Empire russe

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L'Empire russe était l'État russe sous le régime tsariste. Fondé en 1721 sous l'autorité de Pierre Ier, il prit fin lors de la Révolution de 1917 et de l'avènement de la République russe. L'Empire russe était une autocratie dirigée par un empereur, appelé le plus souvent Gosoudar (« souverain »), ou tsar dans les campagnes. Mais sa dénomination officielle est imperator. Il est issu de la dynastie des Romanov. Le christianisme orthodoxe était la religion officielle de l'Empire et était contrôlé par le souverain au travers du Saint-Synode. Les sujets de l'Empire étaient séparés en ordres (classes) comme le dvorianstvo (la « noblesse »), le clergé, les marchands (répartis en plusieurs guildes), le mechtchantsvo (« petits commerçants » ou artisans), les cosaques, et le
Carte de l'Empire russe (avant la Grande Guerre)
s paysans (libres, d'État [serfs], ou de la noblesse).

Caractéristiques

Population

Au recensement de 1897, l'Empire aurait compté plus de 128 millions d'habitants. Toutefois, il est possible que ce recensement, qui ne s'est déroulé dans les conditions optimales, soit tout à fait inexact voire exagéré.

Économie

L'économie russe était essentiellement agraire. Avec le temps cependant, le rôle de la bourgeoisie se renforca, si bien que l'on assista au développement inégal et combiné des forces productives du pays, ce qui se traduisait notamment à une forte concentration d'ouvriers dans les grandes villes, concentration qui s'accéléra à l'issue du 18e siècle[1].

Régime politique

Le monarque (tsar) était la source principale du pouvoir.

Les institutions administratives de la Russie avant l'avènement de Pierre Ier « le Grand »sont rudimentaires. L'administration est dirigée par des voïvodes, des sortent d'intendants du tsar qui possèdent tous les pouvoirs civils et militaires. Pierre le Grand souhaite moderniser l'État en s'inspirant de l'Occident, et il créé un « Sénat dirigeant », qui a pour mission de contrôler l'administration, et parfois de réaliser des enquêtes administratives dans les provinces.

En 1810 Alexandre Ier créé le Conseil de l'empire, qui prend l'essentiel des attributions du Sénat, ce dernier devenant une sorte de cour de cassation. Le Conseil de l'empire (qui se réunissait au Palais Marie) rédige les lois, examine le budget et de reçoit les comptes rendus des ministres. Néanmoins, il ne donne qu'un avis et la décision suprême reste au tsar qui a la liberté de ne pas tenir compte des conseils. Ses membres sont nommés par l'empereur. Avec le temps, sa mission principale sera d'enregistrer les décrets.

Sous l'effet de la révolution de 1905, le tsar concède la création d'une Douma d'Etat, qui devient la chambre de basse du parlement (la chambre haute étant le Conseil de l'empire). Mais la Douma n'avait pas de réel pouvoir.

Lors de la Révolution de Février 1917, le Conseil de l'empire est supprimé. La Douma d'Etat n'est plus reconnue par la plupart des partis, mais elle continue de se réunir jusqu'à sa dissolution officielle le 6 octobre.Le Sénat est dissout après la Révolution d'Octobre, le 5 décembre (n.s) 1917.

Institutions locales

  • L'assemblée de Volost. C'est un système de démocratie représentative. Elle comprend tous les fonctionnaires élus d'un bailliage, ainsi que les délégués choisis par les villageois. L'assemblée doit compter au minimum un représentant par hameau. Parmi ses tâches, elle doit élire les fonctionnaires supérieurs, désigner les représentants de la paysannerie aux assemblées de district (où se réunissent des membres de toutes les classes). Elle a également le pouvoir de prendre des décisions sur l'entreprise de travaux utiles à toutes les communautés représentées, comme la construction de chemins ou d'écoles. Pour les financer, l'assemblée a le droit de voter des taxes locales.
  • les Zemstvos parmi 34 gouvernorats de Russie ;
  • les doumas municipales,
  • Les communes paysannes (Mir, ou obchtchina).

Histoire

Origines

L’Etat russe s’est constitué à la fin du Moyen Age dans le contexte d’éclatement de l’empire mongol qui dominait les steppes de l’Eurasie. Les cosaques eurent alors une place centrale dans la défense des marches de l'empire. En s’autonomisant du Khan dont il était le vassal, le grand-prince de Moscou posa les bases d’un nouveau pouvoir monarchique, de nature profondément despotique puisque le prince russe se définissait comme un autocrate, autrement dit un souverain qui n’avait d’autre légitimé que lui-même ou l’autorité que Dieu lui aurait directement déléguée.

Rapports de classe

A la différence d’un monarque européen, qui devait composer avec la noblesse, l’église et les villes et se soumettre à l’ordre légal et coutumier, l’autocrate russe ne voyait son pouvoir limité par aucun corps social et se trouvait exonéré du respect de toute loi ou règle, puisqu’il pouvait par exemple assassiner de ses propres mains n’importe lequel de ses sujets.

L’autorité du prince était si forte qu’elle avait écrasé l’ensemble de la société et en premier lieu la paysannerie, qui avait été réduite en servage entre la fin du 15e et la fin du 16e siècle. Privés de toute propriété, les paysans-serfs avaient été héréditairement établis dans l’une des communautés villageoises que le pouvoir princier avait instituées pour assurer une fonction de « paix » (en russe : mir). Cellule de base de l’Etat russe, le mir gérait de manière communautaire les terres qui lui avaient été assignées, afin d’assurer les prélèvements que le prince exigeait sous forme de redevances ou de livraisons d’hommes pour les corvées et l’armée. Privés de toute réelle liberté, à commencer par celle de circuler ou de se marier, ces paysans-serfs se trouvaient soumis à la coercition de leurs maîtres, qu’un intendant exerçait au nom du prince ou d’un noble, voire d’un monastère, auxquels le souverain avait pu les concéder.

A la différence de la noblesse européenne, la noblesse de l'Empire russe constituait pour l’essentiel une aristocratie de service, dont la richesse, le pouvoir et les titres procédaient de la faveur princière. Recouvrant environ 200 000 chefs de famille en 1917, la noblesse russe constituait un monde hiérarchisé en fonction des charges civiles et surtout militaires que le prince lui allouait. Soumise à une stricte étiquette, elle tirait ses revenus des domaines que le service du prince lui avait permis d’acquérir et assurait son rang par l’existence d’une nombreuse domesticité.

Fortement intégrée à l’Etat, l’Eglise russe était placée sous la protection du prince dans lequel elle voyait un « Tsar », autrement dit l’héritier des Césars romains et byzantins. Assurant ses fidèles de la possibilité d’un bonheur éternel, elle exigeait en contrepartie une soumission absolue à l’ordre social et au tsar, en excommuniant les rebelles au même titre que les hérétiques. Le pouvoir tsariste veillait en contrepartie au maintien de son hégémonie, ce qui l’amenait à pourchasser toute forme d’hétérodoxie et en premier lieu les adeptes de la puissante secte des Vieux-Croyants, dont les millions de fidèles furent persécutés jusqu’en 1905. L’Etat laissait toutefois peu d’autonomie à l’Eglise et avait même sécularisé au 18e siècle ses monastères, assurant aux moines une rente en lieu et place des terres qu’il leur avait confisquées.

« L'autocratie byzantine que les tsars moscovites s'étaient officiellement appropriée dès le début du XVIe siècle soumit les grands féodaux, les boyards, avec l'aide des nobles de la Cour (dvoriané) et s'assujettit ces derniers en leur asservissant la classe paysanne, pour se transformer en monarchie absolue, celle des empereurs de Pétersbourg. Le retard de l'ensemble du processus est suffisamment caractérisé par ce fait que le droit de servage, naissant vers la fin du XVIe siècle, établi au XVIIe, atteignit son épanouissement au XVIIIe et ne fut juridiquement aboli qu'en 1861. Le clergé, après la noblesse, joua dans la formation de l'autocratie tsariste un rôle non négligeable, mais uniquement celui d'un fonctionnariat. L'Église ne s'est jamais haussée en Russie à la puissance dominatrice que le catholicisme eut en Occident (...). Il y avait changement de patriarche à l'avènement d'un nouveau tsar. »[2]

Occidentalisation et développement du capitalisme

Profitant de l’effondrement à la fin du 17e siècle de l’empire suédois, l’Etat russe parvint à s’ouvrir une fenêtre sur la Baltique et entra ainsi dans le concert des puissances européennes. En 1703, le tsar Pierre le Grand fit établir sa nouvelle capitale de Saint-Pétersbourg sur les marais qui bordaient la Baltique, recourant au travail forcé de ses serfs qu’il fit tuer à la tâche par dizaines de milliers. Le regard tourné vers l’Occident, la cour et les élites s’orientèrent dès lors vers l’Europe, d’où ils faisaient venir la culture et les produits de luxe dont la possession devint le fondement de la distinction aristocratique. Sous l’impulsion des élites russes, de nombreux artisans, médecins ou professeurs occidentaux, le plus souvent allemands, vinrent s’établir en Russie autour des palais royaux ou dans les châteaux de la noblesse.

Les richesses du vaste territoire russe ne pouvaient laisser insensibles les capitalistes européens, et réciproquement, l'Etat russe fait appel à ces capitaux étrangers (en leur offrant une rémunération très attractive) pour tenter de se doter d'une industrie moderne. Initiée dès les années 1830, l’industrialisation de la Russie s’accéléra brutalement dans les années 1880, lui permettant d’acquérir en peu de temps un réseau de transport moderne, bien que toujours insuffisant, mais aussi une industrie métallurgique et textile, presque entièrement concentrée à Saint-Pétersbourg, à Moscou, dans le Caucase et dans la moyenne vallée de la Volga.

La Russie se trouvait ainsi dotée d’un capitalisme presque sans bourgeoisie, puisque l’essentiel de l’impulsion économique était donné par l’Etat qui recourait à des capitaux exogènes. Elle s’engageait dans un mode de développement qui combinait un extrême archaïsme, car l’immense masse de la population était composée par une paysannerie misérable, analphabète et totalement coupée de la société moderne, avec des caractères d’une remarquable modernité, puisque l’industrie russe était de loin la plus concentrée au monde. Ne s’étant en effet pas formé de manière endogène, le capitalisme russe n’était pas issu de l’essor d’un petit entreprenariat familial, mais s’était dès le départ caractérisé par sa forte composition organique du capital, qui avait été investi dans des usines colossales, à l’exemple de l’usine Poutilov de Saint-Pétersbourg où travaillaient en 1905 pas moins de 12 000 ouvriers.

La paysannerie regroupait encore plus de 80 % de la population russe à la veille de la Révolution de 1917. Cherchant à moderniser par en haut les structures sociales, le gouvernement avait aboli en 1861 le servage, mais pas au profit des paysans, qui étaient forcés de racheter les terres. Plus tard, la réforme agraire de Stolypine (1906) a accéléré la dissolution des anciennes Mir au profit de l’économie de marché. Une nouvelle couche de petits propriétaires terriens se développe, mais aussi un prolétariat agraire constitué de paysans ruinés, qui alimentent de plus en plus un exode rural.

Un jeune prolétariat grossissait dans les usines qui se construisaient à Moscou, Saint-Pétersbourg, Bakou ou Nijni Novgorod. Il comptait peut-être jusqu’à 4 millions de travailleurs en 1914.

Les minorités nationales opprimées

Le régime était basé sur la majorité grand-russe concentrée principalement en Moscovie. L'expansionnisme russe a par ailleurs englobé de plus en plus de populations non-russes. Selon le recensement de 1897, sa population ne comptait plus que 44 % de Russes et se trouvait donc majoritairement composée d’un conglomérat de minorités très diverses (Polonais, Ukrainiens, Tatars, Lettons, Lithuaniens, Finlandais, Juifs, Allemands, Géorgiens, Arméniens, etc.) que le pouvoir tsariste ne parvenait pas à russifier.

Toutefois, de nombreuses minorités ethniques vivaient sur le sol russe sans toutefois participer à la société civile du pays.

La puissance relative de l'empire russe

Article détaillé : Impérialisme russe.

En s’intégrant progressivement à l’Europe, l’Etat russe devint au cours du 18e siècle une puissance militaire de tout premier ordre, sans rapport avec la faiblesse de son poids économique. Grâce à sa victoire sur Napoléon Ier, la Russie fit son entrée dans le concert des grandes puissances et acquit un nouvel empire, en mettant la main sur une grande partie de la Pologne et de la Lituanie, mais aussi sur la Moldavie roumaine et l’espace caucasien. Au cours du 19e siècle, la Russie poursuivit sa politique expansionniste, en mettant pied dans les Balkans grâce à la création de nouveaux Etats slaves au détriment de l’empire ottoman (Serbie, Bulgarie), mais aussi en entamant une longue marche vers le Pacifique, qui lui permit de pénétrer en Asie centrale avant d’acquérir Vladivostok et la côte pacifique en 1858. Disposant désormais du plus grand territoire au monde, l’Empire russe se trouvait aussi doté des plus grands gisements mondiaux de ressources naturelles (charbon, pétrole, etc.).

Au 19e siècle, l'Empire russe était une puissance militaire et idéologique relative, l'un des derniers foyers de la réaction féodale, avec l'Empire austro-hongrois : le Tsar et la famille royale régnaient sans partages. Marx craignait que la Russie n'envahisse et écrase les Prussiens de l'époque. C'est ce qui les amenait à prendre systématiquement parti contre les forces russes lors des deux conflits russo-turques.

La chute de l'empire

Bien que la Russie restât un pays misérable, où une mauvaise récolte suffisait à entrainer une famine meurtrière, comme ce fut le cas en 1891 lorsqu’un été trop sec entraîna la mort de deux millions de Russes, les transformations du 19e siècle provoquèrent une explosion démographique particulièrement brutale. Disposant au début du 20e siècle d’un accroissement naturel supérieur à un million de personnes par an, la Russie était sans doute le pays le plus jeune d’Europe. Même si l’état des statistiques russes ne permet pas de disposer de données précises, la majorité de la population russe avait très certainement en 1917 moins de vingt ans, ce qui n’était pas sans conséquence sur les dynamiques sociales.

Soumise à une exploitation d’autant plus brutale que l’industrialisation s’était originellement développée dans des ateliers domaniaux par l’exploitation d’une main-d’œuvre servile, la classe ouvrière russe disposait d’une forte combativité, en raison de son important degré de concentration. Dans un pays où les droits de grève et de coalition n’existaient pas, les luttes du prolétariat russe prenaient une forte dimension révolutionnaire. Toute action de grève se heurtant à la répression de la police et de l’armée, les revendications de type économique se trouvaient en effet toujours étroitement associées à des revendications démocratiques qui mettaient en cause l’autocratie.

Les capacités du prolétariat étaient exacerbées par un puissant réseau de militants révolutionnaires, qui trouvait ses racines dans l’incapacité du régime à répondre aux aspirations de ses élites. Ne disposant en effet pas d’une réelle bourgeoisie, la Russie n’offrait à la poignée de jeunes privilégiés, qui entraient dans les universités et lycées établis en petit nombre au 19e siècle, que les perspectives étriquées d’une carrière dans l’armée ou dans l'église. La Russie vit se développer une couche sociale spécifique – l’intelligentsia russe – qui, ne trouvant pas dans le service du tsar une réponse à ses aspirations, se tourna soit vers les arts, pour donner naissance à une scène artistique, musicale et littéraire très créative, soit vers des activités politiques qui, vu la nature du régime, ne pouvaient qu’être révolutionnaires. Avec l’essor du prolétariat urbain, les usines devinrent les lieux de rendez-vous de ces nouveaux militants qui, après avoir été exclus des lycées ou des universités, se consacraient à l’animation de groupes révolutionnaires, avant d’être arrêtés, déportés, puis de partir en exil rédiger les tracts et les brochures qu’une nouvelle génération faisait à son tour circuler dans les cercles ouvriers.

L'Empire est marqué par une série de manifestations et de mutineries en 1905. Douze ans plus tard, le régime tsariste est enfin renversé : pour de nombreux socialistes, c'est une victoire. Mais pour les bolchéviks, il faut faire plus : arrêter immédiatement la guerre et donner tout le pouvoir aux soviets, ces assemblées d'ouvriers qui se sont spontamément organisées dans les grandes villes du pays. C'est pour cette raison que le gouvernement est renversé une seconde fois, cette fois-ci en Octobre.

Notes et sources

Bibliographie

Notes

  1. « Sur 128 millions d'habitants en Russie, on ne compte pas plus d'ouvriers que dans l'Amérique du Nord où la population n'est que de 76 millions d'habitants. Cela vient de ce que la Russie est, du tout au tout, économiquement arriérée. » Léon Trotsky in 1905
  2. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, 1930