Révisionnisme

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Révisionnisme est un terme qui a revêtu de nombreuses significations différentes dans l'histoire. Dans les partis marxistes, il signifie une remise en question par des partis ouvriers de principes ou d'acquis, le plus souvent le reniement de la révolution pour cautionner une évolution vers le réformisme.

1 Le révisionnisme dans les partis ouvriers[modifier | modifier le wikicode]

La critique du révisionnisme ne sous-entend pas que toute critique du marxisme est condamnable. Des militants comme Lénine et Trotski par exemple ont apporté des compléments fondamentaux au marxisme, ou plus exactement ils ont utilisé la méthode marxiste pour comprendre l'évolution du capitalisme et actualiser les tâches des communistes. Mais le terme de révisionnisme a acquiert son sens dans la lutte contre des courants qui édulcoraient profondément le marxisme et avaient des intérêts matériels à le faire.

A l'inverse, Lénine considérait que quelqu'un comme Franz Mehring avait critiqué Marx de façon marxiste :

« Quand les marxistes orthodoxes avaient à combattre certaines conceptions vieillies de Marx (ainsi que l'a fait Mehring à l'égard de certaines affirmations historiques), ils l'ont toujours fait avec tant de précision, de façon tellement circonstanciée que jamais personne n'a pu relever dans leurs travaux la moindre équivoque. »[1]

1.1 Révisionnisme dans la social-démocratie[modifier | modifier le wikicode]

On ne peut évidemment parler de révisionnisme qu'après que le socialisme scientifique ait commencé à avoir une audience. C'est dans les années 1880 qu'un parti ouvrier de masse, le Parti social-démocrate allemand, s'est pour la première fois doté d'une perspective marxiste. Plus généralement, en Europe et aux États-Unis, la lutte de la classe laborieuse pour l'abolition du salariat devenait un axe fédérateur, et l'autorité de la direction marxiste de l'Internationale ouvrière était toujours plus reconnue.

Mais dès les années 1890, la social-démocratie fut victime de ses succès et l'absence de vigilance de sa direction centriste : une couche privilégiée se formait à la tête des grands syndicats et parmi les députés socialistes, et sa pratique quotidienne s'éloignait toujours plus de l'objectif révolutionnaire, se contenant de prôner des réformes. D'où la naissance d'un courant voulant "réviser" le marxisme, autour d'Eduard Bernstein d'abord mais qui trouva un écho dans toute une frange du mouvement ouvrier.

Ce moment de querelle autour de la question réformiste, connue en allemand sous le nom de Reformismusstreit, est devenu par la suite l'exemple canonique du révisionnisme tel que dénoncé dans les partis se réclamant du marxisme révolutionnaire.

Après la trahison de 1914 (union sacrée autour des nationalismes bourgeois dans les principaux pays capitalistes), le virage ouvertement réformiste est de plus en plus assumé dans la social-démocratie. Le clivage autour de la guerre sera doublé du clivage sur le soutien ou non à la Révolution d'Octobre 1917.

L'aile pacifiste et centriste autour de Kautsky créé en 1917 l'USPD (Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne). A la direction de la Neue Zeit, organe du parti, la place laissée vide par Kautsky est prise par Heinrich Cunow, qui devient le théoricien d'un SPD clairement réformiste. Face aux bolchéviks qui mettaient en valeur les positions révolutionnaires de Marx (notamment la rupture avec l'ancien État au moment de la Commune), Cunow assumait de répudier ce côté « destructeur » de Marx, ce que n'aurait pas faut un Kautsky par exemple.

1.2 Révisionnisme stalinien[modifier | modifier le wikicode]

Le révisionnisme eut lieu d'une façon encore plus brutale dans le Parti Communiste d'Union Soviétique et au sein de l'Internationale Communiste par suite de leur stalinisation. Le marxisme y fut dénaturé et réduit à une caricature mécaniste servant de justification à l'appareil bureaucratique de l'URSS.

Dans le parti bolchévik au cours de la révolution de 1917, le plupart des vieux bolchéviks s'étaient trouvés en désaccord à un moment ou à un autre avec Lénine (contre ses thèses d'avril, contre l'insurrection...). Or après la mort de Lénine et l'ascension rapide de Staline à la tête de l'appareil bureaucratisé du nouvel Etat, l'histoire devient un outil important de propagande. Staline et ses hommes de main font alors commencer peu à peu un véritable révisionnisme historique. Il s'agira de passer sous silence les preuves gênantes, voire de plus en plus de les faire disparaître, de retoucher les photos... Certains vont commencer à reprocher à Trotski d'avoir été menchévik, alors qu'il avait dit et écrit qu'il avait eu tort.

En revanche, Trotski était sans doute un de ceux qui avaient le moins à rougir de leurs actes et prises de position pendant l’année 1917. Il publiera notamment Les leçons d'Octobre en 1924[2], qui répond à certaines attaques, et qui en déclenchera d'autres.

On reproche à Trotski de surestimer l'importance de la garnison de soldats (d'origine paysanne) de Petrograd, ce qui ne cadre pas assez avec le schéma simpliste de révolution ouvrière que le régime essaie de diffuser. Paradoxalement, une autre polémique lancée contre Trotski est celle d'avoir sous-estimé la paysannerie dans le cadre de sa théorie de la révolution permanente. Cette dernière a pourtant été validée par le processus révolutionnaire de 1917 et par la politique pratique de Lénine, mais les staliniens n'hésitent pas à ressortir les vieux débats sur la « dictature du prolétariat et de la paysannerie ». L'importance que donne Trotski au basculement de la garnison de Petrograd minimise aussi de fait le pouvoir du parti, ce qui ne cadre pas avec le parti inébranlable que l'idéologie stalinienne cherche à développer. Pokrovski va notamment soutenir que l'enjeu autour de la garnison n'était qu'un prétexte que l'on aurait pu choisir n'importe quelle date.

Trotski n'eut qu'un désaccord tactique avec Lénine au moment de l'insurrection. Lénine était prêt à ce que le parti bolchévik organise directement l'insurrection, à une date arbitraire avant le Congrès des soviets, pour avoir l'effet de surprise. Trotski s'attachait à ce que l'insurrection soit le plus possible en phase avec la légitimité soviétique (faite au nom du Soviet de Petrograd et au moment du Congrès). Staline, qui a été en retrait au moment de l'insurrection et qui reconnaissait au lendemain de l'insurrection le mérite de Trotski, se mit à lui reprocher de raconter ces divergences. Il écrivait en 1924 : « Lenine proposait la prise du pouvoir par les Soviets, celui de Leningrad ou celui de Moscou, et non derrière le dos des Soviets, écrivait Staline en 1924. Pourquoi Trotski a-t-il eu besoin de cette légende plus qu'étrange sur Lenine ? (...) Le parti connaît Lenine comme le plus grand marxiste de notre temps, étranger à toute ombre de blanquisme. »[3]

Les historiens officiels du stalinisme vont plus loin. Iaroslavsky écrit au sujet du 25 octobre : « De fortes masses du prolétariat de Petrograd, à l'appel du Comité militaire révolutionnaire, se placèrent sous ses drapeaux et envahirent les rues de Petrograd. » En réalité l'insurrection d'Octobre a au contraire été historiquement remarquable par le fait que les rues étaient calmes, et que les bolchévik n'ont eu besoin que de quelques bataillons de soldats et de gardes rouges pour s'emparer des points clés.

Le révisionnisme historique toucha aussi l'histoire du parti lui-même. Radek souligna en 1931 que le parti avait « accueilli ce qu'il y avait de meilleur dans le mouvement ouvrier » et qu'on ne devait pas, en faisant comme s'il était sorti tout droit de la fraction de 1903, « oublier les courants et les ruisseaux » qui s'y étaient déversés en 1917. Cela ne cadrait pas du tout avec ce qu'était devenu le parti. Kaganovitch réagit :

« Il faut que Radek comprenne que la théorie des ruisselets crée la base pour la liberté des groupes et des fractions. Si on tolère un « ruisselet », il faut lui donner la possibilité d'avoir un « courant ». [...] Notre parti n'est pas un réservoir de ruisseaux troubles, c'est un fleuve si puissant qu'il ne peut conserver aucun ruisselet, car il a toute possibilité de faire disparaître tous les obstacles sur son chemin »

Les historiens soviétiques passèrent aussi sous silence le fait que Lénine avait envisagé encore en septembre 1917 une issue pacifique de la révolution, si les conciliateurs acceptaient de créer un gouvernement soviétique.[4]

Il est à noter que dans le milieu de l’extrême gauche des années 1970 en France, on appelait les communistes staliniens les « révisionnistes ».[5]

1.3 Révisionnisme dans la CNT espagnole[modifier | modifier le wikicode]

Dans la CNT espagnole, comme dans toute organisation de masse, des luttes de tendance existaient. Des militant·es (notamment celles/ceux regroupé·es dans la FAI) insistaient sur le caractère anarchiste de la CNT, et dénonçaient comme « révisionniste » le courant qui avait tendance à évoluer vers plus de « pragmatisme » syndical, ou des positions réformistes.

1.4 Aggiornamentos social-démocrates[modifier | modifier le wikicode]

Le dernier exemple de grande ampleur de révisionnisme est la vague d'abandon de toute référence au marxisme par les parti social-démocrates (qui lui avaient depuis longtemps tournés le dos) au cours des dernières décennies, tendance accélérée par la chute de l'URSS.

On peut notamment citer le "Bad Godesberg" allemand en 1959, la fin de la référence à la collectivisation dans la programme du parti travailliste anglais en 1994, l'aggiornamento italien des démocrates de gauche en 1998...

2 Autres significations[modifier | modifier le wikicode]

Historiquement, le terme a d'abord été utilisé pour désigner les dreyfusards (qui demandaient la révision du procès de Dreyfus).

Il s'est ensuite généralisé à ceux qui demandent la révision d'un traité, d'une loi, d'un système établi...

Depuis quelques décennies, le terme est fortement chargé. En effet, il est souvent utilisé comme synonyme de « révisionnisme historique » (les courants qui vont à l'encontre de faits historiques bien établies), en particulier à ceux qui nient la Shoah.

3 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme - Préface à la première édition, 1908
  2. Trotski, Les leçons d'Octobre, 1924
  3. Léon Trotski, Histoire de la révolution russe - 47. L'insurrection d'octobre, 1932
  4. https://www.contretemps.eu/bolcheviks-revolution-rabinowitch/#_ftn4
  5. Cf. note p. 245 dans Christine Delphy, L’ennemi principal, t. 1, Economie politique du patriarcat, Paris, Syllepse, 1998