Parti ouvrier belge

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Un ouvrier et un paysan sont accoudés sur l'emblème du Parti ouvrier belge, emblème sur lequel se trouvent une torche surmontée des initiales du parti (en néerlandais et en français).

Le Parti ouvrier belge (POB) ou Belgische Werkliedenpartij (BWP) est un ancien parti politique belge, classé social-démocrate, se réclamant du socialisme. Il a été fondé le par une centaine de délégués représentant des syndicats, des sections d'un « parti socialiste » né en 1879, des sociétés de secours mutuel et des coopératives[1].

En , son programme et ses statuts sont établis au congrès d'Anvers. Sa charte de Quaregnon se prononce pour la socialisation des moyens de production en 1894. La même année, il obtient 20 % des suffrages exprimés aux élections législatives et compte 28 députés. Le POB entre au gouvernement, en 1916, pendant la guerre et y reste jusqu'en 1921. En 1927, il participe de nouveau au gouvernement avec le parti catholique ; puis, en 1927 et 1935 à un gouvernement d'union nationale. Paul-Henri Spaak, l'un de ses dirigeants, devient Premier ministre[2]. Après l'invasion allemande en , le POB est dissous par son président Henri de Man le [3].

1 Origines[modifier | modifier le wikicode]

Avant 1885, le mouvement ouvrier connaît, en Belgique, plusieurs phases déterminantes :

2 Histoire[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Fondation[modifier | modifier le wikicode]

Plaques commémorant la fondation du Parti ouvrier belge (les 5 et 6 avril 1885) et le passage de Karl Marx à Bruxelles (de février 1845 à mars 1848). Plaques présentes sur la façade de la Maison du Cygne, à Bruxelles.

Le parti voit le jour en avril 1885. Sa naissance est le résultat d'un lent processus de regroupement de plus d'une centaine d'associations ouvrières et démocratiques.

La plupart d'entre elles, telle le premier Parti socialiste belge (créé en 1879)[4], sont de création récente, mais certaines se présentent toutefois comme les héritières de groupes plus anciens. Le congrès inaugural eut lieu à Bruxelles, au café Le CygneKarl Marx avait donné une conférence. Il prit alors, sur une idée de César De Paepe, le nom de Parti ouvrier belge (POB) (en néerlandais : Belgische Werkliedenpartij, abrégé en BWP)[5].

Le POB se construit idéologiquement comme une synthèse des divers courantssocialistes. Cette synthèse sera incarnée par un de ses fondateurs, César De Paepe, puis par le futur président du parti, Émile Vandervelde.

Comme la social-démocratie allemande, le POB est associé à tout un réseau « socialiste » de mutuelles, de coopératives, de groupes culturels et sportifs et de syndicats, tournés vers l'amélioration immédiate de la vie des travailleur·ses, et vers le soutien à l'action politique du POB, censé lutter pour l'avènement d'une société socialiste.

2.2 Grèves générales pour le droit de vote[modifier | modifier le wikicode]

Un des premiers combats du POB est l'obtention du droit de vote pour tous, le suffrage censitaire étant encore en vigueur.

Plusieurs grèves générales eurent lieu pour réclamer le suffrage universel : dès 1887, puis en 1890, 1893, 1902 et 1913. Après la Russie, c'est en Belgique que le phénomène de la grève générale de masse apparaît le plus nettement en Europe (suscitant le débat dans l'Internationale ouvrière : les syndicats allemands étaient particulièrement opposés à la grève générale, contrairement à Rosa Luxemburg qui soutenait ses mérites[6]).

Mais en réalité les grandes grèves générales en Belgique furent surtout le résultat de la volonté des masses syndiquées que des chefs du POB, qui au contraire freinaient souvent le mouvement.[7] Ces chefs restreignaient aussi les revendications, alors que l’effervescence populaire typique des grands mouvements de grève correspondait à une conscience de classe aiguë et permettait d'avancer des revendications transitoires.

La radicalité des masses débordait parfois la direction du POB, par exemple lors de la grève générale de 1893, appelée par le parti mais qui donne lieu à des affrontements avec la police qui font plusieurs morts.A ce moment, le vote censitaire est remplacé par le vote plural (un entre deux avec le suffrage universel).

De leur côté les leaders du POB misait l'essentiel sur le parlementarisme. Les premiers députés socialistes entrent au Parlement en 1894. Le POB obtient 20 % et 28 députés.

2.3 Charte de Quagneron[modifier | modifier le wikicode]

En 1894 est adoptée la Charte de Quaregnon, qui sera longtemps le seul texte doctrinal officiel du socialisme belge. Son principal auteur fut Émile Vandervelde.

La charte se prononce pour la socialisation des moyens de production, et définit le parti comme le défenseur de tous les opprimés, quelles que soient leur nationalité, leur sexe, leur religion ou leur race.

2.4 Clivage Flamands / Wallons[modifier | modifier le wikicode]

Au début du 20e siècle, la Wallonie (francophone) était nettement plus riche et développée que la Flandre (néerlandophone). La bourgeoisie wallonne était dominante, et un certain mépris social / national envers les Flamand·es. Malgré les déclarations formelles, le POB a reproduit cette domination francophone, et surtout a négligé l'implantation en Flandre.[8]

Ceci est un des facteurs qui explique que le mouvement flamand a été récupéré par la droite, via le petit clergé, et que le mouvement ouvrier lui-même a été dominé en Flandre par le syndicalisme chrétien. Une ligne de partage organisationnelle s’est ainsi ajoutée à la ligne de partage linguistique.

2.5 Guerre de 1914 et union sacrée[modifier | modifier le wikicode]

À la fin de , le parti reçoit à Bruxelles des représentants de plusieurs partis socialistes, au cours d'un grand meeting dans le but d'une action commune en vue d'empêcher la guerre d'éclater. Mais cet espoir échoue devant le vote des crédits de guerre par les socialistes français et allemands.

Pendant la durée de la guerre, alors que l'armée belge combat sur le front de l'Yser, le gouvernement belge s'est exilé en France et le parti socialiste, dont Vandervelde qui s'est lui-même exilé, suspend son antimilitarisme. Cependant, en pleine guerre, en 1916, le socialiste belge Camille Huysmans participe, à Stockholm, à une rencontre officieuse entre socialistes des pays en guerre dans l'espoir de lancer un processus de paix. En vain, car les gouvernements sont aux mains des jusqu'au boutistes. Aussi, le parti entre-t-il, dès 1916, et pour la première fois dans le gouvernement belge en exil. Un seul but, dès lors, pour le gouvernement, le roi et l'armée, chasser l'ennemi qui exerce sa dictature en Belgique où il a décrété la scission du territoire entre Flandre et Wallonie.

Forts de leur attitude loyale durant la Première Guerre mondiale, les socialistes entrent de plein droit, dès novembre 1918, dans un gouvernement d'union nationale (avec les catholiques et les libéraux). Ce type de coalition se maintiendra jusqu'en 1921. En 1919, le suffrage universel (masculin) est instauré. Le POB obtient 70 députés et 4 ministres. Cette période voit se réaliser un ensemble de réformes politiques, économiques et sociales revendiquées de longue date par les socialistes : liberté syndicale, journée de huit heures, pension de vieillesse, assurance chômage, loi contre l'alcoolisme, progressivité de l'impôt...

En mai 1921, Joseph Jacquemotte et ses partisans quittent le POB et fondent le Parti communiste belge qui fusionne quelques mois plus tard avec le Parti communiste, dirigé par War Van Overstraeten, pour former le Parti communiste de Belgique.

2.6 Entre-deux-guerres[modifier | modifier le wikicode]

En 1925, le POB devient le premier groupe de la Chambre et revient au pouvoir, allié à l'aile démocrate-chrétienne du parti catholique. Cette coalition de gauche ne durera que quelques mois et après une brève tripartite, les socialistes retourneront dans l'opposition jusqu'en 1935.

Face à la crise et à la politique gouvernementale de droite, le POB passe à l'offensive, en 1933, en se mobilisant sur la base du « Plan du Travail » élaboré par Henri de Man (instauration d'un régime d'économie mixte). Au congrès de Noël 1933, le Plan de travail est adopté par le parti, qui rompt ainsi avec plusieurs fondamentaux du marxisme (qui est favorable à des socialisations et non des nationalisations, et qui compte plus sur l’action directe des masses que sur l’État). Ce plan prévoit la nationalisation du crédit et de certaines industries afin de rétablir la croissance. Cette politique, qualifiée de «planisme », fait des émules en France puisque la CGT et, dans une moindre mesure, la SFIO adoptent des « plans » inspirés de l’initiative belge.

En 1935, le POB retourne au pouvoir dans une tripartite avec les libéraux et les catholiques. Il ne parvient pas à appliquer le Plan de travail, ce qui crée des tensions à l'intérieur du parti : l'internationalisme et le réformisme de la vieille génération (Émile Vandervelde) sont contestés par Paul-Henri Spaak ou Henri de Man, qui proposent un socialisme national qui viserait à restaurer l'autorité. La base supporte mal l'attitude du Spaak en tant que ministre des Affaires étrangères. En effet, après avoir maintenu la représentation diplomatique belge auprès du gouvernement légal de l'Espagne, Spaak refuse d'intervenir dans la guerre d'Espagne, n'ayant pas de majorité pour cela au parlement et accepte finalement de reconnaître le gouvernement du général Franco.

En 1936, tandis qu'un vaste mouvement de grève générale bat son plein, le gouvernement obtient du patronat la semaine de 40 heures dans certaines industries et les congés payés.

De 1936 à 1940, le parti participe à plusieurs gouvernements et soutient la politique de neutralité et de réarmement du roi Léopold III, qui est d'ailleurs soutenue par une large majorité parlementaire de la gauche à la droite.

2.7 Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

Le , lorsque l'Allemagne nazie attaque la Belgique, le parti, unanimement anti fasciste, fait bloc avec les autres partis représentés au parlement belge. C'est le socialiste Paul-Henri Spaak, ministre des affaires étrangères, qui, en recevant l'ambassadeur d'Allemagne venu lui signifier la déclaration de guerre, lui lance une réplique peu diplomatique, « Moi d'abord, monsieur l'ambassadeur », pour ensuite lui lire la protestation belge.

Le , à l'issue des combats de la campagne des 18 jours, alors que l'armée française et l'armée anglaise sont encerclées avec les Belges, le roi décide la reddition devant une situation qu'il juge désespérée, du fait, notamment, de la retraite précipitée des troupes anglaises vers Dunkerque, ce qui découvre le flanc droit de l'armée belge qui livre seule la bataille de la Lys. Le premier ministre Hubert Pierlot, du parti catholique et le ministre socialiste des affaires étrangères Paul-Henri Spaak refusent de rester en Belgique, ne voulant pas être faits prisonniers. Le roi, au contraire, décide de rester, estimant que par sa présence au pays il peut empêcher l'Allemagne d'y imposer la même politique que pendant la Première Guerre mondiale. À cette époque, l'Allemagne impériale avait imposé la scission de la Belgique entre Flandre et Wallonie en profitant de l'absence de tout pouvoir politique belge, le roi Albert, le gouvernement et l'armée étant absent puisqu'ils combattaient sur les rives de l'Yser pour y défendre le dernier morceau de territoire national échappant à l'occupation allemande. Croyant pouvoir empêcher la réédition de la situation de 1914-1918, le roi Léopold III crée un grave différend entre lui et les ministres, ceux-ci estimant que le roi ne pourra rien obtenir des nazis dont il pourrait même devenir le jouet.

Réfugiés en France, plusieurs ministres, dont les socialistes, gagnent l'Angleterre, ainsi que des parlementaires - dont le socialiste Camille Huysmans - décidés à continuer la guerre avec ce qui reste à la Belgique de forces capables de se reconstituer à l'étranger. Mais Pierlot et Spaak s'installent à Bordeaux, auprès du gouvernement français auquel le gouvernement belge avait voulu lier son sort comme en 14-18. Mais ce gouvernement, qui a dû quitter Paris pris par l'armée allemande, se saborde, au cours d'une séance du parlement français réfugié, pour céder la place à un gouvernement d'abandon présidé par le maréchal Philippe Pétain qui demande immédiatement un armistice à l'Allemagne. Pour les ministres belges, surtout pour Spaak, marqué pour les Allemands comme socialiste, c'est le début d'une période dangereuse. Le gouvernement d'Hitler fait savoir que, pour lui, le gouvernement belge n'existe plus et le préfet du Var signifie aux ministres qu'ils perdent la protection diplomatique de la France. Comprenant qu'ils pourraient, peut-être, être livrés aux Allemands, Pierlot et Spaak quittent leur refuge de Sauveterre-de-Guyenne et traversent l'Espagne cachés dans le double fond d'une camionnette pour parvenir au Portugal, échappant au gouvernement de Franco allié d'Hitler et dont Paul-Henri Spaak avait tout à craindre comme socialiste.

Pendant toute la guerre, les socialistes siègent dans le gouvernement d'union nationale en exil à Londres, participant loyalement, comme en 1914-1918, à la politique de guerre de la Belgique. Ce gouvernement patronne le combat de 28 aviateurs belges dans la bataille d'Angleterre et ensuite la reconstitution de trois escadrilles et d'une force terrestre belge en Angleterre, ainsi que la campagne victorieuse des troupes du Congo belge en Abyssinie. Sur le plan purement politique, l'action militaire belge offre à Paul-Henri Spaak le moyen d'imposer la Belgique au sein des pays alliés. À ce titre, il décide, dès 1942, de reconnaître officiellement le comité des Français Libres du Général de Gaulle, ce qui sera chose faite en 1943 par la nomination d'un ambassadeur à Alger. Parallèlement, avec l'aide du corps diplomatique belge - resté fidèle dans sa très grande majorité au gouvernement en exil - Spaak patronne les accords par lesquels la Belgique fournit aux États-Unis du président Roosevelt des minerais du Congo, notamment l'uranium. Cette politique économique vaudra à la Belgique un crédit financier auprès des américains, ce qui jouera un rôle certain dans le redressement économique belge d'après guerre.

En 1940, le POB est dissous par Henri de Man — président depuis le décès de Vandervelde à la fin de 1938 — qui incite ses membres à se rallier à la politique de Léopold III. Henri de Man est par la suite impliqué dans la collaboration.

3 Personnalités historiques du Parti ouvrier belge (1885-1940)[modifier | modifier le wikicode]

4 Résultats électoraux[modifier | modifier le wikicode]

4.1 Parlement national[modifier | modifier le wikicode]

4.1.1 Chambre des Représentants[modifier | modifier le wikicode]

Année Voix % Sièges Gouvernement
1890 98 0,3
0 / 138
Extraparlementaire
1892 167 0,2
0 / 152
Extraparlementaire
1894 301 940 18,36
27 / 152
Opposition
1896 150 260 15,16
27 / 152
Opposition
1898 213 511 21,78
15 / 152
Opposition
1900 461 295 22,49
32 / 152
Opposition
1902 159 370 14,97
32 / 162
Opposition
1904 297 847 26,64
29 / 166
Opposition
1906 72 224 6,16
25 / 164
Opposition
1908 271 870 27,64
25 / 164
Opposition
1910 85 326 6,69
25 / 168
Opposition
1912 243 338 9,52
18 / 186
Opposition
1914 404 701 30,32
32 / 186
Opposition puis Broqueville II, Cooreman, Delacroix I
1919 645 124 36,62
70 / 186
Delacroix II, Carton de Wiart
1921 672 478 34,81
68 / 186
Opposition
1925 821 116 39,48
79 / 187
Opposition, puis Poullet, Jaspar I, puis opposition
1929 803 347 36,02
70 / 187
Opposition
1932 824 946 37,03
73 / 187
Opposition puis Van Zeeland I
1936 758 485 32,11
70 / 202
Van Zeeland II, Janson, Spaak I
1939 575 775 29,44
64 / 202
Pierlot I, opposition, Pierlot III, IV, V et VI, Van Acker I et II
Résultats électoraux du Parti Ouvrier Belge à la Chambre des Représentants. Les fluctuations au début du 20e siècle correspondent au cartel Libéral-Social, mis en place avec le Parti Libéral par Paul Janson.

5 Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Anonyme, « POB / BWP (Parti ouvrier belge - Unitaire) », Revue nouvelle,‎ (lire en ligne).
  2. Fabien Conord, « Paul-Henri Spaak, un socialiste belge au cœur du système des partis », Revue du Nord,‎ , p. 967-987 (ISSN 0035-2624)
  3. Anonyme, « POB », Encyclopédie Larousse,‎ (lire en ligne).
  4. Louis Bertrand, Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830, Dechenne & Cie, , p. 325.
  5. Matthieu Colleyn, « Le Parti ouvrier belge ancêtre du PS, est né de la misère. », sur cevipol.ulb.ac.be (consulté le 6 novembre 2019)
  6. Rosa Luxemburg, Grève de masse, parti et syndicat, 1906
  7. Marcel Liebman, La pratique de la grève générale dans le Parti ouvrier belge jusqu'en 1914, Le Mouvement social, N° 58 – janvier-mars 1967
  8. LCR (Belgique), Belgique: La Question Nationale en débat, Février 2008