Révolution des Pays-Bas (1566-1567)

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De 1566 à 1567, c'est la première phase de la révolution des Pays-Bas, durant laquelle une première vague d'insoumission à l'absolutisme royal sera durement réprimée.

🔍 Voir aussi : Pays-Bas espagnols.

Résistances à l’absolutisme[modifier | modifier le wikicode]

Durant les années 1560 les efforts du gouvernement pour renforcer l’absolutisme ont suscité un mécontentement croissant des classes dominantes, noblesse et patriciats municipaux, qui sont associées au pouvoir dans les institutions provinciales et centrales traditionnelles et se voient mis de côté par les bureaucrates absolutistes qui montent. En outre, l’augmentation continue des arrestations et des condamnations pour hérésie depuis les années 1550 a créé un climat de tension de plus en plus aigüe. Cette persécution est de plus en plus impopulaire même parmi une population qui va rester majoritairement catholique pendant la plus grande partie du processus révolutionnaire. Dès 1562, des exécutions publiques de protestants suscitent des émeutes dans les villes. Des prisonniers sont libérés par la foule. Dès 1564 on ne trouve plus de dénonciateurs ou de témoins à charge pour poursuivre les protestants. Les autorités municipales sont violemment opposées à la répression des protestants et de ce fait l'Inquisition frappe plus dans les campagnes qu’en ville. Car les villes avaient obtenu au Moyen-Âge l’essentiel de la juridiction criminelle. Or maintenant que les poursuites pour hérésie -relèvant de l’Inquisition et des tribunaux royaux- dépassent de loin toutes les autres poursuites, les tribunaux municipaux se retrouvent réduits à l’insignifiance, et les villes privées des biens confisqués aux condamnés.

Inversement, la répression des protestants a l’avantage de permettre au gouvernement royal d’instituer pour la première fois dans tout le pays une juridiction centralisée. La bourgeoisie défend face à l’absolutisme en progrès les compétences des municipalités et des États provinciaux. Même si les calvinistes vont être à l’avant-garde de la révolution, les leaders de la lutte de libération nieront toujours se battre pour une religion contre une autre. Ils affirmeront se battre pour maintenir ”les droits et les libertés” des villes et des provinces.

Une noblesse qui tente la médiation[modifier | modifier le wikicode]

Dans ce climat, et se sentant probablement sur un volcan prêt à exploser, la noblesse des Pays-Bas va s’entremettre pour obtenir du roi des concessions permettant un apaisement.

La régente Marguerite de Parme

Au Conseil d’État réuni à Bruxelles autour de la régente Marguerite de Parme, demi-soeur du roi, la noblesse est représentée par le prince d’Orange, le comte d’Egmont, le comte Homes, Ce sont les trois plus grands féodaux des Pays-Bas et ils se partagent les gouvernements de la plupart des provinces. En menaçant de démissionner ils obtiennent du roi en décembre 1564 le départ de l’homme fort du Conseil d’État, le cardinal Granvelle. Puis ils envoient à Madrid Egmont avec une demande officielle de modérer les poursuites contre les protestants et de confier de plus grands pouvoirs au Conseil. L’hiver 1564-1565 est terriblement froid, des icebergs arrivent jusqu’aux côtes du pays. La récolte de 65 est mauvaise. La guerre entre le Danemark et la Suède ferme les détroits, créant aux Pays-Bas un grand chômage. La réponse négative et intransigeante du roi arrive à la fin 65 en pleine crise économique

En décembre 65, quatre cent petits nobles signent une pétition demandant l’abolition de l’Inquisition et la modération des poursuites contre les protestants. C’est le “Compromis de la noblesse”. Orange, Egmont et Homes refusent de la signer mais ils ont obtenu que le texte en soit modéré. Le 24 janvier 1566 Orange démissionne de toutes ses fonctions. Le 5 avril, trois cent nobles armés traversent Bruxelles en cortège pour aller déposer leur pétition devant la régente. C’est là qu’un de ses conseillers les traitera de “gueux”; parole malhereuse puisque les protestataires reprennent aussitôt l’expression par défi, et défilent dans les rues déguisés en mendiants. Avec une telle étiquette, les circonstances ne peuvent que les mettre à la tête d’une mobilisation populaire encouragée par leur exemple.

L’explosion de 1566[modifier | modifier le wikicode]

La régente cède sur tout. Elle fait cesser toutes les poursuites contre les protestants. Le pouvoir est paralysé. Les exilés reviennent au pays. Durant le printemps et l’été 1566 règne une ambiance de liberté et d’insolence. Des dizaines de milliers de citadins se réunissent hors des murailles en de grandes assemblées où l’on écoute des prédicateurs. Beaucoup de ces plébéiens sont armés, à la barbe du pouvoir désemparé. Mais le roi refuse de céder à la revendication grandissante de réunion des Etats généraux. En août-septembre, c’est l’explosion : des bandes de calvinistes radicaux, plébéiens, des artisans, maîtres, compagnons, ouvriers, des instituteurs, envahissent les églises dans la plupart des villes et abattent les ornements somptuaires et les statues, aux applaudissements de la foule. Le mouvement témoigne de la haine des plébéiens pour l’opulence de l’Eglise et exprime le rejet de toute “idolâtrie” par le protestantisme, Le mouvement a une stricte auto-discipline et rien n’est volé. Les milices urbaines, formées de bourgeois (assez riches pour se payer leur équipement), laissent faire. Le phénomène est particulièrement fort dans les régions de draperie “rurale” de Flandre.

Débordés, une majorité de la noblesse et les patriciens des villes s’entendent avec la Régente pour réprimer. Dans une série d’opérations de police et de sièges de villes, le mouvement est totalement réprimé. Egmont, Homes et Orange ont participé à la répression tout en continuant à essayer de chevaucher le mouvement et à négocier d’impossibles compromis avec tout le monde. Pour finir, au printemps 67, débordés par des lieutenants de la Régente plus déterminés à réprimer qu’eux, ils s’enfuient à l’étranger. Ils y rejoignent des milliers qu’ils ont aidés à écraser.

Au Conseil d’Etat à Madrid, un débat a opposé pendant plusieurs mois un parti de l’apaisement dirigé par le prince d'Eboli et un parti de la dureté dirigé par le duc d’Albe. En septembre 1566, le roi a tranché en faveur de la dureté. Le duc d’Albe est chargé de mener une armée de 10.000 hommes aux Pays-Bas. La marche de cette armée d’Italie aux Pays-Bas par le Mont-Cenis, et en passant sous les murs de Genève, terrorisa tous les protestants d’Europe. L’armée entre à Bruxelles le 22 août 1567. Aussitôt Egmont et Homes rentrent faire leur soumission. A leur grande surprise, ils sont arrêtés, Ils seront décapités en place publique le 5 juin 1568. La Régente a démissionné en protestation contre leur condamnation à mort et s’est retirée à Parme. Le duc d’Albe lui succède. Il institue des tribunaux spéciaux qui procèdent à une répression systématique: 12 000 procès, 9 000 condamnations, plus de 1 000 exécutions publiques, 60 000 exilés, des milliers de livres brûlés. Beaucoup de municipalités sont purgées.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Les révolutions bourgeoises IIRF, 1989