Mouvement ouvrier en Autriche

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Le mouvement ouvrier a été puissant en Autriche, notamment dans la période de 1888 à 1934.

1 Origines[modifier | modifier le wikicode]

1.1 L'Empire réactionnaire[modifier | modifier le wikicode]

Après 1789, l'Empire d'Autriche est un des foyers de la réaction, où les libéraux sont réprimés et où règne un véritable État policier. En 1867, il devient l'Empire austro-hongrois par un accord entre l’Empire d’Autriche et le royaume de Hongrie. Ce vaste ensemble est divisé en deux régions distinctes, à savoir la Cisleithanie (partie ouest et nord) et la Transleithanie (partie est et sud).

Outre les Autrichiens et les Hongrois, y vivent des Tchèques, des Slovaques, des Polonais, des Ukrainiens, des Slovènes, des Croates, des Serbes, des Roumains ainsi que des Italiens. De 1867 à 1916, ce vaste empire est dirigé par l’Empereur François-Joseph 1er.

1.2 Démocratisation et essor ouvrier[modifier | modifier le wikicode]

Les premières associations ouvrières apparaissent sous le règne de François 1er d’Autriche (1806-1835). Jusqu’en 1848, cet embryon de mouvement ouvrier trouve ses racines dans le catholicisme, le socialisme utopique ayant peu d’écho dans ce pays.

Lors du Printemps des peuples (1848), un mouvement populaire uni des paysans, des ouvriers et de la bourgeoisie libérale surgit contre l’absolutisme. Comme en France, les ouvriers débordent la bourgeoisie libérale et décident de continuer la lutte jusqu’en octobre 1848, mois où ils se font définitivement écraser. A partir de cette date, des associations ouvrières vraiment anticapitalistes vont commencer à émerger.

Ce n’est qu’à la suite du compromis austro-hongrois de 1867 que de nouveaux droits sont promulgués tels que la liberté de réunion et d’association. Ainsi selon Lénine la révolution démocratique-bourgeoise en Autriche « avait commencé en 1848 et s’est terminée en 1867 »[1]. A la différence de ce qui s'est passé dans la plupart des autres révolutions bourgeoises, un Etat-Nation n'a pas été créé dans l'immédiat (jusqu'en 1918).

Cela va permettre une organisation plus systématique du mouvement ouvrier autrichien. Ainsi, le mouvement se construit progressivement autour de plusieurs associations malgré la répression qui s’abat de plus en plus sur ces organisations et ses dirigeants. Par exemple, le 13 décembre 1869, a lieu une manifestation qui réunit 20 000 ouvriers en faveur du suffrage universel. A la suite de cette manifestation, les principaux militants sont arrêtés pour haute trahison et condamnés à de lourdes peines de prison.

2 Fondation du Parti ouvrier social-démocrate (1874-1888)[modifier | modifier le wikicode]

Sous les effets conjugués de la crise économique qui suit le krach boursier de 1873 et la répression de l’État austro-hongrois, le besoin se fait sentir d’essayer d’unifier le mouvement ouvrier. C’est pourquoi, en 1874 se tient le congrès de fondation du parti Social-Démocrate Autrichien. Ce congrès réunit alors 74 délégués représentant environ 25.000 ouvriers de Cisleithanie. Mais dès le début des années 1880, de nouvelles oppositions apparaissent dans le parti avec d’un côté les modérés s’inspirant de Kautsky et les radicaux de tendance anarchisante. Une scission eut lieu en 1882 entre les deux courants. Il faut alors attendre la fin de l’année 1888 pour voir se tenir le congrès d’unification de la social-démocratie.

Le congrès de Hainfeld qui se tient en décembre 1888 marque un véritable tournant pour la social-démocratie autrichienne et plus largement pour le mouvement ouvrier autrichien.  Lors de ce congrès, le parti est unifié autour de Victor Adler comme pivot, malgré de grandes différences de conceptions entre réformistes et révolutionnaires.

L'orientation issue du compromis est nettement inspirée du marxisme, mais relève du courant que les communistes qualifieront de "centriste". La direction du parti est très proche de la direction du SPD allemand : elle rejette formellement le révisionnisme de droite prônant la collaboration de classe, mais défend une vision objectiviste de l'effondrement du capitalisme, ce qui justifie son attentisme. Le rôle du parti serait de préparer le prolétariat à cette chute par une éducation politique et culturelle convenable.

A partir de ce moment, la parti se structure, se donne d'un journal (Arbeiter Zeitung) et connaît une importante croissance.

3 Les années 1890-1914[modifier | modifier le wikicode]

3.1 La lutte pour le suffrage universel[modifier | modifier le wikicode]

Le centrisme du parti social-démocrate est nettement visible en ce qui concerne le rapport aux institutions. L'objectif central que se fixe le parti dès 1888 est la conquête du suffrage universel. Si cette revendication est une revendication démocratique de base dans un pays où règne encore le suffrage censitaire, la direction du parti en fait l’alpha et l’oméga de sa politique. Elle pense arriver au pouvoir par la voie des élections et de l’action parlementaire, les ouvriers et les petits paysans représentant le corps électoral le plus important du pays. Victor Adler, soucieux de garder l’unité du parti, présente aussi le suffrage universel comme le moyen de régler le problème des nationalités qui se pose dans l’Empire austro-hongrois.

A la même époque le Parti ouvrier belge obtient de larges concessions en matière électorale en faisant planer la menace d’une grève générale. Des manifestations de masse ont lieu en août 1893, en Bohême, en Moravie puis enfin à Vienne où est acclamée l’idée d’une grève générale. Une réforme électorale est alors proposé par le gouvernement, qui est soutenu par Victor Adler, ce dernier préférant calmer les ouvriers. Ce projet de réforme, qui n’était pas en tant que telle l’obtention du suffrage universel, est repoussé par le Reichrat dominé par les partis bourgeois. Une autre réforme voit le jour en 1896, permettant l’élection de 14 députés sociaux-démocrates. Mais c'est en 1905 qu'une nouvelle étape est franchie par la mobilisation spontanée des ouvriers. D'une part, l'Empereur évoque le projet de mettre en place le suffrage universel en Transleithanie (pour briser la noblesse magyare), avant que ce projet soit repoussé par le chef du gouvernement. D'autre part, la Révolution russe de 1905 éclate. La nouvelle de la création par le Tsar de la Douma, le 30 octobre 1905, provoque le soir même à Vienne, devant le parlement, une manifestation grandiose qui se transforme au cours des journées suivantes en heurt avec la police, en particulier à Prague le 4 novembre. Le jour de la rentrée du Reichrat, le 28 novembre suivant, 250.000 ouvriers réunis dans un meeting à Vienne laissent planer la menace d’une grève révolutionnaire alors qu’au même moment Prague connaît, elle aussi, une manifestation de masse réunissant plusieurs milliers de personnes. Un nouveau projet de réforme électorale est alors déposée au Parlement qui le repousse dans un premier temps mais qui fini par l’accepter à la fin de l’année 1906 sentant de plus en plus la menace de révolution. Ainsi, la nouvelle réforme accorde le suffrage universel pour les hommes de plus de 24 ans.

3.2 Les victoires électorales[modifier | modifier le wikicode]

Les premières élections organisées dans le cadre du suffrage universel masculin se tiennent en mai 1907. Elles donnent alors à la social-démocratie 1.040.000 voix soit 27,4% des voix et 87 élus. Quatre ans plus tard, en 1911, le parti social-démocrate conquiert Vienne avec l’élection de 19 députés sociaux-démocrates sur les 32 possibles. Ces « victoires » électorales encouragent alors Victor Adler à continuer dans la voie qu’il a toujours défendu, celle du réformisme et de l’action parlementaire… même lorsqu’en 1911 ont lieu des émeutes contre la vie chère. Forts de ces résultats électoraux et de « leur prise de contrôle » de Vienne, les sociaux-démocrates exercent une influence importante sur la vie culturelle et sociale d’Autriche. Ils développent alors des associations de toutes espèces destinée à éduquer la classe ouvrière mais aussi à l’encadrer politiquement, tels que « les amis de la nature », « les amis des enfants »… Comme en Allemagne, le parti crée une Ecole Supérieure animée notamment par la gauche avec Otto Bauer et Max Adler. Cette Ecole joue un rôle important dans la formation des militants ouvriers mais aussi pour l’élaboration théorique des intellectuels car ces derniers n’ont pas accès à l’Université qui reste interdite à ceux dont l’opinion est jugée subversive par le pouvoir.

3.3 La gauche austromarxiste[modifier | modifier le wikicode]

La gauche du parti s’organise autour d’une école appelée « austromarxisme ». Cette dernière se structure dès 1904 autour de la revue Marx-Studien, publiée sous la direction de Max Adler, Karl Renner, Rudolf Hilferding, Gustav Eckstein, Otto Bauer et Friedrich Adler. Cependant, cette école recouvre plusieurs tendances qui se structurent à partir de la Première Guerre mondiale et de la Révolution Russe de 1917, avec d’un côté une gauche représentée par Max Adler, une droite représentée par Karl Renner et un centre représenté par Otto Bauer. C’est d’ailleurs ce dernier qui est le véritable leader des austromarxistes et qui donne à cette école une relative unité. Les austromarxistes considèrent le marxisme comme une science, ce dernier étant la suite de l’évolution de la connaissance de la société, le socialisme correspondant à un système s’adaptant à la société moderne. Ainsi, selon eux, « il suffisait d’envisager les valeurs humaines générales et non celles d’une classe particulière »[2] pour admettre le marxisme et ce qui en découle, à savoir, la nécessité du socialisme.

Pour résumer la théorie austromarxiste, nous pouvons avancer trois grands axes qui la distinguent des autres marxismes de l’époque. Le premier axe de distinction des austromarxistes concerne les voies et les moyens de la révolution prolétarienne. Ces derniers se situent entre les sociaux-démocrates (réformistes) et les communistes (révolutionnaires), sans véritablement chercher à trancher les débats entre réforme ou révolution. Sur ce point ils avancent le fait que la dictature du prolétariat peut se faire sous une forme démocratique dans les pays développés. De plus, ils excluent l’usage de la violence systématique lors du processus révolutionnaire et pensent qu’une révolution doit se faire le plus pacifiquement possible pour ne pas désorganiser l’appareil de production et ainsi perturber la « marche au socialisme ». Cependant, ils n’excluent pas, contrairement aux réformistes, l’utilisation de la violence, violence qui doit être « défensive », c’est-à-dire qu’elle doit seulement répondre à une attaque de la bourgeoisie et contrer un potentiel coup d’état fasciste. Leur « centrisme » les amène à vouloir garder l’unité prolétarienne et continuer à faire le lien dans un seul et même parti entre les révolutionnaires et les réformistes, constituant ainsi le deuxième axe de distinction d’avec les autres courants. Enfin la troisième distinction se fait au niveau de la question des nationalités. En effet, l’austromarxisme nait au sein de l’empire austro-hongrois qui réunit alors plusieurs nationalités tels que les Ruthènes, les Italiens, les Tchèques et les Allemands, le SDAP faisant même figure de « petite internationale ». La théorie austromarxiste concernant la question nationale est celle de l’autonomie culturelle dans un état multinational. Ainsi, les différentes nationalités auraient le droit de s’organiser en corporations jouissant de différents droits légaux, culturels et administratifs.

Ces spécificités nationales sont d’ailleurs prises en compte au sein de la Seconde Internationale car les 20 voix que compte le SDAP sont réparties selon les nationalités et leur poids dans le pays, ce qui donne 9 voix pour les allemands, 7 pour les tchèques, 2 pour les italiens et 2 pour les ruthènes.

3.4 Le chauvinisme autrichien[modifier | modifier le wikicode]

Dans cet empire multi-ethnique, en pratique les Autrichiens formaient la nation dominante. Le sentiment de supériorité des Autrichiens imprégnait y compris les internationalistes de la social-démocratie.

« Je me prononçai ouvertement contre le chauvinisme du parti austro-allemand. C'était en 1909. Lors de mes rencontres avec des socialistes balkaniques, surtout avec des Serbes, et, en particulier, avec Dmitri Toutsovitch, qui fut ensuite, servant comme officier, tué à la guerre des Balkans, j'eus plus d'une fois l'occasion d'entendre des récriminations indignées à ce sujet: on signalait que toute la presse bourgeoise de Serbie citait malignement les algarades chauvines de l'Arbeiter Zeitung contre les Serbes, afin de prouver que la solidarité internationale des travailleurs n'était qu'une fable mensongère. J'écrivis pour la Neue Zeit un article très circonspect, très modéré contre le chauvinisme de l'Arbeiter Zeitung. Kautsky l'imprima après avoir beaucoup hésité. Un vieil émigré russe, S. I. Kliatchko avec qui j'étais en relations très amicales, me fit savoir, le lendemain même, que, dans les cercles dirigeants du parti, l'indignation provoquée par moi était des plus grandes. "Comment a-t-il osé !..."

Otto Bauer et quelques autres austro-marxistes avouèrent, dans des conversations privées, que Leitner, chef de la rubrique étrangère, allait un peu loin. Ils reflétaient ainsi l'opinion d'Adler, lequel, tout en se résignant à tolérer les plus extrêmes incartades des chauvins, ne les approuvait pas. Mais, devant l'intervention présomptueuse de quelqu'un du dehors, tous les dirigeants se sentirent unanimes. Peu après, un samedi, Otto Bauer s'approcha de la table de café à laquelle nous étions assis, Kliatchko et moi, et il entreprit de me donner une sévère leçon. Je conviens que je perdis même ma présence d'esprit sous le déluge de mots dont il m'accabla. Ce qui me frappa, ce ne fut pas tant le ton de régent que prit Bauer, ce furent les arguments qu'il invoqua.

_Quelle importance peuvent avoir les articles de Leitner ? me disait-il avec une hauteur comique. La politique extérieure n'existe pas pour l'Autriche-Hongrie. Pas un ouvrier ne lit ces choses-là. Cela n'a pas le moindre intérêt...

J'écoutais, écarquillant les yeux. Ces gens-là ne croyaient donc pas à la révolution; ils ne croyaient même pas à la guerre. Dans leurs manifestes pour le Premier Mai, ils parlaient bien de guerre et de révolution, mais ils ne prenaient pas cela au sérieux et, sur la fourmilière où ils s'agitaient à tête perdue, ils ne voyaient pas du tout que l'histoire levait une énorme botte de soldat. Six ans plus tard ils durent apprendre que la politique extérieure existait aussi pour l'Autriche-Hongrie. Et dès le début de la guerre, ils tinrent le langage impudent auquel les avaient instruits les Leitner et autres chauvins de même acabit. »[3]

3.5 Face aux guerres balkaniques[modifier | modifier le wikicode]

En 1912, le déclenchement des guerres balkaniques donne lieu à de grandes manifestations socialistes. Alors que les grandes puissances entrent dans ces guerres pour tenter d’élargir leur zone d’influence, Victor Adler prend position contre le soutien que pourraient fournir les classes ouvrières européennes aux hégémonies des puissances impérialistes. D’ailleurs, le 10 novembre 1912, une manifestation de masse a lieu pour protester contre ces guerres, démontrant ainsi que la classe ouvrière n’est pas dupe du jeu des impérialistes et qu’elle est prête à agir contre leurs menées. Ces guerres se terminent par une recomposition de la région selon les intérêts des puissances occidentales, transformant la région en véritable « poudrière ». Ainsi, l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine. Face à la montée des périls, la social-démocratie adopte une position attentiste voire même défaitiste. En effet, malgré le fait que les masses s’emparent de ce problème comme l’a montré la manifestation de novembre 1912, Victor Adler pense que la social-démocratie autrichienne sera incapable d’empêcher la guerre si celle-ci devait survenir, il espère seulement que les dirigeants bourgeois ne se hasarderont pas dans une telle aventure. Même la gauche austromarxiste adopte la même attitude. Ainsi, en 1913, dans une lettre à Karl Kautsky (dirigeant de la social-démocratie allemande, d’origine autrichienne), Otto Bauer préviens que « l’effondrement total de « leur » politique extérieure et intérieure oblige nos hommes au silence. Les travailleurs pensent qu’en Autriche il n’y a rien à faire, que tous les efforts sont vains ; et ils retombent dans une indifférence politique qui paralyse à son tour la vie du parti ».[4]

4 Première guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

4.1 Déclencheur[modifier | modifier le wikicode]

Le 28 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand, héritier désigné de l’Empire, se rend à Sarajevo pour une visite d’inspection. C’est alors qu’il est assassiné ainsi que son épouse par un étudiant serbe, Gavrilo Princip, membre du groupe « Jeune Bosnie » qui veut un État réunissant tous les slaves du Sud (Yougoslaves). Il s’avère alors que les armes ayant servi à l’attentat ont été fournies par le gouvernement Serbe, que l'Autriche-Hongrie accuse.

Dans l’entourage de l’empereur, il y a alors deux positions, d’un côté les partisans d’une intervention militaire en Serbie et de l’autre, les tenants d'une solution diplomatique. Les va-t-en-guerre l'emportent. Le 7 juillet 1914, l’Autriche-Hongrie lance un ultimatum à la Serbie, cette dernière le refusant. Le 25 juillet 1914, la Serbie refuse, avec le soutien de la Russie, la participation de policiers autrichiens à l’enquête sur le territoire serbe. Trois jours plus tard, le 28 juillet 1914, soutenue par l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie déclare une guerre « préventive » à la Serbie, ce qui, par le jeu des alliances, mène à la Première Guerre mondiale.

4.2 Alliances et rivalités inter-impérialistes[modifier | modifier le wikicode]

L’Autriche-Hongrie est alors la 4e puissance économique d’Europe derrière la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France. Elle possède d’énormes ressources industrielles (3e producteur de charbon, 5e producteur de fer et de textile) malgré son important retard technologique et sa productivité par tête est faible en comparaison des puissances occidentales. En 1910, la population de l’empire s’élève à 51,4 millions d’habitants. A titre de comparaison, au même moment, la population de la France s’élève à 41.350.000 habitants, celle de l’Allemagne à 67.000.000 et celle de la Grande-Bretagne à 42.100.000.

Enfin, l’Autriche-Hongrie apparaît comme une véritable puissance militaire, avec une armée forte de 1.800.000 hommes même si ses dépenses militaires sont beaucoup plus basses que celles des autres belligérants puisqu’elles ne représentent qu’un quart du total des dépenses allemandes ou russes, et qu’un tiers des dépenses françaises ou anglaises.

Avant le déclenchement de la guerre, les gouvernements européens ont conclu diverses alliances en fonction de leurs intérêts politiques et économiques. L'Europe est alors principalement regroupée en deux blocs :

  • la Triple-alliance : Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie
  • la Triple-entente : France, Royaume-Uni, Russie

L'Autriche-Hongrie obtient la confirmation du soutien de l’Allemagne avant la guerre. Mais l'Italie décide de rester neutre, car les intérêts de sa classe dirigeante sont partagés.

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Au début de la guerre, l’empire combat sur deux fronts différents, le front balkanique (contre les Serbes et les Monténégrins) et le front de l’est contre les Russes. Très vite, les défaites s’enchaînent pour les austro-hongrois en particulier contre les Russes. D’ailleurs, Otto Bauer est fait prisonnier, dés le mois de novembre 1914, et envoyé dans un camps de prisonnier réservé aux officiers en Sibérie et ne sera libéré qu’après la révolution de février 1917. Aux nombreuses défaites, s’ajoutent des pertes énormes. Ainsi dès le premier mois sur le front russe, l’empire enregistre 450 000 morts ; sa vieille armée de métier est décimée et doit être remplacée par des conscrits entraînés à la hâte.

En 1915, l'Italie entrée en guerre au côté de l’Entente, ce qui ouvre un nouveau front. Mais l'Autriche-Hongrie remporte aussi quelques victoires (occupation de Varsovie en août 1915, occupation de la Serbie et du Monténégro). L’année suivante (1916) est au contraire une année de défaite avec notamment une grande défaite contre les russes, ces derniers faisant 380.000 prisonniers austro-hongrois. Après cette défaite, le commandement de l’armée austro-hongroise est dorénavant subordonné à l’armée allemande. Continuant toujours dans la même dynamique, l’année 1917 représente à son tour une année de victoire, avec la victoire contre l’Italie et le relâchement sur le front oriental dû à la révolution russe qui vient d’éclater.

4.3 Situation économique et sociale[modifier | modifier le wikicode]

Durant la guerre, indépendamment des victoires et des défaites militaires, l’empire se retrouve dans une situation difficile dû à la fois au blocus, à la mise en place de l’économie de guerre et à la mobilisation, au total, de huit millions d’hommes. Les différentes productions chutent de façon vertigineuse. Ainsi, la production agricole de 1918 n’atteint pas les 50% du niveau de celle de 1913, en particulier en Cisleithanie, où la production agricole de 1917 ne représente que 30% de celle de 1913.. D’ailleurs, des dissensions apparaissent entre les deux régions de l’empire, la Transleithanie, région majoritairement agricole refusant de livrer les grains nécessaires à son voisin cisleithan. En 3 ans, la production de charbon chute de 95%. Plus généralement, les prix s’envolent et le pays doit faire face à l’inflation (en 1919, les prix sont multipliés par 15 par rapport à ceux de 1914).

Malgré l’État de siège mis en place dès le début qui instaure la censure dans la presse et interdit toute vie politique en Cisleithanie, des manifestations en faveur de la paix ont lieu dès l’année 1916.

4.4 Attitude de la social-démocratie[modifier | modifier le wikicode]

Le jour même de la déclaration de guerre, le 28 juillet 1914, les députés sociaux-démocrates au Reichrat déclarent :

« Nous dénions toute responsabilité personnelle dans ce conflit ; nous déclarons solennellement et résolument que la responsabilité en incombe à ceux qui, d’un côté comme de l’autre, l’ont préparé et déclenché »[5]

Mais ils voteront le 4 août 1914 les crédits de guerre, comme les autres partis sociaux-démocrates. Le lendemain, l’Arbeiter Zeitung, justifie longuement l’attitude des députés sociaux-démocrates dans un éditorial intitulé Le jour de la nation allemande :

« maintenant c’est le sort du peuple allemand qui se joue et ce n’est pas le moment d’hésiter et de douter ! Notre peuple tout entier, en sa résolution de fer, n’est pas disposé à porter une cangue ! Et cela ni la mort, ni le diable ne l’y contraindront ! »[6]

Du côté de l’aile gauche, on se rallie aussi aux belligérants. Ainsi, Otto Bauer montre une certaine détermination lors de son incorporation sur le front russe, le tsarisme représentant la tête de la contre-révolution. D’ailleurs, à ce propos, aucun autrichien ne participent à la conférence de Zimmerwald en 1915 ni à celle de Kiental en 1916.

En revanche, Friedrich Adler, contrairement à son père Victor Adler, s’oppose à la guerre et démissionne du parti social-démocrate autrichien en 1914. Le 21 octobre 1916, il assassine le comte Stürgkh, président du Conseil autrichien. Son acte est vivement condamné par le parti, son père écrivant dans l’Arbeiter-Zeitung : « le parti refuse le terrorisme individuel, Friedrich était mentalement perturbé »[7].

Si l’assassinat rencontre peu d’échos dans le pays, il n’en est pas de même pour son procès. En effet, ce dernier se tient en mai 1917 dans un tout autre contexte car la révolution russe est entrain de se dérouler et suscite de nombreux espoirs parmi les ouvriers autrichiens. Il profite de son procès pour prononcer un discours fleuve de 4h dans lequel il évoque son refus de la guerre, son pacifisme et évoque les raisons de son attentat. Il déclare alors :

« Je ne crois pas aux actes de terrorisme individuel, je crois au pouvoir des masses. Je ne suis pas un anarchiste, je persiste à insister sur le fait que l’action des peuples est décisive. Je voulais établir les conditions psychologiques favorables à de futures actions collectives ».

Son plaidoyer reçoit un grand écho notamment dans la gauche influencé par Zimmerwald. Il est condamné à la peine de mort, peine qui sera commuée en emprisonnement à perpétuité par le nouvel empereur Charles qui succède à François-Joseph mort le 22 novembre 1916. Ainsi, l’année 1917 marque avec la révolution russe et le retour des prisonniers de guerre gagnés à la révolution et au communisme par les bolcheviks, les prémisses de ce qu’il va se passer l’année suivante, en 1918, dernière année de la guerre mais aussi de l’empire austro-hongrois.

Libéré après la guerre, Friedrich Adler se verra proposer d'intégrer la direction du nouveau parti communiste autrichien, proposition qu’il refuse. Lui et les austromarxistes veulent à tout prix préserver l'unité du parti. Ainsi, contrairement  à la plupart des autres partis sociaux-démocrates, il n'y a aura pas de scission entre réformistes et révolutionnaires à la sortie de la guerre. Seuls des groupes marginaux tenteront de créer le Parti Communiste. Friedrich Adler retournera au parti social-démocrate où il sera élu vice-président. Cette volonté de garder l’unité de la classe ouvrière se traduit au niveau international, par la création en 1921, par Otto Bauer (entre autre) de l’Union des Partis Socialistes pour l’Action Internationale (UPS), plus connu sous le nom d’International 2 et 1/2.

Friedrich Adler refusa aussi de se rendre aux conférences de Zimmerwald et de Kiental, au nom du fait que l'important n'était pas des conférences en pays neutre mais d'être au sein des pays belligérants. Pourtant ces conférences ont joué un rôle majeur pour la clarification des clivages entre révolutionnaires et réformistes.

Le fait que les leaders de l'austromarxisme soient restés fondamentalement des centristes expliquent en grande partie l'échec à constituer un mouvement communiste en Autriche et l'incapacité du mouvement ouvrier autrichien à déborder le réformisme de la social-démocratie malgré les possibilités.

De l’aveu même d’Otto Bauer en 1919, alors que la révolution est à la porte de l’Autriche,

« dans ces journées où toutes les autorités surannées s’écroulaient, celle de la social-démocratie était plus forte que jamais. C’était elle, et elle seul, qui pouvait encore discipliner ces foules de prolétaires armés qui se rassemblaient dans les casernes, les mettre sous sa direction, les remplir de son idéologie et les empêcher par là de faire abus de leurs armes »[8]

5 L'année 1918[modifier | modifier le wikicode]

5.1 La grève générale de janvier[modifier | modifier le wikicode]

Face aux différentes pénuries qui touchent l’Empire, le 14 janvier 1918, le gouvernement décide de réduire de moitié la ration de farine pour les ouvriers. Face à cette décision, ce sont les ouvriers de Wiener Neustadt qui entrent les premiers en grève. Le lendemain, cette grève commence à s’étendre de façon « sauvage » (pour reprendre les termes utilisés par Otto Bauer), d’une ville à l’autre et d’une entreprise à l’autre. Le 16 janvier, ce sont autour de l’ensemble des travailleurs de Vienne d’entrer en grève. Enfin, les 17 et 18 janvier voient les régions industrielles de Haute-Autriche et de la Styrie rejoindre le mouvement ainsi que les ouvriers hongrois. Dès le début, des conseils ouvriers sont élus dans les différentes assemblées de grèves, ce qui confère d’emblée au mouvement un caractère révolutionnaire d’autant plus qu’il éveille « parmi les masses l’espoir de pouvoir transformer immédiatement la grève en révolution, de s’emparer du pouvoir et d’imposer la paix » (Otto Bauer)[9]. La question de la paix est d’autant plus d’actualité, que la grève générale se déroule durant les négociations de la paix de Brest-Litovsk auquel participe au côté de l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie. L’Empereur Charles, effrayé par ces grèves qui se déclenchent un peu partout, n’hésite pas à écrire à Czernin, le 17 janvier 1918 que :

« tout le sort de la monarchie et de la dynastie dépend d’une conclusion aussi rapide que possible de la paix de Brest-Litovsk… Si la paix ne se réalise pas, nous aurons ici la révolution »[9].

D’ailleurs, les dirigeants de la social-démocratie autrichienne font le même constat. Alors que le mouvement a pris de cours la social-démocratie, cette dernière tente d’en reprendre le contrôle par la publication d’un manifeste, dès le 17 janvier, s’articulant autour de quatre points censés mettre un coup d’arrêt à la grève :

  • Signature de la paix de Brest-Litovsk, droit à l’autodétermination des pays controversés. De plus, le gouvernement doit tenir informés « honnêtement les hommes qui jouissent de la confiance de la classe ouvrière de l’état des négociations de paix »
  • Réorganisation profonde du service de ravitaillement
  • Démocratisation des autorités communales
  • Retour des droits enlevés aux travailleurs dans les entreprises par la militarisation de celles-ci.

Il convient de dire quelques mots de cette plateforme de revendication. Tout d’abord, il faut savoir que depuis le début de la grève, la direction social-démocrate est en contact permanent avec les autorités austro-hongroise et que dans ce cadre, cette plateforme a dans un premier temps été soumise à Czernin, qui l’a accepté sans grande modification, avant publication dans l’Arbeiter Zeitung. De plus, la satisfaction des revendications ne porte pas à conséquence pour l’Empire. Ainsi, concernant le ravitaillement, le gouvernement consent à corriger quelques défauts du système et accepte l’abolition des privilèges de certains particuliers ainsi qu’un relâchement du blocage des salaires. Concernant la démocratisation des autorités communales, le gouvernement ne fait que de vagues promesses qui ne seront tout de même pas tenues. Pour ce qui concerne les droits des travailleurs dans les entreprises, le gouvernement avance là aussi de vagues promesses qui ne seront, elles aussi pas tenues, même s’il y a tout de même un relâchement au sein des entreprises mais qui est plus dû à l’épuisement général du pays et à la baisse dans la discipline du travail qui s’en suit. Enfin, qu’en est-il de la revendication la plus importante, celle de la paix et de la participation de délégués des ouvriers aux négociations ? Alors que la direction social-démocrate crie victoire après l’adresse de Czernin envoyée aux conseils ouvriers promettant qu’il signerait la paix de Brest-Litovsk, cette revendication a, en fait, perdu tout son sens. En effet, alors que les ouvriers demandent à participer eux-mêmes aux négociations et à être informés de l’avancée de ces dernières, les socio-démocrates veulent que ce soit eux et eux seuls qui aient accès aux informations pour ensuite les transmettre (ou pas) aux comités de grève. De plus, dans cette plateforme de revendications, il n’est pas du tout question de la satisfaction des revendications des russes et d’une moindre solidarité internationale avec la révolution russe. En effet, il n’est pas question de l’évacuation des anciens territoires russes occupés par les puissances centrales pour qu’il y ait un référendum libre, la social-démocratie adoptant de ce fait, le point de vue des impérialistes allemands et austro-hongrois.

Lors de ces épisodes, la gauche de la social-démocratie ne se distingue pas non plus par son caractère révolutionnaire et sa détermination. En effet, pour Otto Bauer, la grève doit être l’occasion d’une grande démonstration révolutionnaire mais pas plus et agit dans le sens de sa direction, pour que tout se termine au plus vite. Pour justifier sa ligne politique, Bauer avance plusieurs arguments comme le fait que les troupes acquises au gouvernement sont trop fortes ou encore que l’Allemagne, libérée du front est par la révolution russe, pourraient alors envahir l’Autriche en cas de révolution. Or, au moment décisif de la grève, de l’aveu même du gouvernement, d’une part les troupes étaient insuffisantes pour maintenir l’ordre et d’autre part les ouvriers étaient suffisamment armés pour prendre le pouvoir. Ajouté à cela, une semaine après la grève, avaient lieu des mutineries dans l’armée, montrant ainsi que les conscrits n’auraient pas forcément obéi à leurs généraux si ces derniers leur avaient ordonné de tirer sur les ouvriers en grève.

Témoignant de l'espoir que soulevait alors le mouvement ouvrier autrichien, Radek raconte que lorsque la nouvelle de la grève générale viennoise parvint à Moscou, un rassemblement ouvrier spontané eut lieu devant le Kremlin :

« nous n’avons jamais rien vu de semblable. Ouvriers, hommes et femmes, et soldats de l’Armée Rouge marchèrent jusqu’à tard dans la nuit. La Révolution mondiale était arrivée. Les masses populaires écoutaient leur pas d’acier. Notre isolement était fini. »

A partir du 20 janvier, la social-démocratie appelle les ouvriers à reprendre le travail, ce qui provoque une résistance farouche de la classe ouvrière. Les délégués sociaux-démocrates sont insultés ici et là de « délégués impériaux et royaux ». Face à cette direction traître, un groupe de « socialistes révolutionnaires » tente de se mettre en place avec à sa tête Frantz Koritschoner qui jouera un rôle important dans la formation du futur Parti Communiste Autrichien. Mais ce petit groupe n'a alors aucune prise sur les événements face au puissant appareil social-démocrate solidement implanté dans la classe ouvrière.

Quinze jours après la fin de la grève en Autriche, ce sont les travailleurs d'Allemagne qui commencent à se révolter.

5.2 Défaites militaires et révolte ouvrière de l'automne[modifier | modifier le wikicode]

L’année 1918 est marquée sur le plan militaire par une série de défaites de l’armée austro-hongroise notamment sur le front italien. A partir de septembre, différents pays signent des armistices comme c’est le cas de la Bulgarie avec la France et la Serbie. En octobre, c’est autour de l’Empire Ottoman d’abandonner le combat face à la France et l’Angleterre. A la fin de la guerre, les soldats austro-hongrois refusent de monter aux fronts car ils ne croient plus à l’État et à la dynastie. Après une énième défaite face aux italiens, les austro-hongrois signent l’armistice le 4 novembre et Charles 1er abdique. Mais cet armistice et cette abdication arrive aussi dans un contexte difficile pour la classe dirigeante austro-hongroise puisque dès le mois d’octobre, les ouvriers se sont remis en mouvement. Fort de sa position dominante dans le champ politique, la social-démocratie autrichienne (la 3e d’Europe et le parti le plus conséquent en Autriche), dorénavant dirigée par les austromarxistes et en particulier Otto Bauer qui remplace Victor Adler décédé le 11 novembre 1918, joue un rôle très important dans le déroulement des événements de novembre 1918, que certains qualifient de « révolution autrichienne » même s’ils sont d’une moindre ampleur que ce qui se passe au même moment en Allemagne. Bien qu’en position dominante, la social-démocratie autrichienne doit compter sur le nouveau Parti Communiste Autrichien crée le 4 novembre par des anciens radicaux de gauche du parti social-démocrate : Karl Steinhardt, Paul et Elfriede Friedländer. Ce parti jouit alors d’une certaine influence chez les chômeurs et les soldats démobilisés qui ont été gagnés à la révolution sur le front de l’Est.

5.3 Éclatement de l'Empire[modifier | modifier le wikicode]

Le 12 novembre, les députés de langue allemande au Reichrat proclament la République Démocratique d’Autriche et élisent un Comité Exécutif présidé par le social-démocrate Karl Renner, qui devient de facto chancelier. Les communistes essaient de hisser le drapeau rouge sur le Parlement et de faire de l’Autriche une république des conseils. Mais ils se heurtent à la social-démocratie qui fait tout pour maintenir la continuité du régime bourgeois.

Ainsi, l’Empire austro-hongrois a fait son temps et est éclaté en plusieurs pays : l’Autriche, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Certains territoires sont annexés par l’Italie (Trieste et Fiume), d’autres sont rendus à la Roumanie et à la Pologne. L'Autriche ne représente plus que 6 millions d'habitants sur les 50 millions de l'Empire défunt. Si la population de l’Autriche est majoritairement « allemande », il y reste des croates, des hongrois et des slovènes.

Beaucoup de sociaux-démocrates envisageaient un rattachement futur à l’Allemagne. C'était la continuité du projet de "Grande-Allemagne", que défendaient les libéraux du 19ème siècle et que la social-démocratie reprenait en y ajoutant l'idée qu'un grand pays industriel est nécessaire pour réaliser le socialisme.

Mais les vainqueurs de la guerre (les États-Unis, la France, l’Angleterre) en décident autrement. En effet, le traité de Saint-Germain-en-Laye (10 septembre 1919), qui scellent la paix entre l’Autriche et les vainqueurs, reconnaît l’indépendance de l’Autriche mais désigne aussi l'Autriche comme coupable du déclenchement de la guerre, et lui impose de payer des "réparations" comme à l’Allemagne. Enfin, les frontières du nouvel état ont été soumises à l’arbitraire des vainqueurs.

6 1919-1920 : Canalisation par la social-démocratie[modifier | modifier le wikicode]

A la sortie de la guerre, la social-démocratie est donc dans une position dominante. Se prétendant innocente de la guerre, elle se démarque de la bourgeoisie, tout en la défendant en rejettant la faute principale sur la "bourgeoisie internationale", en particulier anglaise et américaine.

Les premières élections dans le cadre de la nouvelle Autriche ont lieu en février 1919. Ces élections donnent certes une majorité à la social-démocratie mais somme toute relative puisqu’elle emporte 72 mandats contre 69 mandats pour les chrétiens-sociaux et une trentaine d’autres mandats pour les autres partis bourgeois, à l’Assemblée Constituante. La social-démocratie est alors obligée de composer avec les chrétiens-sociaux pour former un premier gouvernement, ce dernier étant toujours dirigé par Karl Renner.

Au même moment, la révolution touche la Bavière et la Hongrie, et les communistes encouragent la création de conseils ouvriers. Mais la social-démocratie au pouvoir fait tout pour canaliser la confiance des travailleurs dans l'État :

  • Le secrétaire d’État aux affaires militaires, Julius Deutsch (social-démocrate) intègre les Gardes Rouges dans l’armée populaire.
  • Au printemps 1919, est évoqué la possibilité de nationaliser certaines grandes entreprises comme les mines, l’électrométallurgie, l’industrie du bois, les forêts… Si ces projets n’ont pas lieu, ils ont pour effet, sur le moment, de désarmer une partie des éléments les plus combatifs de la classe ouvrière et de les tourner vers la social-démocratie.
  • De 1919 à 1920, la social-démocratie au pouvir met en place toute une série de mesures sociales telles que les allocations chômage, la journée de travail de 8h, la protection du travail des femmes et des enfants, les congés payés, la création des délégués d’entreprise, la création d’une Chambre syndicale pour les ouvriers et employés et l’assurance maladie.
  • Les austro-marxistes justifient théoriquement le statu quo : Max Adler prône une représentation des conseils ouvriers au côté du parlement, et explique que la paysannerie est trop forte par rapport au prolétariat et que cette dernière reste encore hostile au socialisme. Dès 1921, Trotski dira de l’austromarxisme qu’il constitue « une théorie érudite et maniérée de la passivité et de la capitulation ».
  • En 1920 les femmes obtiennent, à leur tour, le droit de vote.

Toutes ces mesures sont mises en place dans un contexte où la bourgeoisie craint une « bolchévisation » de l’Autriche et s'en remet à la social-démocratie pour limiter les dégâts. Le ministre de la protection sociale, Ferdinand Hanusch déclare même que :

« seule notre législation sociale… a donné aux travailleurs la confiance dans notre État et dans notre gouvernement ; c’est à elle que nous devons la résistance à la tentation de suivre, ici, chez nous, le même chemin que Munich ou Budapest ».

Face à l’action de la social-démocratie, le jeune Parti Communiste enregistre défaite sur défaite, recul sur recul et ne s’en remettra pas. Il ne dépassera plus le record de 10 000 militants atteint en 1919. A l'inverse, la parti-social démocrate parvient à recruter toujours plus, atteignant 600 000 adhérents en 1925.

En 1920 se tiennent les premières élections dans le cadre de la nouvelle constitution. Par peur de "la collectivisation", la paysannerie se jette dans les bras du principal parti de la bourgeoisie, les chrétiens-sociaux. Ces derniers remportent alors les élections et ne quitteront plus le pouvoir jusqu’en 1934. Karl Renner est alors remplacé par Michael Meyr. La social-démocratie continue en revanche à contrôler Vienne, où deux maires sociaux-démocrates se succèdent jusqu’en 1934 : Jakob Reumann jusqu’en 1923 et Karl Seitz de 1923 à 1934.

7 Années 1920[modifier | modifier le wikicode]

7.1 Situation sociale dégradée[modifier | modifier le wikicode]

Sous l'effet du contre-coup de la guerre et notamment du coût des réparations imposées par les vainqueurs, la situation sociale est tendue et le pays connaît un chômage de masse. De plus, les dévaluations ainsi que les mesures sociales mises en place engendrent une inflation galopante. Le 1er décembre 1921, une grande manifestation se termine par le pillage de commerçants soupçonnés de favoriser l’inflation. Il faut attendre 1922, année où les vainqueurs de la guerre décident d’accorder un crédit de 650 millions de couronnes-or pour voir la situation économique de l’Autriche s’améliorer un peu.

7.2 Vienne la rouge[modifier | modifier le wikicode]

Comme nous l’avons vu, si les sociaux-démocrates perdent les élections de 1920, ils gardent tout de même le contrôle de Vienne et sa région. Aux élections municipales, ils réunissent à obtenir 78 sièges de conseillers sur 120. Ils trouvent alors une ville dont la situation, selon le témoignage d’Alfred Rosmer, est terrible.

« La misère se montrait partout, une misère qui faisait mal à voir. Dès l’hôtel, le linge en loques, l’état d’épuisement physique du personnel la révélaient ; dans les vitrines des boutiques traînaient quelques boites vides. Les hostilités étaient à peine terminées que des trafiquants étaient accourus de partout pour piller la capitale du grand empire effondré ; d’abord ceux d’Italie, qui, plus proches, étaient arrivés les premiers ; ils avaient éprouvé une jouissance supplémentaire en pillant “l’ennemi héréditaire“. Tout ce qu’on voyait et entendait était pénible ». [10]

Malgré ces difficultés, la social-démocratie va faire de cette ville, la ville la plus progressiste d’Europe entre les deux guerres. Les multiples réalisations sont financés en grande partie par la mise en place d’impôt sur les « manifestations apparentes du luxe » (automobile, appartement, écurie de course…). La réalisation la plus impressionnante a lieu dans le domaine du logement. Au total, ce sont 60.000 nouveaux logements qui sont construits, répartit au sein d’une douzaine de quartier différents dont le plus emblématique est le Karl Marx-Hof. Dans ce dernier, qui comprend 1382 logements et s’étend sur plus d’un kilomètre de long, nous retrouvons des buanderies, une bibliothèques, des espaces verts, des crèches, des bureaux, des magasins et même un dispensaire. Chaque logement construit comporte une salle de bain et des sanitaires, ce qui est un fait inédit à l’époque. Outre le logement, la politique social-démocrate s’étend à tous les domaines de la vie. Ainsi, des restaurants sont crées pour fournir la nourriture au quotidien, des structures d’hygiènes et de prévoyances sont mises en place pour accompagner les gens de leur naissance à leur mort. Par exemple, à la naissance de chaque enfant, une assistante, employé par la municipalité, rend visite à la famille pour lui fournir si besoin une aide et lui offrir un petit trousseau complet pour palier au besoin du nouveau-né. Au niveau de l’éducation sont crées le tronc commun d’enseignement du 2nd degrés ainsi que des internats fédéraux. Dans ce contexte, des réflexions sont menées par le personnel éducatif de la ville sur la façon de supprimer chez l’enfant le sentiment d’infériorité qu’il peut ressentir vis-à-vis de ses camarades de classe et de son professeur. Enfin, la ville met en place une politique culturelle volontariste, qu’elle diffuse notamment par la création de journaux populaires…

7.3 Montée en puissance de la réaction[modifier | modifier le wikicode]

Face à la politique progressiste mise en place par la social-démocratie, la réaction ne tarde pas à relever la tête. Face à cela, la politique de la social-démocratie va laisser le prolétariat complètement désarmé.

En 1923, une puissante milice social-démocrate est créée, la Ligue pour la Défense de la République (Republikanischer Schutzbund), organisée par Julius Deutsch.

A partir du milieu des années 1920, les militants sociaux-démocrates subissent les agressions d’organisations armées de droite, couvertes bien souvent par les tribunaux. Deux membres du Schutzbund sont assassinés dans la ville de Schattendorf le 30 janvier 1927. La même année, en juin, la social-démocratie enregistre une progression électorale notable.

Le chancelier décide de durcir le ton face à cette menace. Il s'agit du leader des chrétiens-sociaux, le prêtre Ignaz Seipel, proche du pape Benoit XV. Celui-ci s’appuie sur les Heimwehren, une formation paramilitaire catholique financée en partie par l’Italie fasciste et la Hongrie (dirigée alors par Horty).

Un mois plus tard, le meurtrier des deux militants est acquitté. La classe ouvrière ne manque pas de réagir. Dès le lendemain de l’annonce, une grève éclate à Vienne, en particulier chez les ouvriers des centrales électriques, du bâtiment, des trams et des services municipaux. Très vite, des affrontements éclatent entre les manifestants et les forces de l’ordre. Le palais de justice brûle, la rédaction du journal chrétien-social (la Reichspost) est mise à sac tout comme de nombreux commissariat de police. Le Schutzbund ainsi que le parti social-démocrate est totalement dépassé face à ce mouvement spontané de la classe ouvrière. Durant deux jours, les combats continuent et il faut l’intervention de quelques unités de l’armée pour venir à bout des grévistes. Le bilan est lourd du côté de la classe ouvrière : 85 tués, 281 blessés et plus d’une centaine d’arrestations. Monseigneur Seipel en profite alors pour lancer les Heimwehren à travers tout le pays.

Malgré ces attaques, la social-démocratie choisit de ne pas réagir afin de ne pas « émousser » la combativité de la classe ouvrière, qui ne devra combattre que lors de l’assaut final… Mais la réaction n’en reste pas là, et continue, elle, d’avancer. Deux ans plus tard, en août 1929, a lieu un massacre de manifestants à Saint-Lorenzen, là aussi, la social-démocratie laisse faire. Elle garde la même ligne alors qu’en 1931, un coup d’état des Heimwehren échoue en Haute-Styrie et qu’un peu plus tard, leur chef, se trouve acquitté. C’est l’occasion pour Otto Bauer de déclarer : « Nous ne gaspillerons pas nos forces, nous les garderons intactes en vue de l’heure décisive ». La seule opposition qu’ils apportent est constituée par leur refus de participer au gouvernement en 1931.

La même année, la crise économique déclenchée en 1929, commence à toucher l’Autriche avec l’effondrement du Credit-Anstaldt (banque basée à Vienne). Cette crise économique ainsi que leur attitude face aux périls fascistes contribue à isoler toujours plus, à partir de la fin des années 1920, les socialistes. Alors que dorénavant les grandes entreprises tels que l’Alpine-Montan Gesellschaft (la première entreprise sidérurgique d’Autriche), ce qui ne manque pas de rendre difficile la vie syndicale. D’ailleurs, les effectifs syndicaux chutent de 900.000 en 1926 à 520.000 en 1932. La même année, les syndicats jaunes ou chrétiens-sociaux représentent 42% des syndiqués du pays. L’année 1932 représente aussi la dernière année où se tiennent des élections libres. Les élections qui se tiennent mettent au jour deux tendances avec d’une part une dernière montée des sociaux-démocrates, qui gagnent encore quelques sièges au gouvernement et d’autre part une montée sans précédent du parti nazi en particulier à Vienne.

En 1929, Léon Trotski avance le fait que « de tous les pays d’Europe c’est en Autriche que l’on trouve la situation la plus révolutionnaire »[11].

8 Les sombres années 1930[modifier | modifier le wikicode]

8.1 La dictature bonapartiste de 1933[modifier | modifier le wikicode]

Du côté de la réaction, les élections de 1932 ont permis d’une part une montée en puissance des nazis qui représentent un groupe fasciste « concurrent » des Heimwehren et d’autre part, l’arrivée au pouvoir d’Engelbert Dolfuss. Contrairement à son prédécesseur, bien que son parti ne soit majoritaire que d’une courte voix au parlement, il refuse toute alliance avec la social-démocratie. En 1933, alors qu’Hitler vient d’être nommé chancelier en Allemagne, il décide le 7 mai de dissoudre le Parlement, de le mettre en vacance et de gouverner par décret-loi. Ce passage d’une démocratie bourgeoise à une dictature se fait alors sans heurt. La seule initiative de la social-démocratie a été de convoquer une réunion des députés contre la dissolution, réunion qui est bien vite dissoute par les forces de police.

Ce coup d’état « légal » n’est qu’un des épisode d’une répression de plus en plus dure qui se met en place depuis le début de l’année 1933. Ainsi, fin mars 1933, le Schutzbund est interdit, de même que la manifestation du 1er mai à Vienne. Le 26 mai, le Parti Communiste Autrichien est interdit et ses membres condamnés à la clandestinité. La presse de gauche est constamment saisie (l’Arbeiter-Zeitung est définitivement interdit en janvier 1934) et les premiers camps pour enfermer les agitateurs politiques sont inaugurés en septembre. La social-démocratie se distingue encore une fois par sa passivité et sa volonté de conciliation, elle va même jusqu’à publier un document s’articulant autour de quatre points qui précisent les conditions pour engager la lutte contre l’État et le gouvernement et comble de la situation deux mois plus tard, ils tenteront une dernière fois de trouver une plateforme d’accord avec le gouvernement sur une base corporative. Pour justifier leur conduite, Otto Bauer déclare que s’ils avaient déclenché le combat décisif en mars 1933 :

« il y aurait eu de nombreuses victimes. Nous n’en pouvions prendre la responsabilité devant les mères autrichiennes qu’après avoir épuisé tous les moyens pacifiques pour conserver la liberté du peuple ».

Durant tout ce temps, la seule chose que la social-démocratie réussit à faire c’est d’affaiblir la volonté de lutter du prolétariat…

8.2 Le coup d’État fasciste de 1934[modifier | modifier le wikicode]

Le 10 février 1934, Seitz, président du Parti Social-Démocrate, est relevé de ses fonction de maire de Vienne par le gouvernement. Une fois encore la direction du parti reste passive devant cette nouvelle attaque. Mais une réaction arrive tout de même des responsables de la ville de la Linz. Le 11 février, ils déclarent que si l’armée vient perquisitionner les locaux, ils se défendront les armes à la main. Le lendemain, une quarantaine de membres du Schutzbund s’opposent ainsi à la police venue investir le quartier général du Parti social-démocrate. A la demande de ces ouvriers, mais à reculons et avec une seule voix de majorité, la direction du parti lance un appel à la grève générale. Or, c’est un échec. Les cheminots, qui avaient un rôle stratégique, ne se mettent pas en grève, démoralisés par la politique menée précédemment. Les jours suivant, la lutte se concentre à Vienne, autour des 12 quartiers ouvriers. Il faut 4 jours aux 19.000 Heimwehren dirigé par le major Fey (ancien chef des Heimwehren devenu Ministre de la Police) pour venir à bout des 5000 insurgés. Le bilan est lourd pour la classe ouvrière : 1200 morts et 5000 blessés. Mais plus que le bilan humain, il faut retenir que cette bataille est la dernière que se livrent la classe ouvrière et la bourgeoisie. Le mouvement ouvrier est totalement détruit, le parti social-démocrate et les syndicats sont interdits par Dolfuss. Julius Deutsch et Otto Bauer doivent émigrer, les autres sociaux-démocrates restés en Autriche sont envoyés dans les camps d’internement.

Bundesarchiv Bild 102-00805, Wien, Februarkämpfe, Bundesheer 2.jpg

Continuant à agir dans l’illégalité, le prolétariat sera définitivement écrasé quatre ans après, en 1938, année de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne et la prise de pouvoir du NSDAP.

9 Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • BENSAÏD Daniel, Eurocommunisme, austromarxisme et bolchévisme, Critique Communiste, n°18-19, octobre-novembre 1977
  • BÉRANGER Jean, L’Autriche-Hongrie 1815-1918, Paris, Collection « Cursus », Armand Colin, 1994, 187 p.
  • BOURDET Yvon, « Tentatives de front populaire en Autriche », Le Mouvement Social, n°54, janvier-mars 1966, p. 135-149.
  • BOURDET Yvon, Otto Bauer et la révolution, Paris, Collection « Praxis », EDI, 1968, 302 p.
  • DROZ Jacques, Histoire générale du socialisme.
  • FRANK Pierre, Histoire de l’International Communiste 1919-1943, Paris, Editions La Brèche, 1981, 949 p.
  • MARNIER Henri, « Il y a 80 ans, l’insurrection ouvrière du 12 février 1934 en Autriche », Lutte Ouvrière, n°2378, 28 février 2014.
  • SERGE Victor, « Autriche 1934 », 20-21 février 1937, in SERGE Victor, Retour à l’Ouest. Chroniques (juin 1936 – mai 1940), Marseille, Collection « Mémoires Sociales », Agone, 2010, p. 65-69.
  • SERGE Victor, « Autriche, grand cimetière de l’Europe », 25-26 juin 1938, in SERGE Victor, Retour à l’Ouest. Chroniques (juin 1936 – mai 1940), Marseille, Collection « Mémoires Sociales », Agone, 2010, p. 195-198.
  • Léon Trotski, La social-démocratie autrichienne. Victor Adler, 13 juillet 1915
  • Roman Rosdolsky, La situation révolutionnaire en Autriche en 1918 et la politique des sociaux-démocrates, 1967
  • Paul Pasteur, Les pratiques politiques et militantes de la social-démocratie autrichienne 1888-1934, Paris, Belin, Europes centrales, 2003

10 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Lénine, Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, écrit de février à mai 1914
  2. KOLAKOWSKY Leszek, Histoire du marxisme. Tome 2 : L’âge d’or de Kautsky à Lénine, Paris, Fayard, 1987, p. 283
  3. Léon Trotski, Ma vie, 1930
  4. DROZ Jacques (dir.), Histoire générale du socialisme. Tome 2 : de 175 à 1918, Paris, PUF, 1974, p. 101
  5. HAUPT Georges, MAITRON Jean, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international. Tome I : Autriche, Paris, Les Editions Ouvrières, 1971, p. 345.
  6. Le jour de la nation allemande, Arbeiter Zeitung, 5 août 1914, cité par Trotski dans La guerre et l’Internationale, octobre 1914
  7. TAIBO IL Paco Ignacio, « Un geste de folie ? La métamorphose de Friedrich Adler », in Archanges. 12 histoires de révolutionnaires sans révolution possible, Paris, Collection « Suites », Editions Métailié, 2012
  8. Il y a 80 ans, l’insurrection ouvrière du 12 février 1934 en Autriche, Lutte Ouvrière, 28 février 2014
  9. 9,0 et 9,1 Cité par Roman ROSDOLSKY, La situation révolutionnaire en Autriche en 1918 et la politique des sociaux-démocrates, Critique Communiste, septembre-octobre 1977.
  10. ROSMER Alfred, Moscou sous Lénine. Tome I- 1920, Paris, « PCM », Editions Maspéro, 1970
  11. Trotski, La crise autrichienne et le communisme, Biulleten Oppositsii, n°7, 13 novembre 1929.