Impérialisme belge

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L'impérialisme belge est un des plus anciens, et même s'il doit toujours composer avec les impérialismes principaux, il est en mesure d'exercer une certaine domination, notamment sur son ancienne colonie congolaise.

Historique[modifier]

Colonisation et militarisme[modifier]

L'Etat-nation belge, né de la révolution de 1830, s'est aussitôt joint aux interventions militaires dans le reste du monde, comme le reste de l'Europe. Déjà en 1848, des officiers belges aidaient l'empire esclavagiste au Brésil. En 1848 également, l'armée belge défit les troupes révolutionnaires qui venaient de France, et cette même armée soumit le peuple des Nalous du Rio Nunez en Afrique Occidentale. Très tôt, la Belgique a développé un militarisme solide relativement à la taille du pays.

En 1850, la Belgique élargit son territoire en Afrique et écrase en compagnie de troupes française une insurrection. A partir de 1863, des troupes belges participent à l'aventure militaire de la France au Mexique où la Belgique appuie l'empereur Maximilien, marié à une princesse belge.

En fin de compte, la Belgique s'est taillé par la force en Afrique un empire colonial : le Congo. Pour cela son armée a à la fois écrasé la population locale (notamment les Batetele) et chassé les commerçants arabes (commerce d'esclaves mais aussi de l'ivoire tellement recherchée). Lorsque, en 1908, le Congo devient une possession belge, l'intervention militaire de la Belgique devient également une intervention directe. Sans pitié, la Belgique écrase des insurrections paysannes, des grèves ouvrières et des mutineries de soldats congolais. De vastes territoires du Congo sont donnés en concession à des multinationales, comme Unilever, qui y règnent sans partage, la présence militaire belge sert à contraindre les populations locales à remplir leurs devoirs d'esclaves envers ces multinationales. Le pays est définitivement ébranlé socialement suite à de soi-disant « campagnes de pacification ».

Puissance financière mondiale[modifier]

En tant qu'Etat au coeur de l'Europe capitaliste, la Belgique était un des premiers pays dans lequel le capital industriel et le capital bancaire ont fusionné pour former le capital financier moderne. Ce capital prospectait le monde à la recherche de profits et dans cette recherche il se heurtait au capital des autres puissances. La concurrence pour la répartition du marché mondial et pour son éventuelle redistribution avait déjà commencé et continue encore de nos jours.

Lors de la constitution du cartel international des chemins de fer, par exemple, le marché mondial était réparti comme suit : l'Angleterre 66%, l'Allemagne 27% et la Belgique 7%. En 1904, la participation belge augmente jusqu'à 17,7%, aux dépens du géant britannique. En 1910, la Belgique contrôlait pour 7,7 milliards de FF de valeurs investies partout dans les grandes puissances.

Rôle dans les grandes guerres[modifier]

Lors de la Première guerre mondiale (1914-1918), la Belgique était du côté des impérialismes français et britannique, envoyant aussi ses prolétaires dans les tranchées. Dans cette même guerre, les troupes belges en Afrique utilisèrent les Noirs comme chair à canon contre les troupes allemandes en Afrique de l'Est et en Ouganda. Encore de nos jours, les populations y disent à quelqu'un qui se comporte de façon injurieuse : « ne te comporte pas comme un Belge ». Cette participation militaire rapporta à la Belgique deux nouvelles colonies, le Rwanda et le Burundi.

Suite à la révolution d'Octobre 1917, la Belgique se joignit aux Britanniques, Français, et Américains pour attaquer le premier Etat ouvrier.

Bien que la Belgique ne joue pas un rôle direct dans la conclusion du Traité de Versailles qui imposait à l'Allemagne des réparations impossibles, elle fut quand même récompensée, en obtenant les cantons de l'Est. En plus en 1923, la Belgique occupe avec des troupes françaises la Ruhr, ce coeur industriel de l'Allemagne, afin d'imposer le paiement des réparations, dont la charge reposait évidemment sur le dos des travailleurs allemands. Des troupes belges furent engagées dans la Ruhr contre les grèves révolutionnaires et contre la résistance ouvrière.

Sentant la puissance montante de l'Allemagne nazie, la Belgique se déclare neutre avant le déclenchement de la Seconde guerre mondiale, et rejette son accord militaire secret avec la France. Lorsque le pays est tout de même envahi par Hitler, la bourgeoisie belge est divisée : une partie choisit la collaboration avec les nazis, une autre partie mise sur l'impérialisme britannique. Cette dernière fraction met à la disposition des Britanniques les matières premières du Congo et fournit l'uranium pour la fabrication des bombes atomiques qui allaient frapper les populations de Hiroshima et de Nagasaki. A partir du Congo, la Belgique participe à la campagne contre les troupes italiennes au Soudan et en Ethiopie.

Au coeur du bloc de l'Ouest[modifier]

Après 1945, la Belgique fait partie des pays les plus hostiles à l'égard de l'URSS, et prône une intervention militaire européenne contre l'ex-allié qui a englobé dans son orbite une bonne partie de l'Europe de l'Est. Les révolutions chinoise et vietnamienne font de la Belgique un des membres les plus zélés de l'OTAN. La dernière intervention militaire de la Belgique sur une grande échelle fut celle de Corée en 1950-53, afin de maintenir ce pays dans la zone capitaliste.

L'OTAN exige certaines contributions, et en particulier la Belgique, qui accueille le siège de l'OTAN depuis 1966, doit une certaine allégeance aux Etats-Unis. Mais la bourgeoisie belge y trouve son compte jusqu'à présent, notamment lorsque ces derniers ont soutenu les opérations belges au Congo.

Décolonisation... néocolonialisme[modifier]

Dans l'Après-guerre, la Belgique voit comme le reste de l'Europe son emprise coloniale remise en question. Ceci à la fois par la lutte du peuple congolais, et par le poids dominant des Etats-Unis, qui poussent à la décolonisation pour obtenir par impérialisme économique des parts de gateaux auparavant verouillées. C'est pourquoi en 1959 la bourgeoisie belge doit renoncer à mater l'insurrection à Kinshasa et accorder l'indépendance au Congo Zaïre.

Mais évidemment, la Belgique mène avec le Congo l'équivalent du système néocolonial de la "Françafrique", maintenant ses principaux intérêts économiques (surtout représentés par la Société Générale), y compris par intervention militaire. Dès l'indépendance, la Belgique appuie la sécession de la province minière du Katanga-Shaba, et aide à liquider Patrice Lumumba. En 1964, elle écrase l'insurrection populaire de Stanleyville, et en 1977-1978 elle sauve la région minière de Kolwezi des mains des rebelles qui combattent Mobutu. La Belgique dispose d'une force d'intervention coloniale rapide et bien rodée.

Période récente[modifier]

La Belgique a également participé à la première guerre du Golfe, même si ses forces étaient réduites en comparaisons des autres membres de la Coalition.

Enfin, tout récemment la Belgique s'est investie volontiers dans la guerre en Libye. Fait notable, cela a été décidé par un gouvernement « en affaires courantes » - le pays étant en pleine crise gouvernementale - ce qui montre à quel point cela fait partie d'une politique intrinsèque à l'Etat belge. Parmi les politciens bourgeois, y compris ceux du PS et de Ecolo, le consensus est absolu sur ces questions.

Notes et sources[modifier]

La Belgique, un des impérialismes les plus anciens, LCR, 1987