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Jusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui avait à l'époque 13 jours de retard sur le calendrier grégorien. Le 23 février « ancien style » correspond donc au 8 mars « nouveau style » (n.s.).
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Le Gouvernement provisoire russe formé le 16 mars 1917 (n.s : 29 mars) après la Révolution de Février, fut renversé par la Révolution du 25-26 octobre (n.s : 7-8 novembre).

Histoire

Révolution de Février

Article détaillé : Révolution de Février.

Les grandes grèves et manifestations ouvrières qui éclatent en février dans la capitale Petrograd deviennent vite incontrôlables pour le pouvoir tsariste. L'État-major fait alors pression sur l'empereur pour que celui-ci abdique « afin de sauver l'indépendance du pays et assurer la sauvegarde de la dynastie ». Le général Mikhaïl Alekseïev, soutenu par les commandants des cinq fronts, le convainc en soutenant que l'abdication est le seul moyen de poursuivre la guerre contre l'Allemagne.

Dès le 27 février (n.s 12 mars), le soviet de Petrograd est fondé et il a le contrôle de l'armée, des usines et des voies ferrées. C'était un véritable organe d'autogestion ouvrière, qui créait un véritable « double pouvoir » dans la capitale. Cependant, ceux qui ont la majorité dans le soviet de Petrograd sont des socialistes modérés, les menchéviks, qui n'ont pas l'intention d'aller plus loin qu'une révolution bourgeoise. Le soviet est présidé par le menchévik Nicolas Tchkheidzé, avec Alexandre Kerensky comme vice-président. Ce dernier appartient à une formation politique (parti troudovik), mais ses talents d'orateurs déjà connus avant la révolution font de lui un porte parole des « socialistes » pour beaucoup.

Le 2 mars 1917 (n.s : 15 mars), Nicolas II renonce au trône en faveur de son frère, le grand-duc Mikhaïl Alexandrovitch Romanov. Devant la protestation populaire, celui-ci renonce à la couronne le lendemain, et accepte qu'un gouvernement provisoire dirige le pays jusqu'à ce qu'une assemblée constituante ait déterminé la nouvelle forme de gouvernement en Russie. Dans ce but, un groupe de députés de la Douma forme le 12 mars 1917 (n.s : 25 mars) un Comité provisoire pour « le rétablissement de l'ordre gouvernemental et public ». Ils sont dirigés par Michel Rodzianko, ancien officier du Tsar, monarchiste octobriste et riche propriétaire terrien. Pour ce comité, la priorité est au retour à l'ordre, et d'abord, au retour des soldats mutinés dans leurs baraquements.

Entre le comité de la Douma et le soviet de Petrograd, des négociations aboutissent, le 2 mars 1917, à un compromis. Le soviet reconnaît, en attendant la convocation d'une Assemblée constituante, la légitimité d'un gouvernement provisoire à tendance libérale, composé majoritairement de représentants du Parti constitutionnel démocratique (et ne comptant aucun socialiste dans ses rangs). Cependant, le gouvernement provisoire de Russie est sommé d'appliquer un vaste programme de réformes démocratiques, fondé sur l'octroi des libertés fondamentales, le suffrage universel, l'abolition de la peine de mort, de l'antisémitisme d'Etat et de toute forme de discrimination légale, la suppression de la police, la reconnaissance des droits du soldat-citoyen et une amnistie immédiate de tous les prisonniers politiques. L’Église orthodoxe, sous tutelle depuis Pierre le Grand, s'organise librement.

Lors de leur création, le gouvernement provisoire et le Soviet de Petrograd occupent chacun une aile du même bâtiment, le palais de Tauride. En mars, le gouvernement déménage au Palais d'hiver (et il possède aussi le Palais Marie, où se réunira le Préparlement).

Premiers gouvernements

Ce gouvernement fut d'abord dirigé par le prince Gueorgui Lvov puis par Aleksandr Kerenski. Sur les 11 ministres de la première composition du gouvernement provisoire, 10 étaient francs-maçons.[1]

Il parvint à organiser les élections, mais pas à désengager la Russie de la Première Guerre mondiale, ce qui affaiblit sa popularité auprès du peuple, qui en supportait le poids. En fait il lança même une offensive contre les armées allemande et austro-hongroise en juin 1917. Ce gouvernement renâclait à prendre des décisions politiques importantes, précisément parce qu'il était supposé être provisoire. Cette brèche fut exploitée aussi bien par la droite, sous la forme de l'affaire Kornilov, que par la gauche, qui mit fin au gouvernement provisoire par la révolution d'Octobre, transférant le pouvoir suprême aux soviets, alors aux mains des bolcheviks. Ces derniers remplacèrent le gouvernement par le leur. Jusqu'à la dissolution de l'assemblée constituante russe, le gouvernement bolchevique fut qualifié de « provisoire ».

Formation du Gouvernement provisoire

 Ci-dessous, l'annonce de la formation du Gouvernement provisoire, telle que publiée dans les Izvestia du 16 mars (n.s 29 mars) 1917.

« Annonce publique de la formation du premier gouvernement provisoire Le Comité temporaire des membres de la douma d'État, avec l'aide et le soutien de l'armée et des habitants de la capitale, a désormais atteint un tel succès contre les forces sombres de l'ancien régime qu'il est possible pour le comité d'entreprendre l'organisation d'un pouvoir exécutif plus stable. Avec cet objectif à l'esprit, le Comité temporaire de la douma d'état a désigné les personnes suivantes comme ministres du premier gouvernement représentant le peuple ; leurs activités politiques et publiques passées leur assurent la confiance du pays :
* Premier ministre et ministre de l'Intérieur : Gueorgi Evgenevitch Lvov (hors parti) * Ministre des Affaires étrangères : Pavel Milioukov (Parti constitutionnel démocratique - « Kadet ») * Ministre de la Guerre et de la Marine : Alexandre Goutchkov (octobriste) * Ministre des Transports : Nikolai Vissarionovitch Nekrasov (Kadet) * Ministre du Commerce et de l'Industrie : A. I. Konovalov (Kadet) * Ministre des Finances : Mikhaïl Terechtchenko (hors parti) * Ministre de l'Éducation : Andrei Manuilov (Kadet) * Haut-Procureur du Saint-Synode de Russie : V. N. Lvov (centriste) * Ministre de l'Agriculture : Andreï Ivanovitch Chingarev (Kadet) * Ministre de la Justice : Alexandre Kerenski (socialiste-révolutionnaire) Le véritable travail du gouvernement sera guidé par les principes suivants : 1. Amnistie immédiate et complète dans toute affaire de nature politique ou religieuse, y compris les actes terroristes, mutineries militaires et révoltes paysannes, etc.
2. Liberté d'expression, de presse et de rassemblement, droit de former des unions et de faire grève et extension de la liberté politique aux personnes servant dans les forces armées, limitée seulement par les nécessités des circonstances militaires et techniques.
3. Abolition de toute restriction fondée sur la classe, la religion ou la nationalité.
4. Les dispositions immédiates pour la formation de l'assemblée constituante, sur la base du suffrage universel, équitable, direct et à bulletin secret, qui déterminera la forme du gouvernement et la constitution du pays.
5. La substitution d'une milice populaire à la police, avec des officiers élus responsables devant les organismes d'auto-gouvernement local.
6. Les élections des organismes d'auto-gouvernement local doivent être tenues sur la base du suffrage universel, équitable, direct et à bulletin secret.
7. Les unités militaires ayant pris part au mouvement révolutionnaire ne doivent être ni désarmées, ni retirées de Petrograd.
8. Tout en restant tenu à une discipline militaire stricte dans leur devoir et durant leur service militaire, les soldats doivent être libérés de toute restriction à l'exercice des droits civiques dont jouissent tous les autres citoyens. Le gouvernement provisoire souhaite ajouter qu'il n'a aucunement l'intention de profiter de la situation militaire pour retarder de quelque manière que ce soit l'accomplissement des réformes et mesures exposées ci-dessus. »

Il y avait en tout 16 ministres dans le gouvernement provisoire.

Comité exécutif provisoire

Le Comité exécutif provisoire abrégé en C.E.P était constitué de députés sociaux-démocrates menchéviks Nicolas Tchkhéidzé[2] (Nicolas Tchéidzé), président, et Skobolev, du travailliste Kérenski, de Gvozdev et des membres du C. C. I. G, du premier leader du Soviet de 1905 (Khrustalov-Nosar) et de quelques dirigeants socialistes de Pétrograd dont Sokolov et Pankov. Durant la révolution russe, le 27 février 1917, ils ont appelé au premier acte révolutionnaire des responsables socialistes avec leurs messages :

« Citoyens ! Les représentants des ouvriers, des soldats et de la population, réunis à la Douma, déclarent que la première séance de vos délégués aura lieu aujourd'hui à 7 heures du soir à la Douma de l'Empire. Que tous les soldats qui sont passés du côté du peuple choisissent sans retard leurs députés, à raison d'un par compagnie. Que les usines choisissent leurs députés dans la proposition d'un par 1000 ouvriers. Les usines de moins de 1000 ouvriers enverront également un député. »[3]

Un gouvernement de coalition

Au mois de mai 1917, le gouvernement d'origine libérale devient coalition avec l'entrée d'Irakli Tsereteli[4], social-démocrate menchevik, nommé au ministère des Postes et des Télégraphes, puis à l'Intérieur; et du fondateur du Parti socialiste révolutionnaire, Victor Tchernov, au ministère de l'Agriculture.

Premiers ministres du gouvernement provisoire

Notes et références

  1. Nina Berberova, Les Francs-maçons russes du XXe siècle, Actes Sud, Arles, 1990, p. 42.
  2. Biographie de Nicolas Tchkhéidzé.
  3. Coquin, La Révolution russe , à la page 38
  4. Biographie d'Irakli Tsérétéli.

Bibliographie