Zengakuren

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Zengakuren1968.jpg

La Zengakuren (全学連) ou Fédération japonaise des associations d'autogestion étudiantes (全日本学生自治会総連合, zen-nihon gakusei jichikai sō rengō) est une ligue étudiante créée au Japon le 6 juillet 1948. Elle est célèbre pour être à l'origine de nombreuses manifestations.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

Pémisses[modifier | modifier le wikicode]

Le mouvement politique des étudiants commence à se développer en lien avec le mouvement ouvrier après la Première Guerre mondiale.

L'effondrement de l'impérialisme japonais à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en août 1945, a déclenché un vaste mouvement dans la jeunesse et la classe ouvrière japonaise, libérés du bonapartisme du système impérial. Des syndicats étaient organisées les un après les autres à travers le pays, principalement sous la direction politique du Parti communiste japonais (PCJ). Face au sabotage de la bourgeoisie, des travailleurs exerçaient parfois un contrôle de la production.

Le mouvement prend de l'ampleur jusqu'au 1er février 1947, date à laquelle une grande grève générale est prévue. Mais les forces d'occupation états-uniennes décident alors d'interdire la grève générale. Le PCJ, qui avait présenté l'occupant états-unien comme un libérateur, accepte de s'incliner. Cela met fin à une situation quasi révolutionnaire.

Création[modifier | modifier le wikicode]

Le mouvement étudiant d'après-guerre japonais naît au milieu de ce sentiment général de frustration suite à l'échec de la grève générale. Les étudiants exigent d'abord l'expulsion des professeurs qui avaient joué un rôle criminel dans la guerre impérialiste, et la réhabilitation des professeurs progressistes qui, au contraire, avaient été expulsés des universités au cours de la guerre en raison de leur pensée indépendante. C'était une lutte pour reprendre le campus et les dortoirs face à la direction militaire et de droite, et de recouvrer l'indépendance académique et la liberté. Le deuxième sujet majeur de leur lutte était de défendre et de reconstruire l'éducation, y compris la demande des dépenses pour la réparation de bâtiments universitaires endommagés dans le temps de guerre. Au cours de ces mouvements, les étudiants ont commencé à créer des organisations indépendantes comprenant tous les étudiants de chaque université.

L'Etat major US organise alors le transfert de la gestion des universités d'Etat (à l'exclusion des sept «universités impériales») aux communes, et les subordonne aux banques et aux grandes entreprises, tout en multipliant par 3 les frais de scolarité. Cela déclenche une grève générale du 23 au 26 juin 1948, à laquelle participent 300 000 étudiants de 116 universités. Une autre grève générale a lieu le 14 mai 1949, et implique 139 universités, et le gouvernement est obligé de retirer son plan.

Ce mouvement à travers tout le pays donne naissance à la Zengakuren (Fédération japonaise des associations d'autogestion étudiantes), qui regroupe toutes les universités publiques et 70% des universités privées. La Zengakuren est officiellement fondée le 18 septembre 1948. Son premier président est Akio Iwai, un membre du PCJ.

Les objectifs du Zengakuren sont exprimés dans son premier manifeste rendu public, et exprime des ambitions bien plus larges que la simple cause étudiante :

« Avec pour ambition de rendre possible les revendications de tous les étudiants dans une voie démocratique, ainsi que de contribuer à la construction d’un Japon démocratisé par des moyens comme la réhabilitation de l’éducation, la Zengakuren s’engage à soutenir :

  1. La stabilisation et l’amélioration des conditions de vie pour les étudiants ; une égalité des chances et un accès à l’école pour tous.
  2. La liberté académique et la défense de la culture nationale.
  3. La complète démocratisation des institutions scolaires.
  4. La défense des conditions de vie pour les professeurs et le personnel administratif.
  5. L’unification et l’élargissement du front étudiant.
  6. La défense de la paix et de la démocratie.
  7. Toutes autres activités nécessaires à l’accomplissement des buts de cette union. »

L’organisation, dirigée en coulisse par le Parti communiste japonais par l’intermédiaire des « cellules communistes étudiantes » active en son sein, va pour cette raison devenir membre de l’Union internationale des étudiants lors de sa quatrième convention annuelle se tenant à Sofia en Bulgarie en septembre 1949.

La lutte contre la chasse aux rouges[modifier | modifier le wikicode]

En juillet 1949, suite à la prise du pouvoir par Mao en Chine et la situation en Corée, le général MacArthur lance la "purge des rouges". Il déclare : « Le Japon est une forteresse contre l'avancée vers l'est du communisme. »

La direction du PCJ accepte de donner la liste de ses membres aux autorités, de nombreux communistes sur les lieux de travail sont expulsés. En parallèle, le Dr Eels, venu des États-Unis, est envoyé faire une série de conférences anti-communistes dans les universités de tout le pays. Les étudiants de la Zengakuren menèrent des actions de protestation et réussirent à empêcher ses conférences à l'Université du Tohoku et de l'Université d'Hokkaido.

Quand la guerre de Corée éclate le 25 Juin 1950, le commandemant US ordonne la dissolution de la Zengakuren. En dépit de cette répression, la Zengakuren organise des actions anti-guerre sur de nombreux campus universitaires. Les étudiants de l'Université Hosei entament un boycott des examens le 25 septembre, suivis par les étudiants de Waseda qui tiennent un rassemblement anti-guerre avec 3 000 participants et se battent contre la police anti-émeute qui envahit le campus (143 étudiants sont arrêtés et 86 sont punis). La lutte des étudiants vise aussi le Traité de sécurité conclu entre les États-Unis et le Japon.

A l'opposé de cette radicalité, la direction du PCJ était à ce moment-là totalement soumise à la « législation anti activités subversives », et a tout fait pour neutraliser les militants combatifs de la Zengakuren, allant jusqu'à exclure 38 de ses dirigeants.

Critiqué par le Kominform en janvier 1950, le PCJ entre en crise. Après une courte période aventuriste, le parti adopte une ligne platement "parlementariste" lors de sa 6e Conférence nationale, en 1955. Selon le PCJ, le mouvement étudiant devrait s'occuper uniquement des revendications immédiates des étudiants.

Le PCJ soutenait que les étudiants étaient voués à être absorbés dans la classe dirigeante, tandis que la Zengakuren estimait que les étudiants pouvaient acquérir une conscience de classe.

Le tournant anti-stalinien[modifier | modifier le wikicode]

La brutale répression de l'insurection hongroise de 1956 par les staliniens marque les militant-e-s de la Zengakuren. En 1957, les cheminots de Niigata, au nord du Japon, entament une grève contre l'avis de la direction du PCJ. Ces deux événements importants ont donné naissance à un groupe politique se revendiquant de la lutte de Trotsky contre Staline. Ce groupe rejette la politique d'entrisme prônée alors par la Quatrième internationale et décide de créer un parti indépendant du PCJ en 1957, la Ligue communiste révolutionnaire du Japon (LCRJ). En 1959, la LCRJ décide de faire de l'entrisme dans le Parti socialiste japonais (PSJ), ce qui provoque la scission d'une partie, la « LCRJ - Comité national ».

Dans ce contexte, la direction de la Zengakuren s'est progressivement radicalisée dans sa confrontation avec la direction du PCJ, à l'occasion de la lutte contre l'expansion de la base aérienne américaine de Tachikawa et de la lutte contre l'évaluation de la "performance" des travailleurs de l'éducation. En parallèle, en 1958 est fondée la Ligue communiste, plus modérée que la LCRJ, et qui était l'organisation ayant le plus d'influence sur la Zengakuren.

Le 27 novembre 1959, la Zengakuren passe outre la consigne du PCJ et encercle le Parlement pour protester contre le renouvellement du Traité de sécurité américano-japonais. Le mouvement prend de l'ampleur et le 15 juin 1960, 5,8 million de travailleurs et d'étudiants participent à des actions de protestation, et 11 000 manifestants encerclent le Parlement. 1500 étudiants parviennent à pénétrer dans le bâtiment à travers l'une des portes, et une étudiante de l'Université de Tokyo, Kanba Michiko, est tuée au cours de l'affrontement avec la police anti-émeute. La Zengakuren acquiert une renommée internationale.

En dépit de cette lutte, le Traité de sécurité est ratifié par le Parlement encerclé, à minuit le 19 juin 1960. Conséquence de la crise politique, l'administration Kishi tombe. Le PSJ et le PCJ mettent tout leur poids dans la lutte parlementaire, et font tout pour canaliser la colère populaire. A la même époque, la grande lutte des mineurs de charbon de Miike (à Kyushu, dans le sud du Japon) contre les licenciements de masse, est également battue du fait de la politique de la bureaucratie syndicale. La lutte de 1960 a contribué à détruire l'aura du PCJ qui prévalait alors. Un grand nombre de travailleurs et d'étudiants ont été écoeurés de voir les cadres du PCJ défendre le Parlement pour empêcher les manifestants et la Zengakuren d'y entrer.

Au sein de la Zengakuren, la LCRJ-CN soutient la Ligue communiste dans sa lutte contre le PCJ. En conséquence, après la lutte, la plupart des dirigeants de la Ligue communiste rejoignent la LCRJ-CN, qui devient un court instant la force politique dominante dans la Zengakuren.

En mai 1962, l'administration Ikeda lance une réforme de l'université. La Zengakuren a mobilisé jusqu'à la grève générale des étudiants contre cette nouvelle offensive.

Le mouvement anti-nucléaire japonais était dominé par le PSJ et le PCJ, et ne critiquait que les essais nucléaires des États-Unis. La Zengakuren a également commencé à critiquer les essais nucléaires soviétiques, ce qui a provoqué une profonde scission dans le mouvement. A l'appel de la Zengakuren, la lutte anti-nucléaire a connu un regain de force et des actions massives des étudiants et des travailleurs. Leur ligne était que seule la solidarité ouvrière internationale pourrait éliminer la guerre et la menace nucléaire.

A la fin des années 1960, la Zengakuren est divisée en 3 tendances principales :

Regain de la Zengakuren[modifier | modifier le wikicode]

La lutte contre le traité entre le Japon et la Corée en 1965 et la lutte contre la guerre du Vietnam ont provoqué un renouveau du mouvement étudiant et du mouvement des jeunes travailleurs. Initié par la lutte des étudiants de l'Université Keio contre des hausses de frais en 1965, le mouvement se généralise aux universités du pays en raison de la colère contre des problèmes de locaux, de dortoirs, de marchandisation de l'université, ou encore contre l'intrusion de l'armée sur des campus. Entre autres, les étudiants de l'Université de Yokohama sont entrés en lutte massive en décembre 1965 et ont mené une grève en janvier, organisant des rassemblements quotidiens avec près de 5000 étudiants et élaborant même un programme d'études indépendant

Après les difficultés et la scission, la Zengakuren se reconstruit et atteint de nouveau une échelle de masse. Le 8 octobre 1967, des militant-e casqué-e-s de la Zengakuren se rassemblent vers l'aéroport Haneda pour empêcher la visite du Premier ministre Sato au Vietnam en guerre. 1 000 manifestants étudiants s'affrontent avec 200 policiers anti-émeute et un étudiant de l'Université de Kyoto, Yamazaki, est tué. 600 manifestants sont blessés et 58 arrêtés. Un grand nombre d'étudiants, frappés par la mort de Yamazaki, entrèrent en lutte lors des mobilisations suivantes : contre la visite d'un porte-avions nucléaire états-unien au port de Sasebo à Kyushu... En 1968, les étudiants de l'Université Nihon et de l'Université de Tokyo participent au Zenkyoto (Comité de lutte unitaire du campus), qui a rapidement conduit à une occupation de l'auditorium Yasuda  de l'Université de Tokyo, en janvier 1969.

Puis ce fut la révolte d'Okinawa, sous occupation américaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et servant de base pour la guerre du Vietnam. Les habitants se sont levés pour exiger le retrait des bases américaines et le retour d'Okinawa au Japon. A sa tête, les travailleurs de la base militaire ont mené une grève pour protester contre la rationalisation des bases et les licenciements, et pour stopper le départ des bombardiers américains. Leurs slogans étaient : "Les bases doivent mourir, pas les travailleurs!" L'Etat japonais a toujours maintenu une forte hypocrisie en prétendant d'un côté au pacifisme, et de l'autre en servant de base arrière aux Etats-Unis.

La proposition du gouvernement japonais était la rétrocession d'Okinawa au Japon à condition que les bases états-uniennes restent en place comme avant. Les militants protestaient contre cet "accord trompeur". Le slogan de la Zengakuren était "Reprenons Okinawa! A bas le traité avec les Etats-Unis et à bas l'impérialisme japonais!".

Le 11 novembre 1971 toutes les îles d'Okinawa sont en grève, et sont appuyées par une émeute à Shibuya au centre de Tokyo, organisée par la Zengakuren et des jeunes travailleurs, malgré l'interdiction totale des rassemblements à Tokyo. En 1970, la lutte devient massive, et plusieurs milliers de manifestants au total sont arrêtés. De ler côté, le PSJ et le Conseil général des syndicats du Japon (Sohyo) essaie à tout prix de démobiliser la grève générale à Okinawa.

En 1970, la Zengakuren regroupe environ 700 000 étudiants (sur 1 390 000 au total) sur 400 universités (sur 820).

Le gouvernement veut absoluement prévenir toute jonction entre étudiants et travailleurs, et réprime durement. Le président de la Zengakuren est arrêté, ainsi que de nombreux membres de la LCRJ. Hoshino Fumiaki, un des militants à l'avant-garde dans la bataille de Shibuya, est inculpé pour assassinat d'un policier et condamné à la prison à vie. Malgré les preuves de son innocence, Hoshino est toujours détenu et reste l'un des plus anciens prisonniers politiques.

Dans les années 1970, en plus des affrontements violents avec la police, des militants du Kakumaru se battent également avec les autres courants d'extrême gauche.

Le tournant néolibéral[modifier | modifier le wikicode]

Après les luttes des années 1970, une série de mesures répressives ont été prises par les administrations universitaires sur les campus: transfert des universités vers les banlieues, retrait du droit d'autonomie de gestion étudiante sur les dortoirs et campus, règlements sévères sur les festivals universitaires, les tractages et affichages... Une lutte éclate à l'Université de Tsukuba, nouvellement construite en banlieue.

Pour soutenir la grève de Doro-Chiba, des étudiants participent à une émeute, la "bataille Asakusa-bashi", le 29 novembre 1985.

Le 20 octobre 1985, des militant-e-s Zengakuren casqués ont combattu dans Sanrizuka contre la construction de l'aéroport de Narita, contre la police anti-émeute et en soutien aux agriculteurs. Le président de l'époque de la Zengakuren a été condamné à une peine d'emprisonnement de 16 ans pour cette lutte.

De nos jours[modifier | modifier le wikicode]

Après la chute du bloc soviétique, la Zengakuren fait l'analyse que le monde entre à nouveau dans un stade de guerres impérialistes.

Actuellement, Zengakuren sert de nom à cinq fédérations étudiantes japonaises distinctes[1][2][3].

En 2002, la Zengakuren participe aux manifestations contre la guerre en Irak. De nos jours, la Zengakuren milite pour le maintien de l'article 9 de la constitution japonaise. Des luttes ont eu lieu en 2004 contre la privatisation des universités. En 2006, des étudiants de l'université Hosei protestent contre le réglement empêchant les tractages et l'affichage sur le campus. Des étudiants sont alors arrêtés par 200 policiers le 14 mars, ce qui déclenche une lutte contre la répression.

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

Notes[modifier | modifier le wikicode]