Mode de production esclavagiste

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Les classes sociales antiques.
Le mode de production esclavagiste est celui notamment en vigueur dans l'Antiquité méditerrannéenne. Pour cette raison, on l'appelle aussi parfois mode de production antique.

Les principales classes[modifier]

Comme tous les modes de production pré-capitalistes, le mode de production esclavagiste repose sur le travail de la terre.

Les principales classes en présence dans l'Antiquité étaient :

  • les esclaves ou serfs, travaillant pour d'autres ;
  • l'oligarchie qui ne travaille pas et vit du travail servile ;
  • les paysans libres, mais contraints de travailler la terre.

Il existait également en marge un salariat, qui n'a jamais dépassé 5% de la population. Dans l'idéologie dominante de l'époque, il s'agissait d'un travail très dévalorisé, quasiment assimilé à celui des esclaves.

Il y avait aussi quelques marchands, mais pas véritablement de classe de marchands, car la plupart des marchands, dès qu'ils parvenaient à s'enrichir, préféraient investir dans la terre.

Le fort coût de transport faisait qu'il était très peu rentable de chercher à concentrer des moyens de production pour vendre sur une échelle large (manufactures).

Rapports d'esclavage[modifier]

Il faut noter que les esclaves n'ont jamais représenté une majorité dans les sociétés (ce qui aurait été inégrable pour les esclavagistes), mais leur place était centrale dans la production, car ils permettaient l'essentiel de la survaleur produite dans la société.

On peut différencier 3 types de travailleurs non libres :

  • les esclaves à proprement parler, qui appartenaient à leur maître ;
  • les serfs, ou anguriae en latin, qui étaient fixés à une terre ;
  • les esclaves pour dette.

Les esclaves travaillaient dans de nombreux secteurs d'activités : agriculture, domesticité, mines, spectacles (gladiateurs)...

Les résistances des esclaves ont existé, même si elles n'ont jamais permis le renversement d'un régime. Elles ont pris plusieurs formes :

  • les fuites ;
  • le sabotage des outils de travail, l'esclave n'ayant pas d'intérêt en soi à être productif ;
  • les révoltes, dont la plus célèbre est celle de Spartacus.

Exploitation indirecte des petits producteurs[modifier]

Les petits producteurs libres étaient également exploités par la classe dominante, bien que de façon indirecte :

  • par le loyer qu'ils devaient payer aux propriétaires terriens ;
  • par les taxes qu'ils devaient payer à l'État ;
  • par les corvées (anguriae) ;
  • par le service militaire (officiellement dû par tous les citoyens, mais les patriciens accédaient aux postes d'officiers...).

Au cours du monde Antique, une tendance à la paupérisation de ces petits producteurs se dégage.

Une des formes de résistances que cette classe a utilisé est celle de la "grève", la sécession. Il s'agissait pour les fermiers de cesser le travail sur leur terre, pour couper les revenus des propriétaires-rentiers.

Évolutions historiques[modifier]

Le mode de production antique instable car il se survit seulement par une politique permanente de guerres et de razzias. En conséquence il présente de fortes différences selon les cas historiques, et il n'a que rarement été un mode de production dominant (Méditerranée antique). L’économie esclavagiste nécessite un territoire relativement vaste, avec des institutions et un marché aux esclaves. Un capital marché et une production artisanale y est présente dans les villes, mais reste subordonnée et évolue peu. Aucun établissement "industriel" ne paraît dépasser la cinquantaine de travailleurs.

La dynamique de ce mode de production est la suivante :

  1. La grande majorité des habitants vit du travail de la terre. La majorité de l’espace foncier constitue une propriété publique, particulièrement pour l’élevage.
  2. Progressivement s’accroît le fossé entre d’une part de grands propriétaires, d’autre part les petits paysans qui s’endettent auprès des premiers lors de mauvaises récoltes par exemple, ne peuvent rembourser et finalement leur abandonnent leurs petits domaines, se groupant alors dans la ville, centre d’attraction de ce milieu prolétaire. Dans le même temps, le domaine public se voit grignoté, accaparé par les riches.
  3. Les guerres de conquête apportent aux riches une main d’oeuvre moins chère et moins exigeante que celle des hommes libres urbanisés : les esclaves.

La Grèce antique[modifier]

Oligarchie, tyrannie et démocratie[modifier]

Au 7ème siècle av. JC, on voit apparaître en Grèce et dans son aire d'influence (Sicile...) ce que l'on a appelé des tyrans. Ce phénomène correspondait à une alliance entre des nouveaux riches et des petits propriétaires contre l'oligarchie.

Parfois, cette lutte de classe est allée jusqu'au renversement des tyrans par les petits producteurs, ceux-ci parvenant un temps à créer un équilibre entre eux et à instaurer une démocratie, dont l'exemple type est la cité d'Athènes. il y a même existé une redistribution économique qui allait à l'encontre de la tendance générale à la spoliation des plus pauvres.

Il faut bien noter toutefois que ce processus de démocratisation reposait entièrement sur l'esclavage, et qu'il a même accentué la nécessité du recours à l'esclavage. En effet, la démocratie nécessitant davantage de temps de délibération, ce temps était obtenu par l'exploitation de davantage d'esclaves.

Empires[modifier]

Le processus qui a mis fin à ce processus de démocratisation est la constitution d'empires : celui d'Alexandre le Grand, l'Empire romain...

La concentration du pouvoir sur une plus large échelle donnait à une classe dominante restreinte une force étatique diminuant le pouvoir local des cités.

La Rome antique[modifier]

Article détaillé : Rome antique.

La paupérisation et la réaction plébéienne[modifier]

A Rome, chaque paysan possède au 5ème siècle av. JC un terrain d’environ un demi hectare qu’il travaille et transmet héréditairement à sa guise. Au milieu du 5ème siècle av. JC, la loi des XII tables légalise l’appropriation par le créancier de la personne du débiteur qui fait défaut ; celui-ci peut alors être vendu comme esclave.

Progressivement, les petits paysans s’endettent auprès des gros propriétaires, ne peuvent rembourser et finalement leur abandonnent leurs petits domaines. En se groupant dans la ville, ils forment la plèbe. Au 3ème siècle av. JC la moitié des habitants ne possède plus de terre alors qu’une une classe privilégiée se développe par la propriété foncière mais aussi par le propriété urbaine, le commerce, les grands travaux.

 En -326, les plébéiens obtiennent l’abolition de l'esclavage pour dette.

L'expansion romaine[modifier]

La principale conséquence va être un développement systématique de guerres pour que les riches se fournissent en esclaves. L’ensemble du bassin méditerranéen est alors marqué par des déplacements considérables de populations ôtées de leur lieu de vie et asservies.

L'Empire romain a connu une forte expansion par ses conquêtes militaires victorieuses. Aussi, le nombre d'esclaves croît rapidement : environ 3 millions en Italie pour 7 millions d’humains au total durant le 1er siècle.

Les gros propriétaires utilisant de nombreux esclaves transforment leurs exploitations en grandes latifundia.

Chute de l'Empire romain[modifier]

Vers -30, l'Empire se stabilise dans la Pax Romana. En conséquence, le nombre d'esclaves diminue avec la diminution des prises de guerre. Cette raréfaction relative des esclaves va avoir pour effet général d'obliger leurs maîtres à les ménager davantage. En particulier, il n'était plus question de les tuer à la tâche ou par punition. Le taux d'exploitation des esclaves étant en baisse, c'est la structure même de la société qui est atteinte. Pour compenser et maintenir le fonctionnement des institutions, les taxes vont être augmentées, ce qui va accroître les difficultés des petits paysans.

Dans l'Empire romain tardif, les conditions de vie étaient très dégradées pour la grande majorité. Les inégalités se sont creusées entre l'élite dirigeante et le reste du peuple. La classe curiale elle-même a fini par être touchée par la dégradation de l'économie.

Ces facteurs de fond ont affaibli les insitutions de l'Empire, ont diminué la motivation des troupes et des citoyens à le défendre. La corruption a gagné du terrain, et les défections de militaires se sont multipliées. Le succès des "barbares" qui ont envahi l'Empire n'est pas tant dû à des qualités militaires particulières, ni essentiellement à une "peur des Huns", mais fondamentalement au délitement de l'Empire. Dans de nombreux endroits, on rapporte que les envahisseurs ont été accueillis avec enthousiasme par les paysans.

Transition vers le servage[modifier]

Plusieurs facteurs vont se combiner et engendrer une transition de l'esclavage vers le servage, dit aussi colonat :

  • l'élévation des esclaves vers le statut de serf ;
  • l'intégration d'immigrés "barbares" (venant de l'extérieur de l'Empire), assignés à des terres ;
  • l'assignation de paysans libres à des terres.

Sous l'empereur Dioclétien, un décret fixe les esclaves à la terre.

En savoir plus[modifier]

Marx a écrit sur l'Antiquité et évoqué le mode de production esclavagiste. Plus généralement, sa pensée s'est beaucoup nourrie de l'étude de l'Antiquité et des philosophes grecs (il a notamment fait sa thèse sur les matérialistes comme Epicure et Démocrite). Ces rapports avec l'Antiquité ont été étudiés par George Mac Carthy.

L'historien britannique Geoffrey de Sainte Croix est venu au marxisme par son étude de l'Antiquité. Il a réalisé plusieurs ouvrages importants, non traduits en français, notamment The Class Struggle in the Ancient Greek World: From the Archaic Age to the Arab Conquests (London, Duckworth, 1981).

Différences avec d'autres modes de production[modifier]

D'autres sociétés contemporaines ou antérieures fonctionnaient de façon différente, notamment celles que certains marxistes appellent "mode de production asiatique".

Ce ne sont pas des sociétés esclavagistes, sinon de manière très accessoire. Les pyramides d’Égypte n’ont pas été construites par des esclaves mais par des paysans salariés (avec une partie de leur tribut versé au pharaon) pendant la crue du Nil où le travail agricole était impossible.

Notes et sources[modifier]