Pays-Bas espagnols

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Les Pays-Bas espagnols étaient un territoire contrôlé par l'absolutisme espagnol de 1549 à 1713.

Cette page détaille le contexte d'alors, qui a notamment rendu possible la révolution bourgeoise des Pays-Bas.

Possession espagnole[modifier | modifier le wikicode]

Au XVIème siècle, les Pays-Bas constituent un ensemble de 17 provinces gouvernées depuis Bruxelles. Leur territoire englobe le territoire actuel de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas, du département français du Nord et d’une partie de celui du Pas-de-Calais. Depuis 1556, le souverain des Pays-Bas est Philippe II d’Espagne (1527-1598), chef de la branche aînée des Habsbourgs, maître d’un empire mondial et à la tête de l’absolutisme le plus puissant d’Europe. Le père de Philippe II, l’empereur Charles Quint (1500-1558) (Charles Ier d'Espagne) a hérité les Pays-Bas des ducs de Bourgogne qui en ont réuni les provinces entre 1384 et 1473 par des mariages, des achats et des conquêtes, et qui ont doté l'ensemble d’institutions centrales. Charles Quint a conquis et ajouté à l’ensemble, entre 1523 et 1543, les cinq provinces au nord-est du Zuiderzee, Aux Pays-Bas s’ajoute la Franche-Comté de Bourgogne, également gouvernée depuis Bruxelles. Bien que le duché de Bourgogne proprement dit ait été repris en 1477 par le roi de France, le terme “Bourgogne” est au XVIème siècle quasiment équivalent à “Pays-Bas” et leurs habitants appellent leur souverain le Duc de Bourgogne. Formellement, les Pays-Bas font partie du Saint-Empire romain-germanique. L’empereur Maximilien II, chef de la branche cadette des Habsbourgs, est donc en principe le suzerain de son cousin Philippe II pour les Pays-Bas. Il n’y a pas de véritable domination espagnole sur les Pays-Bas. Les Habsbourgs étaient souverains des Pays-Bas avant d’hériter du trône d'Espagne, et Charles Quint a été élevé dans les Pays-Bas avant de monter à l’âge adulte sur le trône d’Espagne. Des “Bourguignons” siègent jusqu’au sommet du gouvernement de Madrid et le dirigent à plusieurs époques. Les fastes de l’absolutisme espagnol se sont enrichis de ceux plus raffinés et plus anciens de la cour de Bourgogne.

Un pays de villes en avance sur l’Europe[modifier | modifier le wikicode]

Au XVIème siècle, les Pays-Bas sont le pays le plus riche d’Europe, le plus densément peuplé et le plus urbanisé : 200 villes, dont 19 de plus de 10.000 habitants, alors qu’il n’y en a que 4 en Angleterre. Au total, un peu plus de deux millions d’habitants. Dans les provinces de Sandre, Brabant, Hollande et Zélande, les plus développées, plus de la moitié de la population  vit dans les villes, proportion tout à fait extraordinaire qui ne sera atteinte ailleurs en Europe qu’au XIXème siècle. La plus grande ville, Anvers, 80.000 habitants, est la métropole commerciale et bancaire de l’Europe du Nord. Les Pays-Bas possèdent la plus grande flotte de commerce d’Europe. Leurs marchands dominent tout le commerce extra-méditerranéen, de la Baltique à Lisbonne. Les trois quarts des bateaux qui passent les détroits danois sont des Pays-Bas. Ils importent la laine de Castille et d’Angleterre, le bois de Scandinavie, le blé de Pologne, et sont le principal exportateur européen de tissus et de bateaux. Ils exportent dans l’Europe entière le hareng salé, produit de leurs flottes de pêche. Avec l’Italie, les Pays-Bas sont la seule région d'Europe à avoir une vraie classe ouvrière manufacturière réunissant des milliers de personnes dans les plus grandes villes. Mais ils ont également plus de chômeurs et de pauvres urbains que partout ailleurs. L’industrie drapière est principalement située dans les villes de Flandre et de Hollande. Dans les villes elle est rigidement contrôlée par les corporations et leurs règlementations qui bloquent l’accumulation du capital en visant à préserver la petite entreprise familiale du maître artisan et de ses quelques compagnons. Une industrie drapière s’est massivement développée dans les bourgs et villages de Flandre où n’existent pas de corporations et où les règlements municipaux sont moins restrictifs. Là plus qu’en ville, des grands marchands-drapiers sont patrons de nombreux artisans travaillant à domicile. C’est la draperie “rurale” ou les “nouvelles draperies”. Le centre le plus prospère en est Hondsehoote. En ville, la population est presqu’entièrement alphabétisée, C’est à Anvers que se trouve Plantin, le plus grand éditeur et imprimeur d’Europe. Les Pays-Bas ont également l’agriculture la plus moderne d’Europe, orientée vers le marché et dirigée par des intérêts urbains. On y pratique déjà la culture commerciale des fleurs et les Pays-Bas exportent de la viande et du fromage.

La noblesse est particulièrement peu nombreuse, environ 1% de la population contre 8% en Espagne et 5% en Allemagne ou en France. Une dizaine de grands féodaux possèdent presque des provinces entières tandis que des centaines de petits nobles démunis s’intègrent à cette civilisation urbaine en se faisant commerçants ou avocats. Les villes des Pays-Bas ont depuis le XIVème siècle une longue tradition de révoltes anti-seigneuriales pour défendre les libertés communales. La dernière en date, l’insurrection de Gand, la deuxième ville du pays, en 1539-1540, dirigée par un comité d’artisans au chômage, a été écrasée dans le sang par Charles Quint. Toutes les libertés acquises par la ville depuis le Moyen-Âge furent supprimées.

Le protestantisme en progrès [modifier | modifier le wikicode]

Dès les années 1520, le protestantisme a connu beaucoup de succès dans les villes des Pays-Bas: le luthérianisme chez une minorité de grands bourgeois cosmopolites, l’anabaptisme, simple et égalitariste, chez les ouvriers et les petits artisans. La répression est féroce et constante. Elle contraint les anabaptistes à une clandestinité rigoureuse. Dans les années 1550, c’est le calvinisme, rigide, élitaire et théoricien, qui se développe massivement parmi la petite bourgeoisie aisée et cultivée, et parmi de nombreux intellectuels de la petite noblesse. Dans les années 1550-1560, la répression force des milliers de calvinistes à l’exil et des communautés calvinistes des Pays-Bas s’organisent en Allemagne et en Angleterre. Dans les plus grandes villes, les protestants trouvent suffisamment de refuges, ainsi que sur les terres de quelques nobles non-conformistes. Des calvinistes français trouvent même à se réfugier dans les Pays-Bas.

Le retard de l’absolutisme[modifier | modifier le wikicode]

La structure politique des Pays-Bas est extrêmement décentralisée et les institutions représentatives que sont les États provinciaux et les Etats généraux ont beaucoup de pouvoirs. Le souverain nomme à la tête de chaque province un gouverneur, le “stadhouder”. Mais chaque province a ses institutions administratives et judiciaires particulières, ses lois, ses règles de procédures, ses douanes et ses impôts, et ses Etats provinciaux avec lesquels le souverain, ou le stadhouder, doit négocier les impôts, les lois, les nominations de magistrats. Les Etats provinciaux envoient aux réunions des Etats généraux de Bruxelles, des délégations tenues par de rigoureux mandats impératifs. Les sessions sont par conséquent ralenties par d’interminables retours pour consulter les mandants. Les Pays-Bas partagent avec deux ou trois royaumes européens, la Catalogne, en partie l’Angleterre, le privilège d’Etats généraux souvent réunis et dotés de comités permanents associés au pouvoir exécutif. En 1557, les Etats généraux n’ont accepté de voter 800.000 florins par an pendant neuf ans qu’en échange du contrôle par une commission des Etats de la levée et de la dépense de cet impôt.

Le gouvernement de Bruxelles ne dispose guère de troupes permanentes tandis que les milices urbaines et féodales sont compliquées à mobiliser. Voilà pourquoi la présence de troupes espagnoles sera si décisive. L’absolutisme aux Pays-Bas reste à construire. On est à des mondes de distance de l’absolutisme espagnol, le plus moderne d’Europe. Celui-ci repose sur la subordination des villes et des Etats généraux de Castille, et sur l’intégration réussie de la noblesse à une immense machine bureaucratique et militaire qui fonctionne de Palerme à Lima, et également sur l’immensité des moyens financiers que lui donnent les mines dargent de Potosi. L’incompatibilité entre l’Etat médiéval et contractuel de la Bourgogne et l’absolutisme espagnol exige un dénouement: d’un côté Madrid engloutit ses moyens financiers dans ses engagements planétaires alors que l’économie castillane décline, de l’autre côté elle n’arrive même pas à tirer de la région la plus riche d’Europe de quoi financer simplement la totalité des dépenses du gouvernement de Bruxelles.

Une périphérie non-féodale[modifier | modifier le wikicode]

Les Pays-Bas réunissent des formations sociales régionales extrêmement différentes dont trois sont tout à fait exceptionnelles dans le contexte européen de l’époque :

- La civilisation urbaine des grandes villes de Flandre : Anvers, Gand, Bruges, Ypres, Lille. 

- La Hollande (et cela vaut pour la Zélande voisine) est une terre de colonisation récente récupérée sur la mer, plus exactement sur des marais salants et des tourbières inondées, entre le XIème et le XIVème siècles. Cette colonisation fut organisée systématiquement par les comtes qui vendaient de grandes parcelles rectangulaires à des particuliers qui s’engageaient à les drainer et qui les ont mises en culture et en ont extrait la tourbe, principal combustible des Pays-Bas. C’est donc un pays de paysans propriétaires, organisés en outre très tôt en institutions électives chargées d’administrer les digues et les canaux. Une grande partie des terres a été accumulée par des entrepreneurs capitalistes des très nombreuses petites villes de Hollande. En Hollande, la noblesse est quasi inexistante : douze familles qui possèdent moins de 10% des terres. Dans les Etats de Hollande, l’ordre de la noblesse est représenté par le prince d’Orange tout seul.

- La Frise, autre terre agricole de colonisation, a une forte tradition de particularisme et d’insubordination puisque le tribalisme n’y a été aboli qu’à la fin du XIème siècle. Les tribus frisonnes, irréductibles pendant des siècles, se sont enfin transformées en paysans propriétaires dont les plus riches sont plus ou moins reconnus nobles, mais cultivent eux-mêmes leurs terres. Ainsi, l’ensemble Zélande-Hollande-Frise, au nord des Pays-Bas, de part et d’autre du Zuiderzee, n’a tout simplement jamais connu leféodalisme. Par contre dans les campagnes de Flandre et de Brabant, malgré leur agriculture prospère et moderne, la noblesse est puissante. Elle l’est encore plus dans les provinces plus classiquement féodales, dans la moyenne de l’Europe de l’Ouest d’alors, au sud l’Artois et le Hainaut, au nord-est la Gueldre. Enfin sur la bordure nord-est et sud-est des Pays-Bas on trouve des provinces très peu urbanisées, très pauvres, très féodales, l’Overijssel et la Drenthe, et forestier et particulièrement retardé, le Luxembourg.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Les révolutions bourgeoises IIRF, 1989