Albert Einstein

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Einstein en 1951

Albert Einstein (1879-1955) est un des plus brillants physiciens de l'histoire. D'origine allemande, il a dû fuir pour échapper au nazisme, parce que juif. Ayant eu plusieurs nationalités et se retrouvant plusieurs fois apatride, il a fini sa vie aux États-Unis.

Ses théories de la relativité restreinte (1905) puis de la relativité générale (1915) ont profondément changé la conception de la physique et de la gravitation depuis Newton. Il a aussi largement contribué au développement de la mécanique quantique et de la cosmologie.

Einstein reste un personnage extrêmement admiré, non seulement de par son image de génie, mais également parce que son intelligence était associée à une simplicité, une profonde bienveillance et à un engagement progressiste. Einstein se déclarait notamment socialiste.

1 Biographie[modifier | modifier le wikicode]

1.1 Jeunesse[modifier | modifier le wikicode]

Albert Einstein naît le 14 mars 1879 à Ulm, dans le royaume de Wurtemberg, en Allemagne. Très tôt, sa famille déménage à Munich. Il est le fils d’Hermann Einstein, entrepreneur dans le domaine de l’électrotechnique, et de Pauline Koch.

La curiosité d'Albert commence à se manifester très tôt. A cinq ans, il est marqué par une boussole : l'existence d'une action à distance lui paraît « miraculeuse ». Les Einstein sont des juifs ashkénazes non pratiquants, mais un parent enseigne à Albert les éléments du judaïsme. Vers onze ans il a une phase très religieuse, mais brève. « Mais je lus mes premiers livres de science, et j'en terminai avec la foi d'Abraham. »[1]

À douze ans, un petit livre sur la géométrie euclidienne du plan[2] le marque fortement (« la clarté et la certitude des démonstrations eurent sur moi un effet indescriptible »).

1.2 Études et début de carrière[modifier | modifier le wikicode]

Einstein a un parcours scolaire relativement atypique. Très tôt, il s'insurge contre le pouvoir arbitraire des enseignants, qui le voient comme un mauvais élément, très étourdi. Il éprouve jusque tard dans son enfance des difficultés pour s'exprimer. De nombreux commentateurs ont rétrospectivement émis l'hypothèse qu'il était sur le spectre autistique.

Albert Einstein en 1896.

De douze à seize ans, il apprend en autodidacte le calcul différentiel et intégral[3]. En 1895, il rejoint ses parents qui s'installent en Italie. Par répulsion du militarisme de sa patrie d'origine, il demande l'abandon de sa nationalité allemande, ce qui est accepté en janvier 1896 et le rend apatride. Dans sa demande, il déclare n'adhérer à aucune confession religieuse, signant ainsi sa rupture officielle avec la religion juive[4].

Il décide alors de suivre une formation scientifique en Suisse, à l'École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Il obtient de justesse son diplôme en 1900, s'avouant, dans son autobiographie, « incapable de suivre les cours, de prendre des notes et de les travailler de façon scolaire »[5]. En 1901, il obtient la nationalité suisse.

C'est aussi à l'EPFZ qu'il rencontre aussi Mileva Marić, sa première épouse, une des toutes premières étudiantes de l'école, qui travaillera également avec lui sur la théorie de la relativité et mènera ses propres recherches. Il l'épousera en 1903, et ils auront trois enfants.

De 1900 à 1902 ils sont dans une situation de précarité. Einstein postule à de nombreux emplois sans être accepté. Néanmoins en 1901, il publie son premier article scientifique dans les Annalen der Physik, article consacré à ses recherches sur la capillarité.

Finalement, grâce à son collègue et ami mathématicien Marcel Grossmann, il trouve un emploi à l’Office des Brevets de Berne[6], ce qui lui permet d'avoir un revenu stable et de se consacrer à ses travaux.

1.3 Reconnaissance[modifier | modifier le wikicode]

En 1905, à l’âge de 26 ans, il soutient sa thèse de doctorat intitulée Une nouvelle détermination des dimensions moléculaires.

L’année 1905 est qualifiée d’année des miracles pour Einstein, car il commence sa carrière de physicien en publiant quatre articles fondamentaux :

  • En mars 1905, il propose que la lumière puisse se comporter comme un flux de quanta (photons), ce qui permet d’expliquer l’effet photoélectrique en terme de particules lumineuses.
  • En mai 1905, il écrit sur le mouvement brownien, montrant comment les fluctuations microscopiques du milieu (liées à la température) peuvent produire le comportement observé de particules en suspension, fournissant une preuve supplémentaire de l’existence des atomes.
  • En juin 1905, Einstein remet en question la notion d’espace et de temps absolus, abandonne l’idée d’éther luminifère, et formule la théorie de la relativité restreinte. Ce mémoire repose sur deux postulats : les lois de la physique sont identiques dans tous les référentiels inertiels, et la vitesse de la lumière dans le vide est la même pour tous les observateurs. Il en retire des conséquences telles que la contraction des longueurs, la dilatation du temps, la relativité de la simultanéité, et l’unification de l’espace et du temps en un continuum.[7] Cette théorie sert de base à une refondation complète de la physique, en particulier de l’électromagnétisme.
  • En septembre 1905, il introduit la célèbre relation E = mc², établissant l’équivalence entre masse et énergie, qui deviendra un principe fondamental de la physique.[8]

En 1909, Albert Einstein est reconnu par ses pairs. En 1911, il devient professeur à l'université allemande de Prague[3], et il est invité au premier congrès Solvay, en Belgique, qui rassemble les scientifiques les plus connus. Il y rencontre entre autres Marie Curie, Max Planck et Paul Langevin.

En 1914, il déménage à Berlin où il devient membre de l'Académie royale des sciences et des lettres. Mileva et Albert se séparent et elle rentre en Suisse avec leurs enfants (leur divorce sera prononcé en 1919, année au cours de laquelle il épousera sa cousine Elsa). Au début de la Première Guerre mondiale, il déclare ses opinions pacifistes.

En 1916, il publie un livre présentant sa théorie de la gravitation, connue aujourd’hui sous le nom de relativité générale. Il propose une alternative à la conception newtonienne de la gravitation, force agissant instantanément à distance, en proposant à la place un modèle dans lequel les objets en mouvement suivent simplement la courbure de l’espace-temps (due à la masse des objets).

En 1919, il ironise sur le nationalisme qui donne une vision relative des hommes, dans un article écrit pour le Times de Londres :

« Je passe actuellement en Allemagne pour un savant allemand et en Angleterre pour un juif suisse. Supposons que le sort fasse de moi une bête noire, je deviendrai au contraire un juif suisse en Allemagne, et un savant allemand en Angleterre[9]. »

La même année, l'astrophysicien britannique Arthur Eddington apporte une confirmation expérimentale de la théorie d'Einstein en mesurant la déviation que la lumière d’une étoile subit à proximité du Soleil. Plus tard, il a été suspecté qu'Eddington avait légèrement déformé ses résultats (et passé sous silence le fait que la marge d'erreur était trop forte pour conclure), par souci de faire reconnaître Einstein contre les discours germanophobes. (L'accumulation de preuves par la suite fait que la validité de la théorie de la relativité n'est pas pour autant mise en doute).

Quoi qu'il en soit cet événement est médiatisé, et Einstein entreprend à partir de 1920 de nombreux voyages à travers le monde.

Passeport suisse, 1923.

En , et malgré les nombreuses réticences à lui accorder le prix Nobel les années passées pour des motifs ouvertement antisémites, il reçoit le prix Nobel de physique 1921[10],[11]

Einstein s'intéresse aussi à la cosmologie en appliquant sa formule à l'univers entier. En 1917 il propose une équation décrivant un univers statique, dans laquelle il introduit une constante arbitraire pour compenser exactement l’attraction gravitationnelle. Quand les observations astronomiques de la fin des années 1920 montreront que l'univers est en fait en expansion, Einstein qualifiera cette constante de « plus grande erreur de sa vie ».

1.4 Chassés par les nazis[modifier | modifier le wikicode]

En 1928 il est nommé président de la Ligue allemande des droits de l'homme. Mais avec la montée du nazisme, les droits humains sont de plus en plus menacés. Il subit des attaques visant ses origines juives et ses opinions pacifistes.

Peu après l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, tous les biens de la famille Einstein sont confisqués, et Albert Einstein, en voyage à l’étranger, apprend que sa maison a été pillée par les nazis en mars. Il décide de ne plus revenir en Allemagne[12],[13]. Le même mois, ses travaux sont brûlés au cours des autodafés. Le mois suivant, plusieurs journaux mettent sa tête à prix pour 5000 dollars. Peu après, l’État nazi publie un livret des « ennemis de l’État » comportant notamment une photographie d'Einstein avec l'inscription « Pas encore pendu »[13],[14]. Philipp Lenard, « chef de la physique aryenne ou allemande » attribue à Friedrich Hasenöhrl la formule E=mc² pour en faire une création aryenne[15].

1.5 États-Unis et projet Manhattan[modifier | modifier le wikicode]

Einstein et Robert Oppenheimer, vers 1950.

Il passe par la Belgique, puis en Angleterre, et enfin s’installe aux États-Unis, sur invitation d'Abraham Flexner, le fondateur et directeur de l’Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey) où il commence alors à travailler.

Le , sous la pression d'Eugene Wigner et de Leó Szilárd, physiciens venus d'Allemagne, il rédige une lettre à Roosevelt, qui contribue à enclencher le projet Manhattan, aboutissant à la mise au point de la bombe nucléaire, lancée sur les populations de Nagasaki et Hiroshima en août 1945. Einstein regrettera sa contribution jusqu'à sa mort[16],[17].

Einstein meurt le d’une rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale. Ses cendres sont éparpillées dans un lieu tenu secret, conformément à ses dernières volontés. Mais, en dépit de son testament, son cerveau et ses yeux ont été prélevés, le premier par le médecin légiste ayant effectué l'autopsie, les seconds par son ophtalmologiste[18]. Une étude réalisée en 2013 sur son cerveau révèle tout au plus une hyperconnexion entre les deux hémisphères, ce qui selon certains serait le signe d'une grande intelligence[19].

2 Opinions[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Pacifisme[modifier | modifier le wikicode]

Les positions politiques prises par Einstein sont marquées par ses opinions socialistes et pacifistes. Il relativise parfois ces dernières, par exemple en déconseillant l’objection de conscience à un jeune Européen lui ayant écrit pendant les années 1930, « pour la sauvegarde de son pays et de la civilisation ». Toutefois, il prône régulièrement l'objection de conscience. Par exemple, à propos de la lutte contre les armements et les comportements belliqueux, il écrit :

« Je soutiens que le moyen violent du refus du service militaire reste le meilleur moyen. Il est préconisé par des organisations qui, dans divers pays, aident moralement et matériellement les courageux objecteurs de conscience[20]. »

En 1913, il est cosignataire d’une pétition pour la paix que trois autres savants allemands acceptent de signer. Einstein éprouve une forte antipathie vis-à-vis des institutions militaires, publiant dès 1934 :

« La pire des institutions grégaires se prénomme l’armée. Je la hais. Si un homme peut éprouver quelque plaisir à défiler en rang aux sons d’une musique, je méprise cet homme… Il ne mérite pas un cerveau humain puisqu’une moelle épinière le satisfait. Nous devrions faire disparaître le plus rapidement possible ce cancer de la civilisation[21]. »

Après la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de la guerre froide, il s’exprime contre la course aux armements, et milite pour le désarmement atomique mondial. Avec Bertrand Russell et Joseph Rotblat, il appelle les scientifiques à plus de responsabilités, et créé le Comité d’urgence des scientifiques atomistes en 1946. En 1954 paraît le manifeste Russell-Einstein.

2.2 Sionisme[modifier | modifier le wikicode]

Einstein a lutté contre l'antisémitisme, et dans ce cadre, il voyait le sionisme comme une solution protectrice pour les juifs persécutés partout dans le monde. Il faut souligner que le sionisme signifiait alors la constitution d'un État pour les juifs, un projet encore peu concret au début du 20e siècle, qui ne peut pas être associé directement avec ce qu'allait devenir Israël plus tard.

En 1920, Einstein accompagne le chef de file sioniste Chaim Weizmann aux États-Unis au cours d’une campagne de récolte de fonds. Mais contrairement à lui, il était en faveur non pas d'un État juif séparé, mais d'un État binational.

Il se rend également en Palestine mandataire dans le cadre de l’inauguration de l’université hébraïque de Jérusalem à laquelle il lègue plus tard ses archives personnelles. Ses apparitions donnent un prestige politique à la cause sioniste. À la suite d'une invitation à s’établir à Jérusalem, il écrit dans son carnet de voyage que « le cœur dit oui […] mais la raison dit non ». Einstein apprécie son voyage en Palestine et les honneurs qui lui sont faits. Il marque néanmoins sa désapprobation en voyant des Juifs prier devant le mur des Lamentations ; Einstein commente qu’il s’agit de personnes collées au passé et faisant abstraction du présent[22].

En , en tant que président d'honneur de la Ligue contre l'antisémitisme, il lance un appel aux peuples civilisés de l'univers, tâchant « d'éveiller la conscience de tous les pays qui restent fidèles à l'humanisme et aux libertés politiques » ; dans cet appel il s'élève contre « les actes de force brutale et d'oppression contre tous les gens d'esprit libre et contre les juifs, qui ont lieu en Allemagne »[23].

« New Palestine Party. Visit of Menachen Begin and Aims of Political Movement Discussed », lettre publiée dans le New York Times par Albert Einstein, Hannah Arendt, Sidney Hook, et. al., 4 décembre 1948.

Après la Seconde Guerre mondiale, son engagement vis-à-vis des communautés juives et d'Israël est nuancé par ses opinions pacifistes. Il préface le Livre noir, recueil de témoignages sur l’extermination des juifs en Russie par les nazis pendant la guerre[24]. Et en , il cosigne une lettre condamnant le massacre de Deir Yassin commis par des combattants israéliens pendant la guerre de Palestine de 1948[25].

Ben Gourion lui propose en 1952 la présidence de l’État d’Israël, qu’il refuse :

« J'ai passé ma vie à étudier des problèmes objectifs et je manque à la fois de l'aptitude naturelle et de l'expérience nécessaires pour traiter des problèmes humains et exercer des fonctions officielles[26]. »

De même, il déclara à propos de la politique après cette offre de Ben Gourion :

« Les équations sont plus importantes pour moi que la politique, parce que la politique est lié au présent, mais une équation est quelque chose pour l'éternité[27]. »

2.3 Socialisme[modifier | modifier le wikicode]

Einstein avait des convictions démocratiques et socialistes, parce que pour lui, le gouvernement des peuples par eux-mêmes, et le fait de travailler pour eux-mêmes au lieu d'être exploité par une minorité, est plus propice à l’épanouissement individuel.

Eduard Bernstein transmis les notes d'Engels sur la Dialectique de la nature à Einstein (il était l'un des exécuteurs testamentaires littéraires d'Engels). Einstein a répondu que l'aspect scientifique était confus (notamment les mathématiques et la physique), mais que l'ouvrage dans son ensemble méritait d'être lu par un public plus large[28].

En 1949, en pleine période du maccarthysme, il publie un essai intitulé Pourquoi le Socialisme, dans la Monthly Review :

« Je suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves, à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient utilisés d’une façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société actuelle. »[29]

Mais il est déçu par ce qu’il peut apprendre de la politique stalinienne en Union soviétique. Cela le conduit notamment à la neutralité entre les belligérants de la guerre froide, et à considérer que la priorité doit être la paix, afin de mettre en place des conditions favorables à une évolution vers le socialisme.

Sa correspondance révèle qu’il voit un rapprochement entre le maccarthysme et les événements des années 1930 en Allemagne. Il écrit au juge chargé de l’affaire Rosenberg pour demander leur grâce, et il aide de nombreuses personnes qui souhaitent immigrer aux États-Unis. Contacté par William Frauenglass, un professeur d’anglais de lycée suspecté de sympathies communistes, il rédige un texte dénonçant ouvertement le maccarthysme et encourageant les intellectuels à résister à ce qu’il qualifie de « mal ». Le FBI ouvre un dossier sur lui, disponible aujourd’hui sur son site internet[30]. Joseph McCarthy attaque Einstein au Congrès en le traitant d’« ennemi de l’Amérique ». Sa secrétaire, Helen Dukas, est soupçonnée d’espionnage au service de l’URSS. Les médias américains se montrent virulents dans leur traitement de l’affaire et seules quelques personnalités, comme Bertrand Russell, prennent sa défense. L’affaire est classée en 1954, aucune preuve concluante n’ayant été apportée pour étayer ces accusations.

2.4 Contre les discriminations raciales[modifier | modifier le wikicode]

Einstein a pu tenir quelques propos racistes en privé, par exemple lors de ses voyages en Asie en 1922[31]. Mais l'essentiel de ses discours publics, et de son engagement explicite, va dans le sens de la lutte contre le racisme.

À Cassel (Allemagne), en 1923, se tient sous la présidence d'honneur[32] d'Albert Einstein le 3e congrès de l'Association mondiale anationale (SAT), organisation à caractère socio-culturel et à vocation émancipatrice fondée à Prague en 1921 et dont la langue de travail neutre est l'espéranto. Quarante-deux savants de l'Académie des sciences émettent la même année un vœu en faveur de son enseignement en tant que « chef-d'œuvre de logique et de simplicité ».

Après avoir fui l'Allemagne nazie, Einstein découvre, pendant son exil américain, l'ampleur de la discrimination raciale aux États-Unis. Vivant au milieu de la communauté noire de Princeton, il observe de près la ségrégation et s'investit au quotidien pour que les enfants noirs aient accès à la connaissance.

Ancienne école pour jeunes de couleur où notamment Einstein et Robeson furent enseignants, New Jersey.

Refusant d'intervenir dans les universités qui pratiquent la ségrégation raciale, Einstein accepte pourtant de donner une conférence à l'université Lincoln en 1946 où il déclare :

« Je suis de passage dans cet établissement au nom d’une cause qui en vaut la peine. En effet, les gens de couleur continuent d'être séparés des Blancs aux États-Unis. Cette séparation ne résulte pas d’une maladie des gens de couleur mais d’une maladie des Blancs. Il est impensable que je me taise à ce sujet. »

Il se lie d'amitié avec le chanteur noir Paul Robeson et devient, à ses côtés, un militant des droits civiques et de la lutte contre le racisme. Avec Robeson, Einstein milite aussi en faveur du soutien des États-Unis aux républicains espagnols qui combattent le franquisme ; tous deux s'attirent rapidement les foudres et la haine du directeur du FBI, J. Edgar Hoover, qui les considère comme des « ennemis d'État ».

Alors qu'il est harcelé par le FBI pour ses positions politiques, l'intellectuel noir et fondateur de la NAACP (Association pour la défense et la promotion des Noirs), W. E. B. Du Bois, sollicite le soutien d'Einstein pour sa défense devant la cour fédérale qui s'apprête à le condamner pour haute trahison. Einstein se porte aussitôt garant pour Du Bois, ce qui embarrasse les juges et empêche une condamnation arbitraire de ce dernier.

Cet aspect de sa vie est resté largement méconnu et ignoré par la plupart de ses biographes[33].

2.5 Philosophie et religion[modifier | modifier le wikicode]

Einstein ne se déclarait pas athée, mais n'accordait aucun crédit à toutes les institutions cléricales et aux textes « sacrés » qu'il considérait tous comme des créations humaines.

« Le mot Dieu n’est pour moi rien de plus que l’expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible un recueil de légendes, certes honorables mais primitives qui sont néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle, ne peut selon moi changer cela[34]. »

Einstein répondra d’ailleurs à un journaliste lui demandant s’il croit en Dieu : « Définissez-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu, et je vous dirai si j’y crois »[35].

Einstein se réclamait du panthéisme de Spinoza. Lorsque, en 1929, le rabbin Herbert S. Goldstein lui demande « Croyez-vous en Dieu ? », Einstein répond : « Je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle lui-même dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un Dieu qui se soucie du destin et des actions des êtres humains »[36]. Einstein a souvent utilisé le mot Dieu, comme dans ses célèbres formules « Dieu est subtil, mais pas malveillant »[37] ou « Dieu ne joue pas aux dés », cependant le sens qu’il donnait à ce mot fait l’objet de diverses interprétations.

Un militant de l’athéisme comme Richard Dawkins considère également que la position d’Einstein était seulement de l’athéisme poétiquement embelli[38]. Lors de la campagne d’affichage de slogans en faveur de l’athéisme sur les bus de Londres en 2008 (soutenue par Dawkins), une citation d’Einstein fut utilisée.

Einstein a beaucoup écrit sur les relations entre science et religion. Il avançait des hypothèses sur pourquoi l'humanité a ressenti le besoin universel de développer des croyances.

Plus globalement, Einstein développe ses vues philosophiques et politiques dans un livre intitulé Comment je vois le monde (1934).

2.6 Végétarisme[modifier | modifier le wikicode]

Deux végétariens réunis : A. Einstein et R. Tagore.

Albert Einstein soutenait le végétarisme comme un idéal sans pourtant le pratiquer lui-même malgré quelques problèmes de conscience[39]. Ses arguments se basent principalement sur des raisons de santé, mais il croit également à l’effet bénéfique du régime végétarien sur le tempérament des hommes[40]. Un an avant sa mort, il décide de mettre en pratique ses idées et entame un régime végétarien[41],[42].

On peut trouver les raisons philosophiques de ce choix dans son livre Comment je vois le monde, concernant sa judaïté :

« Les points essentiels de la conception juive de la vie paraissent être les suivants : affirmation du droit à la vie pour toutes les créatures ; la vie de l'individu n'a de sens qu'au service de l'embellissement et de l'ennoblissement de l'existence de tous les êtres vivants ; la vie est sacrée, c'est-à-dire qu'elle est la valeur suprême d'où dépendent toutes les évaluations. »

— Albert Einstein[43].


3 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Einstein's Miracle Year, documentaire de la série Horizon de la BBC.
  2. (de) E. Heis,T. J. Eschweiler, Lehrbuch der Geometric zum Gebrauch an hoheren Lehranstalten, Du-Mont and Schauberg, Cologne, .
  3. 3,0 et 3,1 (en) Abraham Pais, 'Subtle is the lord…' the science and the life of Albert Einstein, p. 38.
  4. Vicenzo Barone, Einstein : les vies d'Albert, De Boeck Superieur, , 208 p. (lire en ligne), p. 9.
  5. « La thèse d'Einstein aux enchères ! », Futura Sciences,‎ (lire en ligne).
  6. (fr + de + it + en + rm) « Einstein examinateur de brevets », sur Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle, (consulté le 8 décembre 2014).
  7. Einstein, Sur l’électrodynamique des corps en mouvement, Annalen der Physik, vol. 17, no 10,‎ 30 juin 1905, p. 891–921
  8. Einstein, L'inertie d'un corps dépend-elle de l'énergie qu'il contient ?, Annalen der Physik, no 13,‎ Novembre 1905, p. 639–641
  9. Banesh Hoffmann et Helen Dukas (trad. Maurice Manly), Albert Einstein : créateur et rebelle [« Albert Einstein, creator and rebel »], Paris, Éditions du Seuil, coll. « Sciences » (no S19), , 299 p. (ISBN 978-2-020-05347-1, OCLC 32648342), p. 153.
  10. (en) Fred Jerome et Rodger Taylor, Einstein on race and racism, (ISBN 978-0-8135-3952-2, lire en ligne), p. 4
  11. (en) « The Nobel Prize in Physics 1921: Albert Einstein », sur nobelprize.org (consulté le 15 mars 2017).
  12. « Albert Einstein, IAS », sur Institute for Advanced Studies.
  13. 13,0 et 13,1 Walter Isaacson, Einstein: his life and universe, Simon & Schuster, (ISBN 978-0-7432-6473-0), p. 407-410
  14. (en) Fred Jerome et Rodger Taylor, Einstein on race and racism, (ISBN 978-0-8135-3952-2, lire en ligne), p. 7
  15. Une physique aryenne sur le site slatersoft.com.
  16. Science & Vie Junior - Les Indispensables, n° 4 : La Seconde Guerre mondiale.
  17. (en) « Einstein's Letter to President Roosevelt », sur atomicarchive.com, (consulté le 13 janvier 2017).
  18. « Einstein : l'incroyable destin de son cerveau… après sa mort », Sciences et Avenir,‎ (lire en ligne).
  19. « Le cerveau hyperconnecté d'Einstein peut expliquer son génie », Sciences et Avenir,‎ (lire en ligne).
  20. Einstein, Solovine et Hanrion 2009, p.69.
  21. Introduction de 1934 au chapitre 1 de Einstein, Solovine et Hanrion 2009, p.9-10. À noter que ce texte figurait dans l'édition originale de 1934 dans une traduction différente (due au colonel d'artillerie Georges Cros : cf. « Note de l'éditeur », p. 5, malgré sa coquille « colonel Gros [sic] ») et qui a connu deux versions ultérieures (retrad. augm. Solovine, 1958 ; rév. Hanrion, 1979) : on donne ici la traduction finale de l'édition de 1979.
  22. Tom Segev, One Palestine Complete, 2000, Holt Paperbacks, p. 202–204.
  23. Voir L’Éclaireur de Nice, 28 mars 1933.
  24. Ilya Herenbourg, Vassili Grossman, Yves Gauthier (traducteur) et al., Le Livre noir sur l'extermination scélérate des juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l'URSS et dans les camps d'extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945 : textes et témoignages, Arles (France, Solin Actes Sud, coll. « Hébraica », , 1130 p. (ISBN 978-2-742-70623-5 et 2-742-70623-2, OCLC 878669455).
  25. (en) New York Time, 4 décembre 1948.
  26. Jewish Virtual Library Letter Offering Albert Einstein the Presidency of Israel, November 17, 1952/ Einstein on Decision to Not Accept Presidency Offer….
  27. (en) Stephen Hawking, A Brief History of Time, Random House, , 216 p. (ISBN 978-0-553-38016-3), p. 193.
  28. The Philosophical Quarterly, II (6) (1952), p. 89
  29. Albert Einstein, Pourquoi le socialisme ?, 1949
  30. (en) Federal Bureau of Investigation – Freedom of Information Privacy Act.
  31. Flood, Alison (12 June 2018). "Einstein's travel diaries reveal 'shocking' xenophobia". The Guardian
  32. Pierre Larivière, « Les Sans-Patrie contre les Bellicistes et la Barbarie Nationaliste », Le Pionnier, n° 21, septembre 1923.
  33. Fred Jerome, Einstein l'antiraciste, Paris, Éd. Duboiris, (ISBN 978-2-916-87218-6), traduction du livre de Fred Jerome et Rodger Taylor paru en 2005 aux États-Unis, (en) Einstein on race and racism, paru en français aux Éditions Duboiris en 2012 (en) Einstein l'antiraciste.
  34. lettre à Éric Gutkind 3 janvier 1954, Einstein Archive, p. 59-897.
  35. Dico-citations.com.
  36. François Vannucci, « Einstein: comment croire en Dieu quand on est scientifique? », sur slate.fr, (consulté le 6 juillet 2019).
  37. « Subtle is the Lord, but malicious He is not », remarque faite durant la première visite d'Einstein à Princeton, en avril 1921 ; citée dans R. W. Clark, Einstein (1973), Ch. 14.
  38. Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, chapitre 1.
  39. Einstein Archive 60-058).
  40. Lettre à Hermann Huth, 27 décembre 1930. Einstein Archive 46-756.
  41. (en) Alice Calaprice, The Expanded Quotable Einstein, Princeton (New Jersey), Princeton University Press, 578 p. (ISBN 0-691-07021-0, lire en ligne).
  42. (en) « History of Vegetarianism - Albert Einstein (1879-1955) », sur ivu.org (consulté le 19 juillet 2019).
  43. Einstein, Solovine et Hanrion 2009, « Les idéaux juifs ».