James Burnham

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James Burnham (1905–1987) est un intellectuel états-unien.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

James Burnham a étudié à l'Université de Princeton puis au Balliol College de l'Université d'Oxford. Il fut élève de John Dewey. En 1929, il devient professeur de philosophie à l'Université de New York.

D'abord lié à A.J. Muste, il rejoint au début des années 1930 le Socialist Workers Party (USA), parti trotskiste. Il y devient un important militant, membre du Comité National et responsable de la revue théorique New International.

En 1937, il entre en conflit avec Trotsky et J. P. Cannon, leader du SWP. Il reproche à la fois des méthodes bureaucratiques à la direction du SWP, et l'orientation majoritaire de défense de l'URSS, notamment sur la question de la Pologne puis de la Finlande. A cette occasion, Burnham remit en cause la caractérisation de l'URSS comme État ouvrier dégénéré. Pour lui, il s'agissait d'un "collectivisme bureaucratique", qui n'avait plus rien de progressiste à défendre.

En 1939, il est l'un des leaders de l'opposition minoritaire, aux États-Unis et au niveau de la Quatrième internationale, avec Max Shachtman. Trotsky prend alors part à une violente polémique contre cette "opposition petite-bourgeoise"[1].

Cela débouche sur la scission de la minorité début 1940, qui fonde le Workers Party, sur des bases trotskistes. Mais en mai 1940, Burnham signe une lettre dans laquelle il démissionne du Workers Party, rompt avec la Quatrième internationale, mais aussi avec le marxisme[2].

Dwight Macdonald, dans son commentaire de The Managerial Revolution, appelé The Burnhamian Revolution[3].cite une lettre de Victor Serge du 26 juin 1941 dans laquelle il s'étonne de ce « soudain et stupéfiant abandon » du marxisme.

Dans le numéro de l'hiver 1945 de la Partisan Review, James Burnham publie un article intitulé Lenin's Heir (L'héritier de Lénine). Il y écrit notamment que « Sous Staline, la révolution communiste n'a pas été trahie, mais accomplie. [...] Le stalinisme est le communisme. » Victor Serge, qui en prend connaissance, écrit aussitôt un article en réaction fin mai 1945.[4]

Pendant la guerre, il prend congés de l'Université et travaille pour l'Office of Strategic Services, rattaché à la CIA. Aux débuts de la guerre froide, cette organisation cherche à se concilier des hommes de gauche souhaitant participer à la lutte contre le « totalitarisme » stalinien[5]. Burnham réclame une stratégie agressive des États-Unis afin de saper la puissance soviétique. Il écrit régulièrement pour la National Review. En 1983, il reçoit la Médaille présidentielle de la liberté des mains du président Ronald Reagan.

Les idées de Burnham ont eu une grande influence sur le courant néoconservateur américain.

L'Ère des organisateurs[modifier | modifier le wikicode]

Burnham est connu pour son ouvrage The Managerial Revolution[6], publié en 1941, qui a fortement influencé le roman de George Orwell, 1984. Il y développait l’idée de la bureaucratisation des sociétés modernes. Selon l’auteur américain, la structure dirigeante des États totalitaires était la préfiguration d’une « révolution managériale » qui devait toucher tous les États : le développement des sciences et de la technique conduirait à l'émergence d'une nouvelle classe sociale intermédiaire (entre prolétariat et bourgeoisie), les « techniciens », qui imposeraient peu à peu leur pouvoir dans les rapports de production. Ces « organisateurs », « placés à la tête de ces grandes unités de pouvoir que sont la grande industrie, l’appareil gouvernemental, les organisations syndicales, les forces armées, constitueront la classe dirigeante »[7], et ce indépendamment des types de régimes politiques et économiques de l'époque (capitalisme, communisme, fascisme).

Selon cette théorie, il y a un lien causal direct entre le niveau de développement d’un pays et son régime politique. Cette analyse préfigure dans une certaine mesure la thèse de la technostructure développée par John Kenneth Galbraith dans Le nouvel état industriel (1961) et celle de Raymond Aron portant sur la société industrielle. Capitalisme et communisme seraient tous deux dépassés par l'émergence d'une nouvelle société dominée par les managers.

Plus tard, Pierre Naville accusera Burnham de s'être approprié les thèses de l'italien Bruno Rizzi (exposées dans son ouvrage La Bureaucratisation du monde) pour rédiger The Managerial Revolution :

« J'ai lu Managerial Revolution en 1945 et j'ai aussitôt reconnu l'essentiel des idées de Rizzi, moins l'originalité et la verdeur de la pensée. C'est pourquoi j'écrivais en 1947 que Burnham avait purement et simplement copié Rizzi. Je dis copié car il ne s'agit pas d'une rencontre d'idées. Burnham connaissait « Bruno R. » (sinon Rizzi) dès sa polémique avec Trotsky, et après sa rupture avec le marxisme il s'appropria simplement la thèse de Rizzi pour en faire un best-seller américain, sans mentionner son obscur prédécesseur »[8].

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Trotsky, L'opposition petite-bourgeoise dans le Socialist Workers Party, 15 décembre 1939
  2. James Burnham, Lettre de démission de James Burnham du Workers Party , 21 mai 1940
  3. Partizan Review, n°1, janvier-février 1942
  4. Victor Serge, Lenin’s Heir?, 1945
  5. Voir à ce sujet Pierre Grémion, Intelligence de l'anticommunisme. Le congrès pour la liberté de la culture à Paris (1950-1975), Paris, Fayard, 1995.
  6. J. Burnham, The Managerial Revolution : What is Happening in the World, New York, John Day Company, 1941, traduit en français en 1947 sous le titre L'Ère des organisateurs. ISBN 0-8371-5678-5
  7. L’Ère des organisateurs, 2e éd., Paris, Calmann-Lévy, 1969, p. 31.
  8. « En réponse à un article de Georges Henein, "Bruno R. et la nouvelle classe" », lettre de Pierre Naville au journal Le Contrat social, 6 janvier 1959.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • L'Ère des organisateurs, Calmann-Lévy, 1947, préface de Léon Blum - réédité en 1969 (éd. originale : New York, 1941).
  • The Machiavellians: Defenders of Freedom, New York, John Day Company, 1943.
  • The Struggle for the World, New York, John Day Company, 1947.
  • The Coming Defeat of Communism, New York, John Day Company, 1950.
  • Containment or Liberation?, New York, John Day Company, 1952.
  • The Web of Subversion: Underground Networks in the U.S. Government, New York, John Day Company, 1954.
  • Congress and the American Tradition, Chicago, Henry Regnery Company, 1959.
  • Suicide of the West: An Essay on the Meaning and Destiny of Liberalism, Chicago : Regnery Books, 1985 (éd. originale : 1964).
  • The War We Are In: The Last Decade and the Next, New York, Arlington House, 1967.

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]