Abstention

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L'abstention, lors d'une élection ou d'un référendum, est l'acte de ne pas aller voter. Les motivations individuelles peuvent être très variées, mais à l'échelle de masse, l'abstention a toujours une signification politique plus ou moins claire.

Définition et calcul[modifier | modifier le wikicode]

L'abstention est calculée de manières différente selon les pays.

En France, le taux d'abstention est officiellement calculé en divisant le nombre des électeurs ne s'étant pas présentés au bureau de vote par le nombre d'inscrits sur les listes électorales. Le vote blanc ou nul n'est pas compté dans l'abstention, mais regroupé dans une catégorie "non exprimé".

Aux Etats-Unis, le taux d'abstention est calculé par rapport à l'ensemble des électeurs potentiels.

Signification de l'abstention[modifier | modifier le wikicode]

Certains parlent "d'abstentionnisme actif" pour définir la démarche consciemment politisée de s'abstenir pour dénoncer le fonctionnement de la démocratie. Cela peut être une dénonciation radicale, comme celle des anarchistes, ou plus partielle (critique du présidentialisme, de la personnalisation, de l'absence de vrai choix parmi les candidats...).

Cet abstentionnisme-là est largement minoritaire par rapport à "l'abstentionnisme passif" qui repose surtout sur l'indifférence face à des votes dont les électeurs (surtout les prolétaires les plus pauvres) ne voient pas l'impact sur leur vie quotidienne. Mais bien évidemment, on ne peut pas faire de séparation nette entre une démarche politisée et non-politisée : un salarié exploité qui considère qu'il sera toujours exploité après les élections a une réflexion très politique. Un salarié portuguais qui estime que "Les élections ne vont rien changer parce que de toutes façons c'est la troïka qui commande"[1] comprend déjà un peu l'impérialisme. Celui qui dit "les élections ne vont rien changer pour moi, puisqu’il n’y a personne qui entend le cri de douleur et de désespoir de la jeunesse haïtienne"[2] exprime un désespoir qui est de la politique en puissance.

Les plus jeunes, les moins diplômés, les plus affectés par le chômage, les plus précaires des salariés constituent ainsi les catégories d'électeurs les plus abstentionnistes : jusqu'à 35 points de participation les séparent, par exemple, des catégories les plus participationnistes lors d'un scrutin de moyenne intensité tel que les municipales de 2008. Par conséquent il n'est pas étonnant par conséquent que l'abstention soit particulièrement élevée dans les quartiers populaires. Un exemple net : le 21 avril 2002, dans une cité ordinaire de 1 400 habitants comme les Cosmonautes, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), seuls 291 électeurs s'étaient rendus aux urnes.[3]

Positions politiques[modifier | modifier le wikicode]

Trotskistes[modifier | modifier le wikicode]

Pour les communistes révolutionnaires issus du trotskisme, la participation ou l'appel à l'abstention à des élections se décide en fonction de la situation (calme ou révolutionnaire) et des partis en présence.

L'objectif étant de mettre sur pied un gouvernement des travailleurs eux-mêmes en renversant les institutions au service de la bourgeoisie, les révolutionnaires appellent nécessairement au boycott des élections et à la mobilisation (grève générale, auto-organisation, expropriations...) si la situation le permet.

Mais d'ordinaire la classe dominante fait tout son possible pour entretenir des illusions de changement - même "radicales" - via les élections bourgeoises. Dans ces périodes de calme, la participation aux élections peut être utile pour faire une propagande des idées révolutionnaires, en présentant des candidats. Dans le cas d'élections législatives, les révolutionnaires cherchent (bien que ce ne soit absolument pas une priorité) à avoir des élus, pour faire du parlementarisme révolutionnaire. Dans le cas d'élections destinées directement à élire le personnel de l'Etat bourgeois (présidentielles notamment), les révolutionnaires n'ont évidemment pas l'intention d'être élus. Mais étant donnée la forte médiatisation de ces élections (avec en particulier la pseudo égalité des temps de parole), cela a un intérêt propagandiste non négligeable d'y présenter un candidat "porte-parole". Dans le cas où les trotskistes ne peuvent avoir leur propre candidat, ils appellent en général à voter pour d'éventuels partis ouvriers réformistes. En revanche, s'il n'y a que des candidats de la bourgeoisie en présence, comme aux Etats-Unis avec les démocrates et les républicains, les révolutionnaires appellent à l'abstention.

Anarchistes et conseillistes[modifier | modifier le wikicode]

Les anarchistes et les communistes révolutionnaires issus du conseillisme / luxemburgisme appellent traditionnellement en toute circonstance à l'abstention, considérant qu'il faut boycotter toutes les institutions bourgeoises. Pour les trotskistes, il s'agit d'une position gauchiste.

Evolution de l'abstention[modifier | modifier le wikicode]

De façon générale, l'abstention est à un niveau élevé et en progression dans les vieilles démocraties bourgeoises des pays impérialistes.

France[modifier | modifier le wikicode]

Dans les années d'après-guerre, le mouvement ouvrier assez massif limitait l'abstention et rendait très visible le vote de classe (PS et PCF pour les travailleurs combattifs, gaullistes pour la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie).

L'abstention est en hausse de façon quasi-ininterrompue depuis les dernières décennies. En particulier, c'est depuis la réélection de François Mitterrand en 1988 que celle-ci progresse rapidement. La profonde désillusion engendrée par le PS embourgeoisé et ses alliés du PCF ont beaucoup démobilisé le mouvement ouvrier, et fait progressé l'indifférence aux élections dans le prolétariat.

Les abstentionnistes constants représenteraient 10 % des inscrits, plus environ 6 % de non-inscrits.[3]

L'élection présidentielle tend à résister plus à cette montée de l'abstention, à la fois parce qu'elle a plus d'enjeux et en raison de la personnalisation plus forte. Mais au premier tour en 2002, elle atteint un record à près de 30%. Certes l'arrivée du Front National au second tour a provoqué un sursaut qui a fait baisser l'abstention au second tour de 2002, de même qu'en 2007 où beaucoup d'habitants des quartiers populaires ont voté contre Sarkozy. Mais l'abstention s'annonce à nouveau élevée en 2012.

Concernant les législatives de 2012, un sondage IPSOS donne les indications suivantes : 66% des 18-24 ans, 57% des 25-34 ans, 53% des employés et 49% des ouvriers, 53% des "bas-revenus" ne sont pas allés voter au 1er tour des Législatives. La participation est la plus forte chez les "60 ans et plus" (75%), les retraités (71%), et les "hauts-revenus" (63%). Pour autant, en terme politique, le différentiel de participation est plutôt favorable à la Gauche : 67% des électeurs se classant à gauche sont allés voter, pour 60% de ceux se situant à droite. Ce qui en dit long sur à quel point le PS s'est embourgeoisé...

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]