Boycott

De Wikirouge
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Boycott Apartheid London 1989.jpg

Le boycott ou boycottage est le refus systématique de consommer les produits ou services d'une entreprise ou d'une nation. La pratique du boycott peut s'appliquer également à des élections ou à des événements.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

À l'origine, le boycott est le choix de ne pas acheter des produits dont les conditions de production sont jugées injustes. Le terme vient du nom de Charles Cunningham Boycott (1832-1897), intendant d'un riche propriétaire terrien du comté de Mayo, en Irlande de l'Ouest, durant le 19e siècle : comme il traitait mal ses fermiers, il subit un ostracisme et un blocus de leur part pendant le 17 septembre 1879. Le mot boycott se répandit par voie de presse et « boycottage » fit son entrée en France en 1881, officialisant une pratique qui existait depuis des siècles, puis est devenu « boycott » récemment, comme dans le reste du monde francophone, à cause de la redondance du suffixe[1].

Le recours au boycott a eu tendance à augmenter dans l'histoire du capitalisme, du fait du développement du marché et de la société de consommation, et du fait des moyens de communication facilitant la mise en relation de militant-e-s.

Cela se vérifie aux États-Unis, où le boycott fait partie de la culture économique mais aussi en Asie, où ce phénomène connaît beaucoup de succès, et même en France, où 70 % des consommateurs se disent prêts à participer à des campagnes de boycott.

Certains prétendent que le boycott remplace les autres formes de luttes, notamment les grèves et manifestations. Pour insister sur le pouvoir d'action des consommateurs à travers leurs choix, ils parlent de « consomm'acteurs ». Ainsi le clivage "consomm'acteurs / multinationales" remplacerait le clivage "syndicats / patronat". Cette idée est notamment présente dans le mouvement altermondialiste.

Les partisans des campagnes mondiales de boycott expliquent aussi que les multinationales se sont affranchies du pouvoir de contrôle des Etats nationaux, ce qui rend inefficace le vote aux élections. En l’absence de vote efficace, les citoyens utilisent alors leur « pouvoir d'achat » comme seul moyen d’exercer un contre-pouvoir, par le boycott.

Syndicats et boycott[modifier | modifier le wikicode]

Les syndicats se sont souvent montrés réservés concernant le boycott. Celui-ci a parfois été dénoncé comme une arme « démagogique » menaçant les ventes et donc les emplois. Ou alors ils considèrent que le conflit d'intérêt entre producteurs et consommateurs n'est pas leur rôle.

Quelques expériences ont parfois eu lieu, comme la formation de FO-consommation.

Unions-Discriminate-sweat-shop.jpg

Aux Etats-Unis, des formes de boycott ont été utilisées depuis longtemps, par les syndicats eux-mêmes. Par exemple, des syndicats des travailleurs du textile faisaient des campagnes appelant les consommateurs à n'acheter que des vêtements labellisés par le syndicat, pour lutter contre la concurrence des ateliers employant de la main d'oeuvre surexploitée (sweat-shops).

Ce genre de pratique est toujours utilisée aujourd'hui.[2]

Force et limites[modifier | modifier le wikicode]

Le boycott attaque sa cible au niveau matériel et au niveau de la communication. Le boycott est d'autant plus efficace que l'entreprise a de grands frais fixes, et qu'une baisse d'à peine 5 % de la demande pourrait par exemple faire baisser son bénéfice de plus de moitié. L'appel au boycott peut donc avoir un gros impact. Il peut être la goutte d’eau qui va définitivement déstabiliser un marché si celui-ci est déjà en difficulté.

Cependant, le boycott se cantonne à la sphère de la consommation. En lui-même, il peut seulement discriminer telle ou telle production face à une autre, et agir ponctuellement, a posteriori.

Le boycott peut être utilisé dans la lutte de classe, mais il peut aussi être utilisé de façon interclassiste.

Pour les communistes révolutionnaires, des campagnes de boycott (comme celle contre l'Apartheid) peuvent être utiles, mais la perspective reste l'implication massive des travailleur-se-s dans la lutte directe contre leurs exploiteurs, allant jusqu'à la reprise en main des entreprises. De cette façon la production serait gérée démocratiquement et écologiquement a priori.

Boycotts historiques ou célèbres[modifier | modifier le wikicode]

  • Pendant la Révolution américaine, à la fin du 18e siècle, le boycott des marchandises anglaises était un moyen utilisé par les colons pour faire pression sur la métropole. Les Fils de la Liberté, une organisation de patriotes américains, eurent recours à l'appel au boycott, notamment sur le thé anglais.
  • Le « boycott » est une forme de lutte qui a existé avant qu'un nom soit donné à ce type d'action de résistance. Les premiers anti-esclavagistes anglais lancèrent une campagne féroce en 1790 pour convaincre leurs concitoyens de renoncer au sucre provenant des Indes occidentales (les Antilles) et produit par des esclaves, au profit du sucre en provenance des Indes orientales (Inde), où l'exploitation de la main d'œuvre se faisait avec un peu plus de retenue.
  • Le premier boycott répertorié de 1879, mis sur pied à l'appel de Charles Parnell, dirigeant de la Ligue agraire, qui le lança contre Charles Cunningham Boycott, riche propriétaire terrien qui traitait mal ses fermiers ;
  • au Québec, en 1837, les chefs Patriotes incitent les Québécois à boycotter les produits importés d’Angleterre pour tarir les fonds publics, revenus fiscaux perçus à la douane, en vue de libérer le Québec du joug de l'occupant anglais. Les produits anglais boycottés, comme le rhum, l’eau-de-vie, le thé et la toile, sont remplacés par des produits québécois.
  • Le premier boycott de l'Empire tsariste eut lieu en 1900 à Bialystok : le Bund (Union générale des travailleurs juifs) lança un boycott des cigarettes de la manufacture de tabac Janovski. Dans un appel au public, le Bund dénonçait Fajwel Janovski, qui venait de licencier 45 jeunes filles juives. Ceux qui persistaient à acheter des cigarettes Janovski se les voyaient arracher et brûler. Le patron céda et réembaucha les jeunes femmes.
  • Pendant la Première guerre mondiale, une association nationaliste, la Ligue antiallemande, appelait au boycott des produits allemands et appelait à n'employer aucun-e Allemand-e.[3]
  • En Inde en 1930, Gandhi lance un boycott sur les impôts liés au sel, contre l'Empire britannique ;
  • Le boycott antisémite de 1933 en Allemagne est la première manifestation antisémite d'envergure organisée par les nazis après leur arrivée au pouvoir.
  • Le boycott des bus de Montgomery en 1955 à l'appel de Martin Luther King pour obtenir la fin de la discrimination raciale ;
  • Le boycott politique de l'Afrique du Sud pour mettre fin à l'apartheid, à partir des années 1970.
  • Le boycott par les États-Unis (entraînant d'autres nations) en 1980 des Jeux olympiques de Moscou, pour protester contre l'intervention soviétique en Afghanistan. Opération réussie puisque 80 pays seulement y seront représentés ; mais l'Union Soviétique (avec 13 autres nations) boycottera les Jeux olympiques de Los Angeles en 1984.
  • « Affaire Danone ». En 2001, Danone annonce des licenciements alors que l'entreprise est rentable, ce qui choque énormément, notamment des salarié-e-s qui appellent au boycott. Celui-ci sera très suivi et impactera beaucoup l'entreprise.[4]
  • Depuis juillet 2005, la société civile palestinienne appelle aux boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre Israël[5].
  • Certains Tibétains en exil appellent à un boycott des produits fabriqués en République populaire de Chine, car selon Jamyang Norbu, un écrivain tibétain en exil et partisan de l'indépendance du Tibet[6], ces produits sont fabriqués dans des camps de travaux forcés, dans des manufactures tenues par des militaires chinois, ou par une main-d'œuvre privée de ses droits[7].

Contre-attaque[modifier | modifier le wikicode]

Lorsqu'une entreprise est victime d'un boycott significatif, elle peut être amenée à changer de nom, de logo ou de slogan et à se lancer dans des campagnes de communication : social, « développement durable » (greenwashing)...

Le boycott peut aussi fonctionner dans l'autre sens, ce qui est moins visible mais plus répandu en réalité.

  • Par exemple, lorsqu'un syndicaliste combattif est connu des patrons, qu'il perd son emploi, et qu'il en cherche un autre, il a toute les chances de faire face à un boycott général...
  • Dans les années 1970, des membres actifs d'associations de locataires ont subi des représailles des sociétés gérant leurs immeubles, qui n'ont pas renouvelé leur bail...

Légalité[modifier | modifier le wikicode]

Dans certains pays, dont la France, quelques lois ou jurisprudences anti-boycott[8] ont été mises en place.

En France[modifier | modifier le wikicode]

La légalité du boycott en France peut sembler ambigüe.

En effet, le boycott peut constituer une discrimination envers une personne physique ou un membre d'une personne morale s'il réunit les conditions définies aux articles 225-1 et 225-2[9] du code pénal, c'est-à-dire si le boycott est effectué « en fonction de l'origine, du sexe, de la situation de famille, de l'apparence physique, du patronyme, de l'état de santé, du handicap, des caractéristiques génétiques, des mœurs, de l'orientation ou identité sexuelle, de l'âge, des opinions politiques, des activités syndicales, de l'appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales ».

Cette ambigüité est utilisée par la justice bourgeoise pour réprimer les boycott qui dérangent des intérêts capitalistes. Par exemple, des militant-e-s de la campagne de boycott BDS contre les produits israëliens (au nom de la légitime lutte contre le sionisme) ont été condamnés pour antisémitisme.

La cour de cassation confirme cette analyse dans son arrêt du 20 octobre 2015, concernant le boycott de produits israéliens [10] : "la provocation à la discrimination ne saurait entrer dans le droit à la liberté d'opinion et d'expression dès lors qu'elle constitue un acte positif de rejet, se manifestant par l'incitation à opérer une différence de traitement à l'égard d'une catégorie de personnes".

Boycott des élections[modifier | modifier le wikicode]

Articles détaillés : Parlementarisme et Ministérialisme.

La participation aux élections organisées par l'appareil d'Etat de la bourgeoisie est une question qui divise le mouvement ouvrier depuis ses origines. A foritiori la question de la participation aux parlements et aux gouvernements, ou de leur boycott, divise encore plus.

Pour les anarchistes, boycotter les élections est une question de principe. Pour les marxistes, cela dépend des circonstances :

  • Dans une situation révolutionnaire, les institutions bourgeoises sont délégitimées, et il faut alors miser avant tout sur les luttes extra-parlementaires, boycotter les élections et pousser à la révolution.
  • Dans une situation non révolutionnaire, les institutions bourgeoises paraissent légitimes aux yeux des masses (les mouvement réformistes canalisent la colère existente dans les urnes), et se mettre à l'écart de ces outils de politisation est contre-productif.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, de 1791-1841, tome 2, Sillery, Septentrion, p. 311-316.
  • Olivier Esteves, Une Histoire populaire du boycott (1880-2005), l'Harmattan, 2006, deux volumes, (ISBN 9782296004269) et (ISBN 9782296004276)
  • Marc Drillech, Le Boycott : histoire, actualité, perspectives, 2011, Fyp Éditions, (ISBN 9782916571553)

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]