Economie russe

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Cette page vise à regrouper des données sur l'économie russe, principalement pour aider à l'analyse de l'Empire russe, de la révolution russe, de l'URSS, de la Russie post-soviétique, de l'impérialisme russe...

Empire russe[modifier]

L'économie russe était essentiellement agraire. Avec le temps cependant, le rôle de la bourgeoisie se renforca, si bien que l'on assista au développement inégal et combiné des forces productives du pays, ce qui se traduisait notamment à une forte concentration d'ouvriers dans les grandes villes, concentration qui s'accéléra à l'issue du 18e siècle.

« Sur 128 millions d'habitants en Russie, on ne compte pas plus d'ouvriers que dans l'Amérique du Nord où la population n'est que de 76 millions d'habitants. Cela vient de ce que la Russie est, du tout au tout, économiquement arriérée. » [1].

Profitant de l’effondrement à la fin du 17e siècle de l’empire suédois, l’Etat russe parvint à s’ouvrir une fenêtre sur la Baltique et entra ainsi dans le concert des puissances européennes. En 1703, le tsar Pierre le Grand fit établir sa nouvelle capitale de Saint-Pétersbourg sur les marais qui bordaient la Baltique, recourant au travail forcé de ses serfs qu’il fit tuer à la tâche par dizaines de milliers. Le regard tourné vers l’Occident, la cour et les élites s’orientèrent dès lors vers l’Europe, d’où ils faisaient venir la culture et les produits de luxe dont la possession devint le fondement de la distinction aristocratique. Sous l’impulsion des élites russes, de nombreux artisans, médecins ou professeurs occidentaux, le plus souvent allemands, vinrent s’établir en Russie autour des palais royaux ou dans les châteaux de la noblesse.

Les richesses du vaste territoire russe ne pouvaient laisser insensibles les capitalistes européens, et réciproquement, l'Etat russe fait appel à ces capitaux étrangers (en leur offrant une rémunération très attractive) pour tenter de se doter d'une industrie moderne. Initiée dès les années 1830, l’industrialisation de la Russie s’accéléra brutalement dans les années 1880, lui permettant d’acquérir en peu de temps un réseau de transport moderne, bien que toujours insuffisant, mais aussi une industrie métallurgique et textile, presque entièrement concentrée à Saint-Pétersbourg, à Moscou, dans le Caucase et dans la moyenne vallée de la Volga.

Avec sa puissance militaire et sa politique expansionniste menée au cours du 19e siècle, l'Empire russe disposait du plus grand territoire au monde, doté des plus grands gisements mondiaux de ressources naturelles (charbon, pétrole, etc.).

La Russie se trouvait ainsi dotée d’un capitalisme presque sans bourgeoisie, puisque l’essentiel de l’impulsion économique était donné par l’Etat qui recourait à des capitaux exogènes. Elle s’engageait dans un mode de développement qui combinait un extrême archaïsme, car l’immense masse de la population était composée par une paysannerie misérable, analphabète et totalement coupée de la société moderne, avec des caractères d’une remarquable modernité, puisque l’industrie russe était de loin la plus concentrée au monde. Ne s’étant en effet pas formé de manière endogène, le capitalisme russe n’était pas issu de l’essor d’un petit entreprenariat familial, mais s’était dès le départ caractérisé par sa forte composition organique du capital, qui avait été investi dans des usines colossales, à l’exemple de l’usine Poutilov de Saint-Pétersbourg où travaillaient en 1905 pas moins de 12 000 ouvriers.

Mais la Russie restait un pays sous développé, où une mauvaise récolte suffisait à entrainer une famine meurtrière, comme ce fut le cas en 1891 lorsqu’un été trop sec entraîna la mort de deux millions de Russes.

La paysannerie regroupait encore plus de 80 % de la population russe à la veille de la Révolution de 1917. Cherchant à moderniser par en haut les structures sociales, le gouvernement avait aboli en 1861 le servage, mais pas au profit des paysans, qui étaient forcés de racheter les terres. Plus tard, la réforme agraire de Stolypine (1906) a accéléré la dissolution des anciennes Mir au profit de l’économie de marché. Une nouvelle couche de petits propriétaires terriens se développe, mais aussi un prolétariat agraire constitué de paysans ruinés, qui alimentent de plus en plus un exode rural.

Un jeune prolétariat grossissait dans les usines qui se construisaient à Moscou, Saint-Pétersbourg, Bakou ou Nijni Novgorod. Il comptait peut-être jusqu’à 4 millions de travailleurs en 1914.

Guerre de 1914 et révolution de 1917[modifier]

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Au tournant du 20e siècle, le pays est peu développé (rural à 85%) et en retard (la production industrielle de 1913 est deux fois et demi inférieure à celle de la France, six fois moins que celle de l’Allemagne...), et presque dominé par les capitaux étrangers. Mais l'industrialisation est très rapide (croissance la plus rapide d'Europe) avec un développement inédit conduisant à des concentrations ouvrières sans précédent à Petrograd et à Moscou. La majorité de la population avait moins de 20 ans, et il y avait environ 4 millions d'ouvriers/ères en 1914.

La situation sociale empire avec la Première guerre mondiale, dans laquelle la Russie est engagée aux côtés de la France et l'Angleterre en tant qu'alliée. Malgré quelques succès des troupes russes en août 1914, la situation tourne rapidement en défaveur de la Russie, qui n'est pas capable de soutenir un effort de guerre moderne, avec son industrie insuffisante, ses transports lacunaires et son très mauvais ravitaillement.

La crise économique fut à la fois une cause de la révolution de 1917 (dès 1916 des signes alarmants de crise étaient présents), et une conséquence : à l’été 1917 éclatent des pénuries de nourriture, de combustible et de matières premières. Les productions de charbon, de fer et d’acier s’étaient effondrées et même le combustible et les matières premières que l’on pouvait produire n’atteignaient pas les centres industriels du fait de la défaillance du système de transports. Pétrograd était particulièrement touchée parce qu’isolée sur la côte ouest de l’Empire, bien loin des puits de pétrole et des gisements de minerais du Sud. En septembre, la production de biens manufacturés avait chuté de 40 % par rapport à ce qu’elle était au début de l’année. Les pénuries de toutes sortes, la montée en flèche des coûts de production, la productivité déclinante du travail et l’accélération des conflits sociaux décourageaient les industriels, de plus en plus réduits à devoir choisir entre la faillite et le dépôt de bilan.

Dans l'industrie, les ouvriers forment des comités d'usine, d'abord avec comme préoccupation principale de maintenir l'activité pour garder leur emploi. Ils se mettent en relation avec les autres usines, cherchent des matières premières manquantes ou du combustible, organisent une solidarité de classe... Ce contrôle ouvrier prend une ampleur de plus en plus grande, et se fait de plus en plus en opposition avec les patrons et directeurs d'entreprises d'Etat. Les bolchéviks en ont fait une revendication centrale de leur programme.

A la veille de 1917, la classe dominante restait la noblesse terrienne (30 000 propriétaires possédaient autant de terres que 10 millions de familles). On peut parler de pays semi-féodal / semi-capitaliste.

Russie soviétique[modifier]

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Le tout premier pas vers une politique économique est fait en décembre 1917 avec la création du Conseil suprême de l'économie nationale (Vesenkha), chargé de surveiller et de contrôler les nouvelles industries nationalisées. Il avait des droits de confiscation et d'expropriation.

Pendant la guerre civile, la politique du « communisme de guerre » a conduit l'Etat a centraliser tous les moyens de production, d'échange et de communication. Toute entreprise de plus de 20 salariés était nationalisée.

Le 22 février 1921 est créé le Gosplan, organisme central chargé de planifier l'économie.

En mars 1921, lors du 10e congrès du Parti, Lénine impulse le tournant de la NEP.

Dans les années 1920, un grand débat économique émerge entre deux groupes :

  • Boukharine, Tomsky et Rykov estimaient que la NEP permettait un développement suffisant de l'économie et un contrôle de l'Etat suffisant
  • Trotsky, Zinoviev et Kamenev défendaient un contrôle de l'Etat accru, et un développement plus rapide. Ils estimaient que les profits se concentraient trop dans les mains d'une minorité (les koulaks).

En 1925, au 14e congrès, Staline resta dans l'arrière-plan comme il le faisait fréquemment à ses débuts, mais se rangea du côté de Boukharine. Il fera un revirement complet en 1927 : tout en réprimant violemment l'Opposition de gauche, il reprendra à son compte son programme économique.

Staline lance en 1929 la collectivisation forcée des campagnes, qui touche les koulaks mais aussi l'ensemble des paysans. Ceux-ci réagissent alors en abattant massivement leurs animaux (préférant les manger que les céder) et délaissant soudainement les cultures collectivisées. La conséquence directe fut les Grandes famines de 1931 à 1933.

L'objectif était de diriger toutes les ressources des campagnes vers l'industrialisation la plus rapide possible. On estime que 86% de l'investissement allait à l'industrie lourde, celle-ci étant principalement orientée vers l'armement. Malgré des difficultés, le deuxième plan quinquennal (1933 - 1938) fait monter comme jamais les chiffres de la production soviétique, dopée au stakhanovisme.

Russie post-soviétique[modifier]

Notes[modifier]

  1. Trotsky, 1905

Bibliographie[modifier]