Andreas Gottschalk
Andréas Gottschalk (né le à Düsseldorf, mort le ) fut un militant du mouvement ouvrier allemand, participant à la révolution de Mars 1848. Membre de la Ligue des communistes, il fonda l'Union ouvrière de Cologne. Marx fut en opposition à la ligne qu'il défendait (qu'il qualifiait ironiquement de « socialisme vrai »).
1 Biographie[modifier | modifier le wikicode]
1.1 Avant 1848[modifier | modifier le wikicode]
Gottschalk naît dans une famille juive de Düsseldorf. Il obtient un doctorat de médecine à Bonn le 11 juillet 1839, et exerce à Cologne à partir d'avril 1840.
En décembre 1841, il participe à la fondation de la Rheinische Zeitung, journal démocrate dans lequel écrit aussi Marx.
Il se convertit au protestantisme en 1844. Il commence à intervenir politiquement à partir de 1846, lorsqu'il intervient à un congrès de médecine en portant plusieurs revendications, dont la suppression du doctorat obligatoire pour exercer la médecine, et l'aide aux plus démunis.
Il fait le choix de se consacrer en grande partie à des interventions gratuites dans les quartiers pauvres de Cologne, ce qui lui vaut d'être très populaire auprès du milieu ouvrier.
Comme d'autres, il est influencé par les idées proto-communistes de Moses Hess. Il est l'un des fondateurs de la section de Cologne de la Ligue des communistes avant 1848, mais pas du tout sur la ligne que Marx et Engels font triompher à Londres entre juin et octobre 1847.
1.2 Activités pendant la révolution[modifier | modifier le wikicode]
1.2.1 Les défenestrations de Cologne[modifier | modifier le wikicode]
Lorsque le mouvement révolutionnaire de 1848 gagne les États germaniques, il est en première ligne. A Cologne, le 3 mars, il organise un rassemblement de masse devant l'hôtel de ville, exigeant le suffrage universel, l'abolition de l'armée permanente, la liberté de la presse, et la protection des droits des travailleur·ses.[1]
Gottschalk fut autorisé à entrer au conseil municipal, où il présente les revendications, que le conseil refuse. L'armée intervient alors et une partie de la foule se réfugie à l'hôtel de ville, forçant deux conseillers municipaux à sauter par la fenêtre. Cet événement fut connu sous le nom de « défenestration de Cologne ». La mobilisation de la foule déclencha des émeutes violemment réprimées par l'armée. Gottschalk figura parmi les personnes arrêtées. Après que la révolution eut également gagné Berlin, il fut libéré.
1.2.2 L'Union ouvrière de Cologne[modifier | modifier le wikicode]
Le 13 avril, il fonde l'«Union ouvrière de Cologne » avec August Willich. Forte d'environ 300 membres[3], elle atteindra entre 5 000 et 8 000 membres le mois suivant[4], pour l'essentiel des ouvriers et des artisans. À la tête de l'Union il y avait un président et un comité composé de représentants de diverses professions. L'Union avait un organe, la Zeitung des Arbeiter-Vereins zu Köln.
Son engagement le mit rapidement en conflit avec les membres de la communauté protestante, dominée par des citoyens instruits et aisés, qui l'accusaient de vouloir priver les pauvres de l'espoir en l'au-delà par son attitude matérialiste.
Par ailleurs, du 14 au 17 juin 1848 se tient un congrès des Républicains démocrates allemands à Francfort-sur-le-Main, et Gottschalk, en tant que délégué de l'Union ouvrière de Cologne, y est considéré comme l'une des personnes les plus importantes. Ce congrès fonde l'Association centrale de Mars, une fédération nationale d'associations démocratiques.
1.2.3 Conflit avec Marx[modifier | modifier le wikicode]
Début mai 1848, Gottschalk démissionne de la Ligue des communistes, désapprouvant la stratégie et les tactiques de la ligue, depuis que Marx et Engels y avaient gagné une majorité.
Marx et Engels avaient également regagné Cologne après la révolution, mais considéraient que la ligne de Gottschalk était catastrophique (à la fois « gauchiste », même si le terme n'était pas employé à l'époque, et utopiste par d'autres aspects). C'est pourquoi ils fondent en avril 1848 la Neue Rheinische Zeitung et, en lien, une Société démocratique, qui s'opposent à la ligne de Gottschalk, et à son journal.[4]
Le courant de Gottschalk et des autres socialistes allemands qui refusaient les idées de Marx et Engels était qualifié par ces derniers de «socialisme vrai » (ironiquement). Ce courant se concentrait sur la défense des pauvres et de l'égalité humaine avec beaucoup d'arguments moraux, et refusait les analyses sur la révolution démocratique bourgeoise avant l'étape de la révolution communiste.
Ne voyant pas l'intérêt d'une quelconque alliance avec les bourgeois démocrates contre la réaction féodale, Gottschalk pouvait paraître plus radical. De fait il mettait plus l'accent sur l'antagonisme entre prolétaires et capitalisme, alors que la Neue Rheinische Zeitung parlait, relativement, moins des grèves et des questions purement économiques.[4]
A l'inverse Gottschalk ne s'intéressait qu'aux ouvriers alors même que leurs seules forces ne suffisaient pas face à la réaction (surtout dans les régions moins industrialisées). Sa position l'a conduit à boycotter les élections au parlement de Francfort (qui cristallisait les rapports de force entre modérés et radicaux et qui matérialisait l'aspiration à l'unification allemande).
Par ailleurs la radicalité apparente de Gottschalk se mêlait à des aspects mi-réformistes mi-utopiques :
- il n'avait pas de perspective sérieuse pour la réalisation du communisme, prônant plutôt une résorption des inégalités par le mutuellisme et la coopération, plutôt qu'une lutte des classes avec pour horizon la collectivisation ; il soutenait des revendications exprimant davantage les préjugés des anciennes corporations que l'avenir du mouvement ouvrier ;
- ses formes de luttes étaient plus que modérées : remettre des pétitions aux autorités au nom des travailleurs, se cantonner au légalisme...
Mais l'Union ouvrière fut de plus en plus divisée à mesure que la tactique de Marx et Engels gagnait en soutien dans ses rangs, à partir de juin.
1.2.4 Arrestation et changement de cap[modifier | modifier le wikicode]
En juillet 1848, Gottschalk fut de nouveau arrêté, avec Fritz Anneke et Christian Joseph Esser, mais il ne sera jugé qu'en octobre. Cette arrestation facilitera la prise en main de l'Union ouvrière par Marx et ses partisans.
Joseph Moll fut élu président le 6 juillet, fonction qu'il conserva jusqu'aux événements de septembre qui l'obligèrent à émigrer. Le 16 octobre 1848, à la demande générale, Marx prit provisoirement la présidence
Durant l'automne de 1848 un vaste travail d'agitation se développa et les paysans des environs y participèrent. Les membres de l'Union organisèrent dans les environs de la ville des filiales et des Associations démocratiques plus larges, quoique sous hégémonie ouvrière. Ils diffusaient une littérature révolutionnaire, et en particulier les « Revendications du parti communiste en Allemagne[5] ». L'Union entretenait d'étroites relations avec les autres Unions ouvrières de Rhénanie et de Westphalie.
Gottschalk fut jugé en octobre pour incitation à renverser l'ordre public par la violence. La Neue Rheinische Zeitung Marx couvre son procès et prend sa défense.[3] À la surprise générale de l'accusation, le jury le déclare non coupable, et il est libéré. Il se rend d'abord à Paris et à Bruxelles, puis revient rapidement à Cologne.
Après l'interdiction de la Zeitung des Arbeiter-Vereins zu Köln, l'organe de l'Union devient, à partir du 26 octobre 1848, le Freiheit, Brüderlichkeit, Arbeit.
Gottschalk, s'opposa à la participation de l'Union ouvrière aux élections à la Deuxième Chambre prussienne de décembre 1848, mais la majorité, dont Marx et Peter Gerhard Roeser[6], la soutint.
1.2.5 Tentative de contre-attaque[modifier | modifier le wikicode]
Le 28 février, Karl Schapper devient président de l'Union ouvrière, et le restera jusqu'à la fin de mai 1849. Avec Marx et d'autres, l'Union ouvrière est réorganisée en janvier-février 1849. Le 25 février, de nouveaux statuts furent adoptés; la tâche essentielle qu'ils fixaient à l'Union était « la formation politique, sociale et scientifique de ses membres en leur procurant des livres, des journaux et des tracts, en organisant des conférences et des discussions ». En avril le comité de l'Union Ouvrière décida de discuter au cours des séances de l'Union, l'exposé de Marx, Travail salarié et capital.
Parallèlement, au cours de l'hiver 1848-1849 Gottschalk et ses partisans tentent de contre-attaquer. Dans l'Arbeiterzeitung journal qu'ils publiaient depuis janvier 1849, ils se livrèrent à de violentes attaques et calomnies contre Marx et la rédaction de la Neue Rheinische Zeitung.
Il qualifiait Marx ironiquement de « dieu solaire érudit »[7] et l'accusait lui et Engels d'être des doctrinaires pas réellement préoccupés du sort des ouvriers :
« Vous n'avez jamais été sincères quant à l'émancipation des opprimés. La misère du travailleur, la faim des pauvres ne suscitent chez vous qu'un intérêt purement scientifique, voire idéologique… Vous ne croyez pas à la révolte du peuple, dont le mouvement croissant prépare déjà la fin du capitalisme ; vous ne croyez pas à la permanence de la révolution, vous ne croyez même pas à la capacité révolutionnaire du peuple. »[8]
Des sections se prononcent pour défendre Marx contre ces attaques de Gottschalk.[9]
1.3 Décès auprès des miséreux[modifier | modifier le wikicode]
Alors que la défaite de la révolution devenait de plus en plus évidente, Gottschalk envisagea temporairement une carrière scientifique. Il continua néanmoins d'exercer comme médecin à Cologne. Lorsqu'une épidémie de choléra éclata à l'été 1849, faisant plus de 10 000 victimes dans la ville, Gottschalk tenta d'aider les malades, en particulier les plus démunis. Il contracta la maladie auprès d'un patient et en mourut.
Des milliers de personnes assistèrent à ses funérailles le 9 septembre 1849 au cimetière de Melaten et lui rendirent un dernier hommage. Cependant, la cérémonie funèbre eut lieu sans pasteur, le pasteur protestant ayant initialement proposé une inhumation à 5h30, puis restant chez lui pour protester contre les opinions socialistes de Gottschalk. Friedrich Leßner prononça l'éloge funèbre. Sur la pierre tombale est inscrit : « Une chose est nécessaire : le bien arrive toujours. Que l'on tombe ou que l'on se tienne debout, il est et reste le même. »
La pierre tombale a été conçue par Friedrich von Schmidt, qui a travaillé à la construction de la cathédrale de Cologne à partir de 1843. Elle a été restaurée en 1998 à l'instigation de la Confédération allemande des syndicats.
2 Sources[modifier | modifier le wikicode]
- Biographical note contained in the Collected Works of Karl Marx and Frederick Engels: Volume 9, p. 603.
- Notice next to his portrait. Cologne City Museum
- ↑ C'est à ce moment qu'ont lieu les « défenestrations de Cologne ».
- ↑ Voir « Kölner Arbeiterverein » sur Wikipedia
- ↑ 3,0 et 3,1 Karl Marx, Procès contre Gottschalk et ses compagnons, 21 décembre 1848
- ↑ 4,0 4,1 et 4,2 Tristram Hunt, Engels: le gentleman révolutionnaire, 2009
- ↑ Friedrich Engels, Karl Marx, Revendications du parti communiste en Allemagne, 21 mars 1848
- ↑ https://de.wikipedia.org/wiki/Peter_Gerhard_Roeser
- ↑ An Herrn Karl Marx, Redakteur der Neuen Rheinischen Zeitung. In: Freiheit, Arbeit. Köln 1849, Nr. 13 (25 février 1849)
- ↑ Cité in P. H. Noyes, Organization and Revolution: Working-Class Associations in the German Revolution of 1848–49 (Princeton, 1966), pp. 286–7
- ↑ Résolution de la première filiale de l’Union Ouvrière de Cologne, 29 avril 1849