elles peuvent potentiellement conduire au séparatisme (et donc à court terme à un affaiblissement des forces productives).

Le défaitisme révolutionnaire[modifier | modifier le wikicode]

Nache Slovo critique le mot d'ordre de défaitisme de Lénine, même si c'est resté un point secondaire par rapport à la "question organisationnelle". C'est ce désaccord qui rejaillit sur la question du défaitisme, et qui conduit Lénine à faire un lien entre le refus du défaitisme et le centrisme[6].

Mais en réalité Lénine ne met pas en avant la formule du «défaitisme» : on ne trouve pas trace de «défaitisme» dans les propositions d'unité que Lénine fait en 1915 au groupe de Nache Slovo, pas non plus dans le projet de résolution et de manifeste de la « gauche de Zimmerwald » rédigé par Lénine.

Retour en Russie[modifier | modifier le wikicode]

En 1915, le groupe de Nache Slovo réussit de façon précaire, pendant quelques mois, à établir un contact avec le groupe interdistrict à Pétrograd, qui défend le principe de reconstruciton d'un parti ouvert à tous les internationalistes.

Après une nouvelle interdiction, Nache Slovo reparut sous le nom de Natchalo (« Le Commencement »), peu avant la révolution de février 1917. Ses rédacteurs rentrèrent en Russie à l'annonce du renversement du tsar et rejoignirent, pour la plupart, le parti bolchévik.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Pierre Broué, Rakovsky ou la Révolution dans tous les pays, Fayard, ISBN 2-213-59599-2, 1996, p. 114
  2. Alfred Rosmer, Le mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale, {{ISBN|2-9507463-0-6 », p. 249
  3. P. Broué, Le parti bolchévique, 1963
  4. Léon Trotsky, La guerre et l'Internationale, 1914
  5. Lénine, Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe, 23 août 1915
  6. Lénine, La défaite de son propre gouvernement dans la guerre impérialiste, 26 juillet 1915