Madeleine Pelletier

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Madeleine Pelletier (1874-1939) est une militante féministe et socialiste française. Elle fut la première femme médecin diplômée en psychiatrie en France. Toujours proche des libertaires, elle fut une dirigeante de la SFIO de 1906 à 1914, lorsque, refusant l'union sacrée, elle se rapprocha des communistes, avant de se rapprocher à nouveau des anarchistes.[1]

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Enfance[modifier | modifier le wikicode]

Madeleine Pelletier est née à Paris le 18 mai 1874 dans une famille pauvre. Sa mère tient un magasin de fruits et légumes près des Halles. Ils auront 12 enfants dont seuls 2 survivront. Son enfance est dominée par la personnalité dominatrice de sa mère, fille de père inconnu, royaliste et catholique fanatique. Surnommée « la jésuite » pour ses opinions royalistes et son fanatisme religieux, elle était haïe dans son quartier à forte tradition républicaine. Son père, ancien cocher de fiacre, frappé d’hémiplégie, passa sa vie cloué dans un fauteuil roulant mais discutait beaucoup avec la petite fille. Suite au départ de son frère survivant, Madeleine Pelletier vit à partir de ses dix ans en enfant unique, puis dès ses 15 ans seule avec sa mère à la suite du décès de son père[2].

Elle suivit des études primaires brilantes dans un établissement religieux, passa son Certificat d’études primaires à 11 ans et quitta l'école à 12 ans malgré l’insistance des religieuses pour qu’elle reste. Elle a des rapports conflictuels avec les « autres » : les élèves et certaines religieuses. Elle est « différente ».

Etudes et contacts féministes et anarchistes[modifier | modifier le wikicode]

Livrée à elle-même, ayant le goût de l’étude, elle fréquenta la bibliothèque de son quartier et acquit, en autodidacte, une solide culture. Dès l’âge de 13 ans, s’échappant le soir du domicile familial, elle fréquenta un groupe féministe où elle découvrit « toute une voie lumineuse d’affranchissement » et un groupe anarchiste où elle rencontra Louise Michel. Elle n’adhèrait pas à toutes les thèses libertaires, en particulier elle pensait que l’on ne peut pas se passer d’un Gouvernement. Surtout, sa fréquentation d’un groupe féministe entraîna des discussions sans fin avec les anarchistes : elle prit peu à peu ses distances avec les libertaires.

Désirant réussir et sortir de son milieu par la culture intellectuelle, Madeleine Pelletier passa son baccalauréat en 1897 en candidate libre et l’obtint, avec la mention très bien, en philosophie.

L'anthropologue et le cerveau des femmes[modifier | modifier le wikicode]

Un après, elle décide de faire médecine. A l’époque il y a 4 500 étudiants dans cette discipline dont 129 femmes, parmi lesquelles 100 étrangères. Elle obtient une bourse d’études de la ville de Paris : « C’est le pain assuré mais trempé dans une sauce bien amère. »

S'intéressant à l'anthropologie, elle étudie le rapport entre la taille du crâne et l'intelligence selon les théories de Paul Pierre Broca. Elle travailla ensuite avec Charles Letourneau et Léonce Manouvrier. Contestant l'idée selon laquelle l'intelligence serait proportionnelle au volume du crâne qui sous-tendait celle d'une infériorité intellectuelle de la femme, elle rompit avec l'anthropologie pour se consacrer à la psychiatrie dès 1906.

Médecin et première femme psychiatre[modifier | modifier le wikicode]

Entrée à l’École de médecine en 1899, à l’âge de 25 ans, elle fut la première femme à passer le concours de l’assistance médicale à Paris et fut nommée médecin des bureaux de bienfaisance. En 4ème année de médecine elle s’oriente vers la psychiatrie. Elle voulut concourir pour l’internat des asiles d’aliénés mais l’entrée lui fut refusée, un règlement exigeant que le candidat ait ses "droits politiques". En 1904, une campagne de presse organisée en sa faveur par quelques journaux dont La Fronde de Marguerite Durand lui permit de changer la loi et devenir la première femme interne des asiles, ce qui lui donne une certaine célèbrité.

La pratique de la médecine lui apporta des déceptions : à l’asile les internes lui firent une guerre incessante, les infirmières regardèrent « ahuries, cette bête étrange qu’était une femme interne en médecine comme les hommes ». Rapiement, elle dénonça aussi les internements abusifs.

Elle devra cumuler l’activité de son cabinet médical (80-82 rue de Gergovie, quartier pauvre de Paris) - où les patients ne se précipitent pas, car on ne fait pas confiance à une femme médecin - avec des responsabilités d’urgentiste de nuit et de médecin fonctionnaire des PTT.

Féministe radicale[modifier | modifier le wikicode]

Toute sa vie Madeleine Pelletier sera rejetée par ses camarades de lutte, comme par beaucoup de féministes.

Elle valorise le célibat, s’habille "en homme", et porte ses cheveux courts. Elle bravait ainsi une interdiction, car il fallait alors une permission de travestissement auprès de la préfecture de police.[3] Elle n’est pas une pionnière (rappelons-nous George Sand), mais elle est la première à donner un sens politique à son geste :

« Si je m’habille comme je le fais c’est parce que c’est commode, mais c’est surtout parce que je suis féministe ; mon costume dit à l’homme : "Je suis ton égale" »

Sur l'avortement et la contraception, elle a des positions alors très proches à ceux du mouvement français néo-malthusien - elle a même écrit pour une revue de ce nom.

Elle défendait une virginité militante, position marginale dans le mouvement féministe, qu'elle partageait avec sa consœur Arria Ly. Elle entendait ainsi signifier son refus du mariage comme de l'amour libre. Ces actions ont été vues comme un attentat porté contre l'identité sexuelle. En écrivant de la manière dont elle s'habillait, elle a dit : « je montrerai les miens [les seins] dès que les hommes commenceront à s'habiller avec une sorte de pantalon qui montre leur…»

Franc-maçonne[modifier | modifier le wikicode]

En 1904, Madeleine Pelletier demanda son admission à la Philosophie sociale, loge franc-maçonne appartenant à la Grande Loge symbolique écossaise et ouverte aux femmes, après celle du « Droit humain », fondée par Maria Deraismes[4]. Pour elle, il s’agissait d’une école d’initiation politique où, encadrées par des intellectuels et des libres penseurs, les femmes pourraient faire leur éducation idéologique. Dès qu’elle fut initiée, elle organisa une campagne dans les milieux maçonniques en vue d’ouvrir aux femmes les loges régulières. Elle rencontra de très vives oppositions, les femmes étant suspectées d’attachement à la religion et à la réaction, mais aussi de par ses positions en faveur de l'avortement et de la contraception[5]. Elle fut obligée de quitter les institutions maçonniques, tout en continuant à se considérer maçonne sa vie durant. Son départ fut utilisé par le Grand Orient pour justifier sa politique d’exclusion des femmes.

Selon la Grande Loge féminine de France :

« Elle est initiée dans la loge parisienne « La Philosophie Sociale », puis elle s'affilie à la loge « Diderot », dont elle est élue, plus tard, « Vénérable Maîtresse ». C’est une maçonne très active et une féministe engagée, donnant régulièrement des conférences et publiant des articles dans la revue « L'Acacia » et dans le « Bulletin Maçonnique » [...] elle reprend des relations maçonniques et on la retrouve au Droit Humain. En 1937, elle adhère au groupement fraternel des maçons pacifistes intégraux Mundia. »[6]

Féministe et socialiste[modifier | modifier le wikicode]

En 1906, Madeleine Pelletier accepte de diriger le groupe féministe La solidarité des femmes à la suite de Caroline Kauffmann, où elle participe au combat pour le suffrage des femmes, inventant notamment le slogan : « La femme doit voter, elle subit les lois et paie les impôts, nous voulons le suffrage universel et non unisexe ! » Au moment des élections de 1906, le groupe organise  des défilés en fiacres, des banderoles, collages d’affiches, diffusions de tracts. Mais les militantes féministes sont isolées, et les manifestations dégénéraient souvent, la police traînant les féministes au poste sous les quolibets d’une foule hostile.

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Madeleine Pelletier décide alors de rencontrer les membres du groupe parlementaire socialiste. Ceux-ci lui promirent de nommer, dans les plus brefs délais, une sous-commission chargée de rédiger un projet de loi sur l’électorat et l’éligibilité des femmes. Elle adhéra alors au Parti socialiste (SFIO), écrivant : « Le féminisme n’est plus isolé ; il a un appui. » Les socialistes bénéficiaient d’une aura non négligeable auprès des féministes pour avoir, les premiers, reconnu l’égalité des sexes au congrès ouvrier de Marseille en 1879, sous l’impulsion d’Hubertine Auclert. C'est aussi parce que Madeleine Pelletier était sensible à la misère sociale et voulait lier l’émancipation des femmes à l’émancipation générale. La « tactique féministe » était alors d’entrer dans les partis politiques de gauche afin de faire entendre leurs revendications

Pelletier rejoint la tendance guesdiste Justice sociale, plus radical que le courant jauressiste, et s’inscrivit dans la 14e section de Paris. Jusqu'en 1914, elle fut membre du conseil national du parti. En 1906, elle proposa une résolution sur le suffrage des femmes au IIIe congrès national qui eut lieu à Limoges. Son projet fut voté à l’unanimité moins les six voix des Vosges et on lui fit comprendre que si sa motion avait été votée, c’est parce qu’elle n’avait aucune importance : « Si le vote des femmes était prêt de se réaliser, vous verriez les objections. » Le 21 décembre de la même année, elle posa la candidature de 70 adhérentes de la Solidarité des femmes à la Chambre en demandant l’admission dans les réunions du groupe socialiste et en exigeant la nomination d’une sous-commission pour le suffrage des femmes.

En 1907 elle écrit dans la Revue Socialiste un article fondamental, Les facteurs sociologiques de la psychologie féminine, qui était une vraie déconstruction du genre, 42 ans avant Simone de Beauvoir.

En juillet 1907, elle obtint du congrès fédéral de la Seine de pouvoir représenter à nouveau le texte de la motion de Limoges au congrès de Nancy qui se tint en août.

Son engagement socialiste était sincère, mais ne l'a jamais empêché de tenir une analyse très critique du patriarcat dans la classe ouvrière. Elle affirmait que « c’est dans les classes élevées que la condition de la femme est la meilleure », et écrivait même :

« Quant à l’avènement du collectivisme, on peut presque affirmer que, s’il se produisait tout de suite, il constituerait relativement à la condition sociale de la femme un recul. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, bien qu’inférieure encore à celle de l’homme, la condition de la femme des classes cultivées est de beaucoup, abstraction faite même de la vie matérielle, est de beaucoup supérieure à celle de la femme prolétaire. L’avènement du prolétariat au pouvoir généraliserait donc à toutes les femmes la situation morale que le prolétaire fait à la sienne, car les quelques velléités plus larges des socialistes cultivés seraient vite noyées dans les volontés contraires de la masse. La femme médecin, la femme professeur de sciences ne seraient plus qu’un souvenir. Certes, la femme pauvre gagnerait au socialisme en bien-être matériel, elle n’aurait plus faim et froid comme aujourd’hui ; mais le joug du mâle s’étendrait sur toutes, en dehors de l’amour et la maternité, il n’y aurait plus de place pour la femme dans la société. Il est donc indispensable que l’émancipation de la femme se réalise dans l’état social actuel, car ainsi la société de l’avenir se trouvera en présence du fait accompli. »[7]

Collaboration de classe ?[modifier | modifier le wikicode]

A l’occasion du congrès international socialiste qui eut lieu du 17 au 19 août 1907 à Stuttgart, s’ouvrit la première Conférence internationale des femmes socialistes, sous la direction de Clara Zetkin. Madeleine Pelletier fit partie de la délégation des 7 femmes envoyées par la SFIO. Elle fut la seule à ne pas voter la résolution majoritaire, qui faisait découler l'émancipation des femmes du socialisme et imposait une stricte délimitation avec le « féminisme bourgeois ».

Elle rejoignit alors la fraction hervéiste et devint rédactrice à la Guerre sociale. Parallèlement elle fonda au cours de l’hiver 1907-1908 un mensuel féministe nommé La Suffragiste et dirigea la société La Solidarité des Femmes fondée par une autre féministe, Eugénie Potonié-Pierre, qui soutenait toutes les candidatures des « suffragettes » sans distinction de parti. En 1908, elle représenta ce groupe aux manifestations de Hyde Park pour le suffrage des femmes. La même année, lors des élections municipales, elle brisa avec Hubertine Auclert les vitres d’une salle de vote. Elles comparurent en correctionnelle.

Son positionnement pour un féminisme plus large que seulement centré sur la classe ouvrière lui vaut des accusations de collaboration de classe. Mais du point de vue de la stratégie révolutionnaire dans la lutte des classes, elle est pourtant positionnée à l'extrême gauche, et même « gauchiste » (d'un point de vue léniniste), par exemple pour son refus du parlementarisme[8].

En 1908 elle publie La femme soldat, article que tout le monde réprouve. La gauche révolutionnaire comme les féministes l’accusent de militarisme, Hervé la trouve trop excentrique...

Antimilitariste et toujours plus féministe[modifier | modifier le wikicode]

Les hervéistes lui furent hostiles mais ce fut elle qui défendit la motion insurrectionnelle aux congrès de Saint-Étienne en 1909 et de Nîmes en 1910. Hervé ayant été emprisonné pour des articles parus dans la Guerre sociale, Madeleine Pelletier fut proposée sur la liste de la commission administrative permanente pour le remplacer. Elle fut élue à la CAP à l’occasion du congrès de 1909 et réélue en 1910. Elle y définit les positions insurrectionnalistes et souleva quelques remous en déclarant :

«  Le Parti socialiste n’est pas un parti républicain ; il se désintéresse de la forme républicaine, attendu que certaines nations monarchiques ont réalisé dans l’intérêt de la classe ouvrière des réformes que la République n’a pas su réaliser  » (compte rendu, p. 469).

A gauche, debout, Caroline Kauffmann et Madeleine Pelletier (1910)

En 1910, le Parti socialiste présenta illégalement aux élections des candidatures féminines et la nomma dans le 8ème arrondissement, où elle n'avait aucune chance. Elle remporta néanmoins 4%, et un nombre de voix (340) plus élevé que le précédent candidat socialiste. En 1910, elle est la féministe la plus connue en France et à l’étranger. En 1912, elle fut candidate dans le 7ème arrondissement (quartier Saint-Thomas-d’Aquin), quartier à nouveau sans espoir.

Elle rompt avec Hervé qui vire à droite et se retire du PS, qui crée le Groupe des femmes socialistes dans le but de marginaliser Madeleine Pelletier. Elle collabore à nouveau avec des anarchistes, tout en critiquant le sexisme en leur sein.

Durant toute cette période, elle écrivit de nombreuses brochures mettant en cause la famille, fondement de la domination matérielle, idéologique des hommes sur les femmes ; dénonçant le mariage qui conçoit la femme comme « la chose » d’un homme, prônant la liberté sexuelle vue comme la liberté de consentir ou de refuser une relation, plaidant pour le droit à l’avortement et à la contraception. Se définissant comme une féministe intégrale, elle revendiqua toutes les émancipations : politiques, économiques, sociales, intellectuelles, sexuelles.

En 1912, elle milita dans le comité féminin contre les iniquités sociales créé par des militants et militantes des Jeunesses syndicalistes de la Seine, de tendance anarchiste, dans le but de faire échec à la loi Berry-Millerand qui instituait le service militaire de trois ans. En 1913, elle fit de la propagande antimilitariste auprès des femmes et participa à de nombreuses manifestations.

En 1914, elle organise une manifestation pour le suffrage des femmes qui regroupe un millier de personnes. En août de la même année une campagne sur le même thème recueille 505 000 voix. La guerre sonne le glas de cet espoir. Un dernier texte paraît, sur le thème de l’éducation des filles. Il faut éduquer les filles comme des garçons. Son universalisme est masculin, parce qu'elle considère que les femmes sont aliénées.

Le choc de la guerre[modifier | modifier le wikicode]

Le revirement d’Hervé, la trahison de la plupart de ses camarades, leur adhésion à l’Union sacrée, l’abandon total du mot d'ordre de grève générale révoltèrent Madeleine Pelletier, qui voyait clairement cette guerre comme impérialiste.

Certaines féministes s’inscrivirent à la Croix-rouge et elle partit sur le front, affirmant vouloir soigner Français et Allemands sans distinction. Pour elle, le seul aspect positif de cette guerre fut de faire accéder des femmes à de nouvelles professions, en raison du manque général de main d'oeuvre.

Après la guerre, elle collabora au Libertaire écrivant des articles sur l’antimilitarisme, le néo-malthusianisme, l’éducation du prolétariat, l’affranchissement de la femme sans que, pour autant, elle se soit ralliée au mouvement ainsi qu’il était dit dans le n° 8 du 18 novembre 1921 : «  Notre collaboratrice n’est pas anarchiste, elle s’en défend elle-même d’ailleurs.  ». Elle donna des articles à L’Idée libre, revue mensuelle d’éducation sociale que fonda Lorulot et dont le premier numéro parut le 1er décembre 1911.

Communiste[modifier | modifier le wikicode]

En décembre 1920, elle assista au congrès de Tours. Lors de la scission, elle reprit son activité politique dans le nouveau Parti communiste (SFIC). D’emblée, elle s’inscrivit dans la minorité ultra-gauche. L’engagement de Madeleine Pelletier lui parut conciliable avec son féminisme : la SFIC avait mis l’égalité des sexes à son programme. Elle devint rédactrice à la revue la Voix des femmes, féministe et socialiste qui passa au communisme et s’appliqua à être le porte-parole du parti auprès des femmes. Elle rédigea de nombreux articles sur les bases du communisme et la révolution russe. Pressentie par la revue pour participer à la IIe conférence internationale des femmes communistes à Moscou, elle ne put obtenir de passeport.

Elle a fait un voyage illégalement en Russie soviétique en juillet 1921, à la suite duquel elle a fait publier Mon voyage aventureux en Russie communiste, publié d'abord dans la revue La Voix de la Femme, plus tard édité comme un livre (1922). Elle y rencontre Alexandra Kollontaï.

Propagandiste zélée mais lucide, elle critiqua la terreur, la bureaucratie, la misère de la population et son mysticisme, et surtout les limites de l'émancipation des femmes dans le jeune État ouvrier. Elle reconnut une certaine libération économique et sexuelle mais dénonça leur cantonnement hors du politique, dans des problèmes liés à la maternité, aux enfants, au ravitaillement, aux soins. Elle resta un temps au Parti communiste, défendant le bolchévisme et le féminisme au Club du Faubourg, participant à de nombreuses conférences à Paris et en province.

En 1924, elle appela à voter pour les candidats du Bloc ouvrier et paysan, porté par le Parti communiste. Collaboratrice de l’Ouvrière, organe des femmes communistes, tout au long des années 1923 et 1924.  En 1926 elle quitte le PC car on veut la contraindre à rompre avec la franc-maçonnerie.

Dernières années[modifier | modifier le wikicode]

Estimant que toutes les tentatives pour allier féminisme et socialisme ou communisme avaient fait faillite, Madeleine Pelletier prit des distances avec les partis politiques. Elle ne collabora plus dès lors qu’à la presse libertaire : en 1926, à l’Insurgé, à Plus loin (1926-1939) que dirigeait le Dr Pierrot, au Semeur contre tous les tyrans (1927-1936).

Medaille famille francaise.jpg

Après la guerre, la bourgeoisie est porteuse d'une grande vague nataliste. Madeleine Pelletier intervient à de nombreuses reprises par écrit ou oralement au Club du Faubourg sur les thèses néo-malthusiennes de l’avortement et de la contraception. Elle fait scandale par ses prises de position, et un procès est même intenté au Club du Faubourg à la suite de l’une de ses interventions.

À partir de 1926 elle se mobilise contre Mussolini.

Elle écrit aussi des romans utopiens, et en 1933 une autobiographie, La femme vierge. Elle militait au Parti d’unité prolétarienne en 1934.

Elle devient très en vue et doit renoncer à son poste de médecin des PTT. En 1932, elle adhère au « Mouvement Amsterdam-Pleyel » contre la guerre. En 1933, elle est accusée d’avoir pratiqué un avortement sur une jeune domestique. Elle est menacée de poursuites judiciaires. Elle se défend, le danger s’éloigne, momentanément. En 1936, Madeleine Pelletier se réjouit de voir entrer des femmes au gouvernement.

Elle subit un accident vasculaire cérébral en 1937 qui la laisse partiellement paralysée.

En 1939, la droite revient au pouvoir. Madeleine Pelletier est à nouveau accusée dans une affaire d’avortement (suite à une délation) sur une enfant de 13 ans, violée par son frère. Jugée au nom de la « loi scélérate » de 1920, elle est accusée de « crime d’avortement ». La presse rapporte largement les faits. On perquisitionne son domicile. Mais elle est jugée irresponsable. Compte tenu de son état de santé, on réalise qu’elle n’a pas pu pratiquer cet avortement. Cependant elle est jugée comme « un danger pour elle-même, pour autrui et pour l’ordre public » et condamnée à être internée. Elle passe 48 heures à Sainte-Anne où 37 ans plus tôt elle avait fait des études de psychiatrie, puis est internée à l’asile d’aliénés de Perray-Vaucluse (à Epinay-sur-Orge), car elle ne correspond pas aux stéréotypes de « mère et d’épouse » ! Deux articles dans la presse dénoncent son internement comme politique. Elle recevra cinq visites d’Hélène Brion avant de mourir désespérée le 29 décembre 1939 à 65 ans.

Postérité[modifier | modifier le wikicode]

En 1992 et 1993, une biographie et un colloque relancèrent l’intérêt pour cette pionnière du féminisme.

En 2011, les co-propriétaires du 80-82 rue de Gergovie, réunis en assemblée générale, acceptent la pose d’une plaque sur la façade de leur immeuble à la mémoire de Madeleine Pelletier[1].

Citations[modifier | modifier le wikicode]

« En même temps qu’elles doivent s‘affranchir en tant que classe, il est absolument indispensable que les femmes s’affranchissent en tant que sexe. Parce qu’on ne veut pas faire sortir la femme du cercle étroit de la famille, elle devient un organe inconscient de sa réaction »[9].

« Tout cela me décourage, l'émancipation de la femme ne viendra donc jamais. Autrefois, mes allures d'affranchie ne me valaient que des lazzi des voyous, maintenant, on m'arrête parce que je n'ai pas l'air d'une asservie, comme les autres femmes, évidemment, je suis née plusieurs siècles trop tôt ». 16 septembre 1914[10].

Œuvres[modifier | modifier le wikicode]

71 textes de Madeleine Pelletier, texte intégral.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. 1,0 et 1,1 Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social : notice biographique.
  2. Maignien et Sowerwine 1992
  3. Christine Bard, « Le « DB58 » aux Archives de la Préfecture de Police », dans Clio : Femmes, genre, Histoire, vol.10, 1999 [texte intégral] 
  4. Anne Cova, Féminismes et néo-malthusianismes sous la Troisième République, L'Harmattan, 2001, page 99.
  5. « PELLETIER Madeleine [PELLETIER Anne, Madeleine] - Maitron » (consulté le 23 septembre 2014)
  6. Grande Loge féminine de France, Les francs-maçonnes célèbres, Madeleine Pelletier (1874-1939), notice biographique.
  7. Madeleine Pelletier, La prétendue infériorité psychophysiologique des femmes, La Revue socialiste, Janvier 1908
  8. Madeleine Pelletier, Les dangers du parlementarisme, La Guerre Sociale, 16 septembre 1908
  9. Michèle Vincent, Femmes et pacifisme, Fédération Nationale de la Libre Pensée, 11 janvier 2009, texte intégral.
  10. L'Éphéméride anarchiste : notice biographique.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Notices[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Claude Maignien et Charles Sowerwine, Madeleine Pelletier : une féministe dans l'arène politique, Paris, Les Éditions ouvrières, (lire en ligne).
  • Christine Bard, Madeleine Pelletier (1874-1939). Logique et infortunes d’un combat pour l’égalité, Paris, Côté-Femmes, 1992.
  • Christine Bard, Les filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940, Paris, Fayard,
  • Michel Dreyfus, Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule, Visages du mouvement ouvrier, catalogue de l'exposition, Association des amis du Maitron, 14 février 1995, "Madeleine+Pelletier"#v=onepage&q="Madeleine Pelletier"&f=false page 37.
  • (en) Felicia Gordon, The Integral Feminist, Madeleine Pelletier, 1874-1939 : Feminism, Socialism and Medicine, Minneapolis, University of Minnesota Press, , 295 p. (OCLC 22452903)
  • Françoise Jupeau Réquillard, La Grande Loge Symbolique Écossaise 1880-1911, ou les avant-gardes maçonniques, Éditions du Rocher, Monaco, 1998.
  • Claude Maignien, Madeleine Pelletier, une féministe intégrale, in Claire Auzias, Boulevard des anormaux, Paris, Association Chimères, 1997, notice.
  • François-Olivier Touati (s/d), Maladies, médecines et sociétés, association Histoire au Présent, 1993, volume 1, "Madeleine Pelletier"#v=onepage&q="Madeleine Pelletier"&f=false extraits en ligne.

Articles[modifier | modifier le wikicode]

  • Charles Sowerwine, Militantisme et identité sexuelle : la carrière politique et l'œuvre théorique de Madeleine Pelletier (1874-1939), Le Mouvement Social, n°157, 1991/3, notice, texte intégral
  • CP, Madeleine Pelletier 1874-1939, Divergences, n°30, mars 2012, texte intégral.
  • Madeleine Vernet, Une question à Mme Madeleine Pelletier, Le Libertaire, 28 juillet 1908, texte intégral.
  • (en) C. S. Allen, « Sisters of Another Sort: Freemason Women in Modern France, 1725–1940 », dans The Journal of Modern History, n°75, 2003, p.783-835. 
  • (en) C. Sowerwine, « Woman’s Brain, Man’s Brain: feminism and anthropology in late nineteenth-century France », dans Women’s History Review, n°12, 2003, p.289-307. 

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

  • Madeleine Pelletier. Médecin psychiatre, journaliste et éditrice, militante suffragiste, romancière (1874-1939) sur le site 8 mars.info.
  • Jean-Laurent Turbet, Madeleine Pelletier, une combattante. Franc-maçonne, féministe, socialiste et… libre !, Blog maçonnique, 8 mars 2013, texte intégral