Révolution des Pays-Bas (1567-1576)

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De 1567 à 1576, la Révolution des Pays-Bas se poursuit, par une guérilla liée aux rébellions urbaines, qui se muent en guerre de position entre l'armée du roi d'Espagne et les provinces de Hollande, Zélande, Utrecht, dans lesquelles commence une véritable révolution sociale commence.

🔍 Voir le contexte des : Pays-Bas espagnols.
🔍 Voir les événements précédents : Révolution des Pays-Bas (1566-1567).

1 Les guérillas des gueux
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Des insurgés cachés dans les campagnes ou réfugiés de l’autre côté de la frontière organisent des actions de guérilla. Ce sont les “gueux des bois”. Ils n’ont pas de succès.

Plus efficaces seront les “gueux des mers”. Des exilés, dont quelques patrons de bateaux marchands et pêcheurs, dirigés par des nobles, organisent dans des ports anglais, allemands et français une petite flottille de guérilla marine qui va harceler les côtes des Pays-Bas... et vivre de piraterie pure et simple. Le prince d’Orange leur a accordé des “lettres de marque” qui leur confèrent un statut de belligérants susceptible d’être reconnu par les puissances étrangères, surtout si elles ont envie de nuire à l’Espagne. En effet, le prince d’Orange est non seulement le plus grand féodal des Pays-Bas et de la Franche-Comté, mais aussi le seigneur de la principauté indépendante d’Orange, près d’Avignon. Pour cette principauté, il n’est vassal d’aucun roi ou empereur. En droit international de l’époque, il n’est donc pas seulement un rebelle à son roi mais également un prince souverain qui a le droit de faire la guerre à son ennemi le duc d’Albe, qui lui a confisqué toutes ses terres et emprisonné son fils aîné.

C’est un atout diplomatique pour les rebelles et c’est la raison pour laquelle ils combattent sous les couleurs d’Orange. En outre, Orange a des liens familiaux avec des princes protestants d’Allemagne du Nord et il noue des contacts étroits avec les nobles huguenots français. En 1568 encore, il organise une invasion des Pays-Bas par quatre armées, venant de quatre directions opposées, formées d’exilés, de troupes de ses parents allemands, de huguenots, de mercenaires divers. Elles sont écrasées l’une après l'autre. Le prince d’Orange est ruiné, profondément endetté, iI ne lui reste que les “gueux des mers”.

2 Renforcement de l'absolutisme et insurrection en 1572[modifier | modifier le wikicode]

Le duc d'Albe victorieux a fait dresser à Anvers une grandiose statue de lui-même, coulée avec les canons orangistes capturés. II peut déclarer une amnistie partielle en 1570 et se consacrer à rationaliser avec succès l’administration et la législation. L’Etat absolutiste progresse à la pointe de l’épée et les Etats généraux lui accordent de généreux impôts. Mais ils refusent de voter des impôts permanents qui seraient collectés par des fonctionnaires royaux et non les commissions des Etats. Ce serait voter leur disparition pure et simple. En juillet 1571, le duc d’Albe passe outre et commence à collecter ces impôts de force. Dès l’automne 1571, il se heurte à une grève générale : toutes les boutiques et les manufactures ferment, le commerce s’arrête, plus aucun impôt d'aucune sorte n’est versé. Le chômage excite le mécontentement populaire.

Les orangistes ont senti le vent et redoublent d’activité. Mais voilà qu’en mars 1572, le gouvernement anglais, assailli par la diplomatie espagnole et par tous les marchands de la mer du Nord qui souffrent de la piraterie des “gueux de la mer”, les expulse des ports anglais. Après avoir erré, les “gueux des mers”, privés de base, se rabattent sur le petit port de La Brielle, sur une île du sud de la Hollande. Par un bref coup de main, ils s’en emparent le 1er avril.

Le 6 avril, dans le grand port zélandais voisin de Flessingue, une émeute massacre des officiers espagnols. Le 22 avril, la ville s’ouvre aux gueux. D’avril à septembre, une vague d’insurrections populaires soulève tout le pays, et la plupart des villes à l’exception de quelques unes des plus grandes. Des municipalités patriciennes qui refusent d’ouvrir les portes aux gueux sont renversées; d’autres les ouvrent sous la pression populaire. Les milices bourgeoises laissent faire. En Hollande et en Zélande, les patriciens de la plupart des villes leur ouvrent les portes sans faire trop de difficultés.

3 Guerre de position et révolution centrée sur la Hollande[modifier | modifier le wikicode]

Le 27 août, le prince d’Orange, venant d’Allemagne, envahit le Brabant à la tête d’une grande armée. Sa marche d’abord triomphale se transforme en errance puis en débandade parce qu’il ne peut pas payer ses troupes et que le duc d’Albe refuse le combat. En octobre, battu et poursuivi par l’armée espagnole, Orange se réfugie en Hollande et en Zélande. Ces deux provinces sont encerclées et voient l’armée royale avancer de jour en jour et mettre le siège à une ville après l’autre.

En juillet 1572, les Etats provinciaux de Hollande ont siégé à Dordrecht en présence de l’envoyé du prince d’Orange, son lieutenant, et rédacteur de ses discours, Philippe Marnix, seigneur de Sainte Aldegonde en Brabant (1538-1598). Pour la première fois sont prises des décisions révolutionnaires :

  • Guillaume d’Orange est reconnu gouverneur de la province (stadhouder) et commandant en chef de l’armée et de la flotte.
  • Des impôts sont votés pour payer ses troupes et en lever de nouvelles.
  • Un exécutif est élu, formé d’un conseil permanent, d’un conseil financier, d’une amirauté.
  • Toutes les nominations d’officiers et de fonctionnaires sont signées conjointement par les Etats et par Orange.
  • La liberté religieuse est accordée dans la province.
  • Les douanes intérieures sont abolies.

Les Etats de Zélande et d’Utrecht se rallient à ces décisions en 1573 et 1574. Un acte formel d’union entre les trois provinces est signé le 4 juin 1575.

Même si on continue de proclamer formellement la souveraineté du roi d'Espagne Philippe II, un Etat séparé est né, formé de ces deux provinces maritimes assez particulières, et particularistes, que sont la Hollande et la Zélande. Un État très petit puisqu’elles totalisent à peine un peu plus de 300 000 habitants. Un État de style république car les Etats ont élu un exécutif. Quand le long siège de Leyde par les troupes gouvernementales est enfin levé, on y fonde une université (8 février 1575). C’est la deuxième université calviniste d’Europe, après Genève, mais à la différence de celle-ci, il y a quand même des étudiants et des professeurs catholiques.

4 L’offensive de l’armée royale s’épuise[modifier | modifier le wikicode]

Le resserrement de l’encerclement, à partir d’octobre 1572, de la “zone libérée” de Hollande, Zélande et Utrecht par les troupes royales est freiné par les innombrables bras de mer, bras de fleuves et lacs qui couvraient alors une surface beaucoup plus grande qu’aujourd’hui. Les deux parties brisent des digues au gré de leurs besoins pour inonder des régions. C’est de cette façon que les orangistes peuvent secourir par bateau des villes de l’intérieur assiégées. Orange s’est promis, en cas de défaite complète, de briser toutes les digues et de s’enfuir, avec tous ses partisans, en un grand exode par mer. Le Conseil d’État de Madrid a refusé à l’armée espagnole l’autorisation de rompre les digues pour inonder tout le pays, jugeant que ce serait là une mesure de génocide. La reconquête de l’armée royale est jalonnée de villes cruellement mises à sac, Malines, Zutphen, Naarden.

Haarlem, assiégée depuis décembre 1572, se rend le 12 juillet 1573, contre la promesse qu’aucun défenseur ne sera exécuté. La promesse est aussitôt violée : il y a environ deux mille exécutions, quasiment l’entièreté de la garnison et plusieurs magistrats de la ville ! C’est une erreur politique qui met un terme à la reconquête. Un vent d’indignation parcourt l’entièreté du pays. La mesure est formellement désapprouvée jusqu’aux sommets du gouvernement de Madrid, car dorénavant plus aucune ville assiégée ne se rendra.

La politique royale commence à manifester des signes de désagrégation. La “zone libérée” résiste avec succès. Le manque d’argent provoque une multiplication des mutineries dans l’armée espagnole. En septembre 1573, une véritable grève de soldats royaux oblige à lever le siège d’Alkmaar. En octobre, la flotte royale est battue par les gueux des mers dans le Zuiderzee, et son amiral, le comte Bossu, un grand seigneur indigène, est fait prisonnier. En une espèce de répétition des années soixante, les leaders de la noblesse restée fidèle au roi, le duc d’Aerschot et le baron de Champagney, font pression sur le gouvernement en faveur d’une politique de clémence et de l’ouverture de négociations.

Le duc d’Albe, vieux et malade, demandait depuis longtemps à être remplacé. Son remplacement, décidé en septembre 1571, avait été suspendu par l’insurrection de 1572. Son successeur arrive enfin en novembre 1573. Le roi a choisi un grand seigneur catalan, Don Luis de Requesens (1528-1576), précédemment gouverneur du duché de Milan. Il doit être l’homme d’une politique plus souple. La position royale ne cesse de se détériorer. Les insurgés conquièrent Middlebourg (18/2/1574) et brisent le siège de Leyde (3/10/1574). La pénurie financière du gouvernement royal s’accroît dans cette guerre qui engloutit des sommes astronomiques. Toutes les garnisons espagnoles encore dans la province de Hollande se mutinent et désertent la province. En septembre 1574, les Turcs reprennent Tunis aux Espagnols et leur flotte entame de menaçantes incursions en Méditerranée occidentale. Il devient absolument urgent pour Philippe II de pouvoir reporter son effort contre les Turcs. Il envoie à Bruxelles des consignes de négociations.

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Don Luis de Requesens

Les négociations s’ouvrent le 3 mars 1575, à Breda. Orange et les Etats des trois provinces libérées offrent de faire leur soumission au roi à trois conditions:

  1. le départ des troupes espagnoles des Pays-Bas,
  2. une entière amnistie et des garanties constitutionnelles empêchant toutes représailles futures,
  3. la liberté de conscience dans les trois provinces de Hollande, Zélande et Utrecht.

Requesens accepte les deux premières conditions, mais il refuse la troisième. II propose à la place une période de grâce de 6 mois, afin de permettre aux protestants de réaliser leurs biens et de quitter le pays.

Les orangistes ne veulent pas céder, d’autant moins que la banqueroute financière du roi ne saurait tarder. Les négociations sont rompues le 13 juillet 1575. Immédiatement, Requesens lance une vigoureuse offensive militaire visant à couper la Hollande de la Zélande. L’offensive réussit, Mais la flotte qui amène à Séville l’argent d’Amérique n’arrive pas cette année-là. C’est l’étranglement financier du roi. Le 1er septembre 1575, Philippe II suspend tout paiement d’intérêts de sa gigantesque dette. Il se déclare en faillite. Le 5 mars 1576, le gouverneur Luis de Requesens, malade, meurt, et l’armée espagnole, dont certaines unités n’ont pas été payées depuis deux ans, se mutine en masse et commence à errer à travers le pays à la recherche d’occasions de pillage, terrorisant la population.

🔍 Voir les événements suivants : Révolution des Pays-Bas (1576-1578).

5 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Les révolutions bourgeoises IIRF, 1989