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Une idéologie est au sens large, un système d'idées. Elle peut être imaginaire ou avec le réel comme point de départ, plus ou moins empirique ou déductive, cohérente ou non, aux contours flous ou érigée en doctrine, dialectique ou métaphysique...

La méthode du matérialisme historique permet de voir en quoi les idéologies, quoique parfois très avancées dans l'abstraction et le mysticisme, ont des bases tout à fait matérielles. Selon les conditions d'existence et, en dernière analyse, les rapports de production, telle ou telle idéologie peut être développée ou récupérée par un groupe social (une classe par exemple) pour défendre ses valeurs et ses intérêts.

L'idéologie comme superstructure

L'idéologie est ce que les marxistes ont appelé une superstructure, qui se développe sur une infrastructure (intérêts matériels, rapports de production réels), par exemple pour lui donner un aspect plus noble.

Tout au long de l'histoire, les classes dominantes ont donc toujours généré des idéologies dominantes (l'idéologie bourgeoise par exemple). Cette idéologie dominante fait partie intégrante de la domination, elle est le complément idéel de la domination politique, économique et policière/militaire.

Le mouvement socialiste génère également des idéologies. Là encore, le recours au matérialisme historique permet de se repérer dans le foisonnement de nuances politiques. Les classes moyennes et petites-bourgeoises par exemple, sont par nature tentées par un socialisme réformiste, car si elles sont dominées par le grand capital, elles ont des intérêts à défendre dans le cadre du système actuel. C'est pourquoi il n'y a fondamentalement que le prolétariat qui puisse être défenseur d'une idéologie révolutionnaire. Mais le révisionnisme est toujours une menace, à la fois lorsque l'influence de la petite-bourgeoisie est forte, ou lorsqu'une aristocratie ouvrière émerge...

Historique

Racisme

Si le racisme n'est pas une idéologie en soi (car il se décline sous de nombreuses formes), il s'appuie sur des bases idéologiques réactionnaires (extrême-droite).

Quelle idéologie pour le socialisme ?

Les classes progressistes ou réactionnaires du passé ont toujours brandi différentes idéologies qui avaient pour effet, sinon pour fonction, de masquer leurs intérêts. Le prolétariat n'est pas une classe possédante, et il ne peut parvenir à ses buts qu'en construisant consciemment son idéologie, hors de toute mystification : le socialisme scientifique. Dans le 18 brumaire de Louis Bonaparte, Marx moque les révolutionnaires de 1789 qui se drapaient de la République romaine. A la suite de quoi il dit clairement :

"La révolution sociale du XIX° siècle ne peut pas tirer sa poésie du passé, mais seulement de l'avenir. Elle ne peut pas commencer avec elle-même avant d'avoir liquidé complètement toute superstition à l'égard du passé. Les révolutions antérieures avaient besoin de réminiscences historiques pour se dissimuler à elles-mêmes leur propre contenu. La révolution du XIX° siècle [du XXIème!] doit laisser les morts enterrer leurs morts pour réaliser son propre objet. Autrefois, la phrase débordait le contenu, maintenant, c'est le contenu qui déborde la phrase."[1]

Idéologie à travers les logos des partis

Article détaillé : Logos des partis politiques.

Sciences et idéologie

La question du rapport entre sciences et idéologies est un champ de débats complexes pour les marxistes. Pour schématiser, on peut concevoir les options suivantes :

  • toute science est entièrement idéologique (position "relativiste")
  • les sciences sont hors du champ des idéologies et sont des vérités au delà des luttes de classe
  • les sciences ont une base objective réelle tout en étant affectées par les idéologies dominantes

Pour prendre un exemple dans le domaine de l'économie, Marx semblait considérait que l'Ecole classique (Adam Smith, David Ricardo...) exprimait à la fois des résultats scientifiques incontestablement plus solides que d'autres théories, et à la fois les intérêts de la bourgeoisie. Ainsi il disait de la théorie de Ricardo sur la rente foncière qu'elle «n'est que l'expression économique d'une lutte sans merci des bourgeois industriels contre les propriétaires fonciers. » Et dans le même temps il critiquait durement le protectionniste allemand Friedrich List lorsque celui-ci accusait les économistes anglais de n'avoir défendu qu'une idéologie anglaise :

«Comme il s'agit, en effet, pour le bourgeois allemand, de droits protecteurs, il est naturel que tout le développement de l'économie depuis Smith n'ait aucun sens pour lui, étant donné que les représentants les plus remarquables de cette économie ont pour point de départ la société bourgeoise actuelle de la concurrence et du libre-échange. Le philistin allemand montre ici, de mainte façon, son caractère « national ». Dans toute l'économie politique, il ne voit que systèmes élucubrés dans les cabinets d'étude. Que le développement d'une science telle que l'économie soit liée au mouvement réel de la société, ou même en soit seulement l'expression théorique, M. List ne le soupçonne même pas : c'est un théoricien allemand. Étant donné que sa propre théorie (son ouvrage) recèle un but caché, il flaire partout des buts secrets. »[2]

Utilisation politique ou politicienne

On entend parfois les hommes/femmes politiques accuser leurs rivaux d'actions guidées par "l'idéologie".

Lorsque, comme c'est le plus souvent le cas, des réactionnaires de droite lancent ce terme au moindre représentant de la gauche bourgeoise, c'est pour dénigrer ce qui peut rester d'idéologie socialiste chez eux. Quand les divergences politiques s'émoussent entre ces partis de gouvernement, ces reliquats deviennent plus des sources potentielles de ridicule et d'encombrement pour les "sociaux-démocrates". Pour l'idéologie dominante, les partis "modernes" qui prétendent à la gestion "raisonnable" de l'État, ne sauraient être motivés par des "idéaux irrationnels", voire "des idéologies meurtrières" (association socialisme-communisme-stalinisme). Ces politiciens sont bien évidemment hypocrites de nier par là leur propre idéologie, qu'elle soit conservatrice, libérale, nationaliste...

Notes et sources

L'Idéologie allemande de Karl Marx et Friedrich Engels.

  1. Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx, 1851
  2. Karl Marx, A propos du Système national de l'économie politique de Friedrich List, 1845