Restauration capitaliste en Europe de l'Est

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A partir de la dissolution de l'URSS en 1989-1991, une restauration du capitalisme s'opère dans les pays d'Europe de l'Est.

Le régime bureaucratique[modifier]

Il y a à peine 25 ans, l'économie de marché capitaliste n'avait pas court dans ces pays, comme dans l'ensemble du Bloc de l'Est. A la place, l'économie était planifiée par une couche bureaucratique.

Les différents courants communistes révolutionnaires ne sont pas d'accord sur la caractérisation de ces régimes. Pour certains, c'étaient des "États ouvriers déformés". Pour d'autres, des "capitalismes d'État".

Les entreprises dans les "démocraties populaires" sont des coopératives ouvrières avec des directeurs à leur tête. Dans l'ensemble de ces pays, les dirigeants ont peu à peu "libéralisé" le système soviétique en crise, et toute une frange commençait à souhaiter une restauration du capitalisme. Au début des années 1980, de nouvelles lois commencent à instaurer des formes de propriété privée, à permettre aux directeurs d'entreprises de gérer "librement" leurs usines, remettant en cause la planification. Ils peuvent aussi participer au fond de financement des entreprise.

"Transition démocratique" de 1989[modifier]

A partir de 1989 ce fut selon les médias de tous les pays capitalistes la transition vers la « démocratie », la fin de l'ère soviétique présentée comme une parenthèse « anormale » dans l'histoire. L'idée qui est alors dominante est celle non seulement du triomphe de "l'économie de marché" et de la "démocratie libérale", mais de « la fin de l'histoire ». Pour le dire clairement, il s'agissait de la restauration du capitalisme et de la démocratie bourgeoise.

Partage des moyens de production[modifier]

Les entreprises ont été vendues, les moyens de production devenant privés.

On entend parfois dire que la restauration du capitalisme en l'Europe de l'Est a été la mise sur la touche des anciens bureaucrates. C'est grossièrement faux. Au contraire, les bureaucrates étaient les mieux placés pour récupérer les morceaux les plus profitables de l'économie, et transformer leur pouvoir de "gestion" en droit de propriété. En revanche, un grand nombre d'entreprises n'étaient plus rentables, ou pas assez par rapport à d'autres secteurs, et ont été purement et simplement liquidées. Par exemple les chantiers navals de Pologne.

Par ailleurs, tout ce qui avait été récupéré par l'État soviétique (russes blancs, bourgeois, église) ont été rendu aux descendants. L'Église est redevenue riche dans ces pays.

Partage du pouvoir politique[modifier]

Comme dans la sphère économique, les nouvelles formes de pouvoir politique ont fait l'objet d'une bataille entre bureaucrates pour récupérer les plus gros morceaux. Par exemple, Boris Eltsine (qui était à la tete de la Fédération de Russie) était en compétition avec Gorbatchev, qui était à la tête de l'URSS). Et c'est Eltsine qui a emporté le contrôle sur la nouvelle Russie.

Les dirigeants officiels ont parfois été changé, mais l'appareil d'État et les apparatchiks sont restés et ont gérer pacifiquement la transition. Les dirigeants de l'Allemagne de l'Est ont par exemple très tranquillement organisé la fusion avec la République fédérale allemande (RFA) de l'Ouest. Bueaucoup d'anciens bureaucrates se sont recyclés dans le parti Die Linke (« la gauche » équivalent du Front de Gauche français).

Le point de vue et la condition des travailleurs[modifier]

La transition a été très largement pilotée par en haut, laissant la classe ouvrière dans la passivité.

Mais il est clair qu'à ce moment là, beaucoup de travailleurs espéraient une amélioration de leur sort en rejoignant le "modèle occidental", et en mettant fin à la férule du Parti unique. Ils avaient une image de l'occident où on peut « tout avoir » et tout acheter, et l'opposaient à leur quotidien fait de rationnements, tickets alimentaires et longues queues pour obtenir des biens dans les magasins d'État.

L'effondrement des années 1990[modifier]

Effondrement économique[modifier]

La croissance économique a chuté : 1989-1992 : 40 % en russie, 20 % en Hongrie, 30 % en République Tchèque etc... Il y a eu une destruction de 15 % du tissu industriel.

A l'aube des années 2000, les pays de l'Est avaient un niveau de vie équivalent à celui du Tiers monde. On parlait de "tiers monde d'europe". Un tract d'anarchistes titrait par exemple « On nous avait promis l'Amérique, on n'avait pas compris que c'était l'Amérique Latine ».

Effondrement des services sociaux[modifier]

Le chômage, qui n'existait pas avant, a fait une apparition foudroyante. Les salaires ont diminué du fait de la mise en place de la concurrence. De l'autre côté les prix ont augmenté, le système monétaire n'étant pas le même. L'accès aux services publics – qui fonctionnaient bon grès mal grès – qui était total en URSS se restreint parallèlement.

L'emprise des impérialistes occidentaux[modifier]

La disparition des États soviétiques s'est fait au profit des apparatchiks, transformés en nouvelle bourgeoisie. Mais ces bourgeoisies ont dû s'insérer dans un marché mondial dominé par des impérialistes, ce qui les a contrant à accepter un rôle subalterne.

Les groupes capitalistes occidentaux ont aussitôt racheté les parties les plus rentables de l'économie, et ce à un prix bradé (10 % de la valeur réelle de ces entreprises). Les investissements ont été faits en priorité sur les pays d'Europe de l'Est les plus proches de l'Europe de l'Ouest, tandis que l'Est européen est resté largement sous influence russe.

Les capitalistes français ont investi notamment en Roumanie (la France est le principal investisseur financier de la Roumanie). Ils y ont récupéré le marché de l'énergie, de l'eau, Renault y a créé la marque Dacia... Danone possède 30% des productions laitières d'Europe de l'Est.

Dans le contexte de suraccumulation mondiale de capital, il n'y a pas eu d'investissements suffisants pour générer de la croissance pour ces pays. Les impérialistes ont consolidé certains trusts (affectant surtout ces pays à de la sous-traitance), étendu leur main-mise, mais il n'y a pas eu d'augmentation du nombre d'usine, ni d'investissements à forte valeur ajoutée. Par exemple, la Dacia est faite entièrement à la main, étant donné que c'est plus profitable pour Renault que d'investir sur des machines...

Démocratie fantoche[modifier]

Les citoyens ont globalement bénéficié de quelques libertés individuelles supplémentaires. Mais la démocratie n'est que de façade.

Montée des nationalismes[modifier]

La chute de l'URSS a fait resurgir de nombreuses frontières. Alors que dans de nombreuses régions les populations cohabitaient depuis longtemps tout en ayant des ethnies, des religions ou des cultures différentes, le fractionnement des classes dominantes a attisé le fractionnement des peuples. Le mécanisme bien connu de construction d'idéologies nationales allant bien plus loin que leur base réelle a exacerbé les conflits.

Le cas le plus tragiquement connu est celui de l'ex-yougoslavie, mais ce fut le cas ailleurs, les Ouzbeks, en tchécoslovaquie, cela donnera crédit aux partis nationalistes-populistes, négation de la lutte de classes.

Nostalgie pro-soviétique[modifier]

Des sondages ont montré qu'il y a parmi la classe ouvrière une nostalgie de l'époque de l'URSS, liée aux conditions matérielles de vie (travail, logement...) et à une grande déception du "modèle occidental" dont ils n'ont eu que le versant de l'oppression par les impérialistes combinée à la stagnation économique. Etant donné que la démocratie bourgeoise y a pris une forme particulièrement corrompue, cette nostalgie s'accompagne hélas parfois d'une recherche d'un certain autoritarisme. C'est ce qui favorise le bonapartisme poutinien en Russie, mais aussi la montée du fascisme en Ukraine, en Hongrie...

Luttes de classe à reconstruire[modifier]

Le mouvement ouvrier a dû repartir quasiment de zéro, étant donné que tous les partis et syndicats ouvriers étaient pilotés par les États bureaucratiques.

Des luttes eurent lieu avant la chute et de nouvelles structures avaient émergé.

La restauration du capitalisme fut la dégradation des conditions de vie, mais aussi la recherche, ré-apprendre à se battre, reconstruire des organisations de classe.

L'intégration à l'Union européenne[modifier]

L'entrée d'un certain nombre de pays d'Europe de l'est dans l'Union européenne a été un nouveau coup contre les travailleurs et a permis aux capitalistes de faire circuler plus librement leurs capitaux et marchandises. Quand la crise économique commence en 2007, ces pays sont déjà dans une situation économique et sociale désastreuse.

Notes et sources[modifier]