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La révolution du néolithique est la première grande transformation des sociétés humaines : la découverte de l'agriculture, qui a conduit à la sédentarisation, à la création d'un surproduit social, et en fin de compte à la première révolution sociale donnant naissance aux classes et à l'État. C'est un phénomène qui s'est produit indépendamment en plusieurs endroits différents et qui a rapidement étendu son influence sur les régions alentour.

L'exemple le plus documenté est celui de la révolution néolithique en Mésopotamie vers vers 9000-7000 av. J.-C.

La révolution urbaine est le processus de constitution des premières villes, qui vient après la révolution néolitique mais qui n'est pas confondue avec.

Origine du terme

C'est Vere Gordon Childe, dans les années 1920, qui créa l'expression révolution néolithique, pour décrire les premières révolutions agricoles de l'histoire du Moyen-Orient et souligner le bouleversement social qu'il a impliqué. Si l'on parle de révolution, c'est parce qu'à l'échelle des temps préhistoriques, ces innovations agricoles font figure d'évenements ponctuels.

Causes

Une accumulation de connaissances de la nature

La révolution néolithique plonge très probablement ses racines dans une lente accumulation d'expérience de la nature. A ce titre, il paraît probable, comme l'avancent de nombreux chercheurs, que les cueilleurs aient été en pointe dans les découvertes qui ont conduit à la domestication des plantes. Les observations sur les quelques communautés de chasseurs-cueilleurs contemporains semblent indiquer que ce sont principalement les hommes qui chassaient et les femmes qui veillaient au campement et à la cueillette. Par conséquent il est fort possible que les femmes aient eu un rôle prépondérant dans l'accroissement des connaissances liées aux plantes.

D'un certain point de vue, cette accumulation de connaissances et de savoir-faire est un accroissement des forces productives.

Le travail de la pierre

À la même période fut mise au point une nouvelle technologie dans le travail de la pierre, le polissage, qui donne son nom à cette nouvelle étape de l'histoire de l'humanité : le « néolithique » ou « nouvel âge de la pierre ». En éliminant les points de fragilité, le polissage d'une hache de pierre augmente sensiblement sa résistance aux chocs. Cela permit la mise au point d'une gamme d'outils destinés au travail du bois. Équipées de haches en pierre polie, les premières populations agricoles ont pu conquérir de nouvelles terres pour les cultures et l'élevage en défrichant des forêts.

Un déclencheur géographique-climatique ?

Pour certains chercheurs, le déclencheur qui a conduit à l'adoption de l'agricultre est géographique/climatique.

Ils rappellent que les grandes civilisations de la haute antiquité sont apparues dans des vallées fluviales (Nil, Mésopotamie, Indus, Houang-ho), des plaines côtières (Méditerranée), des hauts-plateaux (Mexique, Andes), entourés de régions arides ou peu hospitalières. Or, des gravures préhistoriques retrouvées au Sahara et dans de nombreux déserts, montrent qu’à la sortie de la glaciation, entre -10000 et -5000, les régions actuellement désertiques d’Afrique, d’Europe et d’Asie étaient des savanes ou des fôrets verdoyantes.

Avec la désertification, une population humaine nombreuse va se trouver "comprimée" sur de maigres espaces exploitables. Les nécessités de rationnaliser l’utilisation de l’eau, de développer l’irrigation, de garantir la paix interne et la sécurité externe de la communauté, vont conduire à l’émergence de ces "fonctions sociales" religieuse et militaire, détachées de la communauté productive et qui peu à peu vont se constituer en castes héréditaires et sacralisées, prélevant un tribut sur la production qui reste collective. On passerait alors à un « mode de production tributaire », ou « mode de production asiatique ».

Les révolutions agricoles

Au niveau basique de l'infrastructure, la révolution néolithique est une révolution agricole. C'est la domestication des plantes associée aux premiers outils et techniques d'agriculture qui a été l'élément clé.

La première technique agricole développée fut celle de l'abattis-brûlis dans les régions boisées. Elle consistait à aménager une clairière dans la forêt par l'abattage des arbres les plus frêles, qui n'étaient même pas dessouchés. Les feuillages, branchages et troncs morts, une fois desséchés, étaient brûlés sur place, pour que les éléments nutritifs contenus dans les cendres fertilisent le sol. Après deux à trois ans de culture, le terrain était laissé à la repousse de la forêt qui en restaurait la fertilité naturelle en quelques dizaines d'années. Cette technique de la jachère-forêt aurait remporté un tel succès qu'elle donna lieu à un important essor démographique des populations néolithiques, jusqu'à se heurter aux limites de ce système. On pense en effet que le défrichement de cette époque a joué un rôle dans le déboisement du pourtour méditerranéen et dans la désertification de certaines régions subtropicales chaudes faiblement arrosées au Proche-Orient.

Ces acquis servirent ensuite de base au développement des modes de culture plus performants, comme l'agriculture irriguée, la riziculture ou le perfectionnement des systèmes de jachères, selon les régions.

Il est souvent difficile de déterminer quels sont les zones d'origine de l'agriculture et quels sont les zones qui se sont développées sous influence exogène, mais au moins 7 foyers indépendants ont été identifiés.

Mésopotamie

L'agriculture se développa fortement vers 9000-7000 av. J.-C dans le Croissant fertile. C'est ce foyer qui s'est notamment exporté en Europe et a rayonné sur une partie de l'Afrique et de l'Asie.

En Europe, déjà peuplée de chasseurs-cueilleurs par des migrations précédentes venues d'Afrique, l'agriculture arriva avec des populations originaires du Proche-Orient. Elle atteignit l'extrémité ouest de l'Europe, vers -5 400 au niveau du Portugal actuel, vers -4 800 au niveau de la Bretagne actuelle et vers -4 000 au niveau de l'Angleterre actuelle.

Plateaux d'Éthiopie

L'élevage est attesté dès le Vème millénaire av. J.C.[1]

Sahel

2 500 ans av. J.-C

Asie

On pense que la révolution néolithique se répandit largement en Asie du Sud-Ouest vers 8500 av. J.-C

Amérique du Nord

Dans ce qui constitue de nos jours l'Est des États-Unis, les Indiens domestiquèrent le tournesol, le « sumpweed » et le chénopode vers 2500 av. J.-C.

Amérique centrale

Le maïs, le haricot et la courge furent domestiqués en Mésoamérique 3500 ans av. J.-C. environ.

Amérique du Sud

Les pommes de terre et le manioc furent domestiqués en Amérique du Sud, entre -7000 et -3000.

Développement de l'élevage

Comme bêtes de trait, sources de protéines (lait, viande...), ou encore de cuir, laine ou engrais, les animaux ont été à peu près à la même époque domestiqués et élevés par ces mêmes communautés sédentaires. Il semble que dans un premier temps, les animaux d'élevage aient été utilisés pour leur seule viande. Pour certains (Andrew Sherratt), on doit parler d'une sorte de "révolution des produits secondaires" lorsque les autres usages se sont multipliés (peaux, cuirs, fumier, laine, lait, ou encore force de traction).

Par exemple, le Moyen-Orient fut la source de nombreux animaux domesticables tels que les chèvres et les cochons. Cette région fut également la première à domestiquer les dromadaires. En Amérique, le lama, le cobaye, le canard de barbarie ou encore la dinde étaient domestiqués par les population précolombiennes. En Asie, le buffle, le yak, la poule...

Dans la péninsule ibérique, la domestication a précédé l’agriculture.

Sédentarisation

On sait que certaines populations avaient rompu avec le mode de vie nomade avant la découverte de l'agriculture et de l'élevage. Ainsi les Jomons de la côte ouest du Japon, dont on pense qu'ils devinrent sédentaires dès -7 000 ans. Ces populations vivaient alors des ressources de la forêt et de la pêche qui leur apportait une certaine abondance. Elles découvrirent aussi la poterie alors qu'au Proche-Orient, celle-ci ne fit son apparition qu'après l'invention de l'agriculture. Il est également probable que l'agriculture a été découverte parce que certaines populations nomades de chasseurs-cueilleurs, les Natoufiens au Proche-Orient, avaient pris l'habitude de se fixer périodiquement près d'endroits qui abondaient en produits de la nature et où passaient aussi de façon régulière des troupeaux sauvages.

En sélectionnant parmi les plantes qu'ils cueillaient celles qui leur apportaient le plus de nourriture et le plus facilement, ils auraient provoqué réalisé ainsi inconsciemment une sélection artificielle des espèces végétales ; en l'occurrence, au Proche-Orient, des céréales (comme le blé, l'orge ou le seigle), mais aussi des lentilles, des pois chiches ou du lin. Le même phénomène de domestication et de sélection a sûrement eu lieu avec les animaux sauvages les plus dociles. Ainsi se sont réalisées les premières sélections humaines artificielles des espèces par l'homme, ces chasseurs-cueilleurs se comportant inconsciemment en premiers agriculteurs et éleveurs.

Si pour certaines peuplades, la sédentarisation a donc précédé l'agriculture, et l'a même précipitée, c'est en revanche l'adoption consciente de l'agriculture et de l'élevage puis la propagation de ce mode de subsistance qui ont entraîné la sédentarisation de presque toute l'humanité.

Conséquences

Boom démographique

L'alimentation plus régulière et plus importante ainsi que le mode de vie sédentaire lié à l'agriculture et l'élevage ont aussi entraîné un important accroissement de la fécondité. On estime que la population mondiale, composée de quelques millions d'individus aux époques antérieures, passa à près de 50 millions au néolithique. Cet essor démographique a quant à lui favorisé la créativité et l'inventivité.

Révolution urbaine

Contrairement aux villages, les villes qui se développent sont en relation avec des espaces bien plus vastes via des routes commerciales et une domination guerrière. Alors que les villageois étaient essentiellement des paysans travaillant les terres alentours, les citadins ne produisent pas tout ce qu’ils consomment.

Tendance à ce que la population gravite de plus en plus autour de centres urbains qui concentrent un pouvoir de décision.

Développement par influence d’autres civilisations (ex des Celtes, Ibères, Tartessos, au contact des Grecs et Phéniciens).

  1. -3500 : Uruk, Susa (Mésopotamie)
  2. -3500 : Hiérakonpolis
  3. -3000 : Caral (Pérou)
  4. -2900 : Mari
  5. -2500 : Mojenjo-Daro (Inde)
  6. -2039 : Thèbes
  7. -2000 : Cnossos, Babylone
  8. -1900 : Erlitou (Chine)
  9. -1700 : Urushalim (Jérusalem)

Çatal Hoyük (Turquie, -7000 av. JC) a été considéré par certains comme la première ville, mais est aujourd'hui plutôt considéré comme un gros village.

Artisanat

Les instruments de travail deviennent plus variés, mieux adaptés et plus efficaces. Certaines tribus de chasseurs-cueilleurs nomades n'avaient qu'un simple outil multi-usage : les aborigènes du centre désertique de l'Australie, par exemple, ont un propulseur qu'ils utilisent pour lancer leur jet, mais dont la forme est telle qu'il leur sert aussi de récipient et de petit outil pour travailler le bois. Avec la sédentarisation, la diversification des outils prit un essor considérable.

Au coeur des villages et surtout des villes, l'artisanat et la division du travail apparaissent véritablement.

Apparition des sociétés de classe

Il n'y a bien sûr pas de causalité mécanique entre la révolution agricole du néolithique et la révolution sociale menant à l'établissement d'une société de classe. Celle-ci apparaît à la fois sous l'effet de cette première condition, objective, et d'autres contigences d'ordre culturel. Ainsi de nombreuses sociétés ont conservé une organisation sociale sans classe un certain temps après être passées à l'agriculture. Le surproduit social, surtout lorsqu'il est modéré et irrégulier, peut n'être pas accaparé et être réutilisé socialement (grands banquets...).

Néanmoins, les sociétés qui ont le plus accentué la division du travail ont aussi accru les forces productives, et le développement de celles-ci à un stade supérieur a requis un renversement des rapports de production "communistes primitifs". En consquence de quoi ces sociétés ont acquiert une puissance plus grande leur permettant de s'étendre et d'imposer leur mode de production aux autres.

C'est à partir de cette époque qu'apparaissent de grands empires : Assyrien, Egyptien, Chinois, Inca...

Problèmes sanitaires et environnementaux

La révolution néolithique ne peut pas être vu unilatéralement comme un progrès (social). Elle s'est accompagnée pour une très longue période d'un cortège de problèmes environnementaux et pour la santé humaine.

Il semblerait que la sédentarisation et la révolution agricole du néolithique aient conduit à un appauvrissement de l'alimentation et à une diminution de l'espérance de vie (jusqu'à très récemment).

Les espèces domestiques ont été disséminées sur toute la planète, et les rencontres de pathogènes ont été favorisées, notamment par la déforestation. Les risques de franchissement des barrières d'espèces par les souches virales et bactériennes se sont accrus et de nombreuses nouvelles maladies sont certainement apparues de la sorte. La possibilité d'échanges génétiques entre pathogènes exotiques et locaux peut également aboutir à de nouveaux pathogènes plus virulents. Les recherches ont ainsi établi de fortes corrélations entre la révolution néolithique et l'avènement de nouveaux virus et bactéries (grippe, rougeole, tuberculose...).

Mais on peut considérer rétrospectivement qu'elle a permis de créer les conditions de plus grands progrès ultérieurs.

Ecriture

La révolution urbaine est en général suivie de l'apparition de l'écriture.

Dans certains quartiers d'Uruk où se trouvaient les scribes, les archéologues ont recueilli plus de 5400 textes dont près du tiers sont des textes de comptabilité (en caractères proto-cunéiformes). L'écriture répond aux besoins nouveaux de la cité : consigner, archiver... A Mari, des intendants rendent compte au roi de la gestion des digues en lui transmettant des tablettes d'argile. En Chine, on a retrouvé des inscriptions sur les ossements et des écailles de tortue dans la ville de Yin Xu, capitale de la dynastie des Shang en 1300 av. JC. La civilisation de l'Indus a elle aussi laissé de courtes inscriptions sur des sceaux.

Cependant, il existe des exemples de villes sans écriture, comme Jawa en Jordanie. Parmi les villes qui se dévoleppèrent au IIIème millénaire av. JC, l'écriture n'apparaît qu'à la fin du IVème siècle av JC.

Pour les historiens, l'apparition de l'écriture est conventionnellement prise comme marqueur du passage de la « préhistoire » à « l'histoire ».

Notes et sources

Jean-Louis Huot, Les premiers villageois de Mésopotamie, 1994

  1. Chronologie du Soudan