Dette

La dette est en économie une somme d'argent due à un tiers. Elle peut être la conséquence d'un emprunt, d'une imposition ou encore d'une facture. On peut parler de dette pour un particulier, une entreprise, un État (dette publique).
Celui qui détient le titre de dette est le créancier (le débiteur est endetté auprès du créancier).
1 Types de dettes[modifier | modifier le wikicode]
1.1 Dette publique et dette privée[modifier | modifier le wikicode]
La dette publique est la dette d'un État ou autres institutions publiques, par opposition à la dette d'une entreprise ou un individu.
La notion de dette souveraine est synonyme, mais en général elle est plus restrictive, désignant seulement la dette de l'État central, ou de la banque centrale lorsque celle-ci est relativement indépendante, tandis que la dette publique englobe les dettes des collectivités territoriales, des divers opérateurs d'État, des organismes de sécurité sociale...
A l'inverse la dette privée est la dette de l'ensemble des ménages et entreprises.[1][2]
1.2 Dette intérieure et extérieure[modifier | modifier le wikicode]
La dette extérieure désigne l'ensemble des dettes qui sont dues par un pays, État, entreprises et particuliers compris à des prêteurs étrangers. Il est important de faire la distinction entre la dette extérieure brute (ce qu'un pays emprunte à l'extérieur) et la dette extérieure nette (différence entre ce qu'un pays emprunte à l'extérieur et ce qu'il prête à l'extérieur). Ce qui est le plus significatif, c'est la dette extérieure nette.
Plus elle est élevée, plus le pays est risque d'être en situation de domination par d'autre pays (néocolonialisme, impérialisme).
Cependant, la dette extérieure tend globalement a augmenter pour tous les pays capitalistes depuis le tournant néolibéral, qui a engendré une situation dans laquelle les États et les entreprises se sont de plus en plus endettés, notamment auprès de financiers, pour maintenir un niveau de consommation et d'investissements important (alors que les taux de profits sont moins élevés que dans l'après guerre). Pour les pays riches, à commencer par les États-Unis qui sont très endettés, cette dette ne pose du tout les mêmes risques de domination que pour les pays pauvres.
Néanmoins, même des pays riches peuvent être touchés par des crises de la dette, comme l'a montré la crise de la zone euro (2009-2017), qui a frappé plus durement les pays de la périphérie de l'UE (Grèce, Irlande, Portugal...) et les a obligé à appliquer des politiques plutôt décidées par la France et l'Allemagne. Les financiers parlent de « risque-pays » pour évaluer quels sont les risques qu'ils prennent en prêtant à tel ou tel État.

2 Historique[modifier | modifier le wikicode]
2.1 Antiquité[modifier | modifier le wikicode]
Dès les premières sociétés de classe, l'endettement a commencé à apparaître. Des paysans pauvres notamment se sont endettés auprès de propriétaires terriens qui accumulaient des terres et donc du pouvoir. Certains devenaient même esclaves pour dettes.
Dans le Capital, Marx écrit :
« Dans le monde antique, le mouvement de la lutte des classes a surtout la forme d’un combat, toujours renouvelé, entre créanciers et débiteurs, et se termine à Rome par la défaite et la ruine du débiteur plébéien, remplacé par l’esclave »[3]
Ces premières formes d'exploitation ont très tôt déclenché des révoltes, qui conduisaient les souverains à prendre des mesures pour stabiliser la société.
Par exemple les rois de Mésopotamie, du 3e au 1er millénaire av. JC, décrétaient parfois l'annulation des dettes et l'émancipation des esclaves, dans une sorte de table rase, appelée « amargi »[4][5].
Au cours du 1er millénaire av. JC, les hébreux ont des pratiques similaires, ce qui transparaît dans les préceptes de la Bible.[6] Ainsi dans le Deutéronome, il est écrit que les dettes doivent être annulées tous les 7 ans.[7] Comme cette règle est trop peu appliquée, le Lévitique la réaffirme en l'assouplissant, en instituant le « jubilé » tous les 50 ans.
Plus tard (vers -445), le réformateur Néhémie proclame à nouveau une annulation des dettes après que la situation sociale se soit beaucoup dégradée.
Jésus Christ, avant de devenir la figure fondatrice du christianisme, est également un prophète juif réaffirmant l'importance du jubilé (« année de grâce du Seigneur ») :
« Jésus vint à Nazara, où il avait été élevé, entra, selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il est écrit : “L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur”. (…) Alors il se mit à leur dire : “Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture” » (Lc. 4, 16-21).
De même en Grèce antique, parmi le demos, les pauvres, beaucoup s'endettaient et la colère éclatait régulièrement. Solon est connu pour avoir proclamé la seisachtheia au début du 7e siècle av. JC, la libération du fardeau (annulation de dettes), qui apaisa momentanément les esprits.
Des phénomènes similaires ont lieu dans la Rome antique.[8]
2.2 Moyen-Âge[modifier | modifier le wikicode]
Dans le Capital, Marx écrit : « Au moyen âge, la lutte se termine par la ruine du débiteur féodal. Celui-là perd la puissance politique dès que croule la base économique qui en faisait le soutien. Cependant ce rapport monétaire de créancier à débiteur ne fait (...) que réfléchir à la surface des antagonismes plus profonds. »[3]
2.3 Capitalisme[modifier | modifier le wikicode]
En France au 19e siècle, les dettes des artisans / ouvriers (alors souvent itinérants) sont mentionnées sur le livret ouvrier, document de contrôle social. Beaucoup d'artisans en difficulté s'endettent de plus en plus auprès de leurs donneurs d'ordre, ce qui est un des vecteurs de leur prolétarisation. C’est ainsi que les tisserands à façon sont presque toujours débiteurs des marchands-fabricants qui peuvent dès lors leur imposer les conditions de travail les plus dures, les prix de façon les plus bas et finalement les conduire à la ruine. Ce sont les bas salaires qui expliquent aussi l’importance du Mont-de-Piété.
Dans l'économie capitaliste, le niveau global d'endettement (dettes privées et dette publique) est fortement déterminé par la dynamique d'accumulation du capital : il augmente dans les périodes de stagnation économique, comme depuis les années 1970, et s'accélère lors des crises, comme en 2008 :
La dette des ménages tend à augmenter dans les périodes qui précèdent les crises.[9]
3 Esclavage pour dettes[modifier | modifier le wikicode]
Dans plusieurs sociétés, une des façons de tomber en esclavage est une punition pour celleux incapables de payer des dettes à un créancier. La plupart du temps, cela n'est pas un cas isolé, mais un phénomène social d'exploitation qui conduit à un cercle vicieux, le créancier profitant de l'appauvrissement de son débiteur.
Ce phénomène a été particulièrement répandu dans l'Antiquité. En Grèce antique, la lutte des paysans pauvres contre ce type d'esclavage a été le principal moteur de la lutte des classes. A Rome, au milieu du 5e siècle av. JC, la loi des XII tables légalise l’appropriation par le créancier de la personne du débiteur qui fait défaut. En -326, les plébéiens obtiennent l’abolition de l'esclavage pour dette.
Mais il a perduré au Moyen-Âge, sous diverses formes. Au 16e siècle, beaucoup de prolétaires anglais·es, et aussi beaucoup d'Irlandais·es opprimé·es, ont été déporté·es à la Barbade (l’expression « barbadiser » était courante) et en Virginie (États-Unis).
La tendance a été au passage d'un esclavage absolu à un esclavage durant le temps du remboursement de la dette. On peut considérer que de nos jours, sous le capitalisme, certain·es prolétaires surendettés travaillent pour rembourser leurs créanciers (banques ou autres organismes).

4 Notes[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ En France le terme de dette privée inclut la dette des entreprises, mais dans beaucoup de pays c'est plutôt synonyme de dette des ménages (Consumer debt).
- ↑ Olivier Berruyer, La dette totale américaine, 20 mars 2012
- ↑ Revenir plus haut en : 3,0 et 3,1 Karl Marx, Le Capital - Livre premier, 1867
- ↑ https://fr.wikipedia.org/wiki/Ama-gi
- ↑ Eric Toussaint, La longue tradition des annulations de dettes en Mésopotamie et en Egypte du 3e au 1er millénaire av. J-C, CADTM, août 2012
- ↑ Isabelle Ponet, La remise des dettes au pays de Canaan au premier millénaire avant notre ère, CADTM, Mars 2017
- ↑ Bible.com, Deutéronome 15
- ↑ Jean Andreau, Endettement privé et abolition des dettes dans la Rome antique, CADTM, Novembre 2012
- ↑ Olivier Berruyer, La dette privée américaine, 22 mars 2012