Véra Zassoulitch

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Vera Zassoulitch (1849-1919) était une militante russe anarchiste et populiste, qui rejoignit le mouvement marxiste, avant de s'opposer aux bolchéviks.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Jeunesse[modifier | modifier le wikicode]

Vera Zassoulitch naît le 8 août 1849 dans une famille de nobles appauvris, à Mikhailovka (gouvernorat de Smolensk). A ses 3 ans, son père décède et sa mère l'envoie vivre avec des membres de sa famille plus aisés, les Mikoulitch, à Biakolovo.

Lors de ses études, elle se lie avec les étudiants révolutionnaires de Saint Pétersbourg. Diplomée en 1866, elle part travailler à Saint Pétersbourg comme secrétaire. Elle est arrêtée en mai 1869, pour une correspondance avec le nihiliste Serge Netchaïev, et emprisonnée à la forteresse Pierre et Paul.

Période terroriste[modifier | modifier le wikicode]

Libérée en 1873, elle rejoint Kharkov (en Ukraine actuelle) où elle milite dans le groupe Les émeutiers du sud (ou Les Insurgés de Kiev) qui commettent divers attentats contre la dictature tsariste. Ce groupe avait été fondé par des proches de l'anarchiste Bakounine. Zassoulitch en devient une des leader.

De retour à Saint Pétersbourg , elle tire le 24 janvier 1878 avec un revolver sur le général Fiodor Trepov, préfet de police et tortionnaire notoire (il avait notamment fait frapper de verges le révolutionnaire Arkhip Petrovitch Bogolioubov). Trepov est blessé et Vera passe en jugement le . Contre toute attente, elle sera acquittée par le jury (qui sympathisait avec son geste) lors de son procès[1]. La police tente en vain de l'arrêter à la sortie du tribunal. Elle se cache quelque temps chez Anna Philosophova.

Pour son geste, elle devint très populaire parmi les populistes. Néanmoins elle s'opposera à la vague de terrorisme qui conduisit à l'assassinat du tsar Alexandre II en 1881.

Vers le marxisme[modifier | modifier le wikicode]

Elle se réfugie en Suisse, avant de rentrer en Russie, où elle milite dans l'organisation Terre et Liberté, mais après la scission de ce mouvement en août 1879, elle participe à la fondation de l'organisation Partage Noir avec Gueorgui Plekhanov, Pavel Axelrod, Lev Deutsch, Ossip Aptekman et Élisabeth Kovalskaïa.

Elle traduit en russe des ouvrages marxistes et notamment le Manifeste du Parti communiste, édité à Genève en 1882. En 1881 a lieu un échange de lettres entre Vera Zassoulitch et Karl Marx., notamment au sujet des Mir paysannes. Ces échanges permettent d'éclairer le point de vue de Marx sur la révolution permanente.

Zassoulitch prend ses distances avec l'anarchisme pour adhérer au mouvement marxiste à partir de 1883. Elle participe alors à la fondation du groupe Libération du Travail avec Plékhanov. Le groupe la charge de traduire des textes de Marx en russe, ce qui contribuera notablement à la diffusion du marxisme en Russie.

Trois leaders de la nouvelle génération de marxistes radicaux (Martov, Lénine et Potressov) rejoignent en Suisse Zassoulitch, Plékhanov et Axelrod. Ils y fondent un nouveau journal marxiste, l'Iskra, se donnant pour but le regroupement des social-démocrates russes. Malgré les divergences entre les jeunes et les anciens, les 6 travaillent ensemble au comité de rédaction de l'Iskra et polémiquent (en 1900-1903) contre les « marxistes économistes », et les « marxistes légaux » ou ex-marxistes (Struve, Boulgakov...).

Trotsky raconte ses souvenirs sur les relations au sein et autour de ce groupe à cette époque, dans son Lénine. Il disait notamment de Zassoulitch :

« Elle était et est restée jusqu'au bout une vieille intellectuelle radicale à laquelle le sort avait infligé l'inoculation du marxisme. Les articles de Zassoulitch prouvent qu'elle s'était admirablement assimilé les éléments théoriques de Marx. Mais, en même temps, la base morale et politique qui en faisait une radicale russe des années 1870-71 resta intacte en elle jusqu'à la fin. »[2]

A la droite des menchéviks[modifier | modifier le wikicode]

L'équipe de l'Iskra parvient à dominer politiquement le marxisme à l'approche du Congrès du POSDR de 1903. Mais au cours de ce congrès, le jeune parti se divise en deux fractions, les bolchéviks de Lenine et les menchéviks de Martov. Zassoulitch, comme Plékhanov et Axelrod, se range du côté menchévik.

Elle prendra également part aux congrès de la II° Internationale.

Elle retourne en Russie après la Révolution de 1905, mais elle n'est plus du tout sur une ligne révolutionnaire. Début 1914, elle rejoint la fraction droitière de Plékhanov, qui soutiendra l'effort de guerre russe (défensisme), et combattra la Révolution d'Octobre 1917.

Elle meurt le , peu de temps après la révolution d'Octobre. Elle est enterrée au cimetière Volkovo.

Oeuvres[modifier | modifier le wikicode]

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Biographie sur Marxists.org

Lettre de Marx à Véra Zassoulitch, Premier brouillon [en anglais]

  1. Dans sa biographie de Fiodor Dostoïevski, Leonid Grossman consacre tout un chapitre à ce procès - auquel l'écrivain assista personnellement : son verdict surprenant et les débats de la cour ont directement influencé Les Frères Karamazov.
  2. Léon Trotsky, Lénine, 1924