Parti communiste indonésien
Le parti communiste indonésien (en indonésien : Partai Komunis Indonesia - PKI) était le troisième parti communiste dans le monde en nombre d'adhérents, après ceux de la Chine et de l'Union soviétique.
Fondé en 1920, il joue un rôle majeur dans la lutte pour l'indépendance face aux Pays-Bas et dans la révolution indonésienne de 1945-1950.
En 1964-1965, les communistes indonésiens, ainsi que d'autres groupes politiques et minorités ethniques, sont massacrés par des milices réactionnaires encadrées par le pouvoir nationaliste. Le PKI disparaît.
1 Histoire du parti[modifier | modifier le wikicode]
1.1 Débuts[modifier | modifier le wikicode]
1.1.1 Union social-démocrate des Indes[modifier | modifier le wikicode]
Le parti est fondé en 1914 dans ce qui était alors les Indes orientales néerlandaises, à l'initiative de Henk Sneevliet, sous le nom d' Indische Sociaal-Democratische Vereeniging ou ISDV (Union social-démocrate des Indes). L'ISDV a alors 85 membres provenant des deux partis ouvriers présents aux Indes néerlandaises, le Parti Social-Démocrate des Travailleurs (SDAP) et le Parti Communiste de Hollande.
En 1915, l'ISDV commence à publier Het Vrije Woord (La parole libre). À l'époque, l'ISDV ne lutte pas pour l'indépendance. Sur ses quelque 100 membres, trois seulement sont indigènes. Le parti prend bientôt des positions radicales et anticapitalistes. Sneevliet prend ses distances vis-à-vis du SDAP aux Pays-Bas. En 1917, l'aile réformiste de l'ISDV fait scission pour former l'Indische Sociaal-Democratische Partij (« parti social-démocrate des Indes »). En 1917, l'ISDV lance sa première publication en malais, Soeara Merdika (La voix de la liberté).
Sneevliet voit dans la Révolution russe la voie à suivre pour l'Indonésie. Le parti se développe parmi les marins et soldats néerlandais basés dans la colonie. Il crée les « Gardes Rouges », qui sont 3 000 au bout de trois mois. Fin 1917, des soldats et des marins se révoltent dans la grande base navale des Indes néerlandaises, Surabaya, et forment des soviets. Les autorités coloniales répriment les soviets de Surabaya et l'ISDV. Les dirigeants du parti sont renvoyés aux Pays-Bas, y compris Sneevliet. Les dirigeants de la révolte sont condamnés à 40 ans de prison.
L'ISDV poursuit néanmoins clandestinement ses activités. Il lance une deuxième publication, Soeara Rakyat (La voix du peuple). Le départ forcé de plusieurs de ses cadres néerlandais, et un travail d'entrisme au sein du Sarekat Islam, se traduisent bientôt par une majorité indigène. En 1919, le parti n'a plus que 25 membres néerlandais sur un total de moins de 400.
1.1.2 Association communiste des Indes[modifier | modifier le wikicode]
Au congrès de l'ISDV en 1920 à Semarang, le parti prend le nom de Perserikatan Komoenis di Hindia ou PKH (Association communiste des Indes) sous la présidence de Semaun. Le PKH est le premier parti communiste d'Asie à adhérer à l'Internationale communiste. Henk Sneevliet représente le parti au deuxième congrès de l'Internationale Communiste en 1920.
1.2 Période 1920-1945[modifier | modifier le wikicode]
1.2.1 Construction du parti[modifier | modifier le wikicode]
Semaun quitte les Indes néerlandaises en 1921, remplacé par Tan Malaka.
Au sein du Sarekat Islam, les opinions se polarisent entre communistes et anti-communistes. En 1923, les communistes sont exclus.
En 1924, le nom du parti est de nouveau changé en Partij Komoenis Indonesia ou PKI.
1.2.2 Révolte de 1926[modifier | modifier le wikicode]
En 1926, le PKI lance une insurrection contre le gouvernement colonial à Java occidental et Sumatra occidental, où il proclame une république. L'insurrection est brutalement écrasée par les autorités. Des milliers de personnes sont tuées et 13 000 arrêtées. Plus de 1 300 cadres du parti sont envoyés au camp de Boven-Digoel en Nouvelle-Guinée occidentale (actuelle province de Papouasie). D'autres dirigeants politiques sont également arrêtés, sous le prétexte de réprimer la rébellion communiste.
Le parti est mis hors-la-loi en 1927. Il entre alors dans la clandestinité. La répression des Néerlandais (et plus tard des Japonais) l'empêche de se structurer.
1.2.3 Clandestinité et occupation japonaise[modifier | modifier le wikicode]
En 1935, un dirigeant du PKI, Musso, rentre de son exil à Moscou pour tenter de réorganiser le parti, sans succès. La direction illégale, notamment Djokosoedjono est vite arrêtée et exilée à Boven-Digoel. Ses membres continuent à être actifs dans les syndicats, et certains s'investissent dans le Gerindo, mouvement national de gauche modéré.
En accord avec ce qui était alors la ligne de l’Internationale communiste, le Gerindo d'Amir Sjarifuddin priorisait l'anti-fascisme à l'anti-colonialisme, et a essayé à ce titre de soutenir les Pays-Bas contre les Japonais, puis a été une des seules forces à lutter contre l'occupation japonaise. A l'inverse, Sukarno a préféré collaborer avec les Japonais, qui ont contribué à le faire émerger comme figure nationale.
Aux Pays-Bas, le parti se développe parmi les étudiants des Indes au sein de l'organisation nationaliste Perhimpunan Indonesia (association indonésienne).
1.3 Période révolutionnaire (1945-1949)[modifier | modifier le wikicode]
1.3.1 Refondation et front avec Sukarno[modifier | modifier le wikicode]
Le PKI réapparaît sur la scène politique indonésienne après la défaite japonaise et la proclamation de l'indépendance en 1945. Beaucoup de partis politiques sont fondés ou refondés à ce moment-là : le PNI, le PSI, le Masyumi (organisation musulmane de centre-droit)... Des troupes sont proches des communistes, d'autres sont des troupes voulant imposer la charia (Hizbullah). Les syndicats s'organisent en centrale (SOBSI), dans laquelle les communistes ont beaucoup d'influence.
Les Pays-Bas n'accepteront l'indépendance qu'en 1949, et pendant ces quatre années, l'Indonésie est prise dans un conflit armé et diplomatique. Étant donné qu'une grande partie des anciens princes et sultans, ayant collaboré avec les Néerlandais, ne soutenaient pas l'indépendance, cette lutte de libération nationale était aussi une lutte de classes.
Le PKI et les milices qu'il contrôle participent activement à cette lutte. Entre 1945 et 1948, Sukarno penche lui-même à gauche, même s'il se pose en arbitre entre les communistes et les forces plus conservatrices comme le parti musulman Masyumi. Le gouvernement est même dominé par un Front de gauche (sayap kiri), dans lequel le Parti socialiste est surreprésenté et le PKI sous-représenté.
Le PKI suit alors une ligne modérée dictée par Staline, qui veut éviter le conflit avec les Alliés. Comme dans beaucoup d'autres situations (guerre d'Espagne, Chine des années 1920...) les staliniens ne cherchent pas à utiliser pleinement l'énergie révolutionnaire des masses travailleuses. Ils ne poussent pas dans le sens d'une intense lutte de classe ni dans le sens d'un refus radical des compromis avec les Néerlandais.[1]
Cela n'allait pas sans divisions. Tan Malaka condamne cette ligne et forme des organisations distinctes du PKI, notamment le Persatuan Perjuangan ("Front de lutte") en 1946, qui regroupait de nombreuses organisations populaires radicales. Ce front a un poids important à cette période, notamment dans l'armée. Malaka dirige une grande manifestation de 200 000 personnes à Jakarta, et d'autres grandes villes sont gagnées par des manifestations massives et enflammées.
1.3.2 Renville et Front démocratique populaire[modifier | modifier le wikicode]
Un accord est signé en janvier 1948, l'accord du Renville. Celui-ci actait une ligne de front très favorable aux Néerlandais, ce qui provoque un tollé dans la population, qui se retourne contre le premier ministre Amir Sjarifuddin, leader de la gauche. Tant le PKI que Masyumi dénoncent l'accord, que les Néerlandais ne respectent même pas. Ceux-ci propagent l'idée que la révolution indonésienne est pilotée par les communistes, et Amir se sent trahi car les États-Unis penchent de leur côté. Fin janvier 1948, Amir démissionne, et un nouveau gouvernement est formé sans la gauche.
En février 1948, les principales organisations de gauche forment un Front démocratique populaire (PKI, PSI, SOBSI, Parti travailliste, Pesindo). Les tensions d'un cran. Le PSI scissionne entre une aile droite autour de Sutan Sjahrir, et une aile gauche menée par Sjarifuddin qui rejoint le PKI. Le FDR est donc hégémonisé par le PKI.
Cette année-là, Musso rentre à Jakarta après un séjour de 12 ans en Union soviétique. Le bureau politique du PKI est refondu, sous la direction de D. N. Aidit, M. H. Lukman et Njoto.
En parallèle, des représentants des États-Unis rencontrent Sukarno, notamment le 21 juillet et le 17 septembre 1948, et conditionnent leur soutien à l'élimination des communistes des postes de pouvoir, au gouvernement et dans l'armée.[2][3] Sur le plan international, le guerre froide se met en place depuis 1947.
1.3.3 Affaire de Madiun[modifier | modifier le wikicode]
Une des priorités du nouveau gouvernement conservateur de Hatta est d'appliquer l'accord de paix, et de démobiliser une grande partie des bataillons militaires. Mais cela va être un prétexte tout trouvé pour démobiliser les bataillons les plus pro-communistes, notamment le Masjarakat, au nom de la rationalisation (il s'agissait de bataillons plus populaires et moins professionnels).
Le 2 juillet, le chef d'une division qui refusait la rationalisation, Sutarto (non communiste), est assassiné. Début septembre, des affrontements commencent entre forces de gauche et forces gouvernementales. Le 7 septembre, 5 officiers appartenant au PKI disparaissent à Surakarta, puis 2 autres le 9. Deux jours plus tard, le commandement de l'armée à Surakarta émet un ultimatum, et promet d'attaquer le gouvernement si les officiers manquants n'ont pas réintégré pas leur camp le 13 septembre à 14 heures. À la fin de l'ultimatum, il détruit le camp d'une division conservatrice, Siliwangi.[4] Le 16 septembre, le siège du Pesindo est attaqué. La ville proche de Madiun (3e ville d'Indonésie) restait le dernier bastion militaire communiste, mais des forces pro-gouvernementales avaient déjà commencé à s'y infiltrer depuis début septembre.[5]
Le 18 septembre, en lien avec Musso et Sjarifuddin, les commandants Sumarsono et Djoko Sujono prennent le contrôle de Madiun, et un nouveau gouvernement local est annoncé. Les insurgés tuent plusieurs officiers de police, le gouverneur du Java oriental R.M. Suryo, ainsi que des dirigeants religieux.
Le 19 septembre aux alentours de 20 heures, Sukarno s'exprime à la radio. Il dénonce un plan du PKI pour renverser le gouvernement, et appelle le peuple à le soutenir pour « détruire » les rebelles, ajoutant : « C'est moi ou Musso, choisissez ! »[6] L'armée propage l'information que le PKI aurait proclamé une une république soviétique d'Indonésie et amorcé un coup d'État, ce qui est faux.[7] Le 21 ou le 22, Musso réagit en accusant Sukarno et Hatta d'être les esclaves des Américains et des Japonais et appelle les forces de gauche à rallier le mouvement.[8]
Le , la division Siliwangi entre dans Madiun et écrase les forces de gauche. Des milliers de cadres sont exécutés, y compris Amir et Musso, et 36 000 jetés en prison. Aidit et Lukman s'exilent en Chine. Le PKI n'est toutefois pas interdit et sa reconstruction reprend dès 1949.
En conséquence, les États-Unis renforcent leur soutien aux nationalistes indonésiens qu'ils considèrent désormais comme anti-communistes.[8][9]
1.4 Période 1950-1965[modifier | modifier le wikicode]
1.4.1 Soutien à Sukarno[modifier | modifier le wikicode]
En 1951 un groupe de jeunes cadres de moins de 30 ans, mené par Aidit, prend la tête du parti. Suit une spectaculaire progression. De moins de 7 000 membres au début de 1952, le PKI en compte 150 000 en 1954. Son syndicat, le SOBSI, est devenu le plus important du pays. Le parti compte 1,5 million de membres en 1958. Il possède une organisation de femmes, le Gerwani, qui compte alors plus de 650 000 membres. Il bénéficie aussi du soutien de la Chine maoïste.
Inauguration du Gerwani le 25 janvier 1954
Aux élections de 1955, les premières dans l'histoire de l'Indonésie, le PKI obtient 16,4 % des voix, devenant le 4e parti indonésien derrière le PNI soekarniste et les partis musulmans Nahdlatul Ulama et Masyumi.
Le parti obtient ses meilleurs résultats dans les provinces de Java oriental (arrivant en tête du scrutin dans les districts de Kediri, Bojonegoro, Tuban, Blitar, Ponorogo, Magetan, Madiun et Pacitan ainsi que dans les villes de Malang, Kediri, Madiun et Blitar), de Java central (arrivant en tête du scrutin dans les districts de Cilacap, Grobogan, Klaten, Semarang, Blora, Boyolali, Sukoharjo et Temanggung ainsi que dans les villes de Semarang et Salatiga) et de Sumatra du Nord (arrivant en tête du scrutin dans les districts de Labuhan Batu et Langkat) ainsi que dans le territoire spécial de Yogyakarta (arrivant en tête du scrutin dans le district de Gunung Kidul et dans la ville de Yogyakarta)
À la fin des années 1950, l'ensemble des partis indonésiens s'impliquent dans la campagne pour la libération de la Nouvelle-Guinée néerlandaise, obtenue en 1962. Ce mouvement aboutit à la nationalisation des actifs hollandais et l'expulsion des Hollandais d'Indonésie.
"Rapatriement" d'Indo-Néerlandais en 1958
Slogans à Jakarta en 1957 : « Rendez l'Irian occidental ! » et « Irian occidental ou bain de sang ».
Sukarno cherchait à s'appuyer sur des forces idéologiques communes au delà des particularismes, notamment le socialisme et l'islam, et était prêt à sacrifier le parlementarisme. Cela le rapprochait du PKI, ce qui inquiétait les États-Unis.
Dès 1957, des mouvements séparatistes comme le Permesta-PRRI s'opposent à la volonté centralisatrice de Sukarno, et le PKI soutient le président. Les États-Unis soutenaient en sous main ces séparatistes, ce qui sortira au grand jour notamment lorsqu'un pilote de la CIA sera capturé.
En 1959, sous pression de l'armée, Sukarno annonce la mise en place d'un régime qu'il appelle « démocratie dirigée »[10]. Il devient président à vie, et remplace le parlement par une assemblée avec des « groupes fonctionnels » nommés par la présidence, censés représenter ouvriers, paysans, entrepreneurs, militaires, religieux... [11][12] Cela s'accompagnait d'une « économie dirigée », contre l'« exploitation de l'homme par l'homme ».
La même année, le PKI confirme qu'il suit une politique de « front national uni » qui fait passer les intérêts nationaux avant les intérêts de classe, ce qui est la politique suivie par l'ensemble des PC staliniens, mais qui dans le contexte signifiait surtout acter le rapprochement avec Sukarno.
En 1960, Sukarno fait voter une réforme agraire qui limite la taille des propriétés et prévoit une redistribution des terres. En 1961, il proclame que l'orientation de l'Indonésie sera fondée sur l’alliance du nationalisme, de la religion et du communisme, une politique baptisée Nasakom.[13] Une place au cœur du pouvoir est donc accordée au PKI, qui soutient alors Sukarno (3 ministres du PKI sont nommés en 1964).
Mais les forces censées incarner ce Nasakom, c'est-à-dire le PNI, le Nahdlatul Ulama et le PKI, expriment des intérêts de classe trop divergents pour fonctionner ensemble. Par exemple, les paysans réclamant des terres étaient souvent membres d'une organisation, le BTI, affiliée au PKI, alors que les gros propriétaires terriens étaient pour la plupart électeurs du PNI et du NU. A partir de 1963, la réforme agraire étant toujours inappliquée, des paysans commencent des occupations de terres. La confrontation est particulièrement âpre à Java, dont le Centre et l'Est sont des bastions communistes et où le PNI et le NU sont également bien implantés.
Dans ces conflits, Sukarno prend de plus en plus le parti des communistes. Il y est d'autant plus poussé qu'au sein même de son propre PNI, seule une minorité le soutient vraiment.
À cette époque, les États-Unis ont commencé leur engagement militaire au Viêt Nam en bombardant le nord. L'alignement de l'Indonésie avec le bloc socialiste, notamment avec la Chine (Sukarno parle d'un « axe Jakarta-Phnom Penh-Hanoi-Pékin-Pyongyang »), fait craindre aux Américains la création d'un « second front » en Asie du Sud-Est.
Le PKI revendique, en , 3,5 millions de membres, ce qui en fait le troisième parti communiste au monde en nombre d’adhérents après le Parti communiste chinois et le Parti communiste de l'Union soviétique, et le plus important au monde en dehors de ceux des régimes « communistes »[14].
Ses adversaires conservateurs fustigeaient le PKI comme un parti d'athées, alors que celui-ci se contentait de dire que la religion était une affaire privée. Par ailleurs même si cela avait moins d'importance que dans les années 1920, on trouvait encore un certain nombre de membres du parti qui continuaient à mettre en avant que selon « l’interprétation correcte de l’islam », la priorité allait à la justice sociale.
1.4.2 Massacres de 1965-66[modifier | modifier le wikicode]
Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 1965, six généraux de droite sont tués par des groupes de soldats, et le dirigeant de l'unité chargée de la garde présidentielle, le lieutenant-colonel Untung, annonce à la radio être à la tête d'un « mouvement du 30 septembre » dirigé contre le « conseil des généraux [...] qui projetait un coup contre-révolutionnaire ».
Mais dans les deux jours qui suivent, le général Suharto écrase ce mouvement, qu'il décrit comme un complot communiste. L'implication du PKI (que celui-ci a toujours nié) est une question controversée[15][16]. Certains soutiennent par ailleurs que Sukarno et / ou Suharto étaient au courant et impliqués de près ou de loin.[17][18]
Quoi qu'il en soit, Suharto utilise ce prétexte pour dissoudre le PKI et déclencher une vague de purges et de massacres dans tout le pays.[19]
Le gros des massacres est mené par des milices diverses, ce qui va permettre à Suharto de faire passer ces violences pour populaires et spontanées. En réalité, elles ont été largement attisées par des campagnes de propagande massives, dont beaucoup de fausses informations jouant sur des paniques morales (par exemple, « les putes communistes de la Gerwani » auraient commis des mutilations génitales sur leurs victimes lors de la tentative de putsch...).
Selon les endroits, de par la grande diversité ethnique et religieuse de l'archipel, les auteurs et les victimes des violences ont été très différent·es. Les hindouistes ont largement mené les massacres à Bali (où ils sont majoritaires), alors que dans d'autres îles où ils étaient minoritaires, illes ont été pris·es pour cible. De même les chrétiens ont parfois été moteurs (notamment le Parti catholique), alors qu'ils ont été victimes ailleurs. La minorité chinoise sera également prise pour cible, et parfois des musulmans modérés. Certains ont parlé de génocide, mais la majorité des historiens considèrent que le terme n'est pas adapté, car la plupart du temps, les massacres ont lieu entre membres d'une même ethnie.
Le moteur des massacres est avant tout politico-social. En grande partie, ces massacres sont ceux de paysans pauvres par de riches propriétaires terriens voulant conserver leur pouvoir.[20]
En tout, ces massacres qui dureront de 1965 à 1967 feront entre 500 000 et 3 millions de morts.[21] Plus d’un million de personnes sont détenues sans procès pendant des années, pour beaucoup torturées. Leurs familles et leurs descendants sont privés de droits politiques comme d’accès à l’université et à l’administration.
Le SOBSI est également interdit, la plupart de ses dirigeants sont exécutés, et beaucoup de ses membres sont emprisonnés ou tués.
Suharto force Sukarno, politique affaibli, à lui transférer le pouvoir, et met en place un « Ordre nouveau »[22], avec le soutien des États-Unis. Sa dictature durera 30 ans, et alignera clairement l'Indonésie sur le bloc de l'Ouest.
1.5 Période post-Suharto[modifier | modifier le wikicode]
En 1999, le président Abdurrahman Wahid demande, au nom de l'organisation qu'il a dirigée, la Nahdlatul Ulama, pardon pour le rôle que celle-ci a joué dans les massacres de 1965-66. Il invite les anciens membres du PKI exilés à rentrer au pays. Il propose de lever les restrictions qui pèsent sur une discussion ouverte sur l'idéologie communiste, invoquant la constitution de 1945, qui ne dit rien sur le sujet. Cette proposition se heurte à l'opposition vigoureuse de certains milieux indonésiens, en particulier les groupes musulmans conservateurs. En 2000, un groupe nommé Front islamique d'Indonésie rassemble dix mille personnes à Jakarta pour protester contre la proposition. L'armée promet d'« étudier la question ».
En janvier 2023, le président Joko Widodo exprime pour la première fois ses regrets pour les massacres de 1965-1966. Mais le pouvoir indonésien reste très anticommuniste, comme l’illustre la décision des députés du pays, en décembre 2022, de criminaliser la diffusion des idées « marxistes ou communistes ».[23]
2 Résultats électoraux[modifier | modifier le wikicode]
2.1 Élections législatives[modifier | modifier le wikicode]
| Année | Voix | % | Sièges | Rang | Gouvernement |
|---|---|---|---|---|---|
| 1955 | 6 176 914 | 16,35 | 39 / 257 |
4e | Oui |
2.2 Élections constituantes[modifier | modifier le wikicode]
| Année | Voix | % | Sièges | Rang |
|---|---|---|---|---|
| 1955 | 6 232 512 | 16,47 | 80 / 514 |
4e |
3 Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]
Ouvrages
- Françoise Cayrac-Blanchard, Le parti communiste indonésien, Paris, Armand Colin, , 216 p. (ISBN 978-2-7246-0315-6)
- (en) Rex Mortimer, Indonesian communism under Sukarno, ideology and politics, 1959-1965, Equinox Publishing,
Fictions
- Les romans Amok à Bali (1970), The Year of Living Dangerously (1978)
- Les films The Year of Living Dangerously (1982)
Films documentaires
- The Act of Killing (2012) et The Look of Silence (2014), de Joshua Oppenheimer
Notes
- ↑ Adrian Vickers, A History of Modern Indonesia, New York, Cambridge University Press, 2005
- ↑ Roger Vailland, Boroboudour : voyage à B̀ali, Java et autres îles, Corréa, 1951, p. 153-157
- ↑ David Charles Anderson (trad. Dwi Pratomo Yulianto & Lilik Suryo Nugrohajati), Peristiwa Madiun 1948 : Kudeta atau konflik internal tentara [« The Military Aspects of The Madiun Affair »], Yogyakarta, Media Pressindo, janvier 2003, p. 67
- ↑ Julie Southwood et Patrick Flanagan, Indonesia: law, propaganda, and terror, Zed Press, 1983, p. 25-26
- ↑ Rudi Kreutzer, The Madiun Affair: Hatta's Betrayal of Indonesia's First Revolution, James Cook University, 1981
- ↑ Pierre Brocheux, Histoire de l'Asie du sud-est : révoltes, réformes, révolutions, Presses universitaires du Septentrion, 2000
- ↑ Document déclassifié de la CIA sur le PKI, 1955
- ↑ 8,0 et 8,1 Theodore Friend, Indonesian Destinies, The Belknap Press of Harvard University Press, 2003
- ↑ M. C. Ricklefs, A History of Modern Indonesia : Since c. 1300, MacMillan, 1991.
- ↑ Ou « Démocratie guidée »
- ↑ Jean-Louis Margolin, « Indonésie 1965 : un massacre oublié », Revue internationale de politique comparée, vol. 8, no 1, 2001, p. 59-92
- ↑ Voir « Guided Democracy in Indonesia » sur Wikipedia
- ↑ Acronyme formé à partir des mots indonésiens NASionalisme (« nationalisme »), Agama (« religion ») et KOMunisme (« communisme »).
- ↑ Archie Brown, The Rise and fall of communism, Vintage Books, , p. 358-359.
- ↑ John Roosa, Pretext for mass murder, the September 30th Movement and Suharto's coup d'État in Indonesia, The University of Wisconsin press, 2006
- ↑ Le Parti communiste indonésien : l’extermination oubliée. Entretien avec John Roosa, Revue Contretemps, 2 novembre 2021
- ↑ Allan Tramontana, Les mystères du glacier des Bossons : crashs d'avion, guerre froide et archéologie glaciaire, Amazon, 2024
- ↑ Benedict R. Anderson et Ruth McVey, « What Happened in Indonesia? », The New York Review, 1er juin 1978
- ↑ John Roosa, Buried Histories - The Anticommunist Massacres of 1965-1966 in Indonesia, Critical Human Rights, 2022
- ↑ Libcom, Who owns the land? Peasant struggles in Indonesia, January 23, 2012
- ↑ Jean-Louis Margolin, « Indonésie 1965 : un massacre oublié », Revue internationale de politique comparée, vol. 8, no 1, 2001, p. 59-92
- ↑ Wikipedia, Transition to the New Order
- ↑ 1er mars 1965 : après le retrait de l'ONU de l’Indonésie, le terrible massacre de ses communistes, L'Humanité, 7 mars 2025