Guillaume de Nassau, prince d'Orange

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Portrait de Guillaume de Nassau Prince d'Orange
Guillaume de Nassau, prince d'Orange (1533-1584)
, en néerlandais Willem van Oranje, était un grand féodal qui a marqué l'histoire de l'Europe par son rôle dans la révolution des Pays-Bas.

Il fut prince d'Orange, comte de Nassau à partir de 1544,puis de Katzenelbogen, de Vianden, burgrave d'Anvers, stathouder de Hollande, de Zélande et d'Utrecht à partir de 1559. Il est connu également sous le nom de Guillaume le Taciturne (Willem de Zwijger).

Biographie[modifier]

Une famille de grands nobles d'Europe[modifier]

Né le 24 avril 1533 à Dillenburg, Guillaume de Nassau avait hérité des terres des princes d’Orange et seigneurs de Chalon, les plus grands fiefs bourguignons. Il était frère du comte allemand de Nassau-Dillenburg.

Il est entre autres marquis de Flessingue en Zélande et baron de Breda et Herstal en Brabant. Il était le plus grand personnage du Conseil d’Etat et de la cour de Bruxelles où il avait été élevé.

Comme tout grand féodal, il cherche à contrôler le gouvernement royal, source d’influence et de revenus. S’il a manoeuvré avec les autres seigneurs contre la Régente de 1561 à 1567, c’est certainement afin d’éviter une explosion qu’il sentait imminente, pour obtenir le pouvoir en se présentant comme le sauveur qui a une meilleure politique, et pour éclipser les bureaucrates absolutistes dont l’ascension l’éliminait progressivement du pouvoir. Sa collaboration à la répression de 1566-67 montre bien sa détermination par ailleurs à imposer, contre tout débordement populaire, une solution réformiste minimaliste.

Jeux de pouvoir entre roi et bourgeois[modifier]

Jusqu’en 1572, rien de sa politique ne le distingue de tant d’autres grands féodaux insubordonnés qu’ont vu des siècles de féodalisme, en particulier de tous ceux qui se sont alliés aux Etats et aux municipalités contre le roi: depuis Charles le Mauvais en 1357 jusqu’au Grand Condé durant la Fronde de 1648-1653, en passant par les ducs de Guise et de Mayenne en 1588-1594, pour ne citer que des exemples tirés de l’histoire de France; ni le complot, ni l’attaque à la tête d’armées levées à l’étranger, ni même le soutien au radicalisme plébéien contre les notables bourgeois dont le prince d’Orange va se faire une spécialité en devenant l’idole des foules.

Tout cela fait partie du rapport contradictoire des grands féodaux au pouvoir royal : il faut bien canaliser les soulèvements de masse et ils peuvent offrir une base sociale utile non seulement contre le pouvoir royal mais aussi contre les notables bourgeois qui dominent les Etats et les municipalités et contrôlent la richesse du pays. Mais tous ces “frondeurs” se sont toujours réconciliés avec le pouvoir royal sur le dos des masses et des Etats.

L'homme providentiel des plébéiens insurgés[modifier]

Ce qui est exceptionnel chez Guillaume d’Orange c’est qu’il se soit définitivement lié à un groupe de villes insurgées et qu’il les ait dirigées de manière constructive vers la constitution en fin de compte d’une république nouvelle. Il a certainement modifié ses motivations au fur et à mesure des événements. L’exécution d’Egmont et Homes a dû être un tournant décisif pour lui, en lui coupant toute retraite. Terrible erreur tactique du gouvernement royal. Entraîné par l’ampleur du dynamisme de la société urbaine des Pays-Bas, le prince d’Orange a dû comprendre que l’ordre royal avait vraiment très peu de chances de se rétablir mais que par contre il était possible de réaliser une solution moyenne en détachant les Pays-Bas du roi, mais une solution moyenne qui soit socialement conservatrice, qui permette à Orange et à ses partisans nobles de retrouver leurs terres et leur statut. La possibilité de cette solution moyenne a dû le convaincre en 1572, quand il a vu que la rébellion en Hollande et en Zélande était à la fois solide et socialement conservatrice. Car à la différence des grandes villes de Flandre, la rébellion en Hollande et en Zélande s’appuie moins sur un mouvement de masse urbain qui renverse les oligarchies bourgeoises en place, mais plutôt sur le particularisme des hiérarchies en place et qui jouissent dans leurs petites villes d’un relatif consensus.

Pour les insurgés bourgeois ou plébéiens, le prince d’Orange est l’homme providentiel. Lui seul par son nom peut leur fournir le peu de respectabilité dont ils peuvent espérer jouir aux yeux de la noblesse européenne, à une époque où se révolter contre son roi est un scandale impardonnable. Lui seul peut leur fournir des relations diplomatiques qui leur évitent l’isolement international et leur procurent des experts militaires et des mercenaires. Face aux égoïsmes locaux chaotiques des provinces et des villes, il est la centralisation dans sa propre personne. Il est le recours des plébéiens tout en rassurant le conservatisme des riches. Il est le chef illustre à une époque où rien ne paraît possible sans direction noble. De catholique, il s’est fait luthérien puis calviniste et passe pour un opportuniste complet en matière de religion, mais il défend la tolérance à l’égard des catholiques contre le sectarisme des calvinistes. Politicien brillant, il mélange l’homme de principes et le tacticien dont la ruse est proverbiale (de là son surnom de “Taciturne”), Il manoeuvre entre les uns et les autres. Il est l'unificateur indispensable.

L’offensive de l’armée royale s’épuise [modifier]

Le resserrement de l’encerclement, à partir d’octobre 1572, de la “zone libérée” de Hollande, Zélande et Utrccht par les troupes royales est freiné par les innombrables bras de mer, bras de fleuves et lacs qui couvraient alors une surface beaucoup plus grande qu’aujourd’hui. Les deux parties brisent des digues au gré de leurs besoins pour inonder des régions. C’est de cette façon que les orangistes peuvent secourir par bateau des villes de l’intérieur assiégées. Orange s’est promis, en cas de défaite complète, de briser toutes les digues et de s’enfuir, avec tous ses partisans, en un grand exode par mer. Le Conseil d’Etat de Madrid a refusé à l’armée espagnole l’autorisation de rompre les digues pour inonder tout le pays, jugeant que ce serait là une mesure de génocide. La reconquête de l’armée royale est jalonnée de villes cruellement mises à sac Malines, Zutphen, Naarden. Haarlem, assiégée depuis décembre 1572, se rend le 12 juillet 1573, contre la promesse qu’aucun défenseur ne sera exécuté. La promesse est aussitôt violée: il y a environ deux mille exécutions, quasiment l’entièreté de la garnison et plusieurs magistrats de la ville! C’est une erreur politique qui met un terme à la reconquête. Un vent d’indignation parcourt l’entièreté du pays. La mesure est formellement désapprouvée jusqu’aux sommets du gouvernement de Madrid, car dorénavant plus aucune ville assiégée ne se rendra.

La politique royale commence à manifester des signes de désagrégation. La “zone libérée” résiste avec succès. Le manque d’argent provoque une multiplication des mutineries dans l’armée espagnole. En septembre 1573, une véritable grève de soldats royaux oblige à lever le siège d’Alkmaar. En octobre, la flotte royale est battue par les gueux des mers dans le Zuiderzee, et son amiral, le comte Bossu, un grand seigneur indigène, est fait prisonnier. En une espèce de répétition des années soixante, les leaders de la noblesse restée fidèle au roi, le duc d’Aerschot et le baron de Champagney, font pression sur le gouvernement en faveur d’une politique de clémence et de l’ouverture de négociations.

Le duc d’Albe, vieux et malade, demandait depuis longtemps à être remplacé. Son remplacement, décidé en septembre 1571, avait été suspendu par l’insurrection de 1572. Son successeur arrive enfin en novembre 1573. Le roi a choisi un grand seigneur catalan, Don Luis de Requesens (1528-1576), précédemment gouverneur du duché de Milan. Il doit être l’homme d’une politique plus souple. La position royale ne cesse de se détériorer. Les insurgés conquièrent Middlebourg (18/2/1574) et brisent le siège de Leyde (3/10/1 574). La pénurie financière du gouvernement royal s’accroît dans cette guerre qui engloutit des sommes astronomiques. Toutes les garnisons espagnoles encore dans la province de Hollande se mutinent et désertent la province. En septembre 1574, les Turcs reprennent Tunis aux Espagnols et leur flotte entame de menaçantes incursions en Méditerranée occidentale. Il devient absolument urgent pour Philippe II de pouvoir reporter son effort contre les Turcs. Il envoie à Bruxelles des consignes de négociations.

Les négociations s’ouvrent le 3 mars 1575, à Breda. Orange et les Etats des trois provinces libérées offrent de faire leur soumission au roi à trois conditions: 

  • première : le départ des troupes espagnoles des Pays-Bas ;
  • seconde : une entière amnistie et des garanties constitutionnelles empêchant toutes représailles futures ;
  • troisième : la liberté de conscience dans les trois provinces de Hollande, Zélande et Utrecht.

Requesens accepte les deux premières conditions, mais il refuse la troisième. II propose à la place une période de grâce de 6 mois, afin de permettre aux protestants de réaliser leurs biens et de quitter le pays.

Les orangistes ne veulent pas céder, d’autant moins que la banqueroute financière du roi ne saurait tarder. Les négociations sont rompues le 13 juillet 1575. Immédiatement, Requesens lance une vigoureuse offensive militaire visant à couper la Hollande de la Zélande. L’offensive réussit, Mais la flotte qui amène à Séville l’argent d’Amérique n’arrive pas cette année-là. C’est l’étranglement financier du roi. Le 1er septembre 1575, Philippe II suspend tout paiement d’intérêts de sa gigantesque dette. Il se déclare en faillite. Le 5 mars 1576, le gouverneur Luis de Requesens, malade, meurt, et l’armée espagnole, dont certaines unités n’ont pas été payées depuis deux ans, se mutine en masse et commence à errer à travers le pays à la recherche d’occasions de pillage, terrorisant la population.

Mort[modifier]

Guillaume d'Orange meut au Prinsenhof de Delft le 10 juillet 1584, assassiné par Balthazar Gérard.

Notes et sources[modifier]

Les révolutions bourgeoises, IIRF, 1989