Dogmatisme

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Le dogmatisme est une attitude intellectuelle basée sur des certitudes inébranlables et consistant à rejeter le doute ou la critique.

Définition générale[modifier]

Le mot dogme vient du grec δόγμα (dogma, opinion) et désigne une affirmation considérée comme fondamentale, incontestable et intangible par une autorité politique, philosophique ou religieuse. A l'origine utilisé par les philosophes grecs, le terme a ensuite désigné les dogmes chrétiens. Le mot dogmatisme vient du latin chrétien dogmatismus : « enseignement de la foi ».[1] Le dogmatisme a alors désigné la défense catégorique et intransigeante des dogmes religieux, qui peut conduire à l'intégrisme, au fondamentalisme et au fanatisme.

Mais le terme désigne aussi par extension la rigidité de certaines pensées politiques ou philosophiques. Un théoricien dogmatique aura tendance à échaffauder un système de pensée fermé et à défendre sa validité quelles que soient les critiques. Kant opposait par exemple l'attitude critique, qui vise à connaitre les limites de notre pensée et la faire progresser, à l'attitude dogmatique. Une pensée dogmatique se base souvent sur des éléments qui forment au moins une certaine cohérence entre eux, et sur une quantité plus ou moins grande de faits avérés, tout en rejetant les éléments qui peuvent la contredire.

L'attitude a priori la plus opposée au dogmatisme est le scepticisme, même si une position sceptique extrême (pyrrhonisme) revient aussi à un dogmatisme (affirmer que rien n'est connaissable, que toute opinion se vaut...).

Toute personne est en partie dogmatique. Même un penseur (ou un courant d'idée) qui a remis en question un dogme établi peut s'avérer dogmatique sur d'autres questions. De nombreux facteurs psychologiques ou sociologiques peuvent engendrer une capacité de se remettre en question plus grande sur certains sujets, et engendrer une crispation et un repli dogmatique sur d'autres sujets.

Exemples de critiques du dogmatisme[modifier]

Presque personne ne se revendique « dogmatique », le terme est souvent employé de façon critique et péjorative.

Critiques au sein du marxisme[modifier]

Il est fréquent que des marxistes reprochent à d'autres marxistes d'avoir des conception dogmatiques.

En avril 1881, Eduard Bernstein prend la direction de la principale revue social-démocrate, Der Sozialdemokrat, avec le soutien de Marx et Engels qui le préfèrent à Kautsky, jugé trop dogmatique. Bernstein, lorsqu'il mettra ensuite en avant ses idées révisionnistes, soutiendra que le marxisme ne doit pas être dogmatique et s'appuyer sur les faits empiriques.

Lorsqu'il élabora sa théorie de la révolution permanente, Trotsky reprocha aux autres socialistes russes (les étapistes menchéviks mais aussi bolchéviks) d'avoir un schéma dogmatique de la révolution.

Des marxistes considèreront la position de Trotsky sur l'URSS (Etat ouvrier dégénéré, soutien inconditionnel...) comme dogmatique[2].

Critiques adressées au marxisme[modifier]

Beaucoup ont critiqué le marxisme ou des aspects du marxisme comme dogmatique : certains estiment que la prétention de « socialisme scientifique » est abusive, d'autres que le matérialisme historique ou la dialectique sont des schémas dogmatiques...

Certains adressent ces critiques à certains courants marxistes, d'autres à la pensée de Marx et Engels eux-mêmes. Il est fréquent que certains critiquent le marxisme comme dogmatique, sans connaître réellement l'étendue des réflexions de Marx, Engels ou d'autres, en se basant uniquement sur certaines vulgates.

Le philosophe anglais Bertrand Russel, après s'être rendu en Russie en 1920, écrit une critique de la politique des bolchéviks et de la théorie marxiste. Il accuse le bolchévisme d'être un dogmatisme, de même type que les religions :

« Par religion, j’entends un ensemble de croyances tenues pour des dogmes, croyances qui dominent la conduite de la vie, qui dépassent l’expérience ou sont contraires à elle, et qui sont inculquées par des méthodes émotives ou autoritaires, et non intellectuelles. (...) Ceux qui acceptent le bolchevisme deviennent imperméables à l’expérience scientifique, et commettent un suicide intellectuel. »[3]

Russel reconnaît que, « considérée comme une approximation pratique et non comme une loi métaphysique exacte, la conception matérialiste de l’histoire comporte une grande part de vérité ». Mais il fait passer la conception marxiste de l'histoire comme un simple réductionnisme économique, et affirme que les marxistes sont dogmatiques parce qu'ils ont la certitude que leur vision de l'histoire découle du matérialisme philosophique :

« Il en résulte que les gens dont la politique est supposé être la conséquence de leur métaphysique, deviennent absolus et incapables d’admettre qu’une théorie générale de l’histoire ne peut être vraie tout au plus que dans ses grandes lignes. Le caractère dogmatique du communisme marxiste provient de la base philosophique supposée de la doctrine ; elle a la certitude figée de la théologie catholique, et non la fluidité mouvante et l’aspect sceptique de la science moderne.  »

Certains penseurs se disent « marxiens » parce qu'ils estiment que la pensée de Marx est subtile mais que « le marxisme » est un courant politique simpliste et dogmatique qui n'aurait rien à voir. Cela traduit souvent une attitude académique (et de fait sociologiquement petite-bourgeoise) de surplomb par rapport aux enjeux de la lutte de classe.

Notes[modifier]