Mikhaïl Pokrovski

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Pokrovski 1907.jpg

Mikhaïl Nikolaïevitch Pokrovski (1868-1932), en russe Михаил Николаевич Покровский, était un historien russe.

Il était l'historien le plus influent dans la jeune Russie soviétique, connu pour avoir tenté une approche exclusivement marxiste de l'histoire de la Russie. Il sera par la suite critiqué par les staliniens et tomba en disgrâce.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Premières années[modifier | modifier le wikicode]

Mikhail Pokrovski naît le 29 août 1868 à Moscou, dans une famille de fonctionnaires d'Etat qui avait été ennoblie par le tsar.

Brillant élève, il entre à 19 ans au département d'histoire de l'Université de Moscou. Cependant, repéré pour ses idées progressistes, on lui interdit de donner des conférences en 1902. Il participe à l'Union de Libération, une association de libéraux bourgeois proche des KD.

Groupe Bogdanov[modifier | modifier le wikicode]

Pokrovski devient marxiste pendant la révolution de 1905, et rejoint les bolchéviks. Lénine l'invite alors à contribuer à son journal, le Proletarii.

Il se rapproche alors de Bogdanov et de sa fraction bolchévique de gauche qui publie Vpériod et qui deviendront les otzovistes. Il y cotoit aussi Lounatcharsky et Gorki.

Suite au reflux de la révolution, il émigre, d'abord en Finlande puis en France en 1908, où il restera jusqu'en 1917. C'est de son exil français qu'il écrira sa première oeuvre historiographie majeure, L'histoire de la Russie depuis les premiers temps, publié en 5 volumes de 1910 à 1913.

Début 1909, Bogdanov et son groupe organisent à Capri (en Italie) une école marxiste destinée à former des prolétaires russes pour en faire de futurs dirigeants. L'école se veut ouverte aussi bien aux bolchéviks qu'aux menchéviks. Bogdanov fait appel à Pokrovski pour enseigner l'histoire.

Après l'exclusion de Bogdanov par les bolchéviks (1909), Pokrovski le suit et restera hors des deux principales fractions jusqu'en 1917.

Une seconde école fonctionnera à Bologne entre 1910 et 1911. Mais les dirigeants du POSDR d'un bord comme de l'autre (Lénine et Plékhanov) étaient hostile au projet, qui périclite.

Après la révolution de 1917[modifier | modifier le wikicode]

Pokrovski retourne à Moscou en août 1917, et milite au Soviet de Moscou, dont il publie le journal local (Izvestia). Il est formellement réintégré au parti bolchévik le mois suivant, et il devient vite influent.

Après la révolution d'Octobre, il est nommé Commissaire des Affaires étrangères au Soviet de Moscou, puis en mars 1918 président du Conseil des commissaires du peuple de Moscou. Il participera aussi à la rédaction de la Constitution soviétique de 1918. Sur proposition de Lénine, il sera aussi affecté en mai 1918, avec Kroupskaïa, auprès de Lounatcharsky qui devient Commissaire du peuple à l'éducation.

Dans les durs débats qui agitent les bolchéviks autour du Traité de Brest-Litovsk (1918), Pokrovski soutient les « Communistes de gauche » autour de Boukharine et du journal Kommunist.

En 1920, il écrit une Brève histoire de la Russie, que Lénine appréciait beaucoup comme il l'a lui même écrit dans la préface.

Pokrovski met en place des universités ouvrières (rabfaki) destinées à offrir des passerelles vers l'enseignement supérieur pour les ouvriers sans avoir à valider un cursus dans le secondaire. Il contribue aussi à créer l'Institut des professeurs rouges (IKP), une école pour historiens, économistes, philosophes, juristes et autres scientifiques. Il restera à la tête de l'IKP de 1921 à 1931.

Il confonde également l'Association russe des instituts de recherche en sciences sociales (RAION), sorte de think tank qui permettait à des chercheurs non maxistes de participer à des projets de recherches. Pokrovski a aussi essayé en vain d'obtenir des postes d'enseignement pour des intellectuels menchéviks comme Martov et Soukhanov.

En 1925, il est nommé premier président de la Société des historiens marxistes. Il sera aussi un des fondateurs des Archives centrales d'Etat et éditera son journal, Archives rouges.

En 1929, il sera élu à l'Académie soviétique des sciences.

En 1930, il atteint aussi des postes important dans l'appareil du parti (membre du présidium de la Commission centrale de contrôle) et de l'Etat (membre du Comité exécutif central de la RSFSR et du Comité exécutif central de l'URSS).

Disgrâce sous la période stalinienne[modifier | modifier le wikicode]

Vers la fin de sa vie, ses conceptions de l'histoire furent remises en question par le pouvoir qui lui reprochait essentiellement de ne pas accorder assez d'importance au rôle de l'État dans le développement historique. L'autocritique à laquelle il se livra ne l'empêcha pas de tomber en disgrâce.

Pokrovski meurt de cancer le 10 avril 1932, échappant sans doute aux Grandes purges.

En mars 1934, Staline dit devant le Politburo que l'influence de Pokrovski a été néfaste en diffusant une vision trop abstraite et schématique de l'histoire nationale. En réalité il reproche aux travaux de Pokrovski de briser tout roman national, toute vision centrée sur des héros et des tyrans, alors que la bureaucratie stalinienne ressent de plus en plus le besoin de s'appuyer sur l'idéologie nationaliste. Il charge alors une équipe d'historiens d'écrire de nouveaux manuels scolaires, mais celle-ci ne produit rien de satisfaisant.

En janvier 1936, une autre commission est lancée, sous la direction d'Andrei Jdanov et composée de hauts dirigeants comme Boukharine, Radek, Yakovlev et Bauman.

Boukharine, notamment, produit une longue critique du travail de Pokrovski, l'accusant d'être mécaniste et de ne pas savoir appliquer la méthode dialectique. La commission Jdanov, après validation de Staline, publie un communiqué qui catégorise le « matérialisme économique » de Pokrovski comme « anti-marxiste, anti-léniniste, essentiellement liquidationniste et anti-scientifique ». De son côté Trotsky signale que Pokrovsky avait accusé son Histoire de la révolution russe d'être idéaliste. Trotsky rétorque que « Pokrovsky dévoile au mieux l'inconsistance d'une explication vulgairement économique de l'histoire que l'on fait assez fréquemment passer pour du marxisme ». Il dira :

« Venu au marxisme du camp libéral quand il était déjà un savant complètement formé, Pokrovsky a enrichi la littérature historique contemporaine de travaux et d'initiatives précieuses, mais il n'a pas pris complètement possession de la méthode du matérialisme dialectique. Il est d'une simple justice d'ajouter que Pokrovsky était un homme doué non seulement d'une érudition exceptionnelle et de très grands talents, mais profondément dévoué à la cause qu'il servait. »[1]

Par ailleurs, les attaques radicales de Pokrovski contre la Russie tsariste (« prison des peuples », « gendarme international »...) ont été qualifiée de « nihilisme national » et une nouvelle orthodoxie est mise en place.

En 1937, l'historien soviétique Sergueï Bakhrouchine, haut placé dans l'Institut d'histoire de l'Académie des sciences d'URSS, critique fortement la méthode de Pokrovski.

Après la mort de Staline, la chape de plomb se desserrera légèrement, et il redeviendra possible d'admettre des qualités dans l'oeuvre de Pokrovski. C'est surtout à partir des années 1960 qu'on le redécouvre.

Oeuvres[modifier | modifier le wikicode]

  • 7 let proletarskoi diktatury (7 ans de dictature du prolétariat). Moscow: Gosudarstvennoe Izdatel'stvo, n.d. (1924).
  • History of Russia From the Earliest Times to the Rise of Commercial Capitalism. D.S. Mirsky, trans. New York: International Publishers, 1931.
  • Brief History of Russia, Volume II. D.S. Mirsky, trans. New York: International Publishers, 1933.
  • Izbrannye proizvedeniia v chetyrekh knigakh (Selected Works in four volumes). Moscow: Mysl, 1966.
  • Russia in World History: Selected Essays. Roman Szporluk and Mary Ann Szporluk, ed. and trans. Ann Arbor, MI: University of Michigan Press, 1970.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]