Neue Rheinische Zeitung

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19 juin 1848

La Neue Rheinische Zeitung (« Nouvelle Gazette rhénane » en français) est le nom d'un quotidien allemand publié par Karl Marx à Cologne entre 1848 et 1849 ainsi que d'une revue mensuelle publiée par Marx à Londres en 1850.

1 Histoire[modifier | modifier le wikicode]

1.1 L'ancienne Gazette (1842-1843)[modifier | modifier le wikicode]

Son nom se réfère à une précédente publication, la Rheinische Zeitung (Gazette rhénane), fondée le 1er janvier 1842 à Cologne par des bourgeois radicaux, proches des Hégéliens de gauche. Ce journal avait une ligne éditoriale démocrate radicale et réformiste, et évoluait vers une ligne de plus en plus révolutionnaire. Marx y fit la connaissance d’Engels. Le journal fut interdit par le gouvernement prussien en avril 1843.

1.2 Période intermédiaire[modifier | modifier le wikicode]

Marx s’installe à Paris. Son expulsion en 1845 le mène à Bruxelles. Au printemps 1847, Marx et Engels adhèrent à une organisation clandestine, la Ligue des Communistes, pour laquelle ils rédigent le Manifeste du parti communiste, qui sera publié juste avant la Révolution de Février (sans avoir eu le temps d'avoir un impact). Après l'éclatement de la révolution de février 1848 en France, Marx se retrouve à Paris[1], bientôt suivi par Engels.

Dans le Paris révolutionnaire, Engels commente les forces en présence et se retrouve à déjeuner aux Tuileries[2]. Mais lui et Marx ont les yeux rivés sur le bouillonnement qui gagne les États de la Confédération germanique (Révolution de Mars).

1.3 La nouvelle Gazette (1848-1850)[modifier | modifier le wikicode]

Parmi les nombreux émigrés allemands en France, un mouvement se forme pour rentrer combattre en Allemagne, touchant de nombreux militants de la Ligue. Le gouvernement provisoire français apporte même une petite aide financière à la formation de ces légions de volontaires. Par exemple à Paris se forme un Club communiste allemand, qui organise le rapatriement de 300 à 400 ouvriers. Mais Marx et Engels refusent cette ligne qu'ils estiment vouée à l'échec (et qui échouera de fait). Ils estiment par ailleurs qu'avec les nombreux mouvements de militants, l'organisation de la Ligue en société secrète n'est plus possible ni souhaitable. Ils misent sur le développement d'un journal révolutionnaire, la Neue Rheinische Zeitung. Ils commencent à réunir des fonds et des soutiens dès mars[2], partent en Allemagne en avril, et le premier numéro sort le 1er juin 1848.

La Neue Rheinische Zeitung, Organ der Democratie (organe de la démocratie), publiée à Cologne, qui faisait alors partie de la Prusse (province du Rhin), entama sa parution le 1er juin 1848, pratiquement sans aucune ressource financière. Le journal traitait de questions sociopolitiques et internationales. Il se voulait à la fois un organe pour la défense radicale de la démocratie et pour la défense des intérêts du prolétariat dans le processus.

Selon Engels :

« Le prolétariat allemand est donc apparu pour la première fois dans l’arène politique comme un parti démocratique extrémiste. C’est ce qui a déterminé notre drapeau quand nous avons entrepris de fonder un grand journal en Allemagne. Ce drapeau ne pouvait être que celui de la démocratie, mais d’une démocratie qui révélait partout, à la moindre occasion, son caractère spécifiquement prolétarien, qu’elle ne pouvait pas encore inscrire une fois pour toutes sur son drapeau.

Si nous ne l’avions pas voulu, si nous avions refusé de nous rallier au mouvement à son aile existante, la plus avancée, prolétarienne en fait, pour le stimuler, nous n’aurions pas eu d’ autre solution que de prêcher le communisme dans une feuille de chou et de fonder une petite secte au lieu d’un grand parti. Or, le rôle de prédicateurs dans le désert ne nous convenait plus : ce n’est point pour cela que nous avions si bien étudié les utopistes et rédigé notre programme.

A notre arrivée à Cologne, les démocrates et certains communistes préparaient déjà la fondation d’un grand journal. On voulait le faire strictement local et nous exiler, nous autres, à Berlin. Mais nous avons eu le dessus en 24 heures, surtout grâce à Marx ; le journal était à nous ; en revanche, nous avons consenti à prendre Heinrich Bürgers dans la rédaction. Celui-ci a écrit un seul article (au n° 2) , qui ne fut suivi d’aucun autre. »[3]

L’équipe éditoriale se composait de Karl Marx, rédacteur en chef, ainsi que Heinrich Bürgers, Ernst Dronke, Friedrich Engels, Georg Weerth, Ferdinand Wolff et Wilhelm Wolff, tous membres de la Ligue des Communistes. Friedrich Engels collabora au journal comme rédacteur en écrivant des articles essentiels.

Tout au long de la vie du journal, les éditeurs ont été menacés de poursuites judiciaires et d’expulsion en raison de leur nationalité non prussienne. Marx comparait deux fois devant la justice, le 7 février 1849, à cause d’un délit de presse, et le 8 pour incitation à la résistance armée contre le gouvernement. Il fut acquitté à chaque fois.

Le tirage atteint 5000 copies en septembre 1848, lorsque l’état de siège de Cologne interrompt la parution. Elle reprend à la mi-octobre. Ferdinand Freiligrath rejoint le journal.

Marx et Engels utilisent ce journal pour publier leur analyse sur le vif des évènements de juin 1848 en France (Journées de juin), ainsi que des épisodes révolutionnaires en Europe, notamment en Allemagne. Des textes majeurs paraissent dans la Neue Rheinische Zeitung, comme Travail salarié et Capital en avril 1849.

301 numéros seront publiés entre juin 1848 et 19 mai 1849, date à laquelle le journal est fermé par les autorités, alors que Cologne est de nouveau en état de siège. Il y a alors 6000 abonnés. Les derniers mots du journal (imprimés à l’encre rouge) sont destinés aux travailleurs de Cologne : « émancipation de la classe ouvrière ! »

Marx se réfugie à Paris, puis à Londres après la manifestation du 13 juin 1849, où il s’installe définitivement.

De son côté Engels participe aux barricades dans sa ville natale, et écrit : « La Nouvelle Gazette rhénane elle aussi était représentée sur les barricades d'Elberfeld. »[4]

À partir de 1850, Marx fonde une revue mensuelle du même nom, la Neue Rheinische Zeitung (Politisch-ökonomische Revue) (revue économique et politique) à Hambourg. L’intention de Marx est de poursuivre l’œuvre politique et théorique du journal de Cologne. Sa publication commence à Londres en mars 1850. 6 numéro sortiront.

Dans cette revue apparaîtront Les Luttes de classes en France (n°1-4), où Marx analyse a posteriori les évènements de 1848, et La guerre des paysans allemands (Engels, 1850, n°5-6).

Après l’expérience de la Revue, Marx se consacre à l’étude systématique de la structure économique de la société.

2 Gottschalk et l'Union ouvrière[modifier | modifier le wikicode]

Andreas Gottschalk, également membre de la Ligue des communistes, avait acquis une forte influence parmi les ouvriers et artisans de Cologne, notamment par son activité de médecin des pauvres. Il avait dirigé le premier mouvement révolutionnaire de mars dans la ville, et a pris l'initiative de former une Union ouvrière de Cologne en avril.

Mais sa ligne était à la fois étroitement « ouvriériste » (refus de faire front avec les démocrates bourgeois) et plus modérée dans ses méthodes de lutte. C'est pourquoi Marx et Engels menèrent une lutte d'influence contre lui et ses partisans, jusqu'à devenir majoritaires.

3 Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Il est sous le coup d’une expulsion des autorités belges le 3 mars, et reçoit un sauf-conduit de Flocon le 10 mars, l'autorisant à entrer en France.
  2. 2,0 et 2,1 Friedrich Engels, Lettre à Emil Blank, 28 mars 1848
  3. Friedrich Engels, Marx et la Nouvelle Gazette rhénane (1848-1849), février 1884
  4. Friedrich Engels, Elberfeld, Neue Rheinische Zeitung n°300, 17 mai 1849, 2° édition